Thème n°2 socio :
Les stratifications sociales
Il s’agit d’un thème d’actualité : depuis le milieu des années 90, la question des fractures et les
inégalités voire même des classes sociales est très présente dans débat intellectuel et
scientifique, mais aussi dans l’espace public. En général, les études concluent un accroissement
des inégalités sociales dans la période contemporaine, à une société plus morcelée et segmentée
à travers différents indicateurs : les inégalités scolaires, les discriminations raciales ou ethniques,
la ségrégation résidentielle, l’opposition entre précaires et stables…
Il existe deux types de définition de la notion de stratification sociale :
- une première plutôt large correspond aux manières dont on peut penser, conceptualiser
et mesurer les inégalités dans la société. Maints se pose notamment la question des
conflits entre différentes classes sociales.
une deuxième, plus restrictive, mais plutôt en avant l’existence d’une société avec des
différences de position qui ne débouchent pas nécessairement sur des conflits entre
groupes sociaux.
Ces deux approches peuvent se résumer par une série de couples d’opposition : une structure
sociale considérée comme constituée d’éléments homogènes (individus ou positions sociales) et
une structure sociale envisagée comme un ensemble de groupes distincts ; entre des positions
potentiellement similaires est proche et des positions fondées sur l’opposition et la distinction ;
entre un schéma de base est l’individu et un autre où ce groupe ; entre la mise en évidence de la
compétition individuelle et de la fluidité sociale et celle de la prédominance des antagonismes
collectifs à travers les conflits sociaux.
Dans « La classe comme représentation et comme volonté », in Cahiers internationaux de
sociologie, 1965, Raymond ARON en 1964 considérer que les classes sociales se caractérisaient
de trois manières : « une communauté objectivement saisissables » ( qui correspond la classe en
soi de Marx ; « une consistance à travers la durée de ces êtres collectifs (fermeture ou ouverture,
la classe étant plus forte si moins ouverte) » ; « une prise de conscience de ces êtres collectifs par
eux-mêmes » ( qui correspond à la classe pour soi chez Marx. Cette triple définition de la sociale
est reprise notamment par Louis CHAUVEL qui distingue « l’identité temporelle » (reproduction
et stabilité du groupe), « l’identité culturelle » et « l’identité collective »( capacité à agir
collectivement pour défendre ses intérêts) (« Le retour des classes sociales ? », Revue de l’OFCE,
2001).
Il y a donc un certain consensus parmi les sociologies français pour définir les classes sociales à
partir de ces trois dimensions (position d’utile, conscience de classe et action collective). Les
désaccords portent sur le poids relatif à accorder à chacun de ces trois critères. Mais les
désaccords porte surtout sur la validité et la pertinence des approches en termes de classes
sociales pour penser la société française contemporaine. On retrouve la le débat entre les deux
approches en termes de stratification sociale.
Précisons que la notion de groupe social se distingue de celle de classe sociale :
- la construction des groupes socioprofessionnels fonctionne par assemblage de
profession dans des catégories puis des groupes, alors que les classes sociales sont
identifiées par leur reconnaissance dans la réalité sociale : il y a donc une approche
nominaliste et une approche réaliste.
- La notion de groupe social se restreint à la position dans le travail tandis celle de classes
sociales se réfèrent à une identité sociale qui déborde le statut professionnel (Elle inclut
des éléments culturels…)
Dans la bibliographie, trois grands pôles structurants qui s’ordonnent de façon chronologique
sont traités :
-
-
le premier pôle correspond aux auteurs considérés comme classiques ou jugés dans
l’analyse des stratifications sociales : Marx, Halbwachs, Weber…
un second pôle invite à penser et observer la diversification des paradigmes en matière
de stratification sociale : on retrouve alors les auteurs qui se réfèrent à une approche
classiste ( Bourdieu, Hoggart, Touraine, Dahrendorf…) ; et les auteurs qui proposent
une entrée stratificationniste (Boudon, Vallet, Mendras, Dirn…)
un troisième pôle d’ouvrage se concentre sur la belle la plus contemporaine avec
surtout des enquêtes empiriques plus d’un renouveau théorique. Ces enquêtes peuvent
porter sur les ségrégations spatiales et ethniques (Maurin, Donzelot, Préteceille,
Fassin…) ; scolaires (Euriat et Thélot, Albouy et Wanecq, Merle…) ; l’accroissement
désigne l’idée de revenus (Piketty, Landais) ; le renforcement des formes d’exclusion du
marché du travail (Castel…) ; l’opposition entre les précaires et stables (Maurin) ; les
inégalités intergénérationnelles (Peugny)….Le développement de ces études empiriques
n’empêche pas l’existence d’une approche classiste : plusieurs auteurs dans la
bibliographie insiste sur la vitalité de cette manière de penser comme Chauvel, PinçonCharlot, Amosse et Chardon…
De plus, il faut tenir compte de certaines études sur certains groupes socioprofessionnels : les
paysans à travers Mendras et Hervieu; les ouvriers (Terrail) ; les employés (Chenu) ; cadres
(Bouffartigues)…
Ajoutons que dans la bibliographie, peu de place est accordée aux approches historiques ou
sociaux historiques (par exemple, l’ouvrage de Noiriel sur les ouvriers par la société française au
XIX-XXè siècle (1986) n’apparaît pas), aux approches ethnographiques ( à l’exception d’Hoggart
et de Pinçon-Charlot, rien sur les ouvriers (Beaud et Pialoux), les ouvriers ruraux (Renahy), les
classes populaires (Schwartz…)). Presque rien n’apparaît sur les inégalités liées au sexe (lire
Maruani à ce sujet). Peu de chose sur les inégalités dans les pratiques culturelles (Notamment les
études de Donnat). Ces différents manques peuvent nécessiter des lectures supplémentaires
à la bibliographie.
Chapitre n°1 – Diviser le monde social en « classes » ?
Transformations socio-économiques et débats intellectuels
(19è- Première moitié du 20è)
Ce premier chapitre recouvrent un double objectif : d’une part revenir sur les transformations
socio-économiques du XIXe siècle et de la première moitié du XXe siècle ; d’autre part, préciser
les outils intellectuels mobilisés pour penser ces transformations.
1. les fondements économiques et politiques d’une société de classes au
XIXe siècle
a. D’une société d’ordres à une société de classes
Sous l’Ancien Régime, la notion « d’ordre » renvoie à une division politico-juridique de la société.
En France, il s’agit du fameux critique ordre ecclésiastique, ordre aristocratique (ou noblesse) et
du tiers état. La perpétuation de cette société s’opère par l’hérédité et la propriété des terres.
Au même moment, soit au XVIe et au XVIIe siècle, le terme de « classe » correspond à celui de
catégories de citoyens rangés selon leur fortune. Catégories et classes sont synonymes. Ce n’est
qu’au XIXe siècle en France que le terme de classe s’autonomise et se diffuse : il est entendu au
sens de divisions sociales et économiques. Il se distingue alors de la notion d’ordre : d’une part, il
renvoie moins à une hiérarchisation juridico-politique qu’à une hiérarchisation économique et
sociale ; d’autre part, il fait référence à une société fondée sur le contrat social et non pas sur un
ordre traditionnel héréditaire.
Célestin BOUGLE dans Essai sur le régime des castes (1908) définit les castes à travers trois dimensions : la répulsion (
la société ne tolère pas le mélange de sang) ; la hiérarchie et la spécialisation héréditaire. La notion de caste repose
donc sur une structuration hiérarchique de la société et une reproduction sociale élitaire stricte de groupes sociaux
hermétiques entre eux. De ce point de vue, il considère que les sociétés d’ordres de l’ancien régime ne sont pas des
castes (même s’il peut exister des similitudes) : par exemple, le clergé n’est pas une caste car avec le principe du célibat,
il est contraint de recruter en dehors de son corps.
Alexis DE TOCQUEVILLE pense le passage des sociétés aristocratiques aux sociétés
démocratiques et leurs conséquences sur les rapports sociaux. Deux principaux ouvrages : de la
démocratie en Amérique (1835) et l’Ancien Régime et la Révolution (1856).
Né en 1805 à Paris, il vient d’une famille d’aristocrates. Critique face au non-respect des droits et
des règles qui encadraient le pouvoir de Charles X, il se retrouve en porte-à-faux vis-à-vis du
monde politique et par en Amérique en 1832. À son retour il publie en 1835 le premier tome de
De la démocratie en Amérique et le deuxième tome en 1839. Il entame alors une carrière politique
et se retrouve le député en 1837. Il se rallie plus tard à à l’opposition de gauche favorable à
l’extension du suffrage. Tocqueville est donc favorable aux réformes progressives des institutions
politiques et à l’amélioration des conditions d’existence des ouvriers. Avec l’arrivée de Napoléon
en 1852, il se retire du jeu politique.
À travers ces ouvrages, il se pose la question de savoir quelles sont les bonnes formes de
gouvernement, quels mouvements permettent la démocratisation de la vie politique et
l’apparition sur la scène politique de la classe ouvrière.
Le point de départ de sa réflexion est centré sur les changements de systèmes politiques,
notamment les sociétés démocratiques. Dans De la démocratie en Amérique, il souligne que «
l’État social démocratique » n’abolit pas à « les classes », mais change la nature des rapports
sociaux ( il définit la notion de classe de manière très lâche au sens de catégories sociales définies
selon des critères variables (juridiques, économiques…) il peut renvoyer à l’opposition entre
« maîtres » et « serviteurs » mais aussi aux ordres, aux castes… Le terme de classe n’est pas
encore autonomisé et fixé). En effet, c’est la nature des divisions sociales qui change : alors que
dans les sociétés aristocratiques, les rapports sociaux sont fixés juridiquement par l’hérédité des
positions, le rapport social est de nature contractuel dans les sociétés démocratiques. Ouvre
illustrer ce raisonnement, il prend l’exemple du maître et du serviteur : dans les sociétés
aristocratiques, le il y a une perpétuité dans la condition de mettre et le serviteur, alors que dans
la société démocratique, l’un est serviteur de l’autre dans les limites du contrat fixé car, en dehors
de ce contrat, ce sont deux citoyens.
Dans son ouvrage de 1856 l’Ancien Régime et la Révolution, il cherche à comprendre l’origine de
la révolution française et, en contrepoint, à critiquer le despotisme de l’ancien régime. Le roi lui,
la révolution s’explique comme un moment d’ajustement entre l’état social et l’état politique de la
société. En effet, la monarchie absolue a encouragé le peuple à s’opposer à l’aristocratie et donc
a favorisé 1+ grande égalité politique alors que, dans le même temps, elle a ruiné les pouvoirs
intermédiaire et donc les mécanismes de démocratisation. Cette dynamique contradictoire a
entraîné un réajustement entre les sculptures sociales et les institutions politiques violent. En
témoignent par exemple la remise en cause du système et les droits féodaux : par exemple, Le
système des droits féodaux est inacceptable pour les paysans alors que les seigneurs ont perdu
leurs pouvoirs politiques et que les paysans sont en situation d’acquérir leurs terres. On voit bien
alors comment les inégalités sociales ne sont plus tolérées alors qu’un mécanisme d’égalisation
des droits politiques se met en place.
La Révolution s’appuie sur des logiques d’opposition et le conflit entre groupes sociaux.
Tocqueville montre par exemple comment l’aristocratie, à qui la monarchie a repris la plupart
des pouvoirs politiques et que la bourgeoisie concurrence dans le domaine économique, devient
une caste perdant ses pouvoirs réels.
Il observe que les oppositions de glace s’adoucissent dans les sociétés démocratiques sur un
temps long. Dans les sociétés aristocratiques, il y a peu de pension tant que le décalage entre
l’État social et la politique n’est pas trop important ( qui se le long de nous ne ni un jouetant que
les individus perçoivent les hiérarchies de manière naturelle). En revanche dans les sociétés
démocratiques, s’il peut y avoir dans un premier temps une montée des antagonismes, dans un
second temps, le il y a une égalisation des conditions qui atténuent les différences de classe et
entraîne le développement d’une classe moyenne.
b. Mutations économiques et formation des classes sociales au XIXè siècle
Pour simplifier, on distingue trois tendances dans les mutations économiques depuis du XVIe
siècle : une phase de proto- industrialisation qui s’appuyait sur ce que l’on appelle le domestic
system (des marchands fabricants salarient des travailleurs indépendant chez eux, la plupart du
temps hors des villes) ; un développement du commerce par le biais de la colonisation ; un essor
de la finance qui renforce le capitalisme marchand.
Le progrès technique joue un rôle essentiel dans l’émergence d’une industrie moderne et le
développement de l’économie sous la forme du marché. Plusieurs cycles d’innovations
technologiques ont lieu : au milieu du XIXe siècle, le développement du chemin de fer et le
progrès de la métallurgie ; à la jointure entre le 19e et 20e, le développement du moteur à
combustion, de l’électricité, du progrès dans la chimie et la sidérurgie et dans les
communications avec le téléphone…
C’est dans ce contexte que se développe la fabrique avec de nouveaux rapports sociaux
déterminés par la séparation du capital et du travail et caractérisé par l’apparition de
l’entrepreneur et de l’ouvrier.
Ces mutations économiques entraînent un changement dans les structures sociales : croissance
du groupe des ouvriers ; marginalisation progressifs des actifs agricoles, notamment des
ouvriers agricoles ; la bourgeoisie supplante l’aristocratie au cours du XIXe siècle ; la montée en
puissance des salariés et plus tardive (elle s’opère à la veille de la première guerre mondiale
avec le développement des grands magasins puis dans l’entre-deux-guerres avec la croissance
des administrations et la bureaucratisation des entreprises).
Il faut faire attention à cette schématisation pour deux raisons : ce récit applique à des catégories
des représentations comme la distinction salarié/employeur qui n’est pas encore fixée au XIXe
siècle ; D’autre part, ces dynamiques relativement générales ne s’imposent pas partout au même
rythme ni avec les mêmes formes : par exemple elles sont beaucoup plus rapide en Angleterre
qu’en France ou en Allemagne.
Ainsi, en France, le développement de la grande industrie n’arrive vraiment qu’à la fin du XIXe
siècle. Le prolétariat industriel reste tout au long du XIXe siècle dominé numériquement par les
ouvriers ruraux (ils oscillent entre le travail agricole et le travail manufacturier) : en 1881, les
ouvriers agricoles représentent 3,4 millions d’individus et des ouvriers de l’industrie 3 millions.
Ajoutons que à la campagne, la polyactivité est dominante : les salariés travaillent à domicile
pour un industriel ou un petit artisan, exploite un lopin de terre ou vont travailler en ville dans la
petite industrie. L’enracinement des ouvriers est plus rural qu’urbain. On est encore dans le
domestic system. Il faut aussi ajouter à ces deux catégories de salariés les « gens de métier »
(artisanat urbain). Ainsi, les structures sociales qui se maintiennent jusqu’à la fin du XIXe siècle
rendent difficile la création d’une classe ouvrière dans la grande industrie.
Mais, à la fin du XIXe siècle, plusieurs éléments expliquent le développement de la grande
industrie et de la classe ouvrière : le développement du chemin de fer explique la progression du
commerce et de la concurrence entre les différentes industries et les nouveaux modes de
production ; le patronat industriel profite de la crise des années 1880-1890 pour renforcer son
emprise sur les ouvriers ( concentration de la main-d’œuvre, construction des cités ouvrières
autour des usines et dans les banlieues, encadrement patronal des associations...) ceux qui
participent à la création d’une classe ouvrière.
C. « Classes laborieuses » et « classes dangereuses » imposition et représentations
de la question sociale au XIXè siècle
Le développement de la grande industrie entraîne s’accompagne tout au long du XIXe siècle
d’une paupérisation des ouvriers. Dans les grands centres industriels (les usines) les ouvriers
sont plus qualifiés, interchangeables, vulnérable et précaires car soumis aux aléas de la
conjoncture économique et peu protégé par un code du travail quasi inexistant. En outre, l’exode
rural s’accompagne d’une désagrégation des anciennes formes de solidarité. Historien et
intellectuelle décrivent ainsi des problèmes d’hygiène, de criminalité, de santé et de
désintégration sociale à l’époque.
L’un d’eux, Louis CHEVALIER, publie en 1958 classes laborieuses et classes dangereuses de Paris
pendant la première moitié du XIXe siècle
où il constate que la ville est dans un « état
pathologique » car la criminalité et la violence sont très présentes. Il lie cet état pathologique à
l’exode rural qu’entraîne le développement d’une grande industrie : de nombreuses migrations
vers la capitale déborde la ville car les équipements ne sont pas adaptés, ce qui entraîne une
détérioration sociale : infanticide, prostitution, folie, indigence, suicide, naissances illégitimes,
développant la criminalité et inégalité des classes sociales devant la mort. On est donc les classes
dangereuses sont liés aux classes laborieuses autrement dit à la question sociale.
Dans son ouvrage, il insiste aussi sur d’influence des représentations qui existent sur les classes
laborieuses dans les autres milieux sociaux. Il montre par exemple que un véritable racisme
antique ouvrier se dégage dans les classes bourgeoises. On n’hésite pas à à qualifier les ouvriers
de sauvages, barbares, nomades… en fait, les représentations des divisions sociales en objet de
débats et de lutte entre intellectuels et entre groupes sociaux.
Marx et Engels contribuent à ce débat.
D. classes et antagonisme des rapports socio-économiques chez Marx et Engels
Karl Marx vient du milieu de la bourgeoisie libérale allemande. Il commence d’abord une
carrière universitaire dans le milieu de philosophes hégéliens, mais face à la censure et au
contrôle exercé par l’aristocratie prussienne, ces intellectuels progressistes ont des difficultés à
faire carrière et ils se retrouvent souvent en position de déclassés. Il vivra de manière
relativement précaire toute sa vie. Ses écrits doivent être replacés dans les enjeux liés aux luttes
politiques et intellectuelles qu’il mène jusqu’à sa mort. Par exemple, le manifeste du parti
communiste qu’il écrit en 1848 a été commandé par la ligue des communistes, une association de
révolutionnaires allemands exilé pour beaucoup à Bruxelles ou à Londres.
La théorie des classes sociales chez Marx recouvre deux dimensions importantes :
- la société est divisée en classes dont les délimitations relèvent de l’activité économique
(et non pas d’un statut juridique ou religieux)
les classes notamment la bourgeoisie et le prolétariat s’affrontent au travers d’une lutte
pour faire prévaloir leurs intérêts antagonistes.
Les écrits de Marx s’appuient sur l’observation du développement de la société industrielle au
milieu du XIXe siècle en France ou en Allemagne, même si celle-ci n’en est qu’à un stade de
protoindustrialisation. En par exemple, il observe les premières révoltes ouvrières en Allemagne,
celle des tisserands en Silésie en 1844 : ouvriers à domicile, ces tisserands se retrouvent
menacés par le développement de la grande industrie avec laquelle se renforce le contrôle
patronal sur les ouvriers et où le machinisme réduit l’autonomie des ouvriers.
Pour Marx, la lutte des classes est le moteur de l’histoire est donc le rejaillie dans l’espace
politique pour le contrôle des institutions politiques et étatique. Les luttes économiques et
politiques sont très fortement liées. En 1850, il publie la lutte des classes en France Dans lequel
il cherche à dévoiler derrière les luttes politiques entre orléanistes, qui soutiennent le roi LouisPhilippe, et légitimistes, qui font parti de l’opposition, les conflits de classes. Il montre comment
ces oppositions politiques et leur contenu idéologique renvoie à des clivages économiques : les
orléanistes légitimistes mettent en scène le conflit entre le capital ( aristocratie financière) et
propriété foncière ( aristocratie foncière). De même, il indique comment la bourgeoisie
industrielle qu’il appelle « bourgeoisie républicaine » s’allie en février 1848 avec la classe
ouvrière parisienne comprend le pouvoir jusqu’à son élimination par Bonaparte.
En même temps il montre que la classe comme sujet historique ne peut être totalement déduite
de la classe comme position politique. Exemple des « paysans parcellaires » qui forment un
« sac de patates » : De notreil ne s’agit pas d’une classe sociale, même si ils ont des intérêts en
commun, car ils n’ont pas de conscience de classe ; aucune liaison nationale ni aucune
organisation politique ne les regroupent pour les amener à participer à la lutte des classes.
