Brucellose des bovins et des petits ruminants

Telechargé par mery30dz
Rev. sci. tech. Off. int. Epiz., 1986, 5 (3),
587-603.
Brucellose
des
bovins
et des
petits ruminants
:
diagnostic, prophylaxie
et
vaccination*
R. FENSTERBANK**
Résumé
:
Les
rapports reçus
de
quarante-huit pays constituent
un
très
bon
échantillonnage
montrant l'universalité
des
problèmes posés par la
brucellose
et
la
diversité des moyens
de
lutte mis en application.
Parmi les quarante-huit pays, treize sont
arrivés
à
l'éradication complète
de la
maladie,
dix-sept sont en cours
d'assainissement
plus
ou
moins avancé,
huit
ont
un plan
de
vaccination
destiné dans un premier temps
à
faire
baisser
la
prévalence
de la
maladie
et dix n'ont pas
encore
de plan de prophylaxie
bien
défini
ou
en complète application.
Pour le
diagnostic,
les deux
épreuves sérologiques
les
plus employées sont
le test
au
Rose Bengale
et le
ring test,
avec recours
à
la
fixation
du
complé-
ment
ou à
la
séro-agglutination
en
cas
de
doute.
Le
besoin
de
recourir
à
des
épreuves sérologiques
complémentaires plus
sensibles
et plus
spécifiques
et aux
examens
bactériologiques
s'est imposé dans
des
pays
assainis
des
réactions
sérologiques croisées
posaient des problèmes.
Vingt pays pratiquent une prophylaxie sanitaire stricte
et
dix-huit
une
prophylaxie mixte
médico-sanitaire.
La
vaccination est pratiquée
à peu
près
exclusivement
avec la souche
B19,
soit uniquement sur
les
génisses
ou
en
plus
sur les
adultes,
en
utilisant des doses
réduites
de
vaccin
par voie
sous-cutanée
ou conjonctivale.
La
brucellose
des petits ruminants, moins
universellement
répandue mais
plus
contagieuse
que la
brucellose bovine,
est
combattue dans dix-sept pays
par abattage
et
vaccination avec la souche Rev.
1,
sauf dans un pays
sur le
point d'arriver
à
l'éradication
par
l'application
stricte d'une politique
d'abat-
tages.
L'épididymite contagieuse
du
bélier
due à B.
ovis,
sans danger pour
l'homme, est une
maladie rencontrée
dans huit
des
pays
ayant
fourni un rap-
port.
Ces
pays appliquent une prophylaxie soit
sanitaire
stricte, soit mixte.
MOTS-CLÉS
:
Brucella
-
Brucellose
-
Maladies
des
bovins
-
Maladies
des
caprins
-
Maladies
des
ovins
-
Prophylaxie
-
Revues
-
Services vétérinaires
-
Techniques
de
diagnostic
-
Vaccination.
INTRODUCTION
La prévalence
de la
brucellose
et les
moyens
mis en
œuvre pour
son
éradication
ou
la
protection
des
cheptels assainis
ont
fait l'objet
de
rapports émanant
de
quarante-huit pays (onze d'Afrique, huit
des
Amériques, onze d'Asie
et
d'Océanie
et dix-huit d'Europe),
et un de la
Communauté Economique Européenne.
Cet
* Rapport présenté
à la 54e
Session Générale
de
l'OIE, Paris, 26-30
mai 1986
(Thème technique
I).
** INRA, Centre
de
Recherches
de
Tours, Station
de
Pathologie
de la
Reproduction, Nouzilly,
37380 Monnaie, France.
588
échantillonnage réalisé à partir de presque la moitié des Pays Membres de l'OIE est
très représentatif tant au plan géographique qu'épidémiologique, exprimant ainsi la
diversité des situations sanitaires et des modes de contrôle en application.
TABLEAU I
Liste des Pays Membres de VOIE
dont les rapports ont été analysés
Afrique du Sud Ethiopie Ouganda
Allemande (Rép. Dém.) Finlande Pologne
Allemagne (Rép. Féd.) France Portugal
Arabie Saoudite Grande-Bretagne Roumanie
Argentine Grèce Soudan
Australie Iran Sri Lanka
Autriche Irlande Suisse
Burkina Faso Italie Taïwan
Canada Japon Tchécoslovaquie
Centrafricaine (Rép.) Malaysia URSS
Chili Malawi Uruguay
Chypre Mexique Vanuatu
Colombie Nigéria Yougoslavie
Corée (Rép.) Norvège Zaïre
Cuba Nouvelle-Zélande Zambie
Etats-Unis d'Amérique Oman Zimbabwe
L'homme s'infecte au contact des animaux ou en consommant des aliments
d'origine animale. La brucellose constitue donc un problème de santé publique,
d'autant plus grave que la maladie humaine est souvent invalidante quand elle ne
peut pas être soignée correctement à son début. La brucellose animale constitue
également un problème économique sérieux, avec des pertes considérables et des
entraves au commerce international des animaux.
