Telechargé par BOUCHARD Joris

Projet de restauration de la couchade du Lauzanier

publicité
Table des matières
Remerciements ....................................................................... 3
Introduction .............................................................................. 4
1-Localisation générale de l’étude ............................... 5
1.1 Situation géographique ............................................................. 5
1.2 Historique de la situation économique,
agricole et humain de la vallée ........................................................ 7
1.2.1 Situation Economique .................................................... 7
1.2.2 Pratiques agricoles et pastorales .................................. 7
2-Fondamentaux pour l’étude du site ........................ 10
2.1 Qu’est ce qu’une couchade et quelles sont ses caractéristiques ? 10
2.2 Caractéristiques écologiques du site ......................................... 11
2.2.1 Climatologie ................................................................. 11
2.2.2 Géologie et pédologie .................................................. 11
3-Étude de la couchade du Lauzanier ....................... 13
3.1 Quantité et fréquence des émissions ...................................... 13
3.2 Inventaire floristique ................................................................ 15
3.2.1 Méthodologie ............................................................... 15
3.2.2 Relevés phytosociologiques ....................................... 18
3.2.2.1 Rumex alpinus .................................................. 21
3.2.2.2 Chenopodium bonus-Henricus ......................... 21
3.3 Mesure du pH du sol .......................................................... 23
3.4 Diagnostic de la texture du sol .............................................. 24
3.5 Topographie ............................................................................ 26
4-Discussion sur les méthodes de restauration .. 27
4.1 Étude sur Rumex alpinus ........................................................ 27
4.2 Conception d’un protocole expérimental au Lauzanier ......... 30
4.3 Autres solutions étudiées....................................................... 33
4.3.1 Pâturage des équins .................................................... 34
4.3.2 Pâturage des ovins ...................................................... 35
4.3.3 Chaulage ...................................................................... 35
4.3.4 Activation pédofaunique ............................................... 36
4.4 Résumé des solutions ............................................................. 37
Conclusion .............................................................................. 39
Annexes .................................................................................... 40
Remerciements
Je tiens tout d’abord à remercier mon responsable de formation, Stéphane Guibert, sans qui je n’aurais jamais eu les bons contacts pour un stage
dans un parc national en milieu montagnard, comme celui du Mercantour,
détail qui me tenait particulièrement à cœur.
Je remercie aussi infiniment mon maître de stage, Ludovic Klein, chef de
l’antenne Ubaye et le chef de service territorial Ubaye-Verdon, Xavier Fribourg, de leur confiance, pour m’avoir confié un travail sur un sujet d’étude
aussi passionnant, instructif et où quasiment tout était à faire.
Je tiens aussi à remercier l’équipe du service Connaissance et Gestion du
Patrimoine du Parc national du Mercantour, et plus particulièrement Claire
Crassous, pour le temps qu’elle m’a consacré, son suivi du projet, ainsi que
ses nombreux conseils et corrections.
Pour terminer, je remercie chaleureusement toute l’équipe de l’Antenne
Ubaye, pour son partage, ses connaissances et sa bonne humeur tout au long
de cet été.
3
Introduction
D
ans le cadre de mon stage de
BTS GPN, j’ai été sollicité par
le Parc National du Mercantour, en
collaboration avec la commune de
Val d’Oronaye, afin de répondre à
une problématique de restauration
de couchade d’ovins, milieu dégradé, sur une pelouse alpine.
Plusieurs études et relevés ont déjà
été réalisés sur le vallon et le site du
lac du Lauzanier. Elles ont permis
de mieux comprendre des caractéristiques écologiques et agronomiques sans pour autant expertiser
la zone de couchade en elle-même.
L’ objectif est donc de synthétiser les
études préétablies, mettre en place
un certain nombre de relevés et inventaires, en vue de propositions de
protocoles et de gestions sur le long
terme.
Bien entendu, ces solutions doivent
être durables et compatibles avec les
objectifs du Parc National du Mercantour en matière de protection de
la flore et de la faune sauvage.
Figure 1. Lac du Lauzanier depuis la chapelle (couchade au premier plan)
4
1
Localisation
générale de l’étude
1.1 Situation géographique
Figure 2. Situation géographique du Parc national du Mercantour et du lac du Lauzanier
5
La zone d’étude se situe dans le
haut du vallon de l’Ubayette, à
proximité des rives N-O du lac
du Lauzanier, à 2284 m d’altitude.
(Coordonnées GPS 44.380806, 6.871991)
Ce territoire est situé sur l’ancienne
commune de Larche (fusionnée en
2015 avec le village de Meyronnes
sous le nom de Val d’Oronaye), en
Haute-Ubaye.
L’Ubayette, qui descend du Lauzanier,
rejoint l’Ubaye, peu après Meyronnes.
Toute la limite est du vallon coïncide
avec la frontière italienne.
La zone étudiée est contenue dans la
zone cœur du PNM.
Les pâtures autour du lac du Lauzanier étaient utilisées par le berger
seulement en quartier d’août.
A sa mort, en 2015, les élus locaux et
le PNM ont décidé d’un commun accord de mettre en défens toute cette
zone.
Figure 3. Situation et limitation géographique de la couchade étudiée
6
1. 2 Historique de la situation économique, agricole
et humain de la vallée
1.2.1 Situation économique
Depuis la seconde guerre mondiale,
l’ économie de la vallée est modeste,
où, tout comme dans les autres vallées des Alpes du Sud, elle est assurée
par :
- Une activité agricole résiduelle
cantonnée dans le fond de la vallée
de l’Ubaye (blé, fourrage avec arrosage par aspersion), mais pratiquement absente des hautes vallées (l’absence de tradition fromagère est une
des raisons de cet absence)
- Le développement du tourisme hivernal et estival (attrait des hautes
vallées de l’Ubaye grâce, entre autres,
à la Grande Traversée des Alpes, aux
sites de ski de fond et de randonnée,
aux animations proposées par le PNM
(Parc National du Mercantour), à la
proximité des stations de Pra-Loup et
Sauze, etc
- L’ existence de cette importante voie
de communication avec l’ Italie qu’est
la route du Col de Larche.
1.2.2 Pratiques agricoles et
pastorales
Jusqu’en 1940, tout le vallon était fauché pratiquement jusqu’aux crêtes.
L’ ampleur de cette pratique se retrouve encore dans les vestiges de
très nombreux canaux d’irrigation.
Les moutons utilisaient l’espace laissé par les vaches et les chevaux.
«Cette différenciation des parcelles
et la plurispécificité du bétail conféraient au Lauzanier une richesse floristique qu’il aurait perdu, aux dires
des témoignages des locaux.» (Lambertin, 1995)
Figure 4. Lac du Lauzanier en 1960
L’abandon total, dans les hautes vallées, de la vie agricole a généré la
disparition des anciennes prairies de
fauche et du mode traditionnel de
conduite de la montagne par les habitants au profit des transhumants.
Sans irrigation, livré uniquement
au bétail ovin, le vallon a forcément changé de physionomie depuis
presque 80 ans (Lambertin, 1995).
7
La physionomie de notre zone
d’étude découle de ce changement de
pratiques :
Les troupeaux constitués de plus
d’un millier de têtes sont concentrés
la nuit dans des couchades (parcs de
nuit), en général près des cabanes de
bergers.
