Concept de soi physique et DI chez l'adolescent : âge, sexe, poids

Telechargé par Keltouma Ahfid
179
The Canadian Journal of Psychiatry, Vol 56, No 3, March 2011 W
Recherche originale
Concept de soi physique et adolescents présentant
une déficience intellectuelle : effets de l’âge,
du sexe et de la catégorie de poids
Jérôme Bégarie, PhD1; Christophe Maïano, PhD2; Grégory Ninot, PhD3
Objectif : Etudier les effets de l’âge, du sexe, du poids et de leurs interactions sur l’estime
globale de soi (EGS) et le concept de soi physique d’adolescents présentant une décience
intellectuelle (DI).
Méthode : Un échantillon de 353 adolescents DI, âgés de 12 à 18 ans, a participé à
cette étude. La version très courte de l’inventaire du soi physique pour adolescents DI
(communément appelée PSI-VSF-ID) a été utilisée pour évaluer l’EGS et les perceptions
du soi physique (la valeur physique perçue [VPP], la compétence sportive [CS], la condition
physique, l’apparence physique et la force).
Résultats : Les analyses de covariances multivariées montrent : (i) des niveaux d’EGS et
de soi physique inférieurs (à l’exception de la VPP) chez les lles par rapport aux garçons;
(ii) une diminution des scores d’EGS, de VPP, de CS et d’apparence physique perçue (APP)
au cours de l’adolescence; (iii) des scores d’EGS, de VPP, et d’APP inférieurs chez les
adolescents obèses comparés à leurs pairs en surpoids ou de poids normal; et (iv) que les
lles obèses présentent des scores d’APP inférieurs à ceux des autres adolescents.
Conclusion : Les résultats obtenus pour le sexe et l’âge sont quasiment conformes à ceux
de la littérature en population générale. En revanche, ils s’en éloignent pour l’effet principal
de la catégorie de poids.
Rev can psychiatrie. 2011;56(3):179–186.
Implications cliniques
Les scores d’EGS, de VPP, de CS et d’APP des adolescents DI diminuent
signicativement au cours de l’adolescence (entre 12 et 18 ans).
Les lles DI obtiennent des scores d’EGS et de soi physique (à l’exception de
l’échelle de VPP) inférieurs à ceux des garçons DI.
Les adolescents DI obèses témoignent d’un plus faible niveau d’EGS, de VPP et
d’APP, comparativement à ceux en surpoids ou de poids normal.
Limitations
Les adolescents DI en « surpoids » et « obèses » sont faiblement représentés dans
l’échantillon étudié. Par conséquent, l’effet d’interaction « âge × sexe × poids » n’a pu
être vérié.
Les caractéristiques du contexte d’accompagnement en milieu institutionnel (durée
de séjour, type de scolarisation, modalité de séjour : internat c. externat, etc.) n’ont pu
être évaluées et contrôlées statistiquement.
L’absence d’un groupe de comparaison normatif ne permet pas de qualier le niveau
d’EGS et de soi physique de l’échantillon d’adolescents DI étudié.
Mots clés : Inventaire du Soi physique pour adolescents présentant une décience
intellectuelle, adolescence, estime globale de soi, surpoids, obésité, niveau de
décience intellectuelle
180 W La Revue canadienne de psychiatrie, vol 56, no 3, mars 2011
Recherche originale
Le concept de soi est une description et évaluation
consciente de nos propres compétences et attributs1. Il est
aujourd’hui envisagé comme un modèle multidimensionnel
et hiérarchiquement organisé, au sommet duquel se trouve
le concept de soi global et aux niveaux inférieurs, des
constructions plus spéciques liées aux compétences, telles
que le soi social, le soi scolaire, le soi physique, etc.1. Dans
ce modèle, l’EGS est une auto-évaluation consciente du
concept de soi général et désigne le sentiment qu’a chacun,
au fond de lui-même, de sa propre valeur2,3.
Au milieu des années 1980, les sous-composantes du
concept de soi physique ont de plus en plus été étudiées et
détaillées, et le concept de soi physique a émergé comme
une construction clé, particulièrement dans les cultures
occidentales qui attachent beaucoup d’importance aux
capacités physiques et à l’apparence4,5. En effet, par son
apparence, ses attributs corporels et ses compétences
physiques, le sujet étaye son soi physique, et dans certaines
conditions renforce son EGS6,7.