2. Naissance des approches sociologiques de la stratification sociale
La notion de « classes » largement diffusé au début du XXe siècle pour représenter la société
moderne. Deux perspectives sont à l’origine d’une sociologie de la stratification sociale entre
les années 1900 et 1930 : celle de HALBWACHS dans une perspective durkheimienne et celle de
WEBER. Rappelons qu’en France, le marxisme est introduit uniquement à partir des années 30.
a. La classe sociale comme représentation collective chez HALBWACHS
Inspiré par Émile Durkheim, il cherche à étudier les classes à travers leurs représentations
collectives. Les représentations collectives jouent un rôle de cohésion sociale pour lui au sein des
différentes classes sociales.
Deux éléments le rapprochent de Marx :
- Comme lui, il relie la notion de classe sociale aux hiérarchies qui existent dans la société
et que ses divisions sociales impliquent une lutte quant à leur reproduction : « Même au
moment où il y a pas lutte de classes déclarée, il y a une lutte de classes latente par le fait
que, dans une hiérarchie, il faut que les rangs les plus élevées maintiennent leurs
positions, et que, d’autre part, ceux qui occupent les rangs les plus bas (…) voudraient
bien s’élever dans l’échelle sociale »
Il envisage l’appartenance à une classe sociale sous l’angle des conditions objectives
d’existence mais aussi et surtout comme un sentiment d’appartenance à cette classe :
« La classe (…) Se constituera autour d’une représentation collective dont il faudra bien
donner au moins une idée ». Le sociologue doit donc révélé s’est représentation
collective
Mais, sa théorie diffère de celle de Marx à deux niveaux :
- dans le sens où le sentiment d’appartenance à une classe ne procède du sentiment
d’exploitation, mais d’un ensemble de représentations collectives qui dépasse largement
le cadre économique. D’ailleurs, il met en doute la possibilité de ramener le rapport
entre les classes à la conscience de l’exploitation : est-ce que la plus-value est comprise
est perçue par les ouvriers par exemple ? En tant que sociologue, il cherche à révéler les
différentes représentations collectives des classes sociales. Pour tester cette thèse, il
étudie la consommation des ouvriers et des employés dans son ouvrage la classe
ouvrière et les niveaux de vie publié en 1912. Il montre qu’a même niveau de revenu, les
ouvriers se distinguent des employés par un moindre investissement dans le logement. Il
met cela en lien avec les conditions de travail des ouvriers marquées par une faible
intégration dans la société. Pour lui, l’usine est un lieu hors de la société. Dans l’usine où
il est en contact avec la matière et non pas avec les hommes. Par conséquent, les ouvriers
cherchent à intégrer la société parent un investissement plus important dans les sorties
et l’apparat que pour le logement
contrairement à Marx, il pense les classes sociales de manière plus relationnelle qu’à
travers leur confier qualité. Réfutent ainsi la réduction de la société à de glace observant
qu’il existe des classes moyennes et que celles-ci ne sont pas en voie d’extinction et
qu’elles ne s’affilient pas à la classe ouvrière. Villes utilisent la métaphore du « feu de
camp » pour illustrer son propos : à la périphérie se trouve les ouvriers, les moins
intégrés à la société, au milieu les classes moyennes et au plus près du foyer central les
classes dirigeantes. Ce qui sépare les classes, ce sont le degré et les formes de
participation de novembre à la vie sociale.
Deux critiques sont en général adressées à cette approche :
- en insistant sur les formes d’intégration, il se détourne du rôle de la confrontation et de
la lutte politique dans la constitution de représentation collective des classes sociales.
Or, on peut penser qu’il joue un rôle dans les représentations collectives, notamment à
travers l’action des syndicats et des partis politiques
il propose une représentation misérabiliste des dynamiques sociales où par exemple la
classe ouvrière est caractérisée essentiellement comme étant moins intégrée, moins
socialisée que les classes dirigeantes.
b. La pluralité des logiques de hiérarchisation du monde social de Weber
Max WEBER vient d’une famille bourgeoise : ses grands-parents sont issus de la bourgeoisie
industrielle, son père est juriste et fonctionnaire. Brillantes études où il étudie le droit et
l’économie. Il commence sa carrière comme professeur de droit à Berlin. Sa formation
intellectuelle s’effectue dans un contexte de profondes mutations de l’Allemagne à la fin du XIXe
siècle : le développement du capitalisme industriel et l’émergence de la question sociale qui
donne lieu à une série de réformes impulsées par le chancelier Bismarck ; l’unification de
l’Allemagne et l’absence d’institutions politiques modernes à travers le Parlement, les partis ;
développement d’une nouvelle structure administrative.
WEBER cherche à penser ces
mutations à travers notamment la question du processus de rationalisation qui marque le
passage d’une société traditionnelle à une société moderne.
Il s’oppose à Marx sur au moins trois points dans Economie et Société (1921) :
- Pour lui, la société n’est pas déterminée par les rapports économiques à la différence de
Marx pour qui la luttent des classes est au fondement de l’histoire des sociétés. En effet,
la société est constituée de plusieurs espaces sociaux qui bénéficient chacun d’une
certaine autonomie et dont l’économie n’est qu’une partie.
- Par conséquent, la société est pensée de manière multidimensionnelle : il distingue trois
ordres différents : l’ordre économique, l’ordre social et l’ordre politique. Chaque ordre
fonctionne selon sa propre logique.
C’est dans l’ordre économique intervient l’existence de classes sociales : il regroupe dans
les classes sociales les personnes qui ont en commun une certaine « chance de vie » qui
correspond à la probabilité d’accéder aux biens et aux ressources économiques
notamment sur le marché des biens et du travail. Il utilise de la même manière « la
situation de marché » et « la situation de classe ». Il distingue quatre classes sociales : la
classe ouvrière ; la petite bourgeoisie ; « les intellectuels et les spécialistes sans
biens »(techniciens, employés, fonctionnaires) ; « les classes des possédants et de ceux
qui sont privilégiés par leur éducation ».
L’appartenance aux groupes de statut repose sur un critère subjectif : « la condition »
(souvent appelé prestige), c’est-à-dire « un privilège négatif ou positif de considérations
sociales revendiquer de façon efficace » qui peut s’expliquer par « un mode de vie, un
type d’instruction formelle et la possession des formes de vie correspondante, le
prestige de la naissance la profession ». Appartenir un groupe de statut signifie avoir un
certain mode d’éducation et partager les goûts culturels. On voit bien ici comment il
pense et inclue dans son modèle théorique le développement de la bureaucratie et, avec
elle, un corps de fonctionnaires dont le recrutement se base sur les compétences et donc
sur les titres scolaires ( Rappelons que il écrit dans un contexte de développement de
l’appareil d’État allemand)
Les classes ne constituent pas des communautés c’est-à-dire les groupes ou les individus
seraient liés les uns aux autres par des valeurs ou des sentiments communs à la
différence des groupes de statuts, à la différence des classes. C’est la raison pour laquelle,
l’appartenance à une même situation de classe ne débouche pas nécessairement sur des
actions de classe. Pour Weber, l’action communautaire ouverte, l’équivalent de la lutte
des classes au sens marxiste, est hypothétique : elle dépendra principalement de
l’ampleur des inégalités entre les situations de classe et de la transparence de leurs
causes et leurs conséquences.
L’ordre politique est constitué des partis politiques qui regroupent des individus
cherchant à conquérir le pouvoir ou tout au moins influencer les prises de décision dans
le domaine politique. On retrouve ces partis à la fois dans les instances politiques pour
conquérir le pouvoir, mais aussi à l’intérieur d’autres organisations comme les clans.
Il peut exister des liens entre ces différents ordres (par exemple, la fortune permet
d’avoir une bonne éducation est donc à un individu de se trouver en haut de l’ordre
économique et social) ; mais il y a une certaine autonomie entre chaque ordre ( un noble
ruiné sera placé en haut de l’échelle des groupes de statuts, mais pas en de l’ordre
économique) qui possède chacun leur propre logique.
-
Approche réaliste contre nominaliste : pour Marx, les classes sociales existent en ellesmêmes car leurs membres partagent les mêmes conditions économiques et le sentiment
d’appartenance à une classe ; le sociologue ne fait que décrire cette réalité. On dit que
c’est une approche réaliste. Alors que pour Weber, l’approche est nominaliste car, sauf
exception, les classes économiques ne forment pas des communautés et c’est le
sociologue qui, en les regroupant, les fait exister.
Chapitre 2 – Une société plus fluide ? Mobilité sociale et
stratification dans la société française
Après la seconde guerre mondiale, on assiste à une remise en cause de l’analyse classiste de la
structure sociale car les transformations sociaux et économiques conduiraient à des frontières
de plus en plus floues entre les groupes sociaux (30 glorieuses avec une mobilité sociale
ascendante ; massification scolaire).
1. changements structurels et reconfigurations des groupes sociaux
A.
l’une taxinomie pour représentait et mesurer les divisions socioéconomiques de la société française : l’invention des CSP
Création en 1954. Il s’agit de placer et de ventiler les individus dans des groupes
socioprofessionnels dont le principe de classement prend pour base la position des individus
dans le système productif. Il s’agit d’une grille de lecture de la société par un découpage en
groupes sociaux pour ne pas reprendre le terme de classe sociale trop marqué politiquement à
l’époque. Huit catégories sont créées au départ ; il n’en reste plus que six en 1982 lorsque la
nomenclature est révisée :
les « salariés agricoles » disparaissent et son basculer dans la
catégorie des ouvriers ; le groupe « autre catégorie » est supprimé. Autre changement :
l’expression « cadre moyen » disparaît au profit d’une nouvelle catégorie « les professions
intermédiaires ».
Le principe de la classification est multidimensionnel (revenu, secteur d’activité, salariés/ nonsalariés ; qualification, à une entreprise…) et il permet de refléter le milieu social auquel
appartient l’individu pour rendre compte des différenciations en matière de pratiques de
consommation, de pratiques culturelles ou d’orientations politiques.
Le principe de classement n’est pas neutre car la nomenclature fait exister les groupes sociaux
qu’elle décrit (à travers des enquêtes administratives, de chercheurs…). En outre, en 1982,
certains syndicats ont été amenés à négocier la position de leur profession dans la nomenclature.
B. Des mutations sectorielles…
Plusieurs mutations socio-économiques bouleversent la distribution des groupes sociaux dans la
société française entre 1940 et 1990 : l’industrialisation de l’entre-deux-guerres qui se poursuit
jusqu’aux années 70 avant de décliner ; tertiarisation de l’économie qui commence dans les
années 30 mais qui s’amplifie dans les années 60-70 ( 50 % de la population active en 1970
contre plus de 70 % aujourd’hui) grâce notamment au développement de la fonction publique (
1 million de fonctionnaires d’État à 1950 4,7 millions en 1983) ; salarisation des actifs ( les nonsalariés représentaient 33 % des actifs en 1954 contre 14 % en 1990).
Le déclin du monde paysan : en 1954, il représentait 21 % des actifs contre environ deux à 3 %
aujourd’hui. Un mouvement de professionnalisation ( Rôle de la scolarisation) et de
modernisation a lieu après la seconde guerre. Depuis les années 80 90,1 mouvement de
concentration économique se développe.
Le petit patronat : maintient et fragilisation : les chefs d’entreprises de plus de 10 salariés se sont
maintenus et ont même légèrement augmenté alors que tous les commerçants et artisans ont été
fragilisés. Les commerçants ont été fragilisés par le développement des grandes surfaces et les
grandes chaînes de magasins (941 000 en 1962 ; 653 000 en 2005). Les artisans ont aussi été
fragilisés : ils sont passés de 1 039 000 en 1962 à 727 000 en 2005.
L’affirmation d’un groupe social : les cadres : le groupe des CPIS émergents au sortir de la guerre :
il passe de 892 000 actifs en 1962 à 3 869 000 en 2005. Le groupe des cadres se développe en
raison d’un processus de rationalisation de l’organisation du travail et de la diversification des
tâches d’encadrement à la fois dans le privé et dans le public. Groupe marqué par des conditions
de vie et de travail agréable qui en font un groupe dominant. Cependant, plusieurs de on assiste
à une fragilisation ou au moins à une remise en cause de longévité de ce groupe : .
Développement des fonctions d’expertises qui font que les cadres encadrent au moins et que les
fonctions d’encadrement se diffusent aux autres catégories (notamment les professions
intermédiaires) ; accentuation des écarts de revenus entre les cadres et les cadres dirigeants (
pour ces derniers, développement du patrimoine à travers la participation et les intéressements
aux bénéfices de l’entreprise, les stock-options) ; ralentissement des évolutions salariales et les
chances de promotion ; concurrence accrue avec les catégorie intermédiaire qui connaisse un
développement de leur qualification ; plus grande exposition au chômage (cf. BOUFFARTIGUES et
GADEA, Sociologie des cadres, 2000). Malgré cela, la frontière entre les cadres et les non-cadres
restes marqués que ce soit en matière de diplômes, de stabilité de l’emploi qui sont nettement
plus favorables au cadre.
Les professions intermédiaires : « positions intermédiaires » et « positions d’intermédiaires » : ce
double qualificatif
est employé par THEVENOT et DESROSIERES (Les catégories
socioprofessionnelles, 1988) pour signifier que cette catégorie se situe entre les salariés
dominants et les salariés d’exécution ; mais aussi qu’il ont pour fonction de mettre en œuvre les
ordres de l’encadrement supérieur et de gérer les tensions avec le personnel d’exécution. Cette
catégorie s’est considérablement développée après la seconde guerre : moins de 10 % de la
population active en 1954 contre 22 % en 2005. À l’origine de ce développement, l’organisation
et la division scientifique du travail et le développement de la fonction publique. Une grande
hétérogénéité au sein de cette catégorie : DEAUVIEAU et DUMOULIN (« la mobilité
socioprofessionnelle des professions intermédiaires : fluidité, promotion et déclassement », in
Economie et statistique, 2010) distinguent trois pôles : (i) les enseignants et professionnels de la
santé qui correspond à un public fortement féminisé, très diplômés issus de catégories aisées et
en couple avec ces mêmes catégories (CPIS) ; (ii)
les contremaîtres et techniciens qui
correspond à un public très masculin, souvent d’origine populaire et en couple avec des
employés ou des ouvriers ( et techniciens ont un niveau de diplôme plus élevé que les
contremaîtres) ; (iii) les administratifs et commerciaux du privé et du public qui correspond à un
public plus mixte dans sa composition sexuée, en couple à part égale avec des ouvriers et les
employés ( se révélaient son souvent plus diplômé et l’origine d’oculaires que ceux du public.
Ainsi, on trouve dans la catégorie des professions intermédiaires des composant plus proches
des classes populaires ( les contremaîtres, les professions administratives du public) et l’autre
plus proche des classes supérieures ( enseignant, personnels de santé).
« L’archipel des employés » : cette expression provient d’Alain CHENU qui signifiait par la
l’extrême hétérogénéité de ce groupe. En effet, les employés du public, les employés
administratifs d’entreprises ont des conditions de rémunération, d’emploi et de travail plus
élevées que les employés de commerce et les personnels des services : les personnels des
services gagnent en moyenne la moitié du salaire des employés civils, les employés de commerce
70 %. Mais, même au sein de ces différentes catégories, il existe de fortes disparités comme par
exemple entre les vendeuses des petits commerces et les employés des grandes surfaces
notamment les caissières dont le travail répétitif est proche de celui des ouvriers. On retrouve
ces clivages dans les alliances matrimoniales : 60 % pour des 20 employés des services directe
aux particuliers ont pour conjoint 1 ouvrier contre 30 % pour les employés administratifs du
privé et du public.
Les employés représentaient. 15 % de la population active dans les 1950 contre environ 30 %
aujourd’hui. Ce développement est lié à la multiplication des grandes entreprises et leur
organisation verticale du travail avec la dissociation du monde des cadres et des exécutants ;
mais aussi des grands magasins dans un contexte de tertiarisation de l’économie. Les employés
civils et de service de la fonction publique sont les plus nombreux (+ 1/4 des employés en 2005).
Population à 80% féminine.
Les ouvriers : déclin et recomposition : En 1950, les ouvriers représentent 30 % des actifs, puis
37 % en 1975. A partir de cette époque, le groupe décline avec la désindustrialisation : à partir
du début des années 90, ils sont dépassés par les employés font et représentent aujourd’hui à
environ 25 % des actifs. La désindustrialisation a poussé les ouvriers les moins qualifiés vers le
secteur tertiaire, ce qui a accentué les écarts de salaires entre eux d’une part, les ouvriers du
tertiaire le plus souvent qualifié et d’autre part, les ouvriers de l’industrie qui ont un niveau de
qualification plus élevé.
Ainsi, les groupes qui, jusque dans l’entre-deux-guerres structurelle la société, tendent à
décliner : c’est le cas des électeurs et les salariés agricoles dont la décroissance des effectifs
s’accélère après 1945 ; c’est ensuite le cas des ouvriers à partir de la seconde moitié des années
70 en lien avec les industriels. On assiste à une recomposition des caisses populaires autour des
employés qui sont numériquement les plus importants aujourd’hui. Mais, la forte hétérogénéité
de ce groupe empêche l’existence d’une conscience de classe à la différence des ouvriers pour
lesquelles la classe pour soi joue un rôle central. Enfin, développement vers le haut de la
structure sociale avec la multiplication du nombre de cadres et de professions intermédiaires.
2. Fluidité ou reproduction ? Variation des angles de vue
A. Génèse et problématisation d’un enjeu sociologique et
politique : la mobilité sociale
Chez Tocqueville et Marx, on retrouve déjà une réflexion sur la mobilité sociale : chez
Tocqueville, elle prend la forme d’une égalisation des conditions de vie et chez Marx, elles se
structurent autour d’une lutte des classes. On peut déjà voir à travers ces deux approches le
débat entre la moyennisation et la polarisation la société.
Le débat autour de la mobilité sociale se constitue surtout après 1945 avec le développement de
l’État-providence et l’essor des politiques de démocratisation de l’accès à l’école, la culture ou la
santé. Cette préoccupation est prise en charge par de grandes institutions de statistiques et de
planification économique comme l’INSEE ou l’INED. La sociologie de la mobilité sociale et de
l’éducation s’intéresse à cette problématique.
Dans les années 50 et 60, la question de la mobilité sociale est appréhendée avec un certain
optimisme : les transformations des structures sociales et le développement de la scolarisation
tende à faciliter une mobilité ascendante.
Certains sociologues s’appuient sur cette constatation pour remettre en cause les bases de la
théorie marxiste des classes sociales. Par exemple, Raymond ARON dans Lutte des classes.
Nouvelles leçons sur les sociétés industrielles (1964)consacre plusieurs cours à la mobilité sociale :
Il estime que les sociétés industrielles, par les opportunités de mobilité et de réduction des
inégalités, favorise une « pacification de la rivalité entre les classes » ; « toutes les sociétés
modernes à économie progressive et à droits égalitaires comporte une mobilité relative
Le concept de mobilité




Rappelons qu’il faut bien distinguer la mobilité horizontale et la mobilité verticale : la première repose
surtout sur la mobilité géographique ; alors que la seconde consiste à évoluer vers le haut de la structure
sociale ( mobilité ascendante) ou vers le bas ( mobilité descendante).
Il faut distinguer aussi la mobilité individuelle et la mobilité collective : dans le premier cas, on étudie la
trajectoire des individus ( mobilité intragénérationnelle) et dans le second cas on cherche à savoir si la
situation des enfants est meilleure que celle des parents (mobilité intergénérationnelle)
enfin, il faut distinguer la mobilité structurelle de la mobilité nette : la première renvoie aux
transformations des structures sociales alors que la seconde mesure la mobilité indépendamment des
évolutions de structures.
La mobilité observée et la fluidité sociale renvoie à la précédente distinction : la mobilité observée est
celle des tables de mobilité (les taux absolus de mobilité), autrement dit, la mesure de la proportion des
mobiles et des immobiles dans la société ; alors que la fluidité sociale (taux relatifs de mobilité) renvoient
à la force du lien entre l’origine et position sociale, indépendamment des changements structurels.
importante, probablement supérieure à celle des collectivités de jadis, encore que l’insuffisance
des statistiques relatives au passé interdisent de formuler un jugement catégorique ». Il note
cependant que « les différences demeurent grandes, dans les sociétés connues entre les classes
sociales ».