De plus, le retour naturel du loup au
milieu des années 90 a favorisé cette
concentration par des clôtures de
protection des troupeaux.
Ce parcage régulier, pendant plusieurs dizaines d’années, a donc également modifié le caractère physionomique et écologique de ces zones.
L’activité pastorale est menée depuis
plusieurs siècle autour du lac du
Lauzanier.
En 2010, dans le cadre d’un étude paléoenvironnementale, dont l’objectif
était de retracer l’évolution de l’état
écologique du lac du Lauzanier, des
carottages on révélé la présence
de spores de
Sporormiella sp
datant de la période Romaine
(haut Empire).
En effet, Sporormiella est un genre
de champignon aujourd’hui considéré comme le plus directement lié
à la présence de troupeaux d’herbivores. Il se développe sur les déjections animales (champignon dit «
coprophiles »).
Depuis la fin des années 50, la pression pastorale dans le bassin versant a fortement diminué.
Au début des années 80 le troupeau
du Lauzanier atteignait 1000 têtes.
et passait deux mois sur l’alpage
(juillet/aout). Au milieu des années
90, les 2 alpages du Prayer et du Lauzanier étaient utilisés par le même
éleveur.
Durant cette période les moutons
dormaient en couche libre et utilisaient peu les bords du lac. A partir
de la fin des années 90, le troupeau
fut regroupé tous les soirs vers la
chapelle et derrière la cabane du berger.
Figure 5. Moutons
transhumants pâturant dans le vallon du Lauzanier
8
Quelques chiffres concernant les charges du troupeau autour du lac en 1989 :
- Quartier d’août utilisé du 30/07 au 25/09 : 56 jours
- Chargement : 185 JBP/ha (nombre de journée de brebis au pâturage/ha)
- 1300 ovins (Brebis mères + tardons + agnelles de race mérinos)
- Transhumant du Var
- Pâturage utilisé par le même troupeau depuis 15 ans
ZOOM sur le lac du Lauzanier
Le choix de réaliser le projet de restauration spécifiquement sur la couchade à proximité du lac du Lauzanier n’est pas un hasard.
En effet, ce lac fut le 1er lac du PNM à faire parti du réseau LACS
SENTINELLES.
Ce projet initié en 2010 et qui fait l’objet de suivi depuis 2014, permet
de relever un certain nombre de points chaque année :
Protocole commun :
- Profil de sonde
- Secchi (protocole de mesure de la transparence de l’eau)
- Chaîne de capteurs thermiques
Protocoles optionnels :
- Zooplancton
- Phytoplancton
- Chlorophylle a
- Communauté piscicole (structure d’âge, étude des contenus stomacaux, étude génétique)
Le fait que ce soit un lac suivit sur le long terme, permettra peut
être de voir si la restauration de la couchade du Lauzanier aura des
conséquences sur le niveau trophique de l’eau.
9
2
Fondamentaux
pour l’étude du site
2.1 Qu’est ce qu’une
couchade et quelles sont
ses caractéristiques ?
Le parc de nuit est un «outil» ancestral des pasteurs.
Ses fonctions sont multiples :
- rassemblement et contention des
animaux
- protection des troupeaux la nuit
contre la prédation par la faune sauvage (retour naturel du loup au début des années 90)
- fertilisation de certains faciès (nardaies) en vue d’une meilleur valeur
fourragère
- récolte des restitutions du troupeaux, nommée migon, qui était
destiné à améliorer les propriétés
physiques du sol pour les cultures
(fonction perdue aujourd’hui aujourd’hui dans les Alpes). (Lapeyronie, 2003).
Il peut être de type libre ou imposé
avec des systèmes mobiles (ex: filets)
ou fixes (ex : murets en pierre).
Physionomiquement, c’est une zone
d’extension limitée dont le tapis végétal tranche avec la végétation environnante, par sa composition
(abondance de plantes nitrophiles),
sa densité et sa hauteur (>50cm)
(Jouglet, 1999).
Ce milieu est caractérisé par un excès de restitutions animales ainsi
que par un fort tassement du sol.
Figure 6. Couchade du Lauzanier
10
2.2 Caractéristiques
écologiques du site
2.2.1 Climatologie
Le Lauzanier présente l’originalité
de se placer à un véritable carrefour
d’influences climatiques.
Le climat, quoique alpin, subit l’influence méditerranéenne.
La température extrême de l’hiver
n’est pas aussi rigoureuse que celle
qui règne à la même altitude dans
d’autres régions, car le vallon (qui
suit une trajectoire Nord-Sud) est
largement ouvert au soleil avec une
exposition principale Est-Ouest.
La mer n’étant pas très éloignée, les
«excès» thermiques sont limités.
Aucune neige éternelle à proximité, n’est capable de refroidir les nuits
durant l’été. (P.Marié, 1950)
D’autre part, la plaine du Pô, toute
proche, apporte au Lauzanier ses
brouillards et ses vents tièdes chargés de pluie, par la dépression du col
de Larche (Lavagne-Vire, 1960).
Le régime climatique présente un
pic de précipitations centré sur les
saisons d’automme-hiver (longs épisodes pluvieux ou neigeux) alors que
le printemps et l’été, plus secs, sont
caractérisés par des orages violents
et très localisés (site séolane, 2017).
2.2.2 Géologie et pédologie
La géologie du bassin versant est
composée des grès d’Annot, de
marnes et de calcaires nummulitiques. Nous pouvons noter la présence de deux failles sur les bordures
est et ouest du lac (Mulder, 2010).
Figure 7. Stratigraphie autour
du lac du Lauzanier
11
Plus précisément, le tour du lac est
composé de grès d’Annot (ensemble
inférieur gréso-pélitique).
L’ensemble inférieur comporte 60 %
de turbidites fines avec quelques intercalations de turbidites plus grossières à forte extension latérale dessinant des séquences à tendance
négative. (Jean, 1985 : « Les grès
d’annot au NW du massif de l’Argentera-Mercantour, sédimentologie,
paléographie »)
En ce qui concerne la structure du
sol autour du lac (figure 8), elle est
composée d’alluvions récentes ou
actuelles, inondables composées
essentiellement de limon gris-noir
(noté Fz) et de moraine (noté gG)
Figure 8. Carte géologique (infoterre)
Figure 9. Coupe géologique du bassin versant du Lac du Lauzanier (Mulder et al. 2010)
12
3
Étude de la
couchade du
Lauzanier
Comme mentionné plus haut, la zone
étudiée est un reposoir d’animaux
domestiques, de type ovins, mis en
défens en 2016. Plus précisément,
c’est une couche nocturne de quartier d’août, où ont dormi les bêtes
parquées durant de nombreuses années.
En effet, en 1937 on parlait déjà
d’extension de végétation typique de
couchade (voir Annexe I)
Sa surface comprend 3 zones, une
grande près de l’ancienne cabane du
berger et de la chapelle d’environ 1,5
ha et deux plus petites sur les hauteurs représentant au total environ
1,7 ha.
3.1 Quantité et fréquence
des émissions
Les mictions dépendent de nombreux facteurs liés à l’alimentation
(teneur en eau notamment), à l’animal et à l’environnement climatique.