Le modèle du concept de soi physique développé par Fox et
Corbin8 situe l’EGS au sommet de la hiérarchie, le domaine
général de compétence physique dénommé VPP au niveau
intermédiaire, et quatre sous-domaines spéciques à la base
de la pyramide : la CS, la CP, l’APP, et la F. L’avantage
principal de ce modèle est de permettre l’évaluation
simultanée de plusieurs niveaux de perceptions du soi
physique. Son évaluation peut se faire à l’aide de deux
outils scientiquement validés : le PSPP de Fox et Corbin8
et le PSDQ de Marsh et Redmayne9.
Depuis le développement du concept de soi physique par
Fox et Corbin8, de nombreux travaux en population générale
ont démontré que les perceptions du soi physique exerçaient
un rôle important dans l’engagement et le maintien de
la pratique d’une ou plusieurs activités physiques et
sportives, et qu’elles exerçaient un rôle déterminant dans
l’amélioration de l’EGS et le développement du bien-être
psychologique4,5,10,11. Toutefois, une récente recension
des écrits effectuée dans diverses bases de données
(Current Contents, MEDLINE, PsycINFO, Psychology
and Behavioral Science Collection) par les auteurs de
ce manuscrit révèle qu’actuellement aucune étude n’a
étudié le concept de soi physique auprès d’une population
d’adolescents présentant une DI.
Cette absence de travaux est surprenante pour deux
raisons. Premièrement, l’adolescence représente une
période clé du développement au cours de laquelle les
personnes présentant une DI doivent subir de multiples
transformations (corporelles, psychologiques et sociales)
susceptibles d’altérer leur concept de soi physique12. En
effet, de nombreuses études transversales et longitudinales,
en population générale, montrent que les scores d’EGS13,14,
de VPP15,16, de CS15,16, de CP16 et d’APP15,16 diminuent
signicativement au cours de l’adolescence. Par ailleurs,
d’autres études16–20 soulignent qu’au cours de cette même
période, les lles expriment des niveaux d’EGS et de soi
physique signicativement inférieurs à ceux des garçons.
Toutefois, aucun effet d’interaction « sexe × âge » n’a été
mis en évidence dans ces études15,17,18.
Deuxièmement, de récents travaux ont récemment souligné
l’accroissement des troubles de santé physique chez les
personnes DI21,22. Parmi ces troubles, le développement du
surpoids et de l’obésité est tout particulièrement prégnant.
En effet, de récentes études rapportent, chez les adolescents
DI, des niveaux de prévalence de surpoids et (ou) d’obésité
systématiquement supérieurs à ceux observés chez les
adolescents sans DI, et cela quel que soit le contexte
d’accompagnement23–27. L’apparition de cette pathologie
secondaire est particulièrement préoccupante, car elle
risque de devenir sur-handicapante sur le plan physique28,29
et psychosocial30. En effet, en population générale, la
stigmatisation fréquente associée à la surcharge pondérale31
induit chez les adolescents en surpoids et (ou) obèses de
plus faibles niveaux d’EGS16,32,33 et de perceptions du soi
physique16, comparativement à leurs pairs de poids normal.
Cette insatisfaction est certes nécessaire aux adolescents
en surpoids et (ou) obèses pour qu’ils se préoccupent
de leur corps et développent une intention de perdre
du poids34–37. Cependant, en accord avec la théorie de
l’autodétermination38, elle constitue, pour cette population,
une véritable barrière à un engagement réel et durable dans
la pratique d’une activité physique et (ou) sportive39,40.
Contrairement au concept de soi physique révélé par
les travaux menés chez les adolescents sans DI, nous
ne connaissons que très peu de choses sur le concept de
soi physique des adolescents DI, et plus spéciquement
sur les effets que peuvent exercer certaines variables
démographiques (âge et sexe) et staturo-pondérales
(catégorie de poids) sur celui-ci. L’objectif de ce travail
est donc de répondre aux limites évoquées précédemment
et d’étudier les effets de l’âge, du sexe, de la catégorie de
Abréviations
APP apparence physique perçue
CP condition physique
CS compétence sportive
DI décience intellectuelle
EGS estime globale de soi
F force
IMC Indice de masse corporelle
PSDQ Physical Self-Description Questionnaire
PSI-VSF-ID inventaire du soi physique pour adolescents DI
PSPP Physical Self-Perception Prole
SNK Student-Newman-Keuls
VPP valeur physique perçue
181
The Canadian Journal of Psychiatry, Vol 56, No 3, March 2011 W
Concept de soi physique et adolescents présentant une décience intellectuelle : effets de l’âge, du sexe et de la catégorie de poids
poids et de leurs interactions sur l’EGS et le soi physique
d’adolescents DI scolarisés dans une institution spécialisée.