Ces raisons ont amené tous les pays à lutter contre ce fléau, ou tout au moins à
réfléchir aux actions possibles, en fonction de leurs moyens. Le résultat en est que
plusieurs pays sont maintenant déclarés indemnes de brucellose, ou sont en cours
d'éradication alors que d'autres, cependant conscients du problème, n'ont encore
rien pu entreprendre de coordonné. Il faut reconnaître qu'il
s'agit
d'une entreprise
difficile à cause des incertitudes du dépistage, longue à cause des recontaminations,
et coûteuse à cause des moyens mis en œuvre et des abattages qu'elle entraîne.
Comme chaque maladie infectieuse, la brucellose a des caractéristiques propres.
La plus importante nous paraît être sa contagiosité. L'avortement provoque
l'excrétion brutale de 10I2 à 10l3bactéries alors que 15 millions de Brucella déposées
sur la conjonctive des génisses gestantes en infectent 95%. La quantité de Brucella
excrétées lors d'un avortement pourrait donc infecter de 60 000 à 600 000 génisses
gestantes. La maladie présente aussi un caractère multiplicatif très net puisque
15 x 106 Brucella inoculées à des génisses gestantes peuvent provoquer l'excrétion
de 1012 à 1013 bactéries en cas d'avortement ultérieur. Il faut, en plus, évoquer
l'excrétion plus discrète, mais non moins dangereuse, au moment du vêlage à terme
d'une vache infectée, pas toujours dépistée par la sérologie, et le danger des génisses
nées de mères brucelliques qui peuvent se révéler infectées elles-mêmes au moment
de leur premier vêlage, après une phase souvent prolongée de sérologie négative.
589
Cette contagiosité explique les recontaminations observées dans les troupeaux
qu'on croit assainis. Sans ces recontaminations, la prophylaxie par abattage des
réagissants serait très vite efficace. A l'inverse, si la vaccination était efficace à
100%,
l'éradication serait acquise très rapidement par l'injection de vaccin à tous
les animaux. Ce n'est pas le cas et une campagne d'éradication de la brucellose est
une course entre son élimination par abattage et sa propagation qu'on peut éven-
tuellement freiner par la vaccination.
Les moyens de lutte contre la maladie sont le dépistage et la prophylaxie qui
inclut ou non la vaccination. Ces trois points seront examinés en intégrant les infor-
mations contenues dans les rapports et en les confrontant aux données scientifiques
les plus récentes.
LA BRUCELLOSE BOVINE
LE DÉPISTAGE
Il a pour but de rechercher l'infection brucellique, d'en connaître la prévalence
et la distribution et, pour les pays où l'éradication est acquise, de surveiller
l'absence de recontaminations. Il met en jeu des épreuves sérologiques et allergi-
ques,
et la recherche de l'agent par bactériologie.
Le dépistage sérologique
Il utilise des épreuves de base, destinées au dépistage de masse, associées à des
épreuves complémentaires pour élucider le cas des réponses douteuses. Les prélève-
ments intéressent le sang, pris sur l'animal vivant et à l'abattoir (Canada), et le lait.
Le dépistage met en évidence les anticorps, témoins de l'infection. Celle-ci apparaît
après une période variable d'incubation, puis tend à devenir chronique, avec des
anticorps de classes IgG1, IgG2 et IgM (32) en proportions relatives différentes
selon le stade d'évolution de la maladie. Par ailleurs, la vaccination, souvent utili-
sée,
est elle-même responsable de la formation d'anticorps des mêmes classes.
L'épreuve sérologique idéale doit établir un diagnostic précoce, identifier les infec-
s chroniques et différencier les anticorps de vaccination de ceux d'infection. Elle
doit, de plus, être économique, simple et rapide à effectuer puisqu'elle s'adresse à
une très grande quantité de prélèvements. Aucune épreuve sérologique ne possède
toutes ces qualités.