Les calculs ont été réalisés d’après les
estimations de l’étude P.Lapeyronie,
2003 sur l’écologie des parcs de nuit
dans le PN du Mercantour.
Les chiffres et calculs sont fait à partir d’études de brebis adultes de 65 kg
(race Merinos d’Arles) au pâturage :
La quantité de fèces émise lors d’une
nuit en parc par tête, d’une durée
moyenne
Figure 12. Zones et surfaces de la couchade du Lauzanier
13
de 13h30 (pour les troupeaux suivis
dans le Parc national du Mercantour) peut être estimé légèrement
supérieur à 1kg (1,020kg) pour les
fèces fraîches, soit 220g de matières
sèches.
Pour une effectif moyen de 1300 animaux les restitutions azotées correspondent à 17kg par nuit.
Si on rapporte ces chiffres au troupeau qu’il y avait au Lauzanier (1300
têtes), ces quantités correspondent à
1,3 t pour les fèces fraîches et à 286
kg pour les matières sèches par jour.
Pour résumer,
Il faut ajouter à cela la quantité
d’urine, très variable selon les conditions (température, pluviosité, teneur en eau du fourrage, disponibilité des abreuvements).
On considère une émission de 2kg
d’urine par jour (l’eau représente 87%
de la masse émise) (Lançon, 1978 ;
Smith et Frost, 2000). On peut donc
admettre une production d’urine
émise chaque nuit équivalente à 1,1
kg.
Pour un troupeau de 1300 têtes il
faut donc compter 1,4 t d’urine soit :
1,22 t d’eau et 180 kg de MS par nuit.
Compte tenu des teneurs moyennes
en azote de fèces et des urines émises
par des animaux au pâturage, les
restitutions totales peuvent être estimées à 13,2 g d’azote par brebis et
par nuit.
un troupeau de 1300 brebis émet au
sol 2,7 t d’excréments frais (fèces et
urine) correspondant à une restitution moyenne de 460 kg de MS, apportant 17 kg d’azote par nuit.
Le troupeaux restait sur place pendant 56 jours par an, nous en déduisons un total de 151,2 t d’excréments frais, soit 25,8 t de MS,
apportant 950 kg d’azote par année.
Le tout est à multiplier par le nombre
d’années où les animaux ont utilisé
cet espace comme reposoir, c’est à
dire à minima 20 ans, ce qui correspond à 3024 t d’excréments frais,
soit 516 t de MS, apportant l’équivalent de 19 t d’azote.
Chiffres provenant d’une étude de Paul Lapeyronie, en novembre 2003 sur les incidences
paysagères et l’impact sur les pelouses des
estives des parcs à troupeaux.
14
3.2 Inventaire floristique
Une étude des différents faciès a été
faite en 1990 par Michel Lambertin (figure 13).
La couchade était définie comme
une nardaie.
Ces nardaies peuvent être dues à un
surpâturage et un piétinement excessif ancien.
L’utilisation de pelouses dominées
par le nard raide (Nardus Stricta)
en parcs de nuit tournants, aboutit
à la régression de ce type de faciès
grâce à l’effet de fumure qui profite
à d’autres espèces comme la fétuque
rouge (Festuca rubra), l’agrostide
commune (Agrostis capillaris), la
fléole des Alpes (Phleum alpinum),
le pâturin des Alpes (Poa alpina), le
trèfle des prés (Trifolium pratense)
ou le trèfle rampant (Trifolium repens).
Toutefois, une sur-présence des brebis entrainant un excès d’apport en
azote peut provoquer un développement excessif de l’ortie dioïque (Urtica dioica), du chénopode bon-Henri
(Chenopodium bonus-henricus) ou
du rumex des Alpes (Rumex alpinus).(PNE).
Ce dernier type de flore est celui que
nous retrouvons actuellement sur
place.
Nous pouvons donc supposer qu’il
y a eu une trop forte concentration
d’animaux sur cet espace.
Les Nardaies
- Appartenance phytosociologique: Nardion
- Espèces : Nardus Stricta, Festuca rubra, Trifolium Alpinum, Deschampsia, Flexuosa, Poa violacea,
Geum montanum, Arnica Montana,
Alopecurus Gerardi, Carex sempervirens
3.2.1 Méthodologie
La première opération a consisté à
repérer et délimiter in situ les zones
de relevé écologiquement et floristiquement homogène.
Une fois cette étape effectuée, un
relevé a été fait, à l’aide d’un GPS,
pour relever les points des différents
quadrats servent à réaliser les relevés botaniques :
- Quadrat 1 (zone Chénopode/Rumex) : 44,381N 6,8716E alt 2294,47
- Quadrat 2 (zone Rumex) :
44.380792N , 6.871631E alt 2291,02
- Quadrat 3 ( zone intermédiaire) :
44,3803N 6,8715E alt 2286,67
- Quadrat 4 ( zone humide) :
44.380211N 6.871141E alt 2284,72
- Quadrat 5 ( zone non dégradée 1)
: 44,3798N 6,8715E alt 2287,27
- Quadrat 6 ( zone non dégradée 2)
: 44,3802N 6,872E alt 2289,56
15
Figure 13. Carte des faciès en 1989 de Michel Lambertin (numérisée)
16
Une fois repéré, l’inventaire phytosociologique proprement dit a pu
être réalisé.
Voici les échelles d’abondance-dominance, de sociabilité et de phénologie utilisées :
Abondance - Dominance :
5
: les individus de l’espèce, en
nombre
variable,
recouvrent
plus des trois-quarts de la surface occupée par le peuplement.
4
: les individus, en nombre variable, recouvrent une surface comprise entre la moitié et les troisquarts de celle du peuplement.
-prise entre le quart et la moitié de
celle du peuplement.
2
: les individus sont abondants ou très abondants ; ils recouvrent une surface comprise
entre le vingtième et le quart de
celle occupée par le peuplement.
1
: les individus sont peu abondants ou abondants ; ils recouvrent
une surface inférieure au vingtième de celle du peuplement.
+ : les individus sont en petit nombre
; leur recouvrement est négligeable.
R:
les individus sont rares ; leur
recouvrement
est
négligeable.
3
: les individus, en nombre variable, recouvrent une surface com-
Figure 14. Carte des localisation des quadrats
17
Sociabilité :
5 : les individus de l’espèce forment
un peuplement continu, étendu et
dense.
4 : les individus forment un peuplement étendu et lâche ou de petites
colonies.
3 : les individus forment de petites
plages assez nombreuses.
2
: les individus sont en groupes
d’étendue restreinte.
1 : les individus sont isolés
Phénologie :
3.2.2 Relevés
phytosociologiques
L’inventaire a été réalisé le 7 Juillet
2017 avec l’aide de Guy REBATTU,
garde-moniteur au PNM.
Pour les quadrats 1, 2 et 3 nous avons
fait l’inventaire sur 2m².
Pour les quadrats 4, 5 et 6, étant hors
zone «couchade», la diversité floristique était nettement supérieur.
Nous avons fait un inventaire de ces
zones homogènes dans la limite de
nos connaissances sans limitation
précise d’une surface approximative
de 2m².