B. Plus de mobilité structurelle, un peu moins de rigidité sociale
Statistiquement, la mobilité observée s’est accrue depuis les années 50. Quand un peu plus de 50
% des hommes de 40 à 59 ans était glacée dans la même catégorie sociale que leur père en 1953,
en 1977 ce taux est d’environ 38 % et de 35 % en 1993. De plus, le maintien des fils dans la
position des terres a décliné pour toutes les catégories sociales exceptées celles de cadres dans
cette même période. Enfin, la part des mobiles ascendants est toujours sur cette période
supérieure à celle des mobiles descendants.
On constate cette situation aussi à travers la progression du nombre de PCS supérieures comme
les cadres alors que celles inférieures comme les ouvriers et les paysans déclinent.
Dans « Quarante années de mobilité sociale », in RFS, 1999, Louis-André VALLET rappelle que
plusieurs études, avec des méthodes différentes, conclu dans le sens d’une stabilité de la mobilité
nette et plus rarement à la conclusion inverse. Cependant, la dernière étude en date qu’il a
réalisée conclut à une progression continue, entre 1950 et 1990, de la fluidité sociale point celleci aurait été de 0,5 % par an. Ainsi, 3,8 % de la population des hommes (soit 265 000 individus
masculins) n’aurait pas occupé la même position sociale en l’absence d’une certaine fluidité
sociale indépendamment des changements structurels. La circulation sociale se serait effectuée
parmi Les enfants d’agriculteurs, les membres de la petite bourgeoisie indépendante ayant
rejoint la catégorie ouvrière ou encore parmi les fils d’ouvrier qui ne sont pas devenus ouvriers.
On voit donc que la fluidité sociale reste marginale.
C.
Une reproduction des hiérarchies sociales qui reste
dominante
Dans « Éducation et mobilité sociale : la situation paradoxale des générations nées d ne qui yans
les années 1960 », in Economie et Statistique (2008), Camille PEUGNY montre que, du point de
vue de la mobilité intergénérationnelle, on assiste à une dégradation des conditions de mobilité
sociale pour les générations nées après les années 60. En effet, si la part des individus qui
parviennent à s’élever au-dessus de la condition de leurs parents demeure toujours supérieure à
celle des déclassés, l’écart entre les deux flux diminue considérablement : en 2003, parmi les 3539 ans, les ascendants ne sont plus que 1,4 fois plus nombreux que les descendants alors que
pour la génération née entre 1944 et 1948, les individus en situation de mobilité ascendante
sont 2,1 fois plus nombreux que ceux connaissant une mobilité descendante. Cette dégradation
des perspectives de mobilité sociale est généralisée aux enfants de toutes les origines sociales.
Pour les individus issus des classes populaires, les trajectoires ascendantes sont plus rares, et
pour ceux nés dans des milieux sociaux plus favorisés, les trajectoires descendantes se
multiplient. Cette dégradation s’explique par des raisons structurelles (sous l’effet des difficultés
économiques, la structure sociale s’élève moins rapidement vers le haut). Pour autant, elle est
paradoxale car le niveau d’éducation de ces générations est sans précédent. Ces deux évolutions
contradictoires amènent à questionner l’évolution au fil des générations du poids du diplôme
dans le statut social atteint. L’affaiblissement du lien entre diplôme et position sociale est mis en
évidence, ce qui remet en cause l’idée de l’avènement progressif d’une société plus
méritocratique.
Les agriculteurs : un fort autorecrutement, mais des sorties vers le monde ouvrier : 86 % des
agriculteurs son fils d’agriculteurs en 1993 pour les hommes âgés de 40 à 59 ans. Très forte
reproduction sociale. Cette situation s’explique par des logiques d’héritage et par un mouvement
de mécanisation du travail agricole qui rend possible l’exploitation des terres sans recours à une
main-d’œuvre salariée trop importante. Néanmoins, une sortie vers le monde ouvrier existent : le
34 % des fils d’agriculteurs vont faire le monde ouvrier en raison notamment du déclin du monde
paysan alors que 25% sont devenus agriculteurs
Les ouvriers : entre le renouvellement continu et reproduction sociale : fort autorecrutement chez
les ouvriers de poids en 1993,50 % des ouvriers de plus de 40 à 59 ans son fils d’ouvriers (25 %
des ouvriers sont fils d’agriculteurs ou de salariés agricoles). Très forte reproduction sociale
aussi dans la destinée puisque en 1993,45 % des fils d’ouvriers sont devenus ouvriers. Le groupe
ouvrier est un groupe où l’on reste très souvent : 13 % des ouvriers en 1988 exerçaient un autre
type d’emploi 1993.
Les cadres : un groupe qui accueille et qui se reproduit : l’explosion du nombre de cadres a permis
d’accueillir de nouveaux groupes sociaux d’ici : parmi les cadres âgés de 40 à 59 ans en 1993,20
% son fils de professions intermédiaires et 19 % d’ouvriers. La mobilité se fait aussi de manière
intragénérationnelle : 8,5 % des professions intermédiaires en 1988 sont cadres en 1993. La
mobilité est donc essentiellement structurelle. La reproduction sociale est aussi assez forte
puisque 53% des cadres âgés de 40 à 59 ans en 1993 sont fils de cadres.
Des groupes sociaux de passage ou de transition : les indépendants, les professions intermédiaires et
les employés : parmi les chefs d’entreprise et les indépendants, la majorité des recrutements bien
d’autres catégories sociales à commencer par les ouvriers (26 % des patrons en 1993 en sont
issus), même si les patrons sont pour 36 % d’entre eux fils de patrons en 1993. Si l’on s’intéresse
à la destinée, les fils de patrons vont majoritairement vers d’autres groupes sociaux : 30 % des
fils de patrons le deviennent eux-mêmes, 20 % deviennent ouvriers, 20 % cadrent ou professions
intermédiaires.
Le groupe des professions intermédiaires constitue une plaque tournante entre les catégories
inférieures (ouvriers et employés) et supérieures (les cadres). Le recrutement est principalement
populaire : parmi les hommes âgés de 40 à 59 ans en 1993,40 % son fils d’ouvrier les 16 % fils
d’employés. La destinée est en revanche plus diversifiée : si 36 % de Vienne quatre, une bonne
partie se reproduit (30 %) ou connaît une mobilité descendante (25 % devient ouvriers ou
employés). C’est le groupe socioprofessionnel le plus mobile. À noter que la majorité des
mobilités ascendantes concerne les hommes et des plus diplômés et la majorité de mobilité
descendante est le fait des femmes et des moins diplômés.
Le groupe des employés est également un groupe de passage. Tout d’abord, en termes de
mobilité intragénérationnelle : 11 % des hommes ouvriers ( 40 à 59 ans) en 1988 sont employés
en 1993 ; 11 % des employés en 1988 sont professions intermédiaires en 1993. De plus, en
termes de mobilité intergénérationnelle : 44 % des employés sont fils d’ouvriers et 18 % le fils de
cadres ou professions intermédiaires. Le recrutement se fait principalement dans les classes
populaires. La destinée est très diversifiée : 22 % des fils d’employés deviennent cadres, 33%
professions intermédiaires et 27 % ouvriers.
Ainsi, il ressort que les transformations des structures socio-économiques ont impliqué des
phénomènes de mobilité structurelle importants. Les troupes en ascension comme les cadres ou
les employés recrutent des fils issus d’autres groupes sociaux. À l’inverse les groupes en déclin
numérique comme les agriculteurs ou, à 1° moindre, les ouvriers, sont caractérisées par un taux
d’auto recrutement élevée. Globalement la mobilité structurelle s’est orientée vers le haut avec la
progression du nombre de cadres notamment. Le nombre de personnes occupant une position
sociale différente de leurs parents a augmenté : en 1977, c’était le cas de 57% contre 65 % en
1993 et en 2003 (cf. DUPAYS, « En un quart de siècle, la mobilité sociale a peu évolue », 2006).
Néanmoins, si l’on regarde les destinées des groupes sociaux, on constate un fort taux de
reproduction sociale à la fois en haut et en bas de l’espace social, à savoir les cadres et les
ouvriers. De plus, les déplacements s’opèrent souvent à proximité, Si bien que lorsqu’on restreint
la comparaison à trois grandes classes (classes populaires où l’on regroupe les employés, les
ouvriers et les petits indépendants ; classes moyennes où sont regroupés les professions
intermédiaires et une partie des indépendants ; classes dominantes où sont regroupés les cadres
et les chefs d’entreprise), la reproduction sociale est plus forte. Ainsi, même si la fluidité sociale
progresse légèrement, les chances d’accès à des positions sociales élevé restent largement
inégalitaires : en 1993, la probabilité qu’un fils de cadre occupe une position sociale supérieure à
celle d’un fils d’ouvrier était encore presque 74 fois supérieures.
D. Mobilité et consistance des classes sociales
La question ici posée est de savoir dans quelle mesure les phénomènes de mobilité sociale
jouent-ils sur l’identité des classes sociales, voir des groupes sociaux ?
Certains auteurs considèrent qu’une forte mobilité sociale entraîne le déclin des classes sociales
(cf. thème de la moyennisation).
Or, ce n’est pas par ce que les groupes socioprofessionnels sont moins homogènes et sont
marqués par 1+ forte mobilité que la conscience de classe disparaît. Plusieurs arguments
peuvent être avancés :
- il faut déjà préciser que le poids de l’origine sociale reste fort en matière de mobilité
sociale notamment dans la destinée
d’autre part, faire le lien entre la mobilité sociale à partir des catégories
socioprofessionnelles et le déclin des classes pose un problème car les CSP ne
correspondent pas tout à fait avec la sociale est que les clivages entre classes peuvent les
traversées (c’est le cas des professions intermédiaires qui sont partagées entre eux une
composante plus populaire est une composante plus favorisée)
- en outre, même si un individu connaît une mobilité, le sentiment d’appartenir à son
milieu social d’origine ne disparaît pas nécessairement. L’influence du milieu social
d’origine de classe ne disparaîtra avec les processus de mobilité : par exemple, si les
professions intermédiaires ayant une ascendance ouvrière déclareront plus souvent être
proches du bas de la société et les cadres ayant le même type d’ascendance voteront plus
souvent à gauche.
- Le renouvellement et l’hétérogénéité d’un groupe social ne l’empêche pas non plus de se
constituer en classe comme le souligne Gérard NOIRIEL dans les ouvriers dans la société
française ( XIXe XXe) (1986) : comparant les classe ouvrière française et mécanique, il
montre que la classe ouvrière française est plus marquée plus hétérogène ; davantage
intégrées par de nouvelles générations ( notamment d’origine immigré) et donc incitée
à croire que tout est possible et ainsi à être révolutionnaire. Alors que dans la classe
-
ouvrière anglaises, le groupe est plus homogène, il a donc davantage accumulé
d’expériences, y compris les échecs, ce qui l’incite à être plus réformiste.
Enfin, pour prendre en compte les effets de mobilité sur la consistance des classes, il
faut tenir compte de la perception que les membres de ces groupes ont des chances de
mobilité du groupe. Pour reprendre les termes de BOURDIEU, c’est la « pente » de la
mobilité et la perception de celle-ci qui est essentielle pour apprécier les stratégies
collectives et individuelles d’ascension (« avenir de classe et causalité du probable », in.
Revue française de sociologie ( 1974)). Par exemple, en un an. Bourdieu considère que
l’investissement et l’accumulation de capitaux culturels les scolaires de la petite
bourgeoisie en ascension (enseignants, journaliste) peut être considéré comme le
produit des tentatives de ce groupe de prolonger son ascension collective.
A travers ce dernier critère, on voit bien que le bien entre eux mobilité sociale et consistances
identitaires des classes doit être apprécié à partir de multiples dimensions (mobilités collectives,
contexte de mobilité, stratégie de reproduction ou d’ascension, perception de la mobilité et de
son degré, etc.) ce qui implique de repérer les médiations à partir desquels sont perçus les
frontières entre groupes et les chances de mobilité. Il n’y a donc pas de lien mécanique entre
mobilité sociale ascendante ou descendante et identité collective d’un groupe ou d’une classe.
3. Mobilité sociale et Ecole : avènement d’une société
méritocratique ou persistance des inégalités sociales de réussite
scolaire ?
Dès les années 1960, le lien entre massification scolaire, démocratisation scolaire et
démocratisation de la société se cristallise dans les enquêtes sociologiques.
A. autonomie de l’institution scolaire et reproduction de l’ordre social et
culturelle
En 1964, Pierre BOURDIEU et Jean-Claude PASSERON publient les héritiers qui se vendra à plus
de 100 000 exemplaires : de il développe l’idée que l’institution scolaire n’est pas le nôtre,
qu’elle est traversé par les inégalités sociales mais qu’en plus est allée reproduit et les légitime
par ce qu’ils appellent « l’idéologie charismatique » qui transforme des inégalités sociales en
différence de « dons ». Autrement dit l’université naturaliserait ses inégalités sociales et les
légitimerait en masquant l’arbitraire culturel qui est au principe de la construction des
classements scolaires.
Leur enquête part du constat que malgré l’augmentation relative des effectifs universitaires, les
classes populaires sont toujours très peu représentées (6 % de fils d’ouvriers). Ces différences
de « taux de mortalité scolaire » s’expliquent par des inégalités de ressources économiques, mais
surtout par des inégalités de ressources culturelles. Au sein de leur famille, les membres des
classes supérieures acquièrent des habitudes, un entraînement, des attitudes mais aussi des
savoirs, des savoir-faire et les goûts culturels qui les rapprochent des attentes et de la culture
universitaire. En témoigne le « dilettantisme » des classes supérieures qui ont un rapport assez
libre à la culture identitaire ( ils lisent moins d’ouvrages en lien direct avec leurs études que les
enfants d’ouvriers), à la différence des enfants d’ouvriers élus de la petite bourgeoisie beaucoup
plus dépendantes des références enseignées à l’université. Le
B. les inégalités scolaires comme produit des stratégies individuelles et
familiales
BOUDON publie L’inégalité des chances en 1973 : il donne moins d’importance à l’héritage
culturel que Bourdieu et Passeron pour expliquer les inégalités scolaires ; pour lui ce sont surtout
les stratégies individuel ou familiale face à l’école qui sont au cœur de ces inégalités. Il se situe
donc dans une approche plutôt stratificationniste alors que Bourdieu et Passeron se situe plutôt
dans une approche classiste.
Il distingue au départ deux échelles de classement (deux systèmes de stratification) : l’une
relative aux positions scolaires et l’autre relative aux positions sociales ( Mesurée par la place sur
le marché du travail). Selon lui, à chaque étape du cursus scolaire, les individus font des choix
que l’on pourrait modéliser en termes de calcul coût avantage dans la poursuite des études. Or,
c’est le coût différentiel et son anticipation par des individus appartenant à des catégories
sociales différentes qui expliqueraient l’élimination plus fréquente des enfants des classes
populaires que des enfants des classes supérieures. Le coût de l’arrêt des études serait estimé
comme plus élever que ces avantages pour les enfants des classes favorisées, tandis que
l’avantage de la poursuite des études est évalué comme étant négatif par les enfants des classes
populaires. : « Plus on descend dans l’échelle des positions sociales, plus le coût d’un niveau
scolaire élevé croit ; moins le bénéfice correspondre à l’obtention de ce niveau plutôt que du
niveau inférieur est élevé ».
Dans un deuxième temps, il fait le lien entre eux les positions scolaires et les positions sociales
en cherchant à expliquer pourquoi la massification scolaire a eu peu d’effet sur la mobilité
sociale. Pour expliquer cette situation, il s’appuie sur le paradoxe identifié par Arnold
ANDERSON en 1961 et souligne Que la somme des actions individuelles en matière de conquête
de diplômes scolaires ( les effets d’agrégation) peut avoir des effets inattendus et non souhaités,
en l’occurrence la dévaluation du diplôme : « la structure sociale ( distribution des positions
sociales disponibles) se déplace moins vite que la structure scolaire ( distribution des individus
en fonction du niveau scolaire) » (…) alors que chacun a intérêt à acquérir un niveau
d’instruction aussi élevée que possible ».
Il faut noter que si BOURDIEU, PASSERON et BOUDON divergent sur l’analyse des causes de la
reproduction des inégalités sociales à l’école, ils s’opposent peu sur la reconnaissance du
phénomène de l’inflation des titres scolaires qui impliquerait que la démocratisation scolaire
n’est que peu d’impact sur la mobilité sociale
C.
inégalités sociales agricoles et inégal rendement des diplômes :
actualité d’un débat
Rappelons d’abord l’inflation de titres scolaires comme l’illustre l’augmentation du nombre de
bacheliers par génération : en 1950,5 % des individus était bachelier, 11 % en 1960, 20 % en
1970, 26 % en 1980, 63 % en 95. L’augmentation et surtout très fort dans les années 80 avec la
création du bac professionnel en 1985 et l’objectifs politiques d’amener 80 % d’une classe d’âge
au baccalauréat. Cependant, de nombreuses inégalités sociales de réussite scolaire demeurent :
sur 100 fils de cadres entrés en sixième en 1995, moins de trois d’entre eux sortent du système
scolaire sans diplôme contre 25 pour les enfants d’ouvriers non qualifiés. À l’inverse, sur 100
enfants d’enseignants ou de cadres supérieurs entrés en sixième en 1995, respectivement 89 et
82 ont accédé enseignement supérieur contre 31 pour les enfants d’ouvriers non qualifiés.
Face a cette massification de l’enseignement scolaire, certains sociologues défendent la thèse
d’une dévalorisation des diplômes comme BOUDON. Le rythme de la structure sociale étant plus
lent que le rythme de la structure scolaire : entre les années 60 et les années 80, si la part des
postes de cadre est passée de 5 à 8 % de la population active ; la proportion de bacheliers sortant
du système scolaire est passée de 10 à 30 %. Ainsi, malgré des titres scolaires plus élevés que
leurs parents, une faction importante des caisses populaires ne peuvent accéder à des positions
sociales plus élevées.
Mais, contre cette thèse qui tend à dévaloriser les diplômes, des sociologues rappellent que le
diplôme est l’arme des ouvriers et plus globalement des classes populaires dans la compétition
sociale d’après Tristan POULLAOUEC dans le diplôme, arme des faibles. Les familles ouvrières et
l’école (2010) : il rappelle que plus le niveau de diplôme est élevé moins l’effet de l’origine
sociale est important sur le poste occupé ; par exemple, avec une licence, le taux d’accès à un
poste de cadre est presque équivalent entre un fils de cadres et un fils d’ouvrier ( environ 90 %
de chances). De la même manière, il souligne que le diplôme reste le moyen de se protéger le plus
efficacement contre le risque du chômage : en 2007,3 ans après la fin de leurs études 32 % des
sans diplôme était au chômage contre 6 % pour les titulaires d’un DEA et 4% pour les diplômés
des grandes écoles.
Ainsi, on voit que la massification scolaire n’a pas fait disparaître les inégalités sociales de Russie
face à l’école. Mais le clivage n’est plus comme dans les années 1950 entre exclus ou non du
système scolaire mais dans les modalités disséminées au sein de l’institution scolaire.
4. Remarques et critiques sur les études de mobilité sociale
Plusieurs critiques ont été faites à l’encontre de la nomenclature des PCS :
- Des frontières floues :
 Une première série de critiques a trait au simplisme sociologique : en plaçant
les uns diminue de manière très agrégée, il est possible de considérer certains
processus de mobilité interne aux catégories comme relevant de l’immobilité (
exemple : un fils d’ingénieur devenant artiste) ou à l’inverse à considérer
comme une mobilité ascendante des déplacements relativement proches ( un
fils d’ouvrier qui devient agent de sécurité). En fait, le problème vient de ce que
les frontières entre les groupes sociaux sont bien plus floues que les
caractéristiques de la nomenclature ne le laissent penser.
 Dans cette réflexion sur les frontières ont peut se poser la question de savoir si
ce sont les individus qui bougent ou les catégories comme le souligne MERLLIE
et PREVOT (1997) : ils prennent l’exemple des fils d’instituteur devenu
instituteur eux-mêmes : il est probable que la profession d’instituteurs sous la
IIIe République ait été plus prestigieuse est plus reconnue dans une société où la
scolarisation était réservée à une fraction de la population que dans une société
réalisant la massification scolaire après 1945.