La séro-agglutination lente en tubes (SAW), ancêtre des épreuves sérologiques,
est toujours largement utilisée puisqu'elle est l'épreuve de base pour douze pays, et
une épreuve complémentaire pour dix-sept autres. La preuve de son efficacité réside
dans le fait que la majorité des pays maintenant déclarés indemnes l'ont utilisée,
associée toutefois à la fixation du complément ou au ring test. La SAW met en évi-
dence les anticorps des classes IgG2 et IgM (32). On lui reproche de dépister parfois
tardivement les animaux récemment infectés et de ne pas bien détecter l'infection
chronique, ou de ne la déceler que par des titres bas et difficiles à interpréter (26,
39).
Ce dernier défaut paraît particulièrement grave quand on connaît la chronicité
habituelle de la maladie.
La fixation du complément (FC) est utilisée comme test de base dans deux pays
(Malaysia et Nouvelle-Zélande, ce dernier pays l'ayant automatisé) et comme test
complémentaire pratiquement partout ailleurs. Détectant les anticorps des classes
590
IgG1 et IgM, ce test est considéré comme le plus sensible et le plus précis, permet-
tant une distinction relative entre anticorps vaccinaux et infectieux (2, 39). La FC
présente l'inconvénient d'être délicate et longue à exécuter et nécessitant le travail
d'un technicien entraîné, ce qui ne permet malheureusement pas souvent son utilisa-
tion comme épreuve de base.
Le test au Rose Bengale (RBT) est une agglutination rapide sur lame de sérum
pur avec un antigène coloré et à pH 3,6. C'est l'épreuve de base pour vingt-trois
pays sur les trente qui disent l'utiliser. On observe donc un large consensus sur l'uti-
lisation de cette épreuve. Ce consensus paraît justifié dans la mesure où le RBT est
un test économique, simple et rapide, donnant peu de faux résultats négatifs ou
positifs obligeant à une FC de contrôle (ou SAW + FC) (13). Les immunoglobuli-
nes responsables de la réaction sont les IgGl (9) comme pour la FC, et parfois les
IgM en fonction du mode de préparation de l'antigène (D. Levieux, communication
personnelle). Ce test dépiste l'infection plus précocement que la SAW (13), en
même temps que la FC (39), ou parfois avant la FC (20).
Le test de l'anneau ou ring test (RT) est également largement utilisé. Il détecte
les immunoglobulines du lait, soit provenant du sang par filtration (IgM), soit pro-
duites localement dans la mamelle (IgA), organe qui compte parmi les plus fré-
quemment infectés. Très efficace (35, 48), c'est une épreuve facile à réaliser et éco-
nomique. Le RT peut être réalisé à grande fréquence (mensuelle) aussi bien pour le
dépistage des troupeaux laitiers infectés (le RT a été le dépistage de base en Suisse,
en particulier) que pour la surveillance ininterrompue des troupeaux assainis. Le
succès remporté par ce test semble dû davantage à sa fréquence de réalisation qu'à
sa sensibilité (Grande-Bretagne) qui diminue avec la taille du troupeau. C'est un
test d'alerte précoce puisque la sérologie ne peut jamais être répétée aussi fréquem-
ment. L'addition de formol (concentration finale 0,2%) préserve le lait jusqu'à 14
jours et semble augmenter la sensibilité du test plutôt que la réduire (Grande-
Bretagne). Enfin, le RT peut être utilisé au niveau individuel.
Dépister les troupeaux à sérologie positive est facile en début de prophylaxie.
Avec les progrès de l'assainissement, ou une fois l'éradication acquise, apparaissent
de nouveaux problèmes qui doivent être traités d'une façon plus élaborée, et sou-
vent au niveau individuel. Outre les épreuves déjà classiques, au Rivanol, au
mercapto-éthanol (39, 42) et à l'antiglobuline de Coombs, de nouvelles épreuves
sont à l'étude (16, 44, 51). Parmi ces nouvelles épreuves encore à l'étude, l'ELISA
pratiquée sur le sérum ou le lactosérum (Grande-Bretagne) paraît très prometteuse.
D'autres difficultés apparaissent également avec la SAW et la FC en raison de
réactions croisées entre Brucella et autres germes tels que Yersinia enterocolitica
sérogroupe 09, différentes Salmonella, Escherichia coli, etc. (11), le RBT paraissant
plus spécifique à cause de son pH 3,6 (13). L'addition d'EDTA (43) semble éviter
cet inconvénient de la SAW (Grande-Bretagne).