Les résultats se trouvent dans le tableau suivant (figure.15)
g - germination
juv - stade juvénile
veg - stade végétatif
bt - boutons floraux apparents
fl - pleine floraison
dfl - défloraison
fr1 - début de fructification (fruits
apparents)
fr2 - fin de fructification (fruits
mûrs)
sec - plante sèche
18
Figure 15. Tableau des relevés de l’inventaire botanique
19
Il ressort de cet inventaire que deux
espèces dominent largement, en
termes de couverture, d’abondance
et de biomasse, le reste de la végétation de la couchade: Rumex alpinus
et Chenopodium bonus henricus.
Il est donc intéressant de définir un
peu plus précisément la biologie des
ces 2 espèces caractéristiques des
reposoirs à bestiaux du milieu alpin.
Figure 16. (à gauche)
Chenopodium bonus
henricus sur la
couchade.
Figure 17. (à droite)
Rumex alpinus proche
de la couchade.
20
3.2.2.1 Rumex alpinus
De la famille des polygonacées, dicotylédones comme l’oseille, le rumex
est une plante vivace très robuste
qui forme plusieurs tiges et peut atteindre des hauteurs de 50 à 120 cm.
Espèce nitrophile, il s’installe préférentiellement sur des sols riches
en azote, frais et bien drainés. L’inflorescence est une panicule aux
teintes vertes prenant une teinte
rouge au fur et à mesure de la saison.
A fort pouvoir de régénération, la
racine forme une couronne de rhizomes dont l’épaisseur et le nombre
augmentent avec l’âge de la plante.
Multiplication végétative :
La racine se fragmente et des
bourgeons dormants peuvent
redonner des pousses sur les 3 à
10 cm de profondeur. Il est donc
nécessaire d’arracher les racines au
moins jusqu’à 10-15 cm de profondeur pour éradiquer la plante.
Les rumex se multiplient par dissémination des graines (multiplication
générative) et par prolifération des
racines (multiplication végétative).
Multiplication générative :
Les graines se disséminent en quantité importante : un seul pied peut
produire entre cent et plusieurs
milliers de graines par an, viables
pendant plusieurs décennies.
Une semaine après la floraison, le
pouvoir germinatif des graines est
déjà élevé. Les graines sont particulièrement résistantes aussi au
passage dans le tube digestif des
animaux lorsqu’elles sont ingérées.
Figure 18. Représentation de Rumex alpinus
3.2.2.2 Chenopodium
bonus-henricus
Chenopodium bonus-henricus fait
partie de la famille des chénopodiacées. On l’appelle aussi ansérine
bon-henri ou épinard sauvage. C’est
une plante vivace dont le nom vient
du grec « khên » : oie, et « pous » :
pied (patte d’oie).
Ses caractères bioindicateurs sont un
sol riche à excédentaire en matière
organique d’origine animale
21
et/ou en nitrate. C’est une plante nitrophile caractéristique des libérations brutales d’azote.
En ce qui concerne sa multiplication,
la plante se reproduit seulement par
germination (graines).
Seul les graines qui sont dans la
couche superficiel du sol germent.
Le chénopode peut germer à partir
de mars, jusqu’en juin, voire jusqu’à
septembre selon les conditions. Sa
floraison s’étale de juin à septembre.
Pour ce qui est de l’évolution du stock
semencier dans le temps, une plante
peut produire de 3.000 à 40.000
graines, ces dernières peuvent se
conserver jusqu’à 40 ans dans le
sol.
Conclusion :
Figure 19. Représentation de Chenopodium
bonus-henricus
En termes de propagation, les graines
sont transportées par l’eau, tombées
au sol près de la plante mère et/ou
dispersées par les animaux (oiseaux)
(draaf.auvergne-rhone-alpes).
Pour conclure, Rumex alpinus est
une plante de milieux globalement
plus frais que le Chenopodium bonus-henricus, et dans ces conditions
optimales de plus grande fraîcheur,
il est plus compétitif que ce dernier
(plus grand, feuilles plus larges).
Concernant la grande Ortie (Urtica
dioica), espèce qui se retrouve souvent sur les couchades, elle n’a pas
été observé en juillet, en revanche fin
août, quelques plants isolés étaient
visibles.
Cela peut s’expliquer, car en situations de reposoirs subalpins et alpins, de forte concurrence entre les
plantes nitrophiles ont lieu. Urtica
est normalement supplantée par Rumex et Chenopodium, plus compétitifs à ces étages, sauf si les conditions
sont très sèches et chaudes (pentes
bien exposées), cas de l’année 2017.
22
3.3 Mesure du pH du sol
Afin de mieux connaitre la composition du sol, un certain nombre de
relevés peuvent être réalisés.
Toutefois, aucune fosse ou relevé à la
tarière des différents horizons du sol
n’a pu être effectué, par manque de
moyen matériel.
Malgré tout, un test pH (potentiel
hydrogène) sur l’acidité du sol a pu
être fait à l’aide d’un kit pH.
Le protocole consiste à extraire de
la terre à environ 10-15 cm sous la
surface, la mélanger en faisant attention de supprimer tout autres agents
composant le sol (cailloux, racines
…). Il faut ensuite mettre 10 mm
de terre dans un tube à essai, puis le
compléter jusqu’à 35 mm par de l’eau
distillée.
Ensuite, une pastille révélatrice est
insérée dans le tube et le tout est
agité jusqu’à dissolution totale de
celle-ci. Après avoir laissé reposer
le tout, il faut attendre qu’il y ait décantation. L’eau va remonter au-dessus de la terre. Sa couleur aura pris
une teinte qui devra être comparé
aux couleurs référentielles de la notice. Cela indiquera le pH du sol.
Plusieurs mesures ont été faites :
- 2 dans la zone Chénopode-Rumex
au point GPS (44,381N 6,8716E)
- 1 dans la zone 100% Rumex au
point GPS (44.380792N 6.871631E)
- 1 dans la zone non dégradée au
point GPS (44,3798N 6,8715E)
Concernant les résultats, ils sont relativement similaires. Les mesures
présentent une valeur entre 5 et 5,5
pH, soit un sol acide, tant dans la
zone non dégradée, que dans la zone
dégradée.
Figure 20.
Test pH du sol
23
3.4 Diagnostic de la
texture du sol
Un diagnostic tactile de l’horizon
supérieur du sol a été réalisé d’après
une procédure de la Chambre d’Agriculture de Bretagne et l’INRA (Dupont C, Rivière J.M., Tico S., 1992).
Procédure :
Le sol a été amené à l’état plastique
(«pâte à modeler») en y ajoutant un
peu d’eau puis malaxé pour y détruire
toute agrégation naturelle des particules du sol. Le volume de l’ordre d’un
haricot a été pris et serrer fermement
entre pouce et index en faisant glisser les deux doigts l’un contre l’autre.
L’observation du comportement
de cet échantillon au fur et à mesure de son dessèchement entre les
doigts permet une première analyse :
- Tant que le matériau reste plastique,
on peut faire l’estimation du sable :
pour notre cas, aucune sensation de
rugosité entre les doigts, donc on en
déduit que le sol comporte moins de
15 % de sable.