(Dans le cadre de ce travail la DI est entendue comme une
« limitation substantielle dans le fonctionnement mental
qui intervient avant l’âge de 18 ans. Elle se caractérise
par un niveau de fonctionnement intellectuel inférieur à la
normale existant simultanément avec une limitation dans
au moins deux domaines suivants : conduites adaptatives,
communication, soin personnel, vie à domicile, conduites
sociales, usages communautaires, maîtrise de soi, santé,
soin, attitudes scolaires, loisir et travail »41, p.10.)
En adéquation avec la littérature sur les adolescents de
population générale16–20, la première hypothèse postule
que les garçons DI vont présenter des scores d’EGS et de
perceptions du soi physique supérieurs à ceux des lles DI.
La deuxième hypothèse postule que les niveaux d’EGS et de
soi physique (à l’exception de l’échelle de F) diminuent au
cours de l’adolescence. En référence aux travaux de Marsh,
Hau, Sung et coll.16, la troisième hypothèse suppose que les
adolescents présentant une DI et en surpoids et (ou) obèses
vont connaître des niveaux d’EGS et de perception de soi
physique inférieurs à leurs homologues de poids normal.
Conformément à la littérature15,17,18 en population générale,
nous n’attendons pas d’effet d’interaction entre le sexe et
l’âge. Enn, la dernière hypothèse suppose que les lles DI
en surpoids et (ou) obèses vont respectivement exprimer des
niveaux d’EGS et de perceptions de soi physique inférieurs
à ceux des autres adolescents.
Méthode
Participants
L’échantillon initial de cette étude comprenait 419
adolescents DI (247 garçons, 172 lles), âgés entre 12 et
18 ans, et scolarisés au sein de 24 établissements spécialisés
français. Seuls les adolescents DI qui ont respecté les
critères d’inclusion suivants ont participé à cette étude :
i. diagnostic de DI légère, moyenne ou grave;
ii. catégorie de poids normale, en surpoids ou obèse; et
iii. aucune limitation fonctionnelle nécessitant l’usage
régulier d’une assistance ou d’un fauteuil roulant.
L’échantillon nal comprend 353 adolescents (200
garçons, M âge = 15,74; ET âge = 0,20; 153 lles, M
âge = 15,87; ET âge = 0,21), dont 55 % présentent une
DI légère (50 à 55 QI 70), 42 % une DI moyenne
(35 à 40 QI 50 à 55), et 3 % une DI grave (20 à
25 QI 35 à 40). L’analyse de leur IMC révèle que 73 %
d’entre eux ont un poids normal, 19 % sont en surpoids, et
8 % sont obèses. Une analyse de variance (ANOVA) à deux
voies a souligné l’absence de différence d’âge moyen entre
les adolescents au niveau du sexe (F = 0,22, dl = 1,347,
P = 0,64), de la catégorie de poids (F = 1,72, dl = 2,347,
P = 0,18), et de l’interaction « sexe × catégorie de poids »
(F = 0,58, dl = 2,347, P = 0,56).
Mesures
Renseignements généraux et données démographiques.
Un premier questionnaire a été élaboré et diffusé aux
établissements spécialisés ayant accepté de participer
à l’étude. Il consistait à recueillir les caractéristiques
démographiques (âge, sexe, et durée de scolarisation),
physiques (poids, taille, limitations fonctionnelles
nécessitant l’usage régulier d’une assistance ou d’un fauteuil
roulant), et cognitives (niveau de DI) des adolescents DI.
Les mesures du poids au demi-kilogramme près et de la
taille au demi-centimètre près ont été effectuées par les
inrmières des établissements. La catégorie de poids a été
déterminée par le calcul de l’IMC (poids/taille²) selon les
seuils internationaux pour adolescents, ajustés pour le sexe
et l’âge42.