- Ne prend pas en compte les stratégies de reconversion de capitaux : dans « neAvenir de
classe et causalité du probable », in. Revue française de sociologie ( 1974), BOURDIEU
prenait l’exemple de la noblesse après la révolution française ou plus récemment des
fractions d’agriculteurs qui investissent leur capital foncier dans l’acquisition de titres
scolaires ou de biens économiques pour accéder à des position de petits fonctionnaires
de commerçants artisan.
- Ne prend pas en compte suffisamment les trajectoires des individus : dans ses enquêtes,
on interroge et on compare un individu à son père à un instant « t ». Or, cet individu peut
connaître une trajectoire ascendante ou descendante plus tard.
- Approche réductrice : Elle réduit la notion de milieu social à la profession du père et par
conséquent ne prend pas suffisamment en compte tout les acteurs intervenant dans la
socialisation d’un individu, à commencer par la mère ( surtout dans le cas des employés)
Ces enquêtes ne prennent pas en compte les perceptions de l’avenir qu’ont les individus
et la manière dont le milieu familial dans lequel ils sont socialisés participent à la
médiation entre les espoirs de mobilité et les chances objectives de leur réalisation (cf.
BOURDIEU).
CCL :
Certains sociologues relativement plus attaché à décrire les stratégies individuelles dans
une perspective stratificationniste mettre l’accent sur les processus de mobilité individuelle et
leur accroissement dans la société française. À l’inverse d’autres insistent sur les logiques de
reproduction les hiérarchies sociales dans une analyse en termes de classes sociales.
Globalement, la mobilité sociale a plutôt été vers le haut après la seconde guerre mondiale ( plus
de cadres et de professions intermédiaires ; moins d’ouvriers et d’agriculteurs). Pour autant, les
catégories inférieures restent majoritaires dans la société française et surtout les mutations des
structures sociales n’ont pas remis en cause les inégalités quant aux chances d’accès aux
positions sociales les plus élevées. On pourrait plutôt parler d’une translation vers le haut des
inégalités sociales même si les soufflets de l’accordéon se sont un peu contractés. L’exemple des
inégalités scolaires illustre ce processus.
Chapitre 3 – Une société sans classes ? La société
française moyennisée
1. Retour sur l’histoire
classe(s) moyenne(s)
(social, culturelle et politique) des
Christophe Charle propose en 2003 une histoire des classes moyennes entre 1870 et les années
2000 (« Les classes moyennes en France : discours pluriel et histoire singulière (1870-2000) » ;
in Revue d’histoire moderne et contemporaine, 2003) Il propose trois grandes périodes :
- la première période d’un est celle de la IIIe République pendant laquelle le souci des
républicains est de consolider la république et sa légitimité. Deux conceptions des
classes moyennes coexistent :

tout d’abord, Gambetta parle de classes moyennes au pluriel de manière floue pour
séduire tous les groupes sociaux qui ne se reconnaissent pas dans l’opposition entre
la bourgeoisie et le prolétariat. Ces nouvelles couches moyennes dont il parle sont
essentiellement composés de petits indépendants (petits artisans, commerçants,
cultivateurs et professions libérales) qui se situent entre la bourgeoisie/ noblesse et
le prolétariat. Gambetta et les républicains cherchent à séduire ces nouvelles classes
moyennes pour asseoir la république et donc développent un discours très
mélioratif : on leur accorde les vertus du mérite individuel, d’être diplômé, d’avoir
un engagement civique plutôt que la recherche de la rente et de la propriété.

Jean Jaurès et ses partisans développent un discours différent : il parle de la classe
moyenne au singulier pour regrouper ce qui sont une classe à part entière prise
dans l’étau du capitalisme et du prolétariat. La classe moyenne est dépeinte comme
étant en crise écrasée par le système capitaliste et mise à mal par la crise agricole et
la crise économique de 1880.
- la deuxième période va du début du XXe siècle aux années 70 : au début, les intérêts des
classes moyennes sont portés par les professions libérales, organisé en groupe de
pressions, qui cherchent à préserver leur indépendance, à faire prévaloir des intérêts
particuliers et se méfient de l’État. Mais au cours de cette période, se profile une
tendance lourde : les classes moyennes sont de moins en moins définies par les
indépendants et de plus en plus par le salariat. D’ailleurs, les petits indépendants se
constituent en un groupe à part à travers le mouvement poujadiste de l’UDCA. L’usage
du pluriel a pour objectif de recouvrir les différentes catégories qui composent les
classes moyennes. Les classes moyennes sont aussi courtisées au centre. Le président
Giscard d’Estaing appelle de ses vœux à un grand rassemblement où les classes
moyennes doivent constituer le cœur d’une nation moderne.
- Depuis le début des années 70, une troisième période s’amorce où les classes moyennes
font l’objet d’un usage pluriel s’appuient sur les conflits et les divisions internes à ces
groupes unifiés sous un même label taille large.
Le président Giscard a appuyé sa campagne présidentielle et son septennat sur les classes
moyennes car il pense que leur croissance numérique est exceptionnellement rapide et qu’elles
sont au cœur d’une société moderne qui succède à une société marquée par l’antagonisme entre
la bourgeoisie le prolétariat. On retrouve ce discours dans un livre qu’il a publié en 1976
démocratie française.
Plusieurs sociologues ont suivi cette représentation des évolutions, dont Henri MENDRAS dans
l’ouvrage La seconde révolution française qu’il publie en 1988.
2. « La seconde révolution française » d’Henri MENDRAS : la
moyennisation ou la société sans classes
Pour lui et son équipe de chercheurs (Louis DIRN), c’est entre 1965 et 1984 que les structures
sociales font place à une modernité marquée par la mobilisation de la société.
Avant la révolution des années 60, la société française « pré- révolutionnaire » se structure
autour de quatre grandes classes sociales :
-
les paysans qui ont un poids démographique important et qui forment un groupe
autocentré, fermée sur lui-même sans réelle conscience de classe.
La classe ouvrière produite par l’industrialisation et qui possède une conscience de
classe fier, une identité politique aussi affirmée qu’organisée (PCF,CGT…)
la bourgeoisie qui correspond à la classe dominante. Elle possède un pouvoir
économique, mais aussi un style de vie et une culture qui lui sont propres (habiter dans
les beaux quartiers, les résidences secondaires…). Socialement homogène, éduquée, la
bourgeoisie possède aussi un pouvoir politique à la mesure de son pouvoir économique.
A côté du grand conflit entre la bourgeoisie et la classe ouvrière, les classes moyennes
occupent des positions intermédiaires dans la structure sociale. On y trouve des petits
fonctionnaires comme les instituteurs, les professeurs ainsi que des salariés du privé.
Caractéristique majeure : dispositions un petit capital culturel et volonté d’ascension
sociale.
Cette société pré- révolutionnaire est donc plutôt marquée par une lutte des classes.
Quatre grandes transformations participe à l’érosion de cette structure de place à partir du
milieu des années 60 :
- le bouleversement de la structure de la population active : accélération de l’exode rural à
partir des années 50, boom démographique d’après-guerre est entrée massive des
femmes sur le marché du travail. L’entrée des femmes sur le marché du travail participe
au processus de mobilisation car elle est une source de revenus supplémentaire pour de
nombreux ménages, ce qui les fait monter dans la hiérarchie sociale.
La croissance économique des 30 glorieuses qui permet un enrichissement de la société
française et qui profite à tous les groupes sociaux, y compris les catégories populaires
comme les ouvriers et les employés.
La tertiarisation de l’économie qui entraîne une forte croissance des emplois
intermédiaires dans le secteur public (enseignants, travailleurs sociaux) et dans le
secteur privé appelant des besoins d’encadrement.
Explosion scolaire et essor des médias de masse qui brouille les anciennes frontières
culturelles entre les différentes catégories sociales.
Ainsi, une « seconde révolution française » a lieu avec cours caractéristique principale
l’avènement des classes moyennes. L’analyse classiste perd de son sens et doit laisser place à
une représentation en termes de « toupie » ou se meuvent des « constellations ». Deux grandes
constellations sont identifiées : la « constellation centrale » composée de cadres, d’ingénieurs et
d’enseignants ; une « constellation populaire » composée d’ouvriers et d’employés. Les classes
moyennes se regroupent principalement dans la constellation centrale qui s’étend
progressivement et qui constitue pour MENDRAS l’épicentre du changement social. La
constellation populaire regroupe environ 50 % de la population, la constellation centrale 25 % et
autour d’elles gravite les indépendants aux revenus très dispersés et aux diplômes peu élevés
(15%), les pauvres (7%) et l’élite (3%), ainsi qu’une catégorie divers.
Ainsi, la société connaît 1+ grande fluidité sociale car les individus notamment de la
constellation populaire accèdent à la constellation centrale. Pour lui, les quatre décennies
d’après-guerre sont marquées par une mobilité nette supérieure à la mobilité structurelle même
si l’ascension sociale des enfants d’ouvriers et d’employés reste faible.
Si bien que la conscience des oppositions de classes a tendance à diminuer. Non seulement les
individus se sentent moins « arraisonnés » à une classe donnée et à un destin probable. Mais
aussi ils s’identifient à un groupe, celui des classes moyennes. MENDRAS appuie cet argument
sur les déclarations d’appartenance de classe faite par les individus : il montre que le sentiment
d’appartenance à une classe ouvrière tend à décroître entre les années 60 et 80 alors que la
proportion d’ouvriers qui déclarent appartenir aux classes moyennes augmentent. De même, le
sentiment d’appartenir à la bourgeoisie décroît.
3. La moyennisation socio-culturelle et diffusion de valeurs postmodernes
La notion de moyennisation ne recouvre pas qu’une réalité économique, mais aussi un ensemble
de valeurs culturel propres à la « société post-industriel » et à de nouvelles formes de
mobilisation collective.
a) le barbecue et la seconde révolution française
Dans la société française des années 80, les membres de la constellation centrale sont au cœur
du changement social et désormais animé par les valeurs d’un « libéralisme culturel » et non plus
par des revendications strictement matérielles. Cette notion de « libéralisme culturel » a été
formulée par Étienne SSCHWEISGUTH en 1983 dans un article « les salariés moyens sont-ils de
petits-bourgeois ? » : pour lui, ce libéralisme culturel prend la forme d’une invention permanente
de soi, d’un hédonisme (nurse, sexualité, contraception), d’ouverture à l’autre, d’universalisme,
de tolérance…
Avec ce libéralisme culturel qui se répand de plus en plus dans la société française, les coupures
culturelles sont plus atténuées qu’auparavant. C’est ce que montre MENDRAS à travers la
métaphore du barbecue : il dit que du haut en bas de la sociale le rite est le même : au bord de la
piscine luxueuse de la Côte d’Azur comme dans le pavillon de banlieue, la bouffe autour du
barbecue se passe comme si aucune hiérarchie n’était affirmée. Pour lui le barbecue est à
l’opposé du repas bourgeois où au contraire les positions sociales sont très marquées.
Cf. BIDOU-ZACHARIASEN, les aventuriers du quotidien, essai sur les nouvelles classes moyennes
(1984) pour avoir un portrait des nouvelles classes moyennes salariés : révolution des moeurs et
de la culture, expansion d’une morale individualiste négociée, accès au politique, déclassement
progressif des élites traditionnelles, émergence d’un nouveau rapport au politique.
b) Vers de nouveaux mouvements sociaux ?
Dans ce contexte de « libéralisme culturel », de nouveaux mouvements sociaux apparaissent par
opposition aux mouvements sociaux traditionnels. Pour Erik NEVEU,
quatre différences
apparaissent :
- défiance vis-à-vis des lourdeurs bureaucratiques et d’organisations marquées par trop
de rigidité
distance vis-à-vis de la politique institutionnelle critique du jeu partisan comme de
toute forme de délégation politique. La participation directe et permanente dans ces
structures souples est constamment valorisée ( démocratie directe vs démocratie
représentative)
revendication privilégiant le qualitatif par rapport au quantitatif : les valeurs
hédonistes, la promotion du corps et de l’identité d’un individu émancipé en constituent
les principales composantes
composition sociologiques inter-classiste : les nouveaux mouvements sociaux se
compose de militants qui viennent de milieux très différents. Ils ne fondent pas leur
auto-identification sur les codes politiques établis (gauche, droite, conservateur) ou sur
des codes socio-économiques qui leur correspondent partiellement ( classe ouvrière/
classe moyenne ; pauvres/ riches ; population urbaine/ population rurale). L’univers du
conflit politique est plutôt codé selon les catégories dérivé des thèmes des mouvements
eux-mêmes comme par exemple le genre, l’âge, la localité, la race…
Ainsi, le développement de nouveaux mouvements sociaux remet en cause la thèse de la lutte
des classes car aux anciens mouvements sociaux marqués par l’opposition entre eux la
bourgeoisie et le prolétariat succède de nouveaux mouvements sociaux marqués par une
composition sociale plus hétérogène et inter-classiste.
Dans sociologie des mouvements sociaux (1996), Erik NEVEU identifie plusieurs facteurs qui font
décliner les conflits de classes et encourage, indirectement, le développement des nouveaux
mouvements sociaux :
- l’effondrement du mur de Berlin qui disqualifie les analyses marxistes au profit des
analyses capitalistes
-
au cours des 30 glorieuses, le niveau de vie des ouvriers augmente et on passe à
l’ouvrier de l’abondance qui se rapproche la constellation centrale
de nouvelles classes moyennes salariées se développe et devienne acteurs du
changement
de nouvelles préoccupations émergent comme le territoire, les enjeux locaux,
l’amélioration de la qualité de la vie
Alain TOURAINE étudie où l’on aussi d’un mouvement ouvrier à de nouveaux mouvements
sociaux. Dans la société industrielle, le mouvement ouvrier était le mouvement social central :
non seulement il possédait une identité forte ( principe d’identité) et identifiait un adversaire, la
classe dirigeante ( principe d’opposition), mais en plus il était porteur d’un véritable projet
culturel axé autour de la lutte pour le progrès social, pour les droits et la dignité des travailleurs
(principe de totalité). Mais, ce mouvement ouvrier est sur le déclin dans une société programmée
où les conflits portent davantage sur ce qui se passe en dehors des murs de l’usine comme par
exemple la lutte des femmes, la lutte antitechnocratique (antinucléaire), la lutte des
occitants…Touraine cherche à savoir si ces luttes sont honteuses des trois principales d’identité
d’opposition et de totalité.
Ces différentes approches sont à rapprocher des travaux américains de Ronald INGLEHART qui
publia en 1977 la révolution silencieuse où il soulignait que dans les sociétés occidentales la
satisfaction des besoins matériels de base pour l’essentiel de la population déplace les demandes
vers des revendications plus qualitatives de participation, de préservation de l’autonomie, de
qualité de vie, de contrôle des processus de travail… l’explique cette situation par le processus
de scolarisation qui pousse les individus à être moins soumis à l’ordre organisationnel
hiérarchique. Il observe empiriquement la montée des valeurs « post- matérialistes » à travers
des études sur les systèmes d’attitude et de hiérarchie des valeurs dans six pays d’Europe
occidentale.
4. Éléments de critiques sur la thèse de la « moyennisation »
Les approches sociologiques mettant l’accent sur les nouveaux mouvements sociaux tendent à
surestimer leur poids. Plusieurs études ont montré que les mobilisations salariales et les
revendications matérialistes restaient dominantes dans les mobilisations collectives des années
1980- 1990. C’est ce qu’a montré notamment Olivier FILLIEULE dans une étude quantitative sur
les manifestations en France : il constate que les revendications de nature « matérielle » ( salaire,
emploi, conditions de travail) l’emportent largement sur les griefs « post- matérialistes »
(Stratégies de la rue, 1996). Ce point de vue est partagé par Annie COLLOVALD : pour elle il
s’agit surtout de diagnostics et de pronostics normatifs qui sont démentis dans les faits.
L’effacement des conflits de classes constitue une hypothèse discutable qui vise à entretenir une
représentation d’individus complètement autonomes intégralement émancipés de « la camisole
de force des déterminations sociales ». Autrement dit les inégalités sociales et culturelles, les
milieux d’appartenance, les sociabilités continuent de peser lourdement sur les capacités
différenciées des individus à s’engager dans les luttes et les conflits sociaux (« pour une
sociologie des carrières morales des dévouements militants », in Collovald, Al. L’humanitaire ou
le management des dévouements – enquête sur un militantisme de solidarité en faveur du tiersmonde, 2002).
La conception donc inter-classiste des nouveaux mouvements sociaux ne résiste guère aux
études sociologiques où on constate que le niveau d’instruction et la position occupée dans le
monde social influence fortement la capacité d’un individu à s’engager dans un mouvement
social.
CCL : ainsi, la thèse de la moyennisation
suggère une l’homogénéisation tendancielle des styles
de vie dans la structure sociale. Cette hypothèse est fortement critiquable. De forts clivages ont
en effet perduré et même pendant les années 70 et 80 et persistent entre les groupes sociaux à la
fois du point de vue des revenus, de la consommation, du rapport à la culture de la politique
Comme on le verra dans le chapitre suivant.
Chapitre 4 – Une société en voie de dé-moyennisation ?
La multiplication des formes d’inégalités en France
Certains auteurs remettent en cause l’analyse en termes de classes de la société contemporaine
car les inégalités ne seraient plus collectives, communes aux membres d’une classe, mais
personnalisées, individualisées. De « nouvelles inégalités » se substitueraient aux inégalités
traditionnelles en termes de classes. C’est le cas de FITOUSSI et ROSANVALLON dans un ouvrage
publié en 1996 Le nouvel âge des inégalités : les repères et les frontières sociales habituellement
mobilisés dans l’analyse classiste se brouillent en raison de la montée d’un chômage et d’une
précarité endémique ou encore d’un passage de plus en plus long par le système scolaire. Dans
Les inégalités multipliées, François DUBET partagent aussi cette conception : revendiquant sa
filiation avec l’analyse wéberienne, il constate que « chaque individu, chaque groupe est moins
défini par son rôle que par son expérience traversée par un ensemble de logiques dont rien ne
nous dit qu’elles sont a priori cohérentes et harmonieuses. Chacun d’entre nous possède
plusieurs statuts, plusieurs identités engendrant plusieurs formes d’inégalités ». les inégalités ne
sera donc plus collectives, mais personnelles en matière de salaires, d’ école et de territoire.
1. précarité, exclusion,
société salariale
déclassement : l’effritement de la
a. la construction de la société salariale et la conquête de l’État social
Robert CASTEL a fait la chronique de la société salariale dans les métamorphoses de la question
sociale en 1995. À travers la construction de celle-ci, il cherche à comprendre comment se
construit l’individu moderne. Deux conditions sont indispensables à la construction de l’individu
moderne : « l’accès à l’indépendance sociale » et le « souci de sécurité ». a priori ces deux
conditions paraissent contradictoires : être autonome empêcherait par exemple d’avoir accès à
une sécurité puisque l’individu se détache du collectif. Or, la société salariale a permis de
concilier ces deux éléments : en offrant à l’individu une protection sociale, l’État social lui a
permis de réduire le risque social et, par conséquent, d’affirmer son indépendance sociale. Sans
protection, la pression de l’urgence matérielle se double de la menace de déchéance sociale
auquel cas l’individu risque de ne plus pouvoir subvenir à ses besoins et donc d’être indépendant.
L’État social appuie donc généraliser la protection à tous les salariés alors que sans lui seuls
ceux qui disposaient d’une propriété privée pouvait répondre à leur souci de sécurité. Ainsi,
pour castel, il n’y a pas d’individus possibles sans collectif à même de le supporter. L’auteur
rappelle donc que l’individu moderne est avant tout une conquête sociale, donc une aventure
collective pour tous les « non- propriétaires ». la perspective libérale qui suppose a priori de
constituer l’individu indépendamment de toute protection apparaît dès lors dans toutes sont ni
réalité anthropologiques. Ainsi, l’État social permet l’existence d’une « société de semblables » :
c’est-à-dire d’individus salariés qui bénéficient des mêmes droits protecteurs que les
propriétaires. L’État social confère aux individus une citoyenneté sociale, c’est-à-dire une
véritable citoyenneté démocratique dans les faits. Cet État social s’est constitué appartînt du XIXe
siècle et surtout consolider au cours des 30 glorieuses au cours d’un nuage d’or de la propriété
sociale dans lequel l’autonomie de l’individu et l’égalité des droits se posait comme des objectifs
socialement désirables.