- Quand le matériau s’assèche, on
peut estimer l’argile : pour notre cas,
une partie du sol tache les doigts en
noir (matière organique) et le reste
forme une poudre fine qui flotte dans
l’air : il y a moins de 18 % d’argile.
- La teneur en limon s’estime en faisant le complément à 100% des teneurs estimées en sable et en argile.
Plus la texture d’un sol est limoneuse, plus son toucher est farineux. Dans notre cas la teneur en
limon s’estime à plus ou moins 66%
En ce qui concerne la teneur en
matière organique, son estimation
est assez aléatoire, mais la teinte
foncée du sol et le toucher « gras »
prouvent que cette teneur est élevée.
Figure 21. Echantillon de sol
D’autres tests complètent l’observation de la terre en place :
fissuration et fragmentation, cohésion à l’état sec, battance et autres
symptômes d’instabilité structurale.
(d’après A. FLEURY et B. FOURNIER, INA-P.G) (in Durr et al, 1979).
24
Figure 22. Schématisation de la procédure de détermination de la texture du sol
Dans notre cas, la réalisation d’un
boudin de terre humide est possible, et il y a fissuration du boudin
avant demi-fermeture de l’anneau.
Si l’on converge les deux diagnostics
on peut en déduire que l’argile est
compris entre 10 et 30% et que le
limon est bien supérieur à l’argile.
25
3.5 Topographie
Afin de pouvoir faire un profil topographique de la zone étudiée, un transect Ouest-Est a été réalisé. L’eau s’écoule du lac, au sud, puis traverse la
couchade avant de redescendre dans le vallon, au nord.
Figure 23. Transect et profil topographique
26
Discussion
4
sur les méthodes
de restauration
Dans cette partie nous allons présenter un certain nombre de solutions
qu’il serait intéressant d’explorer,
afin de pouvoir restaurer des zones
de couchade comme celle du lac du
Lauzanier.
Les propositions découlent de recherches bibliographique sur le sujet dont voici les grandes lignes.
4.1 Etude sur l’éradication
de Rumex alpinus
Un rapport d’étude de l’Acta Biologica Slovenica sur la suppression de
Rumex alpinus a été publié en août
2016. L’objectif de cette étude était
d’expérimenter sur le terrain diverses
méthodes non chimiques d’éradications du Rumex: fauche, retrait
manuel, brûlage, couverture par
un film de polyéthylène noir, pâturage par des bovins et pâturage par
des porcs. Les changements floristiques, la couverture, le nombre de
pousses et la biomasse ont été surveillé à intervalles de 14 jours pendant trois années consécutives. L’expérience s’est déroulé pendant 3 ans
(de 2012 à 2014) la zone Natura 2000
Karavanke (SI3000285) en milieu
montagnard (à 1500m d’altitude).
Voici un résumé des résultats
qui ressortent de cette étude ainsi que sur d’autres, cités plus bas,
sur Rumex alpinus et Rumex spp :
La plupart des recherches qui s’intéressent aux changements floristiques,
par diverses techniques de gestion,
ont été réalisées sur des prairies semi-naturelles en plaines, ou bien sur
l’impact d’autres espèces de Rumex
(R. obtusifolius et R. crispus). Les
études portant sur Rumex spp. sont
en général dédiées à la suppression
des plants sur les parcelles et moins
sur les caractéristiques de l’espèce et
de la communauté végétale qu’ils envahissent. La seule étude de suivi des
modifications floristiques a été faite
par Corradini et Artigianelli (1991).
Le réensemencement des graminées
était un point important pour établir
une nouvelle communauté végétale
concurrentielle pour prévenir un retour de R. Alpinus.
L’utilisation de mélanges de graines
de végétation autochtone ou l’utilisation de foin d’un type identique
facilite la reprise de ces communautés de plantes.
La plupart des études de contrôle
ont été réalisées sur des espèces de
plaine, par exemple Rumex obtusifolius et Rumex Crispus (Van Eekeren et al., 2006, Zaller 2004).
27
En outre, les études sur le Rumex alpinus ont souvent été partielles, en
utilisant des méthodes particulières
(également chimiques), ou à court
terme (voir St’astna et al., 2010).
En ce qui concerne l’étude slovène, la plus grande réduction de R. alpinus a été réalisée
par la fauche, le recouvrement
par film et l’arrachage manuel.
Une fauche régulière et fréquente
a déjà montré avoir influencé R.
alpinus (Corradini Et Artigianelli 1991, Hujerova et al. 2013,
St’astna et al. 2010, Tsarik, 1987).
La fréquence de la fauche est l’aspect le plus important et, plus la
fauche est fréquente, plus la suppression des plants est efficace.
Lors de l’étude Slovène, la fauche a
été réalisée tous les 14 jours durant
les périodes de végétation (de miJuin à Septembre) ce qui s’est avéré
efficace (Tsarik 1987, Zaller 2004).
La réduction de la couverture et de la
biomasse par la fauche a été très progressive par rapport au recouvrement
et à l’arrachage. Ceci coïncide avec
les conclusions de Courtney (1985):
même cinq à sept coupes réduisent l’abondance de la parcelle
jusqu’à 60%. Lorsque les parcelles
sont moins fréquemment utilisées,
l’émergence des semis et la survie
des semis jusqu’à l’année prochaine
augmentent (Tsarik 1987). Néanmoins, une suppression est possible grâce au fauchage et au retrait réguliers de la biomasse
(Zaller 2004), mais pas sur du court
terme (Pignatti et Pignatti 2014).
La combinaison de la fauche et de
l’ensemencement s’est avérée réussie, ce qui correspond avec les résultats
de Corradini Et Artigianelli (1991).
La concurrence des herbacées ne
suffi pas à restreindre les R. alpinus
sur le long terme (Zaller 2004) et
doit être combiné avec une autre méthode. Il est important de couper le
R. alpinus à une hauteur de 10 cm
pour permettre à d’autres plantes
de se régénérer plus rapidement.
L’arrachage élimine avec succès les
plants de R.alpinus mais c’est une
méthode très chronophage. Le labour est habituellement appliqué
comme solution non-chimique ultime sur les infestations lourdes de
Rumex sur les terres arables, mais
aussi sur les prairies, bien que des
résultats contrastés sont rapportés (voir l’examen par (Zaller 2004).
Lors de l’experience Slovène, la
couche supérieure du sol (jusqu’à
12 cm) ainsi que les racines ont
été enlevés. Puisque les rhizomes
poussent habituellement à une prof-
28
fondeur allant jusqu’à 5 cm (Klimes
1992) ou, moins fréquemment, entre
10-12 cm (Kliment et Jarolimek
1995), l’enlèvement de R.alpinus a
été réussi. Il faut enlever et détruire
les racines afin qu’elles ne puissent
pas se régénérer. En effet, de nouvelles plantes peuvent germer à
partir des restes de fragments de
racine et de la banque de semences
(Tsarik 1987). Donc semer des graminées est important pour concurrencer les jeunes plants qui émergent. Après trois ans d’expérience,
seulement quelques petites plantes
étaient encore présentes dans les
parcelles, ce qui est identique aux
résultats de Bucharová (2003),
alors qu’elle utilisait de l’herbicide.