Soi physique. Le concept de soi physique a été évalué à
l’aide de la version très courte pour adolescents du PSI-
VSF-ID validée par Maïano et coll.43. Les propriétés
psychométriques de l’outil ont été testées auprès de 362
adolescents DI. Les analyses factorielles ont :
i. conrmé la validité de la structure multidimensionnelle
de l’outil (EGS, VPP, CP, CS, APP, et F); et
ii. démontré l’invariance du modèle au niveau de l’âge
(12 à 14 ans c. 15 à 18 ans), du sexe, du niveau de DI
(léger c. moyen), et du type de scolarisation (classe
spécialisée c. institution spécialisée).
Enn, les tests de cohérence interne (0,70 ω ≥ 0,74) et de
stabilité temporelle (0,72 r ≥ 0,93) ont conrmé la délité
de l’instrument.
Le PSI-VSF-ID comporte 12 items (2 par échelle) auxquels
les adolescents DI répondent à l’aide d’une échelle de
réponse à six degrés croissants, composée d’un continuum
de visages classés du « moins en accord » au « plus en
accord ». Dans cette étude, les indices de cohérence interne
(alpha de Cronbach) de l’échantillon d’adolescents DI
étudié sont passables (EGS : 0,60; VPP : 0,61; CP : 0,67;
CS : 0,69; APP : 0,58; F : 0,58). Toutefois, au regard du
faible nombre d’items par dimension (deux), ils peuvent
être envisagés comme étant acceptables44. En effet, la
cohérence interne d’une échelle est fortement conditionnée
par le nombre d’items qu’elle comprend44. Ainsi, plus une
échelle comporte d’items, plus sa cohérence interne est
élevée.
Procédure
Après avoir obtenu les accords du comité d’éthique Sud-
Méditerranée IV de l’Université de Montpellier et des
différents directeurs d’établissements spécialisés, une lettre
de non-opposition à l’étude a été adressée aux familles.
Chaque adolescent s’est vu expliquer individuellement les
182 W La Revue canadienne de psychiatrie, vol 56, no 3, mars 2011
Recherche originale
modalités de participation à cette étude. Seuls les adolescents
ayant rempli la feuille de consentement éclairé et dont
l’accord parental a été obtenu ont participé à cette étude.
La passation du questionnaire s’est effectuée en classe, par
petits groupes de 10 adolescents maximum, en respectant
les conditions de passations proposées par Maïano et coll.43.
Chaque passation n’a pas excédé 20 minutes.
Analyses statistiques
Les données ont été analysées à l’aide du logiciel Statistica
7.1 pour Windows45. Une analyse de covariance multivariée
(MANCOVA) à trois voies a été utilisée, an de tester les
effets principaux de l’« âge », du « sexe », de la « catégorie
de poids », et leurs interactions. Au cours de ces analyses,
les éventuelles différences entre les participants selon le
niveau de DI ont été contrôlées statistiquement. Toutefois,
au regard du nombre réduit d’adolescents :
i. DI dans chacune des tranches d’âge (12 ans : n = 26;
13 ans : n = 28; 14 ans : n = 48; 15 ans : n = 46; 16
ans : n = 67; 17 ans : n = 72; 18 ans : n = 66), il a été
décidé de scinder cette variable en trois catégories :
12 à 14 ans (n = 102), 15 à 16 ans (n = 113), et 17 à
18 ans (n = 138);
ii. présentant une DI grave (n = 11), cette variable a
été scindée en deux catégories : légère (n = 193)
et moyenne-grave (n = 160). Toutefois, malgré ces
regroupements, ce modèle d’analyse comporte des
cellules manquantes et des effets ne peuvent être
estimés.
Par conséquent, trois séries de MANCOVA ont été utilisées.
La première série a vérié les effets principaux de l’« âge »,
du « sexe », et de l’interaction « âge × sexe »; en contrôlant
l’effet d’éventuelles différences liées au niveau de DI. La
deuxième série a testé les effets principaux de la « catégorie
de poids », du « sexe », et de l’interaction « sexe × poids » en
contrôlant les effets d’éventuelles différences liées à l’âge
et au niveau de DI. Enn, la troisième série a évalué l’effet
d’interaction « âge × catégorie de poids » en contrôlant les
effets du genre et du niveau de DI. Lorsque la MANCOVA
était signicative, une ANCOVA à deux voies a ensuite été
menée pour chacune des échelles du PSI-VSF-ID. En cas
d’effet signicatif, un test post-hoc de SNK a été utilisé
(P < 0,05).