En outre, on peut retenir deux formes d’individualisme hypermoderne : « l’individu par excès
(les « hyper-riches ») qui se caractérise par une désaffiliation par le haut, c’est-à-dire que
l’individu s’éloigne des affiliations collective parce qu’ils n’en éprouvent par le besoin comme il
peut subvenir à ses besoins de manière individuelle ; « l’individualisme par défaut » ou cette
fois-ci l’individu est un précaire qui ne peut accéder aux avantages collectifs c’est-à-dire à la
propriété sociale en même temps qu’il ne peut accéder à la propriété privée donc il s’isole.
b. un salariat rongé par l’insécurité sociale
en 2003, Robert CASTEL publie « l’insécurité sociale ». il y fait le constat d’un effritement de la
société salariale depuis le début des années 80 avec d’un côté les personnes protégées ( par les
protections et les assurances sociales) et de l’autre les personnes qui doivent faire face à aux
aléas du marché avec de moins en moins de « supports sociaux ».
Dans l’égalité des possibles (2002), Éric MAURIN fait plusieurs constats qui vont dans le sens de
cette insécurité sociale :
- il constate une montée généralisée de l’instabilité professionnelle : à partir des enquêtes
de formation et qualification professionnelle de l’INSEE et des enquêtes emploi de 1982
à 2000, ils montre que le risque de perte d’emploi s’est accru depuis les années 80 et que
ce risque est plus fort dans les années 1990 que dans les années 1980.
Néanmoins, ce risque de perte d’emploi ont est plus élevé pour les salariés les moins
anciens et les moins qualifiés quelle que soit la catégorie de salariés.
Ce sont d’abord les ouvriers qui sont la catégorie sociale la plus affectée à cause des
transformations des modes de gestion capitaliste de type néo-managériale. De
nombreux ouvriers quittent le secteur secondaire pour le secteur des services, ce qui
modifie les conditions de travail avec notamment 1+ grande difficulté à trouver des
résistances collectives. Les « nouveaux ouvriers » (les chauffeurs, les ouvriers
artisanaux, les transports et de la logistique) se caractérise par une soumission aux
pressions directes de la demande face à laquelle il leur est difficile de trouver des
supports collectifs pour résister. Ils sont isolés. (cf. Opérateurs de Peugeot à Montbéliard
décrits par BEAUD et PIALOUX). Les opérateurs risques de plus en plus d’être des
« individus par défaut ». Ils sont d’autant moins défendus que politiquement ils ne sont
plus aussi bien représentés qu’à l’époque du parti communiste.
- Face a cette personnalisation croissante des relations d’emploi, MAURIN (2002) estime
qu’il est de plus en plus difficile de catégoriser la société. Il préfère alors réaliser des
analyses en termes d’inégalité des revenus et de niveau de vie plutôt que de recourir à la
nomenclature des PCS pour analyser les inégalités contemporaines.
Il souligne que la mobilité sociale n’a pas véritablement augmenté depuis une vingtaine
d’années. La pauvreté tend même à devenir de plus en plus probable pour les salariés
les moins pourvus en capital économique. C’est surtout la précarité des situations
familiales qui apparaît comme le facteur le plus décisif dans le basculement et le
maintien dans la pauvreté (Exemple des familles monoparentales).
Face à l’ensemble de ces constats, du il préconise des politiques sociales ayant une
dimension « compassionnelle » à travers notamment la formation pour redonner la
priorité à l’égalisation des possibles.
Les employés sont aussi victimes de cette insécurité sociale. Ils sont aussi confrontés à la
personnalisation et à l’individualisation croissante des relations d’emploi qui les empêchent de
se mobiliser collectivement. En témoigne d’un changement de figures principales de l’envoyé : il y
a 20 ans dominaient surtout les employés administratifs d’entreprises qui évoluaient dans un
contexte hiérarchisé et formalisé où le collectif pouvait avoir sa place ; aujourd’hui, ce sont
surtout les personnels de service aux particuliers et les employés de commerce qui dominent et
ils exercent dans les structures où ils sont plus isolés.
MAURIN rejoint les réflexions de FITOUSSI et ROSANVALLON sur l’obsolescence de la
nomenclature des PCS. Pour ces derniers, l’obsolescence provient de ce que les nouvelles
inégalités ne peuvent s’observer qu’à travers les trajectoires effective et qu’en plus les inégalités
frappent de manière aléatoire les individus.
Il faut nuancer ce dernier constat car les inégalités des catégories sociales devant le risque du
chômage et la précarité reste forte : taux de chômage pour les ouvriers en 2009 était de 13,2 %
contre 3,8 % pour les cadres. De même, le taux de chômage des noms diplômés est près de trois
fois plus élevées que celui des personnes qui disposent d’un niveau au moins égal au bac+2.
FITOUSSI et ROSANVALLON ajoutent que les inégalités sociales ne font plus système est qu’il
faut les décliner et les traiter une à une : inégalités géographiques, inégalités de prestations
sociales, inégalités de genre et inégalités entre les générations…(l’individu aux multiples
inégalités car aux multiples parcours).
c. Vers une « crise de civilisation » ? Le déclassement générationnel et ses effets sociopolitiques
Dans Le déclassement (2009), Camille PEUGNY Je cherche à prendre la mesure du déclassement à
partir d’une définition simple : est considéré comme déclassé tout individu qui ne parvient pas à
à maintenir la position sociale de ses parents. Il fonde son étude sur les enquêtes emploi
formation qualification professionnelles de l’INSEE et la nomenclature des PCS.
Il fait le constat d’une augmentation paradoxale du nombre de déclassés en France, de la
diminution des perspectives d’élévation sociale, alors que le niveau d’éducation ne cesse
d’augmenter. Le constat qu’il fait n’est pas nouveau puisque déjà dans les années 60 BOURDIEUPASSERON et BOUDON faisaient le constat d’un décalage croissant entre les titres et les postes.
C’est le ralentissement du nombre de postes de cadres et de professions intermédiaires qui en est
à l’origine.
Il montre en effet que les générations nées après 1960 connaissent une dégradation généralisée
des perspectives de mobilité sociale par rapport aux générations précédentes. Si la part des
individus qui parviennent à s’élever au-dessus de la condition de leurs parents demeure toujours
supérieure à celle des déclassés, l’écart entre les deux flux diminue considérablement : en 2003,
parmi les 35-39 ans, les ascendants ne sont plus que 1,4 fois plus nombreux que les descendants
alors que pour la génération née entre 1944 et 1948, les individus en situation de mobilité
ascendante sont 2,1 fois plus nombreux que ceux connaissant une mobilité descendante.
Cette dégradation concerne toutes les catégories sociales et pas uniquement les catégories
populaires. Même les enfants de cadres supérieurs connaissent un risque de déclassement plus
élevé malgré un niveau de diplôme plus élevé. Un enfant de cadres sur trois ne parvient pas à
reproduire la position de son père même s’il possède un diplôme de deuxième ou troisième cycle.
L’apport véritablement original des analyses de PEUGNY réside dans l’étude des conséquences
psychologiques et politiques des situations de déclassement :
- D’un point de vue psychologique, ils montrent que du point de vue de l’individu, le
déclassement procure une expérience douloureuse où le sentiment de honte domine. Je
l’individu éprouve un sentiment de désorientation sociale : les individus oscillent entre
deux univers, celui d’origine et celui de leur nouveau milieu social ; ils se trouvent dans
une situation d’anomie. Au niveau collectif, la société ne pourrait pas supporter un trop
grand nombre de « malades » (p. 73 – pourquoi ?)
Pour assumer les coûts psychologiques, les individus ont le choix entre deux types de
comportement : la rébellion résultat d’un mélange de culpabilité et de déception née du
déclassement social perçu comme une injustice et qui fait naître un discours virulent
contre l’école, le patronat et le gouvernement ; le retrait qui consiste à se replier sur soi.
Les enfants de cadres d’origine populaire sont plutôt en rébellion alors que les enfants
issus d’une longue lignée de cadres sont plutôt dans une position de retrait de la vie
sociale.
- le déclassement a des conséquences politiques sur la « perception de l’autre » : deux
types de comportements peuvent être distingués : un comportement « autoritaire » où
l’individu met l’accent sur l’importance de la conservation des valeurs morales comme le
respect d’autrui, la politesse, l’obéissance face à la crise de l’autorité ; Un comportement
ethnocentrique ( et pas nécessairement raciste) ou l’individu croit difficilement au
mélange de cultures jugées différentes de la culture française avec celle-ci. Ce dernier
comportement nourrit l’électorat attiré par un discours sur « l’identité nationale ».
En outre, certains déclassés cherchent à se distinguer des « faux chômeurs » en se
considérant comme « les vrais chômeurs » victimes de la crise. Ils tiennent alors un
discours a priori paradoxal où se mêle un vif antilibéralisme (à l’origine de la crise qui
les touche) et une faible préoccupation pour lutter contre les inégalités. Ce discours
peut donner lieu à un vote à l’extrême droite.
Dans La dérive des classes moyennes (2006), Louis CHAUVEL fait le même constat que Camille
PEUGNY, à savoir que la société française est marquée par une régression de la mobilité sociale
parmi les jeunes générations. Ils s’intéressent plus précisément aux classes moyennes. Les
classes moyennes sont des classes sociales pour trois raisons : elle partage un même sentiment
d’appartenance qui est la croyance en l’idéologie du progrès et de l’émancipation ; elles ont une
place intermédiaire dans la hiérarchie sociale ; elle se situe au milieu de l’échelle des revenus. À
partir d’un double critère ( strates supérieures/ strates inférieures ; ressources culturelles/
ressources économiques), il distingue quatre classes moyennes : l’ancienne classe moyenne
intermédiaire ( artisans et commerçants modeste dont le revenu est avant tout fondé sur le
travail) ; la nouvelle classe moyenne intermédiaire ( employée, bureaucrates et techniciens
bénéficiant d’une autonomie dans le travail pour laquelle les ressources dominantes sont
culturelles) ; l’ancienne classe moyenne supérieure ( chef d’entreprises petites et moyennes,
commerçants et artisans employeurs, bourgeoisies possédantes) ; nouvelles classes moyennes
supérieures (hauts fonctionnaires, enseignants du supérieur, ingénieurs qui bénéficient plutôt
d’un capital culturel élevé).
Ces différentes classes moyennes sont à la dérive car les jeunes générations issues des classes
moyennes font l’expérience de la précarité et de niveau de vie modeste et d’une ascension
improbable à la propriété. Plus diplômés, cette génération moyenne à des conditions de vie
dégradées par rapport à celles de leurs parents du fait d’une mobilité intergénérationnelle
bloquée. Certains s’en sortent mieux grâce aux solidarités familiales.
Cette dérive a plusieurs conséquences :
- elle entraîne une « crise de civilisation » car les classes moyennes ont une fonction de
brassage social
elle entraîne une dé-moyennisation de la société française qui prend la forme d’une
fracture générationnelle.
Elle nourrit l’individualisme négatif (l’inverse d’un individualisme égalitaire et
libératoire des baby-boomers héritiers matériels et symboliques de la révolution de
1968)
Cette vision d’une régression de la mobilité intergénérationnelle fait l’objet de critiques par Eric
MAURIN dans deux livres : la peur du déclassement ; les nouvelles classes moyennes (2012) (publié
avec Dominique GOUX).
Le livre de Dominique Goux et Éric Maurin peut apparaître comme une réponse à celui de Louis
Chauvel, Les classes moyennes à la dérive, paru en 2006 chez le même éditeur et dans la même
collection1. Les auteurs s’opposent ainsi aux présentations déclinistes des classes moyennes, et
plus particulièrement au déclassement générationnel et à la paupérisation soulignés par Louis
Chauvel et par d’autres sociologues.
Dans un premier temps, les deux auteurs montrent que les classes moyennes sont un groupe
social en expansion depuis les années 50 mais aussi depuis les années 1980. Cette situation
s’explique par le déclin de la classe ouvrière et du nombre d’agriculteurs dont le parti vient
nourrir les rangs des classes moyennes. Il n’y a pas de paupérisation des classes moyennes car
le nombre proche du revenu médian s’accroît et l’écart avec les professions intellectuelles
supérieures ne grandit pas. Il n’y a pas non plus de déclassement massif plus que seuls 13,5 %
sont déclassés contre 46 % de promus ouvriers et employés. En outre le sentiment
d’appartenance s’accroît. Pour toutes ces raisons, les classes moyennes restent des classes
enviées pour les ouvriers et les employés car les conditions de travail, salariales et d’emplois sont
meilleures.
Etudiant la place des classes moyennes dans la compétition scolaire, les deux auteurs contestent
le déclassement scolaire des enfants des classes moyennes et affirment au contraire qu’ils ont eu
tendance à rattraper leur retard sur les enfants de cadres grâce la massification du lycée et de
l’accès à l’enseignement supérieur. La compétition scolaire était plus forte dans les années 60. En
revanche, les difficultés à accéder aux grandes écoles restent fortes et peuvent nourrir une
frustration à même d’expliquer un sentiment de déclassement.
En outre, ils indiquent il n’y a pas de panne de l’ascenseur social car non seulement il n’y a jamais
eu de fortes promotions sociales pour les enfants des classes moyennes, mais en plus celle-ci se
serait améliorée pour les générations nées dans les années 60 par rapport à celles nées dans les
années 50.
Du point de vue résidentiel, il souligne que les classes moyennes luttent contre le déclassement :
s’il existe bien une ghettoïsation qui sépare les pauvres des riches, les classes moyennes se
défendre en mettant à distance les classes moyennes inférieures et les plus pauvres. La mobilité
résidentielle des classes moyennes dévoile plutôt une promotion résidentielle même si elle se
traduit par des sacrifices financiers parfois importants.
Lire La peur du déclassement.
2. des processus de ségrégation renforcés ? de la question
urbaine aux discriminations ethniques
a) définitions et réalités de la ségrégation urbaine
Les inégalités spatiales véhiculent des prénotions très fortes car s’agit de constructions
mentales, sociales, politiques et de situation objectives comme l’atteste l’exemple des banlieues.
Dans sociologie urbaine (1994), Yves GRAFMEYER définit la ségrégation comme l’association
entre une forme de mise à distance sociale est un processus de séparation physique. Il distingue
trois approches différentes :
- une première plutôt statistique qui s’intéresse aux différences de localisation entre les
groupes définis par la position sociale et par l’origine ethnique
une seconde met l’accent sur les chances inégales d’accès aux biens matériels et
symboliques offerts par la ville
une troisième considère la ségrégation comme toute forme de regroupement spatial
associant étroitement des populations défavorisées à des territoires circonscrits ( c’est la
problématique du ghetto ou de la concentration spatiale des exclus)
Jacques DONZELOT dans un article de 2004 intitulé « la ville à trois vitesses : relégation, et
périurbanisation, gentrification », in Esprit essaye de comprendre les formes de la ségrégation
urbaine et son intensité. Il considère déjà que « la ville ne fait plus société » car on assiste à une
tripartition de l’espace :
- Un espace de relégation à travers la problématique des quartiers défavorisés où les
individus cumulent plusieurs handicaps (chômage, précarité, délinquance, échec
scolaire) et vivent dans un « entre soi contraint » ( les habitants les plus dotés en
ressources scolaires et économiques fuient ces quartiers). La population est très
immobile : il s’agit d’une distance à la fois géographique avec le travail, sociale et légale
avec l’économie souterraine
Un espace de gentrification : constitution de quartier très favorisé ouvert sur le monde
est défini par un « entre soi sélectif » en raison du coût de l’immobilier inaccessible aux
classes moyennes inférieures et aux classes populaires obligées de quitter le quartier.
Valorisation aussi des espaces communs du quartier. Populations sont ni mobiles ni
immobiles.
Un espace de périurbanisation qui constitue un entre-deux : il illustre tout à la fois
l’exclusion des classes moyennes des quartiers bourgeois et les tentatives pour fuir les
quartiers de relégation. Les populations vivent dans un « entre soi protecteur » qui se
manifeste à travers l’accès à la propriété privée, la privatisation des espaces communs.
Hypermobilité contrainte car la voiture est nécessaire pour se rendre au travail et dans
certains espaces commerciaux
On retrouve une analyse assez proche chez Éric MAURIN dans le ghetto français (2004) où il
estime que les stratégies de mobilité résidentielle sont essentiellement guidées par « l’entre soi »
( il parle de « société de l’entre soi » pour qualifier la société française). En effet, si la
ségrégation résidentielle peut s’expliquer pour des raisons économiques, elle est surtout pour lui
le produit d’une recherche d’un environnement socioculturel favorisé
Et l’évitement
d’environnement défavorisé. Dès lors, on assiste à une « ghettoïsation par le haut » : la classe
supérieure souhaite se démarquer des classes moyennes, elle-même fuyant les classes populaires
et ainsi de suite. Cela aboutit à une dégradation de la mixité sociale. Les plus favorisés vivent
entre eux les plus défavorisés sont condamnés à s’installer dans des lieux de relégation par un
effet de sélection par les prix du bâti.
Cette ségrégation résidentielle conduit à un enfermement social et spatial des enfants qui
influence très fortement leur destin social. Par exemple, en évoluant dans un milieu favorisé
culturellement (avec une proportion importante de diplômés du supérieur parmi les voisins),
l’enfant a plus de chances de réussir à l’école puisqu’il a sous les yeux plusieurs modèles de
réussite à la différence d’enfants dans des milieux plus défavorisés ou l’échec scolaire est plus
répandu. En outre, comme la composition sociale des écoles fréquentées reflète celles du
voisinage de résidence, on constate une certaine homogénéité sociale dans les établissements
scolaires où les enfants de milieux favorisés restent entre eux de la même manière que les
enfants de milieux défavorisés. De ce fait, les premiers ont plus de chance à nouveau de réussir
scolairement que les seconds par le jeu des interactions sociales.
Cette ségrégation résidentielle, doublée d’une ségrégation scolaire qui en est le reflet, amplifie les
inégalités de destin préexistantes.
Au total, il faut retenir trois leçons :
- la ségrégation n’affecte pas seulement les franges paupérisées, mais l’ensemble de la
société
la concurrence pour l’appropriation du territoire est animée par le souci d’accéder à un
statut valorisant ( de ce point de vue, l’école joue un rôle central)
les politiques social sont inefficaces lorsqu’elle relève davantage d’un saupoudrage que
d’une réelle politique urbaine tournée vers davantage de mixité sociale.
Ce constat d’une ghettoïsation croissante de la société française mérite d’être nuancé. Dans une
étude sur la métropole parisienne (« la ségrégation a-t-elle augmenté ? » La métropole
parisienne entre polarisation et mixités », in sociétés contemporaines, 2006), Edmond
PRETECEILLE estime que la ségrégation dans les quartiers à diminuer pour toutes les catégories
socioprofessionnelles exceptées les cadres d’entreprise et les ouvriers. Autrement dit, le
séparatisme social se fait aux deux bouts de l’échelle mais pas de manière généralisée. Ce sont
surtout les catégories supérieures qui s’isolent des autres catégories sociales et à l’inverse les
classes moyennes ne s’éloignent pas des classes populaires à l’exception de professions
intermédiaires d’entreprise. Ainsi, les espaces « moyens mélangés » qui se caractérisent par une
mixité sociale restent la modalité la plus fréquente ( 45 % de population qui vit en région
parisienne en fait partie).
Ainsi, si l’on réfléchit aux différentes causes de la ségrégation urbaines, PRETECEILLE estime
dans son étude que ce sont surtout les est des prix de l’immobilier région parisienne, mais aussi
certaines logiques sociales ou la parenthèse il prend l’exemple des cadres et ingénieurs du privé
qui se différencie de plus en plus souvent des cadres du public notamment en termes salariales
ce qui se retrouve dans la dynamique de décrochage spatial). MAURIN et DONZELOT insiste
davantage sur les stratégies d’évitement des groupes sociaux inférieurs.