L’utilisation d’un film (ou de tout
autre matériau de recouvrement)
pour réduire la lumière aux mauvaises herbes ou à d’autres espèces
envahissantes est une pratique courante (Bond et Grundy 2001) et a été
appliquée avec succès à R. alpinus
(Bechtold et Machatschek 2011).
Le besoin en lumière est une ressource cruciale pour R. alpinus et le
contrôle de cette lumière par la végétation concurrente, devrait être
couronné de succès (Zaller 2004).
Après un an, les plans ont été détruits à cause du manque de lumière
et des températures élevées sous
le film lors de la période estivale.
Par contre, le «recouvrement»
est moins adapté pour les grosses
zones, en particulier dans les milieux montagnards où les conditions climatiques extrêmes sont
défavorables.
Le traitement par le brûlage réduit
la biomasse mais pas le couvert
végétal et les plans se régénèrent
après la première année. Cette solution a été utilisée avec succès dans
les prairies envahies de plants, mais
seulement sur des tâches localement
envahies ainsi que sur des plantes
isolées. (Pötsch 2003). Cette méthode est donc moins adaptée aux
grandes surfaces de R. alpinus. Ces
résultats sont similaires à ceux obtenus sur R. obtusifolius (Zaller 2004).
Dans le cas de grandes surfaces,
toutes les plantes ont été détruites
par la chaleur et les herbacées
n’ont, par la suite, pas pu concurrencer les plants de R. alpinus.
Les espèces de Rumex sont rarement mangées par les animaux et
le R. alpinus est évité par le bétail et
les chevaux mais facilement mangé
par les chèvres (Bohner 2005, Ellenberg 1996, Hejcman et al. 2014) et a
été utilisé comme fourrage de porc
dans le passé (Wendelberger, 1971).
Dans l’étude Slovène, des bovins et
des cochons ont été utilisés pour
une seul saison, et cela a entraîné
29
une certaine suppression du couvert végétale de R. alpinus, mais
cela est probablement plus dû au
résultat du piétinage du bétail,
qu’au pâturage des porcs. Le piétinement peut également réduire la
biomasse de R. alpinus au-dessus
du sol (Tsarik, 1987). Chèvres et
moutons ,ou combinés avec d’autres
types de bétail, sur les parcelles,
peuvent éliminer efficacement les
plantes des prairies (Hejcman et al.,
2014). Nous devons également souligner que toutes les expériences de
pâturage dans la bibliographie ont
été faites dans les prairies dans lesquelles les plants sont dispersés, tandis que dans les alpages les plants
forment de grands peuplements mono-spécifiques.
4.2 Conception d’un
protocole expérimental
au Lauzanier
Les propositions pour le Lauzanier découlent directement des
résultats de l’expérience slovène.
Les solutions retenues et validées par
le CBNA et le PNM dans un premier
temps sont la fauche et l’arrachage.
4 parcelles tests, 1parcelle témoin et
1 parcelle pédagogique ont été mise
en place sur une des zones homogène contenant du Chénopodium
bonus-henricus et du Rumex alpinus.
Chaque parcelle est de forme carré,
de 3 mètres de côté.
Les parcelles A, B, C et D sont sépa-
rées de 1m, de sorte à éviter que les
tests interfèrent entre eux, mais sans
trop d’écart non plus, afin que les
conditions aient plus de chances d’y
être homogènes.
Les caractéristiques de chaque parcelle test sont les suivantes (les coordonnées GPS correspondent à l’angle
Nord-Est de chaque parcelle):
-Parcelle A : Fauche + élimination
de la biomasse* + réensemencement(coordonnés GPS 44.380640 ;
6.871898)
-Parcelle B : Fauche + élimination
de la biomasse* (coordonnés GPS
44.380640 ; 6.871910)
- Parcelle C : Arrachage des plants et
des racines + élimination de la biomasse* + réensemencement (coordonnés GPS 44.380627 ; 6.871898)
- Parcelle D : Arrachage des plants et
des racines + élimination de la biomasse* (coordonnés GPS 44.380627
; 6.871910)
- Parcelle T : zone témoin (coordonnés GPS 44.380590 ; 6.871910) pour
comparer l’évolution avec les zones
traitées.
-Parcelle Pédagogique : Séparée en
deux, la partie Nord arraché et la
partie Sud fauché. Cette parcelle à
été créée dans un but pédagogique
afin de montrer le travail effectué.
*Pour la période test, la biomasse est
stockée ailleurs dans la couchade.
30
Figure 24. Disposition des parcelles de tests à l’échelle
Concernant le protocole de fauche,
une coupe est à prévoir tous les 14
jours, dès le début de la saison de
végétation c’est à dire dès l’apparition des premières feuilles sur les
plants (pour éviter la photosynthèse
et donc une croissance importante)
et une hauteur de végétation de 10
à 15cm (pour éviter un couvert qui
réduirait l’ensoleillement des autres
espèces). Cela dépendra des conditions climatiques mais l’on peut prévoir la première fauche dès le mois
d’Avril/Mai, et la dernière courant
Septembre/Octobre.
Concernant le protocole d’arrachage, une suppression des racines
sur une profondeur de 12 cm est à
prévoir une fois par an, dès le début
de la saison de végétation, comme
pour la fauche.
Le réensemencement doit être
fait en essayant de récupérer du foin
provenant de lieux ayant les même
facteurs climatiques, géologiques,
etc.(CBNA)
La biomasse de la fauche et de l’arrachage doit être exportés, séchés
puis brûlés ou enfouis profondément
(>60cm). L’idéal serait une élimination de la biomasse par un stockage
des résidus dans des sacs (pour éviter la dissémination des graines) qui
seraient redescendus en vallée pour
être détruites. Pour la période de
tests, les résidus sont stockés sur un
autre endroit de la couchade.
31
Les outils à prévoir sont (liste
non-exaustive):
- Râteau
- Faucille
- Pioche
- Croc à 2 ou 3 dents
Le temps à prévoir (pour 4 personnes) afin de réaliser ces différentes actions est basé sur la mise
en place de l’expérimentation du
08/09/2017, soit :
- 50 mn de trajet pour aller de Barcelonnette jusqu’au parking du pont
rouge, au départ du sentier.
- 1h30 de montée jusqu’à la couchade
(possibilité de gagner 15mn
Figure 25. Parcelles tests
en avançant en voiture sur la partie
carrossable du sentier).
- 4h d’opérations de fauche, d’arrachage, de réensemencement et d’extraction de la biomasse.
- 1h15 de descente jusqu’au début du
sentier.
- 50 mn de trajet pour retourner à
Barcelonnette.
Ce qui fait un total d’environ 8h30,
soit une journée complète, pour 4
personnes.
A cela on peut enlever, au minima,1h
de mise en place des parcelles tests
et le premier arrachage qui sera sans
doute le plus laborieux.