Résultats
Effet principal « sexe »
La MANCOVA met en évidence une relation signicative
entre l’effet principal « sexe » et les échelles du PSI-VSF-ID
(Wilks-λ = 0,91; F = 5,34, dl = 6,341; P < 0,001). Les
différentes ANCOVA soulignent une différence signicative
d’EGS (F = 7,34, dl = 1,346; P = 0,007), de CP (F = 19,11,
dl = 1,346; P < 0,001], de CS (F = 20,44, dl = 1,346;
P < 0,001), d’APP (F = 7,84, dl = 1,346; P = 0,005) et de
F (F = 14,50, dl = 1,346; P < 0,001), entre garçons et lles.
Les tests post-hoc de SNK montrent sur l’ensemble de ces
dimensions (voir Figure 1) des scores inférieurs pour les
lles comparativement aux garçons (P < 0,001). Toutefois,
aucune différence signicative n’a été constatée pour la
VPP (F = 1,54, dl = 1,346; P = 0,22).
Effet principal « âge »
La MANCOVA indique une relation signicative entre
l’effet principal « âge » et les échelles du PSI-VSF-ID
(Wilks-λ = 0,92; F = 2,51, dl = 12,682; P = 0,003).
Les différentes ANCOVA signalent une différence
signicative entre les trois catégories d’âge (12 à 14 ans,
15 à 16 ans, et 17 à 18 ans) aux échelles d’EGS (F = 6,24,
dl = 2,346; P = 0,002), de VPP (F = 4,28, dl = 2,346;
P = 0,01), de CS (F = 5,31, dl = 2,346; P = 0,005), et d’APP
(F = 4,22, dl = 2,346; P = 0,02). Les tests post-hoc de SNK
montrent (voir Figure 2) : (i) des scores d’EGS supérieurs
pour les 12 à 14 ans (P = 0,001) et les 15 à 16 ans (P = 0,03)
comparativement aux 17 à 18 ans; et (ii) des scores de VPP
supérieurs pour les 12 à 14 ans comparativement aux 17 à
18 ans (P = 0,01). Ils signalent également des scores :
i. de CS inférieurs chez les 15 à 16 ans (P < 0,001) et 17
à 18 ans (P = 0,008) comparativement aux 12 à
14 ans; et
ii. d’APP inférieurs pour les 17 à 18 ans
comparativement à ceux de 12 à 14 ans (P = 0,004).
Néanmoins, aucune différence signicative n’a
été constatée pour la CP (F = 2,88, dl = 2,346;
P = 0,06), et la F (F = 0,65, dl = 2,346;
P = 0,52).
Effet principal « catégorie de poids »
La MANCOVA montre une relation signicative entre l’effet
principal « catégorie de poids » et les échelles du PSI-VSF-ID
(Wilks = 0,90; F = 2,91, dl = 12,680; P < 0,001). Les
difrentes ANCOVA soulignent une difrence signicative
entre les trois cagories de poids (normal, surpoids, et obésité)
Figure 1 Répartition des scores obtenus aux
échelles du PSI-VSF-ID selon le genre
183
The Canadian Journal of Psychiatry, Vol 56, No 3, March 2011 W
Concept de soi physique et adolescents présentant une décience intellectuelle : effets de l’âge, du sexe et de la catégorie de poids
au niveau des échelles d’EGS (F = 5,43, dl = 2,345; P = 0,005),
de VPP (F = 3,71, dl = 2,345; P = 0,03) et d’APP (F = 3,65,
dl = 2,345; P = 0,03). Les tests post-hoc de SNK effectués sur
chacune de ces échelles (voir Figure 3) montrent des scores
inrieurs pour les adolescents oses comparativement
aux autres groupes (P < 0,01). Toutefois, aucune différence
signicative n’a été constatée au niveau des échelles de CP
(F = 1,53, dl = 2,345; P = 0,22), de CS (F = 0,10, dl = 2,345;
P = 0,90), et de F (F = 2,00, dl = 2,345; P = 0,14).