Dans une étude sur la ségrégation scolaire, Pierre MERLE (« structure et dynamique de la
ségrégation sociale dans les collèges parisiens », in revue française de pédagogie, 2010) explique
de son côté la ségrégation scolaire par les transformations urbaines à Paris : la déprolétarisation
de certains quartiers entraîne « un entre soi » plus prononcé pour les classes supérieures et les
classes moyennes. Il ajoute que certaines familles suivent des stratégies d’évitement de la carte
scolaire (grâce à l’assouplissement de la carte en 2007). Il le constate notamment par le fait que
les quartiers les plus favorisées connaissent une baisse de leur peuplement et que les collèges qui
les composent voient leurs effectifs augmenter. D’ailleurs, pour lui l’assouplissement de la carte
scolaire n’a pas permis 1+ grande mixité sociale.
b. « ghetto » et « underclass » : Des concepts adaptés pour décrire la situation française ?
Dans un article de 1997 « la notion d’underclass à l’épreuve des faits », in Sociologie du travail,
Cyprien AVENEL définit l’ « underclass » ( concept inventé dans les années 80 par un sociologue
américain WILSON pour décrire l’isolement social de certains quartiers ou de certaines poches
de pauvreté) à travers trois caractéristiques :
- le lien entre la race et la classe : concrètement, aux Etats-Unis, l’underclass décrit la
concentration sur un même espace de populations noires et pauvres.
Une culture de la rue ou du ghetto ou pour reprendre l’expression d’AVENEL : « un
système alternatif des comportements » qui correspond un mode de vie particulier
marqué, entre autres, par l’échec scolaire, la délinquance, l’éclatement de la sphère
familiale. Dans ce cadre, se dresse un « eux » contre un « nous ».
- « Une culture de la dépendance » : les populations sont en relation de dépendance avec
les politiques sociales. Pour les libéraux, ces populations sont considérées comme des
victimes alors que pour les conservateurs, elles sont coupables de leur situation. Petit à
petit, l’État a abandonné ses territoires récents la place à des institutions ou des
systèmes économiques autonomes comme l’économie souterraine.
Le débat en France de l’ « underclass » pas été remporter retour de la pertinence de la notion de
ghetto pour qualifier les quartiers défavorisés français. Deux sociologues s’opposent autour de
cette question : Loïc WACQUANT par pour qui cette notion n’est pas appropriée (il lui préfère la
notion de « marginalité urbaine ») et Didier LAPEYRONNIE pour qui au contraire plusieurs
dimensions sont réunies pour penser la ségrégation urbaines et ethniques autour de cette
catégorie de description.
Dans Ghetto urbain. Ségrégation, violence, pauvreté en France aujourd’hui (2008), LAPEYRONNIE
met en évidence plusieurs évolutions qui font des banlieues françaises des ghettos : accentuation
des écarts de avec les autres quartiers ou communes ; défiance vis-à-vis les institutions et recul
de leur présence ; développement de la violence ; économie souterraine qui s’impose comme un
modèle économique ; expérience toujours plus prononcée du racisme et de discrimination ;
adoption de normes de vie spécifique avec notamment la coupure entre l’univers féminin et
masculin.
Sur la dégradation des conditions socio-économiques, mis en évidence par Lapeyronnie à partir
d’une monographie du quartier, Jean-Louis PAN KE SHON montre que la situation est plus
contrastée lorsqu’on raisonne à un niveau plus global : dans un article « ségrégation ethnique et
ségrégation sociale en quartiers sensibles », in revue françaises de sociologie (2009), il souligne
que l’accroissement du chômage ne s’est pas opéré de manière plus forte que dans les autres
quartiers entre 1990 et 1999 ; c’est surtout l’évolution conjoncturelle qui en est le responsable. Il
montre aussi que le niveau de qualification mesurée par la part des 15 24 ans ayant quitté le
système scolaire avec un baccalauréat ou un diplôme supérieur, a augmenté moins vite que pour
le reste de la population.
LAPEYRONNIE insiste aussi sur l’existence d’un clivage racial de plus en plus important dans ces
quartiers où les étrangers et les immigrés seraient plus concentrés. Or, le constat mérite à
nouveau d’être nuancé. PRETECEILLE dans un article de 2009 (« la ségrégation ethno-raciale a-telle augmenté dans la métropole parisienne ? », in Revue française de sociologie) montre, à partir
d’indicateurs de dissimilarité, ( il compare la distribution spatiale de deux groupes en calculant le
pourcentage d’un groupe qui devrait déménager pour avoir une distribution spatiale semblable à
l’autre) que la ségrégation ethnique en région parisienne. Il fonde ses calculs à partir des
recensements entre 1982 et 1999 un mais aussi à partir de l’origine nationale des immigrés. Plus
précisément, ce sont les ménages d’origine maghrébine ou d’Afrique subsaharienne qui sont les
plus ségrégués rapports aux Européens comme les Portugais ou les Espagnols. Cependant
l’augmentation de la ségrégation semble d’abord touchée les ménages d’origine turque et
algérienne tandis que la baisse dans les années 90 pour les ménages d’origine tunisienne ou
d’Afrique subsaharienne. Il souligne enfin que l’indice de ségrégation ethnique est plus important
que l’indice de ségrégation sociale.
Néanmoins, la thèse du « ghetto » mérite d’être nuancée. Trois différences apparaissent au
moins entre le ghetto américain et les banlieues françaises :
- la banlieue française reste marquée par une composition ethnique hétérogène : en
France, il n’y a pas de ségrégation purement raciale comme c’est le cas pour le ghetto
américain. PRETECEILLE m ontre que les indices de dissimilarité en France sont
-
nettement inférieurs à ceux des grandes villes américaines. En outre, il indique il y a
très peu de villes de la région parisienne ou de quartier parisien où les immigrés
représentent plus de 50 % de la population.
Les populations des quartiers et notamment les étrangers ne sont pas affiliés allaient
rester. Les flux de mobilité résidentielle sont importants ( entre 1990 et 1999, 55 % des
Africains et 64 % des Français déménagent des ZUS selon PAN KE SHON).
L’État n’a pas déserté les quartiers défavorisés contrairement aux Etats-Unis : exemple
du rôle de la politique de la ville.
AVENEL Souligne qu’il n’y a pas « une culture de la pauvreté » spécifique aux banlieues,
à la différence des Etats-Unis, et que les habitants des quartiers partagent le modèle
culturel des classes moyennes.
Du point de vue de la méthode, plusieurs problèmes peuvent se poser pour comparer la situation
française avec celle du ghetto américain et plus généralement pour comprendre la ségrégation
ethnique :
- les notions mobilisées de « banlieues », « quartiers défavorisés », « quartiers de
relégation » sont relativement floues
l’échelle d’observation jouent aussi sur les constatations : plus on se rapproche de
l’échelle du voisinage, plus les processus de ségrégation voire de ghettoïsation semblent
prononcés
Quels critères utilise-t-on pour différencier les populations d’un point de vue ethnique ?
PRETECEILLE utilise la nationalité est le pays de naissance des membres des ménages
alors que PAN KE SHON et MAURIN le fonds à partir de la nationalité des individus. Les
différents critères n’impliquent pas les mêmes logiques de construction et de
problématisation des phénomènes migratoires (cf SPIRE, 1999).
N’est-ce pas un
réductionnisme sociologique et culturel de mettre sur le même plan toutes les personnes
nées au Maghreb ou en Afrique subsaharienne ? De plus, utiliser la nationalité ou le pays
d’origine comme critère déterminant pose problème quand on sait que ces deux critères
sont contingents (le pays d’origine) ou déterminés par l’Etat (nationalité) et qu’on peut
mettre en question leur pertinence sociologique.
Au-delà de tous ces questionnements sur les concepts et les catégories, on peut conclure au
maintien voire, par certains aspects, au renforcement de certaines logiques de ségrégation dans
certains quartiers.
c. discriminations ethniques et racialisation de la question sociale
Pour Didier FASSIN (« une brève histoire des discriminations », in FASSIN, HALPERNIN
Discriminations : pratiques, savoirs, politiques (2008) la discrimination est un « traitement inégal
fondé sur un critère illégitime ». de ce point de vue, la discrimination ethnique consiste en un
traitement inégal fondé sur l’origine culturelle géographique des individus, celle-ci étant
médiatisée par l’apparence physique ou le patronyme. Il rappelle que la discrimination ethnique
ne s’est imposée en France qu’à la fin des années 90. C’est la « racialisation » de la question
sociale qui s’est réinvitée et diffusé dans les années 90 2000. Schématiquement, d’une lecture de
la question sociale fortement liée au devenir de la classe ouvrière où les classes populaires ne
sauraient passer à une lecture de celle-ci en lien avec les banlieues et les jeunes immigrés issues
de l’immigration, la convergence entre origine étrangère et origine ouvrière renforçant ce
glissement.
Deux processus ont conduit à ce glissement ( ce n’est plus l’article de FASSIN) :
- un processus économique tout d’abord à travers la crise qui a affecté les salariés les plus
vulnérables qui souvent étaient salariés étrangers ou immigrés et habitaient dans les
grands ensembles. Rappelons qu’historiquement les vagues d’immigration ont servi en
majorité à occuper les emplois les moins qualifiés ( stratification ethnique du marché du
travail) et qu’ils ont été logés dans les grands ensembles. Or, la concentration des
populations immigrées dans les grands ensembles a contribué à réduire la mixité sociale.
La persistance de la crise et les limites de la démocratisation scolaire dans ce contexte
ont conduit à exacerber les tensions racistes au sein des classes populaires. Stéphane
-
BEAUD et Michel PIALOUX (Retour sur la condition ouvrière 1999) souligne que c’est au
moment de la crise du monde ouvrier dans les années 80 que les tensions racistes ont
commencées à apparaître entre immigrés ou enfants d’immigrés d’un côté et Français
d’origine de l’autre1.
Un processus politique : la remise en cause de l’état social dans les années 1980 et la
désactivation des clivages de classes dans le discours politique ont remis sur le devant
de la scène la distinction entre nationaux et étranger. C’est la thèse notamment soutenue
par Robert CASTEL dans la discrimination négative (2007) : cette situation a permis
d’opérer un déplacement de la question globale de la sécurité en la réduisant à un
problème de délinquance relevant en dernière analyse de mesures de police si bien que
le rôle de l’État est rabattu sur sa capacité à assurer la paix civile et moins à traiter la
question sociale.
Il est difficile d’isoler précisément les effets de discrimination raciale sur les populations qui en
sont victimes par rapport à d’autres causes qui pourraient avoir les mêmes effets. Par exemple,
est-ce que les inégalités d’accès à l’emploi sont du à des discriminations ethniques ou à d’autres
phénomènes comme le manque de qualification ou un manque de capital social ? Pour isoler un
facteur particulier, les sociologues ont recours à la méthode du « tout de choses égales par
ailleurs ». Par exemple, Louis-André VALLET et Jean-Paul CAILLE (2000) ont montré par exemple
à partir de plusieurs indicateurs ( taux de redoublement, taux d’obtention du baccalauréat,…)
Que si en valeur absolue les enfants d’immigrés ont plus de chance de rencontrer des difficultés
des échecs scolaires, en revanche, lorsqu’on raisonne « toutes choses égales par ailleurs », à
caractéristiques de milieu social identique, cette inégalité de réussite scolaire disparaîtrait.
Cependant, plutôt que de chercher à isoler telle ou telle effet d’une variable, il vaut mieux
chercher à comprendre comment les différentes variables peuvent s’articuler ( les Américains
parlent d’intersectionnalité). Raison pour laquelle il évolue de raisonner « toute chose inégale
d’ailleurs ». cf. l’article de HERAN (A LIRRREEEE !!!!)
Ex : Christelle AVRIL ( thèse de doctorat : « s’approprier son travail au bas du salariat. Les aides
à domicile pour les personnes âgées) a réalisé une enquête ethnographique sur les aides à
domicile en 2007 où elle montre que malgré un certain capital scolaire, les femmes d’origine
immigrée (+ DOM-TOM) ont des difficultés à s’intégrer sur le marché du travail où sont
contraintes d’accepter les emplois peu qualifié de confronter au fait d’être femme est d’origine
immigrée sur un marché du travail discriminant. En outre, elle note au sein de l’association des
aides à domicile étudier un clivage entre les aides à domicile française titulaire d’un BEP CAP et
dotées d’un « capital d’autochtonie » lié à leur ancrage local et celles qu’elles appellent les
« mobiles » à savoir les immigrés ou les Antillaises qui sont pour la plupart plus qualifiés que les
premières.
3. De la strate des « très hauts revenus » à la grande bourgeoisie
comme dernière « vraie » classe ?
a. Continuité et rupture dans l’inégalité d’accès aux biens économiques
Dans son livre devenu une référence majeure sur la question des inégalités, Thomas PIKETTY (
(L’économie des inégalités, 2001) montre que sur la longue période depuis la fin de la seconde
guerre mondiale jusqu’à la fin des années 80, le décile supérieur se partage en moyenne environ
33 % du revenu total. Il confirme ainsi l’analyse de KUZNETS sur le liens entre la croissance
économique et les inégalités de revenus : avant la seconde guerre mondiale, les inégalités de
revenus étaient plus fortes car le décile supérieur percevait une part plus importante du revenu
1 Pour des processus relativement proches, envisagée dans un contexte de risques de
déclassement social accru( 1990-2000) et dans lequel se noue des tensions racistes au sein des
fractions supérieures des classes populaires dans les quartiers « pavillonnaires » de banlieue
parisienne, voir CARTIER al. La France des « petits- moyens ». enquête sur la banlieue
pavillonnaire (2008)
national ( entre 40 et 45 %) ; or, au cours des 30 glorieuses, au moment où la croissance
économique était forte, cette part baissait.
Pour une vision plus historique, suivons les analyses de LEMEL et GALLAND dans la version
actualisée de la nouvelle société française (2011). Il distingue quatre grandes périodes au cours
du XXe et du début du XXIe siècle :
- jusqu’à la seconde guerre mondiale : au début du XXe siècle, le dernier décile percevait
entre 41 46 % du revenu total. Puis la grande dépression des années 30 et la seconde
guerre mondiale ont fait chuter cette part.
après la seconde guerre mondiale jusqu’à la fin des années 60 : la tendance est à la
remontée des inégalités. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, au cours des 30
glorieuses, ce sont les catégories aisées qui ont le plus profité du dynamisme
économique alors que les ouvriers et les personnes âgées étaient les oubliés de la
croissance. Ces dernières, n’avait que très peu cotisé au régime de retraite ils se
retrouvaient avec de petites pensions qui ne leur permettaient pas d’échapper à la
pauvreté (près de 25 % des retraités étaient considérés comme pauvres au début des
années 1970).
Entre 1968 et 1984 : diminution nette et compression des inégalités : le rapport interdit
s’il diminue largement : il passe de 4,8 en 1968 à 3,5 en 1984. Trois explications :

le salaire minimum double sur 20 ans avec les accords de Grenelle : il augmente
de 35 % avec la transformation du SMIC en 1970

Les conditions de vie des personnes âgées s’améliorent nettement avec
notamment l’augmentation du minimum vieillesse mais aussi l’arrivée de
nouvelles générations à la retraite qui ont pleinement cotisé.

Un système devenu plus redistributif avec notamment la progressivité de
l’impôt sur le revenu et la création de prestations visant à améliorer le niveau de
vie des plus vulnérables ( allocation parents isolés, pour adultes handicapés)
- depuis les années 80 : le niveau de vie moyen reste globalement stable et six tendances il
y a, elle est plutôt à la hausse des inégalités. Le rapport interne s’il se stabilise autour de
3,4 point. Cette situation peut paraître surprenante dans la mesure où les inégalités
devraient progresser en raison d’impôt de moins en moins progressif comme l’impôt sur
le revenu. En fait, la stabilisation des inégalités s’explique par la place centrale de l’État
social qui a mis en place des politiques d’assistance sociale ( Création du RMI en 88).
En réalité, si l’on affine l’analyse des plus hauts revenus, on constate une explosion des inégalités
entre 1998 et 2006. On doit cette étude à Camille LANDAIS (« Les hauts revenus en France
(1998-2006). Une explosion des inégalités ?, PSE, 2007) : il montre que les 0,01 % des plus hauts
salaires ont augmenté de 69 % sur la période soient un salaire mensuel de 83 000 mots renvoi en
2006. En bas de la hiérarchie salariale, les 90 % les moins bien payés ont augmenté de 11 euros
au par mois, soit 0,9 % au cours de la période soit un salaire mensuel de 1254 € par mois en
2006.
Michel AMAR dans « les très hauts salaires du secteur privé » (2010) confirme ce constat.
Si l’on ajoute à ces salaires les revenus de patrimoine, alors les inégaliés de revenus explosent :
entre 1982 et 2000, le pouvoir d’achat des actions a été multiplié par 15 alors que sur la période
allant de 1913 à 1982, il n’avait été multiplié que par de 2 même s’il y a des perdants, la hausse
est tellement énorme que les inégalités se sont accentuées.
En outre, si l’on se base sur les calculs de l’observatoire des inégalités, sur la décennie 1998- de
1008, les 10 % les plus pauvres ont reçu 2,8 % de la richesse nationale alors que les 10 % les plus
riches ont disposé de 31,7 %. Soit une part 11,3 fois plus importantes. Pour le dire autrement, les
10 % les plus pauvres ont gagné 7,3 milliards d’euros alors que les 10 % les plus riches ont gagné
82,8 milliards d’euros !
Malgré ces inégalités croissantes, le système fiscal ne redistribue pas davantage les richesses :
Alexis SPIRE et Nicolas DELALANDE dans l’histoire sociale de l’impôt montre que dans les deux
dernières décennies l’impôt sur le revenu n’a pas été réformé, y compris par la gauche, si bien
que ce sont les classes moyennes salariées et indépendantes ont été les principaux contributeurs
et non pas les très riches.
b. Les grandes écoles comme lieux de reproduction des élites
Dans La noblesse d’Etat (1989), Pierre BOURDIEU pas poursuit ses recherches sociologiques sur
l’école. Il analyse les stratégies de reproduction (éducation, mariage, stratégie d’accumulation
économique) des fractions dominantes de l’espace social par leur passage dans ces institutions
d’élite que sont les grandes écoles.
Il montre ainsi comment les individus passés par ces grandes écoles convertissent leurs
privilèges sociaux ont des verdicts scolaires hautement légitimes qui leur ouvrent la porte aux
positions sociales les plus élevées. Il s’appuie pour cela sur une « idéologie du don ». il fait le lien
entre la grande noblesse d’école et la noblesse d’État : « elle a partie liée avec l’État, dont elle sert
les intérêts supérieurs (au nom de l’idée de dévouement au service public) dans la mesure où, se
faisant, elle sert ses propres intérêts. Il y a donc bien une relation entre le titre scolaire et la
grande bureaucratie d’État ».
Il distingue, par ailleurs, la bourgeoisie économique qui oriente davantage les enfants vers HEC
de la bourgeoisie intellectuelle qui va plutôt vers normale Sup.
ALBOUY et WANECQ (« Les inégalités sociales d’accès aux grandes écoles, in Economie et
Statistiques, 2003)montre que sur la période 1940- 1980 les inégalités sociales d’accès aux
grandes écoles se sont au moins maintenues, voire accentuées : « Les fils de cadres et
d’enseignants ont toujours beaucoup plus de chances d’intégrer une grande école que les enfants
issus des milieux populaires dans une période caractérisée par la généralisation de la
scolarisation dans l’enseignement secondaire et ayant connu de nombreux changements dans la
stratification sociale. En termes de chances relatives d’accès selon son milieu social d’origine, la
base sociale de recrutement des grandes écoles semble même se resserrer dans les années 1980
après avoir connu une relative démocratisation à l’image de l’ensemble de l’enseignement
supérieur. Cette accentuation des inégalités d’accès aux grandes écoles peut trouver son
explication à la fois dans le renforcement de leur propre sélectivité afin d’en préserver la
spécificité et dans la plus grande ouverture des troisièmes cycles universitaires qui proposent de
plus en plus de formations professionnalisantes” Ainsi “Toujours pour la génération née dans les
années 1950, un homme sur six d’origine « supérieure » ou un sur huit issu du milieu enseignant
a intégré une grande ou une très grande école. Dans le milieu « populaire », ce n’est le cas que
d’un home sur 85 (un sur 23 parmi les hommes du milieu intermédiaire). Ces inégalités de
réussite sco- laire semblent d’autant plus exacerbées que les grandes écoles sont prisées”.
c. La grande bourgeoisie : une « classe sociale mobilisée »
Dans Sociologie de la bougeoisie (2006), PINCON-CHARLOT M et M, cherchent à comprendre
comment la grande bourgeoisie défend ses intérêts comme classe sociale notamment pour se
reproduire. Pour cela, ils adoptent une approche multidimensionnelle des moyens qu’elle met
en œuvre pour y arriver : ils étudient le capital économique, le capital social, le capital culturel et
le capital symbolique. Il s’intéresse notamment aux logiques sociales de « l’entre soi » : les grands
bourgeois ont recours pour cela au rôle de la lignée familiale qui permet la transmission du
prestige et de la fortune ; ils ont aussi une approche collectiviste dans la mesure où la grande
bourgeoisie est très concentrée géographiquement ( l’Ouest parisien) ; ils entretiennent aussi je
leur capital social à travers la maîtrise des arbres généalogiques de la structure des alliances et
des cousinages, d’alliances entrecroisées… Ce qui est intéressant c’est que la grande bourgeoisie
a conscience de son appartenance de classe et constitue donc une classe sociale au sens marxien
du terme (classe en soi ; classe pour soi).