32
Figure 26. Parcelle pédagogique
Un certain nombre de mesures de
suivies et photos, sur les zones tests,
sont à réaliser sur chaque parcelle à
chaque fin de saison:
- Hauteur
- Abondance/dominance
- Inventaire botanique
- Nombre de pieds de rumex et de
chénopodes
Afin d’éviter les effets de bordure, les
mesures sont à prendre au centre des
parcelles (laisser une marge de 1m)
4.3 Autres solutions
étudiées
Les parcelles tests mises en place
sont un premier pas pour concevoir une méthode efficace à long
terme de restauration de couchades. De plus, l’expérience se déroulant début Septembre, période
durant laquelle la saison de végétation arrive à son terme et où les
graines ont eu le temps d’être disséminées, les résultats de 2017 ne seront que peu significatifs. Cela permet néanmoins de mettre au point
le protocole à suivre sur le terrain et
de se donner une idée des besoins en
termes de moyens humains, matériels et temporels.
Il ne faut pas perdre à l’esprit que
même si les solutions testées peuvent
être efficaces (à moyen/long terme),
il faut rester dans l’optique que la restauration doit se faire sur la surface
d’une couchade entière, soit une surface qui peut atteindre plusieurs
hectares.
C’est pour cela que d’autres directions doivent aussi être explorées :
33
4.3.1 Pâturage des équins
Faire paître des équins sur une zone
de couchade pour la restaurer, n’a
apparemment jamais été testé. «Habituellement, les plantes de type Rumex sont très peu consommées par
les équidés, ou involontairement au
stade jeune pousse» (ifce), car en effet, même si les règles de fonctionnement d’une prairie sont les mêmes,
quelle que soit l’espèce d’herbivore,
le comportement des chevaux au
pâturage est particulier. Leur préférence pour l’herbe jeune et riche en
protéines digestibles engendre le développement de zones pâturées où
l’herbe est rasée et des zones de refus
où l’herbe est moins consommée et
où les chevaux déposent leurs fèces.
Les chevaux utilisent moins largement les dicotylédones que les
ruminants car ils seraient moins
aptes à détoxifier leurs métabolites secondaires. Ils sont donc
plutôt spécialistes des graminées.
Hors, point intéressant, de par leur
physiologie digestive, les chevaux
sont moins contraints que les ruminants par la nécessité de réduire
la taille des particules alimentaires
lors de la digestion. Leur ingestion
est de ce fait moins limitée par la
qualité de l’aliment. Comparativement aux bovins, les chevaux se caractérisent donc par des niveaux
d’ingestion élevés, notamment de
fourrages grossiers et semblent plus
efficaces pour contrôler la végétation à même niveau de chargement.
Pour optimiser l’utilisation de
l’herbe dans le rationnement des
chevaux en offrant une herbe jeune
et appétente, il faudra maintenir
le couvert végétal au stade feuillu et limiter la montée en graines.
Sans une gestion adaptée, le pâturage
équin seul génère l’apparition de
zones surpaturées où les ressources
s’épuisent et d’autres sont gaspillées.
La solution serait de concentrer les
chevaux sur la zone par des filets, en
parcage serré afin d’enlever aux animaux la possibilité de sélectionner
les espèces plus attractives et ainsi de
les obliger à consommer Rumex alpinus et Chenopodieum bonus-Henricus. En termes de chargement sur
la surface on compte habituellement
sur l’ensemble d’une période de pâturage une moyenne de 2 chevaux/Ha
variant de 1 à 2,5 chx/Ha en fonction
de la situation géographique (zones
humides ou sèches) et en fonction
de la qualité de la prairie (IFCE).
Dans notre cas un nombre plus important d’animaux serait intéressant
pour une consommation rapide des
végétaux et éviter une sélection des
34
espèces par les bêtes. Il faut compter
une entrée dans la parcelle quand,
en moyenne, l’herbe a une hauteur
de 7 à 10 cm. Celle-ci ne doit pas
avoir dépassé 15 cm car cela accentue le développement de zones de
refus, de zones d’herbes couchées.
La parcelle est considérée comme
bien pâturée lorsque l’herbe est en
moyenne à 5 cm environ - limite
basse à 3 cm à ne pas dépasser dans
les zones pâturées.
Il faudrait donc faire intervenir les
chevaux en début de saison de végétation et les faire revenir régulièrement. Il faudra aussi éviter les
périodes humides puisque le piétinement du sol par les animaux ne
favorisera pas la consommation.
Attention, il peut y avoir un risque
d’intoxication pour les animaux. En
effet, l’intoxication au Rumex est liée
à l’ingestion répétée de la plante, plus
rarement à l’ingestion unique d’une
quantité très importante. L’acide oxalique provoque une irritation digestive qui entraîne de l’hypersalivation
et des signes digestifs (diarrhée, régurgitations). La dose journalière toxique
de cette plante est 0.1 – 0.5% du poids
de l’animal. Dans les cas graves il peut
survenir une insuffisance rénale aiguë
et une hypocalcémie. (CPAE)
4.3.2 Pâturage des ovins
La zone de défens se situant à la limite de la couchade, il peut être intéressant de faire passer le troupeau
de la cabane de Donnadieu, afin
d’éliminer la biomasse de façon efficace et peu pénible. Hors il est important de conduire le troupeau en
un passage rapide et en parc fermé,
afin de limiter les déjections et le
piétinement. Le troupeau étant déjà
sur place, les contraintes seraient
moindre qu’avec des équins.
Comme pour les chevaux, une
consommation des plantes est à prévoir avant qu’elles n’atteignent un
stade trop développé (tiges et feuilles
trop grandes, floraison).
Encore une fois, il faut éviter de faire
passer le troupeau si la zone est humide car le piétinement dégraderait
le terrain et les plants seraient moins
appétents.
4.3.3 Chaulage
La voie du chaulage pour rééquilibrer
le Ph du sol à aussi été étudiée. Son
rôle est de lutter contre l’acidification
des sols (calcaire broyé ou concassé,
chaux vive, boues chaulées...). Un
sol est dit légèrement acide lorsque
son pH (potentiel hydrogène)
est compris entre 6 et 7. Les sols
35
les plus acides se rencontrent sous
des climats froids et pluvieux. L’acidification résulte notamment d’un
apport de matière azotés ammoniacaux ou uréiques, mais aussi des rejets de produits acides par les racines
des plantes, de la minéralisation de la
matière organique ou des retombées
acides provenant de l’atmosphère.
Hors les mesures du pH effectuées
ont démontré que, même en zone
non dégradée, le pH du sol reste
acide
Cela vient très probablement de la
composition de la roche mère.
De plus, des espèces comme Rumex
alpinus, ont la capacité de vivre sur
un large spectre pH (entre 4 et 8), ce
qui ne réglerai pas son développement.
C’est surtout la quantité de matière
organique contenue dans le sol qui
constitue la source du problème.
4.3.4 Activation pédofaunique
Une dernière solution non testée non-chimique, serait une activation biologique du sol, clé
déjà mentionnée plus haut.
En plus des racines des plantes et de
la microflore, le sol abrite de nombreux représentants de la faune. Appelée pédofaune, cette communauté
rassemble les organismes présents
de manière permanente ou tem-
poraire dans le sol, à sa surface, ou
dans les annexes (bois mort, sous
les pierres,…). Elle est représentée
par de nombreux taxons comprenant eux même des centaines voire
des milliers d’espèces (Bachelier,
1978). Les abondances numériques
sont très hétérogènes. En prairie, il
y a en moyenne 150g de biomasse
animale par mètre carré de terre ce
qui représente environ 260 millions
d’individus (Gobat et al., 2003) et
confirme la dominance des espèces
de petite taille. Cette communauté
est active, elle se déplace, se nourrit, excrète et meurt et pour chacune
de ces étapes, interfère avec le sol.