Effets d’interaction : « sexe × catégorie de poids »,
« âge × catégorie de poids », et « sexe × âge »
La MANCOVA met en évidence une relation signicative
entre l’effet d’interaction « sexe × catégorie de poids »
(Wilks-λ = 0,93; F = 2,00, dl = 12,680; P = 0,02) et les échelles
du PSI-VSF-ID. Les différentes ANCOVA soulignent
qu’à l’exception de l’échelle d’APP (F = 5,11, dl = 2,345;
P = 0,007), il n’existe pas de différence signicative, entre
les garçons et les lles des différentes catégories de poids, au
niveau des échelles d’EGS (F = 0,85, dl = 2,345; P = 0,43),
de VPP (F = 1,69, dl = 2,345; P = 0,19), de CP (F = 0,03,
dl = 2,345; P = 0,97), de CS (F = 1,36, dl = 2,345; P = 0,26),
et de F (F = 1,11, dl = 2,345; P = 0,33). Le test post-hoc
de SNK montre des scores d’APP inférieurs pour les lles
obèses comparativement aux autres groupes (P < 0,001).
Enn, aucune relation signicative n’existe entre les effets
d’interaction « âge × catégorie de poids » (Wilks-λ = 0,93;
F = 0,97, dl = 24,1176.863; P = 0,51), « sexe × âge »
(Wilks-λ = 0,97; F = 0,73, dl = 12,682; P = 0,73) et les
échelles du PSI-VSF-ID.
Discussion
L’objectif de cette étude était d’évaluer les effets du sexe,
de l’âge, de la catégorie de poids et de leurs interactions
sur l’EGS et les perceptions de soi physique d’adolescents
DI. L’effet principal « sexe » montre que les garçons
obtiennent des scores d’EGS et de perceptions de soi
physique supérieurs à ceux des lles (à l’exception de
l’échelle de VPP). Ce résultat, qui conrme partiellement
la première hypothèse, est en accord avec la littérature en
population générale16–20. Par conséquent, il semblerait que
l’inuence du sexe l’avantage des garçons au cours de
l’adolescence) sur le concept de soi physique ne soit pas
remise en question par la DI. Le ratio selon le sexe (1 lle
pour 1,6 garçon)27, en défaveur des lles, peut en partie
expliquer cette dévalorisation des lles par rapport aux
garçons. En effet, les perceptions de soi se construisent à
l’aide du processus de comparaison sociale, c’est-à-dire
l’observation des capacités de ses pairs et la comparaison à
eux46. Ainsi, puisque les lles DI sont très peu représentées
dans ce contexte d’accompagnement, elles se retrouvent
très fréquemment confrontées aux garçons DI. Cette
comparaison sociale négative à leurs pairs masculins
semble donc produire chez elles une auto-évaluation
défavorable qui se traduit par un plus faible niveau
d’EGS et de compétences physiques (CP, CS, et F)17. Par
ailleurs, sur le plan de l’APP, il semble également que les
adolescentes DI intériorisent un idéal corporel de minceur,
très prégnant au sein des sociétés occidentales17,47. L’écart
entre les perceptions corporelles de ces adolescentes et
l’idéal corporel culturellement véhiculé qu’elles souhaitent
atteindre semble être l’origine d’une réelle insatisfaction
corporelle48. Le contexte institutionnel ne semble donc pas
préserver les adolescentes DI de cette inuence.
Les résultats montrent par ailleurs un effet principal « âge »
conforme à la littérature sur les échelles d’EGS, de VPP,
de CS et d’APP15,16. En revanche, ils ne montrent pas
d’effet de cette variable sur la CP et la F, ce qui ne conrme
que partiellement la deuxième hypothèse. L’ensemble
de ces résultats souligne, comme chez les adolescents de
population générale13–16, que l’adolescence joue un rôle
clef dans le développement de l’EGS et du concept de
soi physique chez les adolescents DI. Ainsi, il semblerait
qu’au cours de cette période, les adolescents DI doivent,
comme tout autre adolescent, faire face à de multiples
transformations (corporelles, psychologiques et sociales)
Figure 2 Répartition des scores obtenus aux
échelles du PSI-VSF-ID selon l’âge
Figure 3 Répartition des scores obtenus aux
échelles du PSI-VSF-ID selon la catégorie de poids
1 / 8 100%
La catégorie de ce document est-elle correcte?
Merci pour votre participation!

Faire une suggestion

Avez-vous trouvé des erreurs dans l'interface ou les textes ? Ou savez-vous comment améliorer l'interface utilisateur de StudyLib ? N'hésitez pas à envoyer vos suggestions. C'est très important pour nous!