Le dépistage allergique
L'infection à Brucella crée un état de sensibilisation qui peut être révélé par les
réactions d'hypersensibilité de type retardé provoquées par l'injection d'allergènes
extraits des Brucella. Parmi un grand nombre, les allergènes extraits selon le pro-
cédé de Bhongbhibhat et coll. (6) présentent l'avantage de ne pas provoquer la for-
mation d'anticorps dépistés par les tests sérologiques de routine ni de sensibiliser.
On peut donc répéter ce dépistage sans perturber les diagnostics sérologiques ou
591
allergiques ultérieurs. Ce test est proposé (21) pour le dépistage de routine et comme
test supplémentaire dans les troupeaux à problèmes. Quatre pays l'utilisent :
Nouvelle-Zélande, RFA, Tchécoslovaquie et URSS. La Nouvelle-Zélande lui recon-
naît une spécificité de 100% et une sensibilité de 60 à 68% et en prévoit l'utilisation
pour un diagnostic simultané de la tuberculose et de la brucellose.
Le dépistage bactériologique
La majorité des pays pratique la recherche bactériologique des Brucella. Cette
recherche est faite principalement à l'occasion des avortements dont la déclaration
est le plus souvent obligatoire. La décharge vaginale, le colostrum, l'avorton et le
placenta contiennent alors une très grande quantité de Brucella chez les animaux
infectés. L'excrétion dans le lait est recherchée soit au niveau individuel (vache à
sérologie négative, mais RT positif), soit à grande échelle comme complément des
autres examens (Etats-Unis). La recherche des Brucella peut être faite enfin à partir
de ganglions et d'organes prélevés à l'abattoir (Canada) ou du liquide de ponction
des hygromas fréquents (15) sur des animaux africains infectés (Burkina Faso).
Cette recherche a l'avantage de donner la preuve directe de la maladie, en cas d'iso-
lement. Elle nécessite de bons laboratoires et des techniciens bien entraînés. L'utili-
sation des milieux sélectifs est systématique. Il faudra se souvenir toutefois que le
biovar 2 de B. abortus requiert l'addition de sérum dans le milieu. Le milieu de
Kuzdas et Morse et le WE de Renoux, dont l'utilisation est souvent signalée, n'en
comprennent pas et ne permettent donc pas l'isolement de ce biovar. On leur préfè-
rera avantageusement le milieu de Farrell (19) qui en contient. La recherche et
l'identification bactériologique des Brucella, complémentaire des méthodes immu-
nologiques, sont indispensables à une évaluation correcte du statut épidémiologique
des troupeaux ou groupes humains. L'identification des Brucella, espèces et bio-
vars,
a beaucoup progressé grâce à l'utilisation d'une série de bactériophages, étu-
diés dans plusieurs pays. Une identification correcte est donc devenue accessible à
des laboratoires non spécialisés. L'information apportée par le typage ou la mise en
évidence de caractères marqueurs rares permet de connaître et de tracer les sources
de l'infection.
PROPHYLAXIE
Le dépistage de la brucellose est obligatoire sur la totalité du territoire ou par-
tiellement dans des zones déterminées (provinces, régions naturelles) de trente-deux
pays.
Il est partiel et repose généralement sur le volontariat ou sur l'intérêt porté à
certaines zones (bassins laitiers près des grandes villes, fermes d'Etat ou expérimen-
tales...) dans les seize autres pays. Un schéma de qualification, décrivant les critères
que doivent remplir les troupeaux pour être reconnus indemnes, existe dans vingt-
six pays. Dans la très grande majorité des pays, l'avortement est soumis à déclara-
tion obligatoire et déclenche une cascade de diagnostics et de mesures de police
sanitaire.
En fonction de leur état sanitaire actuel et des modes de prophylaxie qui y sont
ou ont été adoptés, on peut classer les quarante-huit pays en cinq groupes (voir
Tableau II).
On observe que treize pays sont officiellement déclarés indemnes de brucellose
(colonne 1). La vaccination y est interdite ou n'y est pas pratiquée, bien qu'au
moins cinq d'entre eux l'aient utilisée en début d'éradication. Le dépistage continue
d'y être pratiqué avec vigilance. Quelques pays où le déplacement des animaux est
1 / 17 100%

Brucellose des bovins et des petits ruminants

Telechargé par mery30dz
La catégorie de ce document est-elle correcte?
Merci pour votre participation!

Faire une suggestion

Avez-vous trouvé des erreurs dans linterface ou les textes ? Ou savez-vous comment améliorer linterface utilisateur de StudyLib ? Nhésitez pas à envoyer vos suggestions. Cest très important pour nous !