Une stimulation et/ou un réapprovisionnement du sol en terme de pédofaune aurait pu être une voie à suivre,
mais reste difficilement envisageable.
Même si l’on s’éloigne de la pédofaune, on pourrait aussi imaginer
une lutte biologique avec des espèces
comme le coléoptère «Gastrophysa
viridula», un prédateur naturel du
rumex.
Cependant l’efficacité est limitée sauf
en cas de lâchers massifs(IFCE),
et surtout ce type d’action n’est pas
envisageable en cœur de Parc d’un
point de vue éthique et réglementaire.
36
4.4 Résumé des solutions
37
Rappel des points à suivre ou conseillés :
- Il est très important de débuter ces opérations en début de saison de végétation, c’est-à-dire lors de l’apparition des premières feuilles, afin d’éviter tout
phénomène de photosynthèse.
- La lutte doit se réaliser sur plusieurs années consécutives.
- Lors de la fauche ou du pâturage, une coupe trop rase du couvert végétal
(en dessous de 5- 7 cm) sera plus délétère pour les plantes fourragères (graminées) que pour le rumex doté de grandes réserves dans ses racines et plus
apte à la repousse.
- Les inflorescences doivent être exportées, séchées puis brûlées ou enfouies
profondément. L’idéal serait une élimination de la biomasse par un stockage
des résidus dans des sacs (pour éviter la dissémination des graines) qui seraient redescendus en vallée pour être détruites.
- La capacité germinative semble être neutralisée lorsque les graines de rumex passent par la technique de compostage (températures élevées)
- Pour l’arrachage à la main, le faire lorsque les conditions sont humides et
surtout quand les plants sont petits au printemps, le racines s’enlèvent plus
facilement.
- Attention à ne pas entraîner la remontée de graines et de fragments de racines en surface qui repartent en végétation lors de l’arrachage.
- Ressemer rapidement les zones nues avant que les adventices ne prennent
la place pour maintenir un couvert herbacé productif. Attention la concurrence avec le rumex est plus que rude...
- Les graines pour réensemencer peuvent être récoltées par la fauche mais
sur des milieux aux caractéristiques écologiques similaires et plutôt sur des
zones luxuriantes afin de mieux contenir la repousse de rumex et chénopode.
(ex : lors de la fauche de la Reine des alpes)
En conclusion, aucun traitement n’élimine définitivement rumex et chénopode, seule la prévention sur leurs causes d’apparition est efficace.
38
Conclusion
Tout d’abord, il est important de
rappeler que, notre zone d’étude
a été mis en défens, par conséquent, il n’y a plus d’apport de restitution des troupeaux d’ovins, ce
qui n’est pas le cas de la plupart des
autres couchades qui sont réutilisées chaque été. En effet, une restauration ne peut être envisagée sur
une couchade exploitée tous les ans.
Des mesures de préventions seraient
donc à explorer, afin de limiter l’explosion de communautés de Rumex alpinus, Chenopodium bonus
Henricus et autres Urtica dioica. Le
plus important serait le choix de
l’emplacement des couchades qui
devrait être sélectionné avec soin.
En effet, des zones constituées de
peu de terre (éboulis, dalles…) seraient l’idéal, car ce type de milieu
empêcherait la pousse des plants.
Mais attention, car les milieux
d’éboulis peuvent aussi être des habitats remarquables contenant des
espèces à fort enjeux.
L’utilisation de parcs de nuit
mobile (constitué par un filet à mouton, en prévoyant 1m²
par brebis pendant 3 ou 4 nuits)
est recommandé notamment par
l’ATEN (Atelier technique des espaces naturels) afin de répartir et
d’éviter la concentration de restitutions animales sur un seul point.
Le risque est que suivant la taille, la
concentration du troupeau, la place
ainsi que la contrainte de changer
régulièrement de lieux les parcs de
nuit, la procédure soit mal suivie et
qu’au lieu de se retrouver avec une
seule « tâche » on se retrouverait
avec plusieurs « tâches », et donc
une plus grande surface à traiter.
Finalement, il ne faut pas perdre de
vue que chaque zone de pâturage,
et donc de couchade, a ses propres
facteurs biotiques et abiotiques,
ainsi que ses propres contraintes
de gestion pastorale. Donc même
si des solutions générales peuvent
être trouvées, une procédure au cas
par cas devra être mise en œuvre.
39
ANNEXES
40
Annexe I : Extrait des «Actes de la réserve du Lauzanier
(N°3 - 1937)»
«senceEncontinue
quelques points du moyen et du haut Lauzanier, la prédes troupeaux a provoqué, surtout aux abords
des parcs à moutons, la croissance d’une puissante végétation
de Rumex qui a étouffé la totalité des autres plantes composant habituellement la prairie alpine.
Ce phénomène, bien connu en montagne, s’est aggravé ici par
l’extension des Rumex en des points assez éloignés des parcs
fixes. En effet, certaines parties de la vallée, heureusement assez restreintes, ne possèdent qu’une mince couche de terre
végétale recouvrant des roches de grès d’Annot absolument
imperméables.
L’accumulation de l’ammoniaque qui stagne très concentré en
ces points est la cause de l’envahissement de la prairie par ces
oseilles sauvages. Etant donné le peu d’épaisseur de la terre
végétale, nous pensons que, puisque les pacages n’auront plus
lieu en cet endroit, les pluies et l’eau provenant de la fonte des
neiges auront assez rapidement lavé le sol des excès d’ammoniaque qu’il contient.
Nous nous proposons, dès l’été prochain, et durant les années
à venir, de suivre attentivement le processus de la «disparition des Rumex», ainsi que le retour progressif de la prairie à
l’équilibre normal.
»
41
Annexe II : Photographie de Villageois de Larche devant
la chapelle, vers 1952. Collection rené Jean - (On peut noter que le couvert végétal contient déjà de nombreux
Chénopodes et Rumex)
42
Annexe III : Comparaison de la physionomie floristique
entre le 04/07/2017 et le 11/09/2017
43
Annexe IV : Photos de la couchade datant du 04/07/2017
Vue de la couchade
Vue de la cabane du berger depuis la chapelle
44
Vue du sentier qui monte à la chapelle
Vue de plants de Chenopodium bonus-henricus depuis la chapelle
45
Vue de la partie ouest de la zone humide et de la couchade
Vue de la partie sud de la zone humide de la couchade
46
Annexe V : Comparaison du lac du Lauzanier
En comparant ces 2 photos ayant le même cadrage, on peut faire quelques
constations :
- le niveau d’eau n’a pas changé ;
- le versant à gauche de la photo s’est bien enherbé ; on voit une petite ravine qui a
perdu de l’activité.
- l’exutoire (à gauche) semble s’être chargé en sédiment, tout comme l’amont du lac (au
fond de la photo).
Photo du lac du Lauzanier de 2012 (image trouvée sur le web)
Photo historique du Lac du Lauzanier , datée «vers 1900» ©Album famille Barbaroux-Musée de la vallée
47
Téléchargement
Explore flashcards