D’autres auteurs ont étudié les différentes stratégies de classe la bourgeoisie :
- Dans les classes sociales dans la mondialisation (2007), Anne Catherine WAGNER
montre comment les grandes familles de la bourgeoisie s’adaptent à la mondialisation :
elle parle d’un « capital international » lié à un cosmopolitisme « de bon aloi », avec ses
lieux de villégiature qui permettent à une élite mondialisée de partager les mêmes codes
-
et les mêmes pratiques. L’apprentissage précoce des langues étrangères dans les
collèges internationaux de standing permet aux enfants d’entretenir des réseaux
internationaux et d’acquérir un « habitus cosmopolite »
Dans « logiques est pratiques dans les familles du Bottin mondain », in RFS (2003), Luc
ARRONDEL et Cyril GRANGE montrent que la grande bourgeoisie a besoin de s’ouvrir
pour se renouveler et s’adapter au changement social. En mobilisant l’outil statistique
appliqué au Bottin mondain, il distingue deux générations de familles mondaines : celles
nées entre 1950 et 1969 et une autre, celles nées entre 1970 et 1987. La première se
caractérise par son attachement à la noblesse « d’ancien régime des mœurs
matrimoniales » où prime la fidélité aristocratique ( donc le fait de se marier
précocement à un partenaire choisi) l’ascendance aristocratique est prépondérante dans
les stratégies de reproduction homogames. Pour la seconde génération, l’effet de
l’origine sociale est plus faible : cette génération s’ouvre davantage à d’autres milieux
sociaux avec d’autres formes de capitaux. Par exemple la bourgeoisie qui tire son
prestige de sa réussite professionnelle et donc du travail. On voit donc comment la
bourgeoisie s’adapte aux transformations de la société Et ici de la montée en puissance
d’une nouvelle bourgeoisie. C’est la même chose à travers l’organisation de « rallyes »
pour faire face à la déprise directe des alliances matrimoniales.
Conclusion :
les mutations des structures économiques ( notamment le ralentissement
certain de la croissance économique et la tertiarisation de l’économie), des formes d’emploi et de
travail et les rapports de forces sociaux ( notamment la remise en cause de l’état social) ont
contribué à des formes de morcelle vais le nom de
ment et de fragmentation des structures sociales de la société française. L’effritement de la
société salariale qui en résulte a favorisé l’intensification des logiques de distinction et des
conflits au sein des classes populaires par exemple en fonction des origines nationales et
migratoires. Avec le déclin de la classe ouvrière, la question raciale a masqué la question sociale.
Un des effets de cette logique de distinction se mesure à travers les choix résidentiels ou
scolaires.
Pour autant, est-ce que les découpages de la société, toujours plus multiplier les différencier,
dilue définitivement les collectifs d’appartenance ( des classes sociales ou les groupes sociaux) en
personnalisant et en individualisant les positions et les inégalités dans l’espace social ? le tableau
est contrasté. D’une part, si les risques et les incertitudes se diffusent parmi toutes les catégories
sociales, certaines restent davantage marquées que d’autres ; L’origine sociale joue un rôle
central dans les destins sociaux. D’autre part, on observe à travers les stratégies d’évitement et
de ségrégation spatiale lutte pour avoir le meilleur aussi sûrement social ; là aussi le groupe
social de référence joue un rôle central. Enfin, l’eau de la société adopte des stratégies de
reproduction et de distinction qui font qu’on peut parler d’une véritable classe sociale.
Chapitre 5 – Renouveau des classes sociales ? Intérêts et
limites d’une approche classiste de la France
contemporaine
Deux positions s’affrontent autour de l’existence des classes sociales en France :
- une première position, qui s’est surtout développée entre les années 1970 et le début
des années 90, estime qu’il y a une moyennisation avec une polarisation de la société
par le milieu et avec une réduction des inégalités socio-économiques et culturelles et une
forte mobilité sociale.
Une deuxième thèse, qui s’est développée surtout dans les années 1990 les 2000,
soutient que il y a un retour, un renouveau des classes sociales.
1. Des positions de classe toujours déterminantes pour décrire
les structures sociales
la thèse d’une fin des classes sociales s’est appuyées sur une critique des PCS, principal outil de
description des inégalités entre groupes sociaux. Il convient alors de s’interroger sur le déclin
supposé de la pertinence de cet outil.
Dans une synthèse sur cette question, Laurence COUTROT (2002) souligne quatre critiques :
- le resserrement des écarts entre PCS et dans le même temps la plus grande
hétérogénéité sociale au sein des groupes socioprofessionnels
la moindre pertinence des frontières entre PCS, par le chevauchement de celle-ci en
matière de revenus est, en revanche, le rôle accru des écarts de revenus pour expliquer
les inégalités sociales comme par exemple les résultats scolaires (Cf. MAURIN, 2002)
- la plus faible capacité des catégories descriptives et délibérées des PCS à décrire des
positions professionnelles (cf MAURIN, 2002 ; FITOUSSI, ROSANVALLON, 1996)
la montée en puissance de nouveaux clivages qui percutent les PCS comme
l’appartenance générationnelle ou ethnique
De ce point de vue, les PCS ne saurait moins prédictives des pratiques sociales, culturelles et
politiques qu’elles ne l’étaient jusque dans les années 80.
Pourtant, et c’est ce que cherche à démontrer COUTROT, que la nomenclature garde une certaine
pertinence pour comprendre différents types d’inégalités :
-
-
-
les inégalités salariales :
 Laurence COUTROT rappelle par exemple que si l’on distingue entre
hommes et femmes et si l’on raisonne en moyenne, la hiérarchie des
salaires entre PCS est maintenue et les écarts sont stables.
 Louis CHAUVEL montre que les inégalités salariales persiste entre PCS
et ont même tendance a augmenté après la réduction des années 1950
au début des années 1980. Il indique par exemple que le temps de
rattrapage du pouvoir d’achat des ouvriers sur les cadres augmente.
Cette dynamique est encore plus inégalitaire si l’on s’intéresse aux
inégalités de patrimoine.
les inégalités de consommation :

Louis CHAUVEL (2001) montre que les classes populaires (ouvriers et
employés) consacre une part plus importante que les autres groupes
sociaux à l’alimentation, tandis que les cadres se distinguent par un
investissement plus fort dans l’acquisition de biens et de services. Cet
écart se retrouve par exemple dans les départs en vacances : malgré le
développement d’une société de loisirs, les ouvriers sont ceux qui
partent le moins.
Les inégalités liées à la santé (cf BIHR, PFEFFERKORN, 2008, p 31-33 ; 38-39)
La pertinence de cette nomenclature pour décrire les inégalités provient de son caractère
multidimensionnel. En effet, la travers la position dans le travail, ce sont plusieurs dimensions
autres qui se joue comme les conditions de travail et d’emploi, le rapport au savoir, aux
ressources matérielles, aux dominations hiérarchiques, aux relations avec d’autres groupes
sociaux…
Précisons tout de même que, même si les DCS sont un outil de description et d’analyse du monde
social performant, les catégories ne sont pas équivalentes à des classes sociales : Il faut parfois
faire des regroupements à un niveau deux ou trois pour dégager différentes classes sociales.
Exemple pour les classes populaires avec les ouvriers non-qualifiés et employés non-qualifiés (cf.
AMOSSE, CHARDON, 2006). L’étude d’AMOSSE et CHARDON montre aussi que certains groupes
sont traversés par des clivages. Exemple, les ouvriers qualifiés/non-qualifiés où les conditions
d’emploi (salaires, qui de contrats) de travail (de vie des physiques, contraintes
organisationnelles) sont très différentes ; ils ont aussi des identités sociales différentes : lignes
qualifiées déclarent moins souvent un sentiment d’appartenance de classe et sont moins souvent
syndiqués que les qualifiés ; De plus, ils n’ont pas la même intensité et les formes de loisirs, ainsi
que de relations amicales et familiales.
De ce point de vue, il peut être nécessaire de rénover certaines catégories pour que la
nomenclature conserve sa pertinence !
La mise en critique des PCS peut être lié à l’usage qui en est fait. Plus que la pertinence des PCS à
décrire le monde social, c’est avant tout de son usage qui s’affaiblit. Emmanuel PIERRU et Alexis
SPIRE dans « le crépuscule des catégories socioprofessionnelles » ,in revue française de science
politique, 2008 : pilote souligne que le déclin de la nomenclature est lié à la manière dont les
intellectuels, ici les statisticiens et les chercheurs de INSEE, perçoivent le monde. Le pas partir à
une étude des principales publications de l’INSEE, ils mettent à jour le déclin de l’usage de la
nomenclature des années 1980 à la fin des années 90. Les inégalités et les pratiques socioculturelles sont de plus en plus fréquemment évaluées au regard des inégalités de diplôme ou de
revenus. De la même manière, le vocable des « catégories socioprofessionnelles » et les
problématiques afférentes s’effacent au profit d’un autre vocabulaire centré sur la pauvreté,
d’exclusion ou la précarité. Ils expliquent cette situation par le fait que :
- l’INSEE a été profondément transformé dans la manière de fabriquer les statistiques, de
les exploiter et de les analyser dans les années 80 : la sociologie y a perdu de sa
puissance au profit de la micro-économie. L’analyse multidimensionnelle a été écartée
au profit d’une analyse économétrique qui cherche à isoler l’effet pur d’une variable sur
une autre (c’est-à-dire toutes choses égales par ailleurs. Or, comme la nomenclature des
PCS est compliqué à traiter pour les statisticiens un puisqu’elle inclut plusieurs
dimensions et qu’il est difficile de dégager l’effet pur d’une variable sur une autre.
La formation des logisticiens qui proviennent essentiellement de ENSAE qui est devenu
une véritable Business School ou la référence aux groupes sociaux a été abandonné au
profit d’approche centrée sur les individus.
Ainsi « l’avènement de cette vision « social blind » qui consiste à défaire les représentations
collectives fonder sur le critère de l’appartenance professionnelle…rend de moins en moins
visibles les processus de nomination telles que les statisticiens pouvaient les faire apparaître
parce qu’ils en avaient encore l’ambition »
Le rôle des statisticiens dans la perception de la réalité a été aussi mis en évidence par PFEUFER
et SCHULTHEIS dans « quelques particularités allemandes dans la représentation statistique du
monde social », in sociétés contemporaines, 2002 : ils montrent pourquoi en Allemagne la
représentation du monde social ne s’est pas faite à un travers une logique de classes,
contrairement à la France, alors que les deux pays possèdent des structures sociales assez
proches.
En effet, « une vision monolithique de la société allemande » s’est imposée. Ils
repèrent trois nomenclatures qui font l’objet d’usages différents :
- la première porte sur une nomenclature de métiers ( et non de groupes sociaux)
une nomenclature fondées sur les compétence ( groupes de performances)
une nomenclature qui se fonde sur la position dans la profession. Elle est la plus
répandue. On n’y distingue les ouvriers, les cols blancs, les fonctionnaires, les
indépendants et les aides familiaux. À l’intérieur, la catégorie des cols blancs constitue
un fort ou puisque on y classe la plupart des professions non manuelles des cadres aux
employés en passant par les contremaîtres et les techniciens.
Aucune nomenclature ne s’est véritablement imposée dans le champ scientifique. De plus, même
la nomenclature considérée comme la plus sociologique, celle des cols blancs est trop fourre-tout
pour permettre de raisonner en termes de groupes sociaux.
Ils distinguent deux arguments : l’office statistique allemand n’a pas de compétence en matière
d’études ce qui le conduit à une coupure forte avec le monde de la recherche ; n’autre part, le
recrutement des statisticiens s’effectue parmi les juristes et les économistes est donc pas
suffisamment parmi les sociologues.
La plupart des auteurs qui insistent sur le retour des classes sociales se concentrent surtout sur
la dimension objective des classes sociales. C’est le cas par exemple de BIHR et PFEFFERKORN
dans le système des inégalités qu’ils ont publiées en 2008. À partir d’une batterie d’indicateurs,
et il souligne que les classes populaires (ouvriers et employés) sont pour la grande majorité les
plus défavorisés et s’oppose clairement aux cadre et gros indépendants. Ils ajoutent même que
ces inégalités font système et que leur reproduction ne décline pas. L’immobilité reste plus
importante que la mobilité. Parmi les inégalités citées, on trouve le capital économique (a pris
moins par exemple), culturels (la réussite scolaire), l’aumônier lui qui continue d’être la norme (
l’union d’un mobilier ou d’une ouvrière avec un ou une cadre ne représente que 1 % des couples
tandis que sept employés hommes et huit ouvriers hommes vivaient en 1999 avec une conjointe
appartenant aux classes populaires salariés) ; la réussite scolaire demeure largement corrélée au
PCS…
En revanche, les sociologues qui adhèrent à la thèse classiste constate souvent que la classe en
soi, c’est-à-dire la conscience de classe a tendance à s’effriter. C’est le cas de BIHR et
PFEFFERKORN, malgré une hausse des inégalités liées à la politique néolibérale depuis les
années 80, le paradigme a disparu. Dans son article de 2001, CHAUVEL parle de « classes
sociales sans conscience ». Il y aurait selon lui une déconnexion majeure entre les « inégalités
structurées » et « identités collectives ». Néanmoins, il postule que une « spirale historique des
classes sociales » pourrait avoir lieu puisque le développement des inégalités économiques peut
entraîner, avec un temps de retard, l’existence d’identité collective. Même si cette relation peut
paraître un peu mécanique, elle pose la question du lien entre rapport de forces économiques et
rapports de force symbolique.
2. Les distinctions culturelles et ses métamorphoses
a. La sociologie des classes de BOURDIEU
Dans « de conditions de classe et position sociale » in archives européennes de sociologie (1966),
BOURDIEU de souligne que une classe sociale n’est jamais définie seulement par sa situation et
par sa position dans une structure sociale, mais aussi par des relations symboliques qui, en
exprimant les différences de situation et de positions selon une logique systématique, tendent à
les transmuer en distinction signifiante.
Pour lui, les classes sociales sont d’abord relationnelles : il n’y a pas de correspondance
substantialiste entre eux certains types de pratiques culturelles et des positions de classe. Ces
pratiques culturelles doivent être replacées dans des systèmes d’opposition eux-mêmes inscrits
dans des contextes sociaux historiques. Ainsi, les pratiques et le jugement sur ces pratiques n’ont
pas de valeur en soi met en rapport avec les pratiques et les jugements de certains groupes
sociaux par rapport à d’autres, dans un contexte historique donné.
Les relations entre groupes sociaux sont conflictuelles : les écarts et les différences dans les
coûts et les pratiques culturelles déterminent des logiques d’opposition entre groupes sociaux.
Les classements et les normes de placement sont l’objet de luttes. Il prend l’exemple de la lutte
entre les « mondains » et les « scolaires ».
Enfin, il s’agit d’une approche multidimensionnelle puisqu’elle intègre trois dimensions qui
structurent ce qu’il nomme l’espace social :
- tout d’abord, le volume de capital qui oppose d’un côté, la classe dominante fortement
doutait en capitaux, aux classes populaires dominées parce que moins dotées.
La structure des capitaux : d’un côté, ceux qui possèdent des capitaux économiques et
de l’autre ceux qui possèdent plutôt des capitaux culturels. Ces différences dans la
structure des capitaux se retrouvent par exemple dans le rapport à la culture : les
classes à dominante économique vont plutôt acheter des objets culturels comme des
tableaux par exemple. Alors que les classes dominantes de mon point de vue culturel
vont plutôt s’approprier symboliquement les objets culturels dans leurs discours ou leur
culture cultivée. De la même manière, les premiers ont plutôt assisté à un théâtre
bourgeois (décors et costumes fastueux) alors que les autres vont plutôt assister à un
théâtre d’avant-garde (minimaliste). Ces différences ressortent aussi dans le politique :
les fractions de glace plus dotée en capital culturel votent davantage à gauche alors que
les fractions glacent davantage doter en capitale économique votent plutôt à droite.
Enfin, se pose la question du capital social. Elle oppose alors les « héritiers » aux
« parvenus ». c’est surtout la petite bourgeoisie qui est le plus clairement déterminé
selon cette dimension : Les positions et les pratiques de la petite bourgeoisie sont
fortement corrélées avec les effets de trajectoire ascendante ou descendante de ses
membres. Ainsi, on distingue une petite bourgeoisie en ascension avec un niveau élevé
de capital culturel par le biais de titres scolaires (enseignants, journalistes) et une autre
en déclin, les commerçants et artisans, caractérisée par un capital économique
relativement plus important que le capital culturel. La petite bourgeoisie se caractérise
par « une bonne volonté culturelle » autrement dite un intérêt pour les arts et leurs
légitimes ou encore pour la vulgarisation scientifique de manière à accumuler du capital
pour l’avenir.
Autre différence, la bourgeoisie sur le déclin adopta un certain rigorisme dans les
pratiques culturelles alors que la bourgeoisie en ascension manifeste une « éthique du
plaisir et de la facilité », marqué par un certain libéralisme culturel et sexuel.
Dans l’espace social, les logiques de division sont plus nombreuses pour les classes dominantes
puissent que pour les classes dominées, c’est surtout le « choix du nécessaire » qui prévaut avec
un principe de conformité plus important.
L’intérêt de cette approche est de montrer que les stratifications sociales ne sont pas uniquement
des rapports de forces matérielles, mais aussi des rapports de force culturelle ou symbolique, ce
dernier produisant des effets sur les divisions socio-économiques.
Malgré des différences économiques, culturelles Entre les différentes classes sociales, il n’y a pas
forcément de conscience de classe au sens marxiste du terme. Il distingue les « classes théoriques
» des « classes sur le papier » : les premières ne peuvent devenir des classes sur le papier au
prix d’un travail de mobilisation politiques.
b. Des distinctions culturelles toujours d’actualité
Dans les métamorphoses de la distinction. Inégalités culturelles dans la France d’aujourd’hui
(2011), COULANGEON souligne que les hiérarchies culturelles fonctionnent plus que jamais
comme des frontières symboliques entre les classes sociales. Les variables lourdes que sont la
position socioprofessionnelle, et plus encore, le diplôme n’ont jamais autant pesé dans la
consommation des biens culturels. A ce titre, elle détermine les styles de vie et les pratiques
culturelles. Il prend l’exemple des pratiques les plus légitimes comme la lecture, le cinéma, la
fréquentation des musées, le théâtre où l’on observe des pratiques socialement déterminées. Il
met de en évidence un fort clivage entre, d’une part, les catégories populaires et d’autre part, les
cadres professions intellectuelles supérieures. Par exemple, sur l’usage de la télévision deux. 50
% des catégories populaires regardent la télévision plus de 4h00 par jour contre 25 % chez les
cadres et professions intellectuelles supérieures. Y met aussi en évidence une différenciation
sociale en fonction de l’âge : les étudiants et élèves ont en général un pourcentage supérieur à la
moyenne dans les culturelle comme la lecture, l’écoute de la radio, le théâtre… Pour le cinéma 40
points de plus que la moyenne.
On assiste donc au maintien, voire à l’accentuation, des écarts en matière de pratiques
culturelles. Cependant, plusieurs critiques ont été fait au modèle de Bourdieu (cf. encadré)
Le modèle bourdieusien de la légitimité culturelle : entre aménagements et remise en cause
1 - De multiples aménagements du modèle
1.1.
Des pratiques contemporaines éclectiques ?
Même si l’art savant n’a plus la même place qu’avant, les sociologues n’abandonnent pas pour autant le principe d’une segmentation sociale des pratiques culturelles + idée de barrières
symboliques (fondées sur pratiques culturelles) entre des groupes sociaux.
 La reconnaissance de l’éclectisme correspond moins à une démocratisation qu’à une distinction entre ceux qui sont en mesure de diversifier leurs pratiques et ceux qui ne le peuvent
pas. Cf. Peterson : théorie de l’omnivore. « Snob » remplacé par omnivore.
1.1.1
Du snob à l’omnivore
À la fin des années 1980, plusieurs auteurs mettent en avant l'idée que le comportement culturel des élites est marqué autant par la familiarité avec les arts savants que par la
diversité des pratiques. Plus on s'élève dans l'échelle sociale, plus les individus ont des comportements culturels variés.
Richard Peterson et le modèle omnivore/univore : la distinction entre les classes supérieures et les classes populaires ne repose pas sur les pratiques culturelles légitimes d’un côté et
moins légitimes de l’autre : variété des pratiques et des goûts = le ressort de cette distinction.
Classes supérieures  éclectisme des comportements à l’égard de la culture.
Classes populaires  habitudes plus exclusives.
 L'appartenance aux classes supérieures se traduirait par la capacité de transgresser les frontières, alors que l'appartenance aux classes populaires correspondrait à un enfermement
dans un répertoire restreint de pratiques (importance du genre, de l’âge, de la génération, etc).
 De nombreuses enquêtes ont cherché à valider empiriquement ce modèle : passage du snob à l’omnivore.
1.1.2
Les univers culturels des Français et l’éclectisme
Cf. analyses d’O. Donnat. Dans quelle mesure l'éclectisme caractérise-t-il les pratiques culturelles des Français ? Il distingue sept univers culturel spécifiques qu'il associe à des groupes
sociaux particuliers :
Type d’univers
Caractéristiques
Composition sociale
Absence de rapports avec le monde des arts et la culture
Agriculteurs, ouvriers non diplômés, âgés et ruraux
L'univers de l'exclusion
Faible connaissance du monde des arts et de la culture. meilleure insertion sociale,
Fraction rurale et âgée des milieux populaires
L’univers du dénuement culturel
sociabilité plus riche : activités manuelles, sorites distractives, radio, TV, stars du
grand écran ou de la chanson, genres sans prétention culturelle
Musique, forte sociabilité amicale, nombre réduit de sorties (ciné, discothèque). Une
Jeunes, adolescents. Un univers qui transcende les
L'univers juvénile ou adolescent
certaine réserve à l'égard de la culture consacrée (cf. lecture associée à l’école).
clivages sociaux
S'articule autour de l'audiovisuel (TV, musique, cinéma), intègre les éléments les
Age moyen, diplôme moyen, jeunes ouvriers,
L'univers du Français moyen
plus mis en scène de la culture cultivée
employés urbains, cadres nouvellement promus.
Lecture de livres, visite de musées, sorties théâtre, concerts…
Diplômés de + de 45 ans, classes moy.
L'univers cultivé classique
Ecoute musicale, sorties nocturnes, spectacles de danse, ciné.
Jeunes diplômés urbains
L’univers cultivé moderne
 Jusqu'à présent, ces six univers semblent se conformer très largement au modèle de la distinction : hormis dans le cas de l'univers juvénile, les pratiques culturelles des Français
semblent s'articuler autour d'une correspondance entre hiérarchie sociale et légitimité des pratiques. Mais pour Olivier Donnat, l'éclectisme caractérise fortement un univers
spécifique qu'il nomme l'univers branché.
1.1.3
Les frontières symboliques à l'heure de l'éclectisme
On constate donc que la remise en cause du modèle bourdieusien n'est pas aussi radicale. Il y a certes une complexification des modalités de l'articulation entre pratiques culturelles et
segmentations sociales, mais la montée de l'éclectisme culturel des classes supérieures ne correspond pas nécessairement au déclin des frontières symboliques entre les classes
sociales :
 Cf. Ph. Coulangeon : selon lui, le modèle omnivore/univore explique que la dimension symbolique des frontières ne repose plus sur des contenus culturels mais sur des
attitudes. Il n'y a donc pas d'atténuation des frontières symboliques entre les groupes sociaux, puisque les classes supérieures sont définies par l'unité des attitudes observées à l'égard
d'objets hétérogènes.
Bilan : le constat de la montée de l’éclectisme ne correspond pas à une remise en cause radicale du modèle de la distinction.
 L’intérêt des classes supérieures pour les contenus culturels les moins légitimes peut constituer « l'exercice d'un droit de cuissage symbolique » (cf. Passeron et Grignon) :
l'éclectisme peut s'interpréter comme le privilège des individus les plus dotés en capital culturel, qui ajoutent à leurs pratiques légitimes des emprunts aux pratiques illégitimes.
1.2.
Amender le postulat de l'habitus : Bernard Lahire
L'habitus occupe une place centrale dans la théorie de Bourdieu (différenciation sociale des pratiques culturelles).
 L'habitus a fait l'objet d'un réexamen critique profond. Cf. Bernard Lahire qui est lui-même issu de l'école bourdieusienne. Son objectif est de réexaminer la théorie de Bourdieu à la
lumière d'enquêtes récentes similaires à celle qu'avait utilisées Bourdieu.
Résultats : confirmation de l'existence d'une différenciation sociale des pratiques culturelles. MAIS Lahire conteste l'hypothèse de l'habitus en montrant que la cohérence des
comportements ne se vérifie pas : on peut avoir des choix conformes à sa position sociale dans certains domaines et pas dans d'autres. Il n'y a donc pas d'habitus cohérent. Variabilité
des comportements d'un même individu selon les contextes et les moments : concept de « dissonances culturelles ». Un phénomène très répandu.
Bilan : Lahire ne remet pas en cause le modèle de la distinction, mais il cherche plutôt à l'amender : la ligne de clivage entre culture légitime et culture illégitime traverse à la fois les
membres d'un même groupe social et les individus eux-mêmes  Dissonances interindividuelles et intraindividuelles.
 La socialisation culturelle dépend de l'ensemble des cadres de socialisation tout au long de la vie, qui produisent des individus aux profils le plus souvent dissonants (mais pas à tous
les coups).
 Lahire confirme l'argument de Bourdieu selon lequel il y aurait une lutte symbolique au coeur des jugements culturels, chacun voulant imposer sa manière de vivre comme une
manière au moins aussi légitime que d'autres.
 Il n'y a donc pas de remise en cause des notions de légitimité culturelle, de hiérarchie culturelle et de domination. Le sociologue doit reconnaître que tout ne se vaut pas et il y a bien
des hauts et des bas. Cela permet de relativiser la nouveauté des comportements éclectiques chez les membres des classes supérieures.
Bilan : à travers ces critiques, on voit quand même que les principales hypothèses du modèle sont globalement confirmées. Constat d'une différenciation sociale des pratiques associée
à l'établissement de frontières symboliques entre les groupes sociaux. Des analyses qui restent dans la ligne de la théorie de la légitimité (pratiques sont classées verticalement).
2. Des remises en cause plus fondamentales : la sociologie entre misérabilisme et populisme
Toute approche sociologique de la culture est confrontée à cette question, posée par Grignon et Passeron dans Le Savant et le populaire.
Pour saisir la cohérence symbolique d'une culture populaire,
 Faut-il la considérer comme un univers significatif autonome, en mettant de côté les effets symboliques de la domination que subissent ceux qui pratiquent cette culture ? Cf. le
relativisme culturel qui néglige la domination.
 Faut-il, au contraire, partir de la domination sociale qui est vécue par ces personnes et ainsi considérer d'emblée ces pratiques culturelles du point de vue de cette domination ? Cf.
Bourdieu qui analyse la culture uniquement sous l’aspect de la domination symbolique.
1.2.1
La sociologie de la culture n'est pas innocente
Cette tension est au coeur de l'approche sociologique des cultures populaires. La sociologie de la culture n'est pas innocente car elle est déjà armée de théories, le plus souvent
implicites, sur le symbolisme social.
 Bourdieu n'échappe pas à ça : la sélection d'objets culturels qu'il effectue pour étudier les catégories populaires aboutit en partie à ne pas saisir la cohérence des pratiques culturelles
populaires et même à plaquer sur celle-ci de signification que les individus ne partagent pas.
1.2.2
Légitimité culturelle et légitimisme
La force de la théorie de la légitimité culturelle est qu'elle ne subordonne pas la description des cultures de classe à un relativisme culturel que les personnes ne pratiquent pas ellesmêmes : cf. individus des classes populaires qui distinguent les pratiques selon leur légitimité.
 Mais la limite de cette théorie est qu'elle tend à réduire la culture populaire à un « manque » par rapport à la culture des classes dom.
 La théorie de légitimité culturelle risque donc toujours de verser dans le légitimisme, en décomptant « d'un air navré toutes les différences comme autant de manques » (Grignon /
Passeron).
 Selon ces auteurs, la sociologie de la culture, dès lors qu'elle porte sur les cultures populaires, oscille continuellement entre les postures légitimiste et populiste. Grignon et Passeron
contribuent à définir de nouvelles orientations de recherche, de nouvelles méthodes.
tableau mesure l’effet de légitimité du tableau alors que le temps d’observation objective les comportements d’admiration ou de plaisir des spectateurs. Nouveaux outils pour percevoir
le plaisir.
3. De la « classe ouvrière » aux « classes populaires » : des recompositions en questions
a. « Eux » et « nous » : le modèle d’HOGGART
Dans The Uses of Literacy (1957), HOGGART propose à travers une approche ethnographique
une étude des classes populaires de Leeds des années 1920, 1930. Son objectif n’est pas de
produire une théorie des classes sociales. Il cherche surtout à penser ce qui fait la cohérence des
caisses populaires et leur rapport à la culture. Il y regroupe les ouvriers, les employés, mais aussi
certaines fractions de ce que Bourdieu appellerait la petite bourgeoisie. Il ne passe pas par une
définition économique des classes, mais par une approche plus subjective où il essaye de
prendre au compte les représentations, les manières de vivre et de percevoir la réalité sociale
qui créent un sentiment d’appartenance à une communauté de pratiques.
Il insiste
particulièrement sur la perception et l’entretien d’une opposition entre « eux » et « nous » qui
passent d’une part par les expériences de confrontation un lesquels les classes dominantes, par
exemple à l’école, et d’autre part, parcelle de la coopération interne au groupe et des formes de
solidarité qui s’y expriment. Il s’agit donc d’une approche que Olivier SCHWARTZ qualifie
« d’univers ségrégé ». il y a un véritable mécanisme de clôture entre la classe populaire et les
membres des autres classes sociales.
Pour SCHWARTZ, BOURDIEU et HOGGART incarnent cette description des classes sociales
comme des « univers ségrégés », c’est-à-dire à travers un antagonisme culturel entre les
différentes classes.
La remise en cause de ce modèle est un bon moyen pour penser les processus par lesquels
l’identité collective et la centralité de la classe ouvrière se défait, autant qu’elle se reconfigure en
classes populaires.
b. La remise en cause des univers ségrégés et ses effets sur la consistance des classes populaires
Certains auteurs insistent sur la décomposition de la classe ouvrière depuis la fin des années 70.
Sur la forme, on peut mesurer ce processus à la diminution de la référence au vocable de la classe
ouvrière, a l’invisibilisation politique du groupe ouvrier, à la chute du sentiment d’appartenance
à cette classe, au déclin du parti communiste et les syndicats ouvriers comme la CGT.
Sur le fond, plusieurs explications sont mobilisées :
- un déclin numérique à partir de la fin des années 1970 milliers à la tertiarisation de
l’économie, au chômage. Attention cependant à ne pas trop exagérait cette thèse car le
groupe ouvrier reste central dans la population active avec environ 25 % des actifs.
Une hétérogénéité de plus en plus grande du groupe ouvrier. MOLINARI dans
« ouvriers, classe ouvrière : entre déclin et redéploiement », in BOUFFARTIGUES, al., le
retour des classes sociales, 2004 : démontre que l’action ouvrière perd en unités en
raison de changements dans les conditions d’emploi. D’une part, la dégradation des
conditions d’emploi et donc de vie déséquilibre les rapports de force avec les patrons et
réduisent les dispositions à la lutte collective. D’autre part, l’accentuation des inégalités
internes au groupe des ouvriers favorise des processus de désolidarisation et
l’éclatement Parlement et par le bas. Il en résulte un effritement des formes de
sociabilité politique, syndicale et locale. Il en résulte en outre la disparition des bastions
ouvriers avec la désindustrialisation qui avaient pourtant œuvré à la constitution d’une
classe ouvrière.
L’autonomie individuelle primerait sur le collectif : cf. SCHWARTZ, le monde privé des
ouvriers (1989)
- « Peut-on parler des classes populaires ? »in La vie des idées (2001), SCHWATZ souligne
qu’il faut prendre en compte selon lui le contexte dans lequel s’inscrivent les classes
populaires aujourd’hui, caractérisé principalement par un phénomène d’acculturation
(participation de plus en plus large à la culture dominante par l’accès à l’école et aux
changements intervenus dans la structure professionnelle – emplois de services,
interactions nouvelles avec l’extérieur) => relative sortie du confinement.
Malgré ces constats, SCHWARTZ trouve un intérêt au concept de « classes populaires » d ès lors
qu’il désigne un « groupe dominé », qu’il se caractérise par la « subordination dans le travail et
dans les rapports que sociaux et politiques » et d’autre part sous « la forme d’une dépossession
des instruments des dominants comme les compétences d’écriture ».
D’autres auteurs préfèrent parler de recompositions de la classe ouvrière. AMOSSE et CHARDON
(2006) montrent à partir de données statistiques que les employés et ouvriers non qualifiés
subissent des conditions de travail et des niveaux de salaires relativement similaires ce qui les
amènent à partager également « une identité de retrait» vis-à-vis Des forms dominantes
d’intégration sociale. Mais, malgré des conditions de travail et de vie, des pratiques de sociabilité
et de loisirs similaires entre eux et distinct des ouvriers et employés qualifies, les non qualifies
ne sont pas pour autant une classe car ils ne sont pas mobilisés collectivement et qui ne font pas
l’objet d’un travail politique de representation spécifique.
Néanmoins, cette dernière perspective est remise en cause par certains auteurs :
- ALONZO (2004) souligne que ce sont parmi ces fractions des classes populaires,
considérées comme difficilement mobilisables, que plusieurs conflits sociaux majeures
que ce soit chez les femmes de ménage d’une grande société de ménage, chez les
équipiers de McDonald’s ou chez les caissières de supermarché.
- Christelle AVRIL (« Quel lien entre travail et classe sociale pour les travailleuses du bas
de l’échelle ? L’exemple des aides à domicile pour personnes âgées dépendantes”, in
Lien social et politique, dossier « Des sociétés sans classes ? », n°49, 2003, a enquêté sur
les aides à domicile, un bon professionnel peut qualifier, souvent précarisés et
complètement feminize où elle montre que la précarité n’induit pas mécaniquement une
perte d’identification au travail. Elle distingue deux groups : le premier est compose des
plus précaires et les moins dotes en ressources en dehors du travail ; un second groupe
a d’aide à domicile stable qui pour la plupart possède un petit patrimoine et qui
appartient aux fractions honorable des classes populaires. Alors que les premières on
tune identité professionnelle forte, les seconds cherchent à dissocier lorsque tu sociale
de leur position socioprofessionnelle car la plupart ont subi un déclassement social,
passant d’employés de commerce ou de bureau, voire d’ouvrières qualifies à femmes de
ménage.
Pour plus d’éléments sur le débat recomposition/déclin de la classe ouvrière, cf. Sociologie des
classes populaires de ALONZO (2010).
D’autres travaux sur la recomposition. Cf. RETIERE, « autour de l’autochtonie » pour la
valorisation des attaches locales et du capital social.
c. Genre et classes sociales
Il convient de s’interroger sur les liens qui existent entre les classes populaires et le Genre.
Plusieurs questions et axes de réflexion peuvent être posés :
- l’influence de la sphère domestique sur la sphère professionnelle : il y a lieu de penser
que les inégalités dans la sphère domestique contribuent à la production des inégalités
dans la sphère professionnelle Par la contrainte de la double journée de travail, par le
fait que les activités reproductives sont utilisés par les employeurs pour pénaliser les
carrières et les niveaux de salaires des femmes.
D’ailleurs, les inégalités restent fortes sur le marché du travail. Les sociologues parlent
alors de ségrégations horizontales et verticales. Ségrégations horizontales car les
femmes sont essentiellement cantonnées aux métiers du tertiaire (plus de 80 % des
femmes actives). Ségrégation verticale car même si la part des femmes dans les emplois
à haute responsabilité progresse, à diplôme égal, elles accèdent moins souvent que les
hommes. Et lorsque c’est le cas, c’est à un salaire plus faible (cf. MARUANI, le travail des
femmes, 2011 pour une synthèse).
L’idée que dans les tarifications sociales il existe des clivages entre femmes qui
renvoient aux clivages socio-économiques. Ainsi, on trouve d’un côté une majorité de
femmes dans les formes précaires d’emplois, ou à bas salaires ; alors que la majorité des
femmes compose la fonction publique et connaissent une stabilité de l’emploi.
-
Plusieurs travaux ont montré que l’entrée massive des femmes sur le marché du travail
dans les années 70 à a constitué un facteur d’affaiblissement de l’identité de classe. Par
exemple, FORTINO ("Rapports sociaux de sexe et classes sociales", in Le retour des
classes sociales. Inégalités, dominations, conflits (direction P. Bouffartigue), Paris, La
Dispute, 2004) souligne que le recours à la main-d’œuvre féminine peut être utilisé par
les directions d’entreprise pour déstabiliser les collectifs ouvriers masculins étaient
structurés les systèmes de défense traditionnelle comme par exemple engagement
syndical moins fort chez les femmes.
4. « Société sans classe ou sans discours de classe » ?
a. Les conflits sociaux contemporains, marqueurs d’une reviviscence de la lutte des classes ?
Jugent que l’entre-deux-guerres, la grève est le mode d’action Et de construction identitaire par
excellence de la classe ouvrière. Puis, à partir des années 1950, la grève touche d’autres groupes
professionnels en particulier dans le secteur tertiaire et la fonction publique. À partir de 1976,
reflux régulier de la grève, exception faite de pour le secteur public. Les décennies 1980 et 1990
marquent le déclin de la grève comme expression du conflit. Les journées de grève passent de 3
millions dans les années 70 à environ 250 000 à 500 000 dans les années 1990. Cette
caractéristique touche tous les pays bancaires.
Peut-on déduire de cette baisse du nombre de journées de grève un affaiblissement des conflits
sociaux ? Non pas nécessairement car de nouvelles formes de conflictualité sociale dans le travail
se sont développées au cours des dernières décennies.
Il s’agit du refus d’heures
supplémentaires, de manifestations ou de pétitions qui ont porté sur la lutte sur les salaires et le
pouvoir d’achat ainsi que sur le temps travaille. Ainsi d’après l’enquête de REPONSE de la
DARES, de toutes les formes de conflit déclaré par les représentants de la direction en dehors
des grèves de plus de deux jours sont en augmentation (le nombre de débrayages, le refus d’or
supplémentaires, les pétitions, les manifestations…) entre 1998 et 2004.
L’émiettement des conflits, qui sont souvent des micro conflits, peut suggérer les difficultés
croissantes à mobiliser sur des échelles plus large donnant à voir le grand conflit entre le capital
et le travail de la société industrielle. Néanmoins les grands conflits existent toujours : le
mouvement social de 1995, le mouvement contre le CPE enrichissent et les grandes mobilisations
contre la réforme des retraites en 2003 et plus récemment en mars 2010, ont mobilisé plusieurs
millions de salariés du secteur public et privé. Néanmoins ils sont moins nombreux qu’avant.
De nouveaux mouvements sociaux se substitueraient aux anciens mouvements sociaux avec elle
pour thématique des revendications plus qualitative et moins portées sur le travail. Ainsi, les
mouvements sociaux remettraient en cause l’idée de conflit entre les classes sociales. Cependant,
on peut se demander si derrière ces thématiques plus qualitatives ne se cache pas des problèmes
économiques. De plus de nouveaux conflits sociaux se développe la périphérie des entreprises
avec des mouvements sociaux accès non seulement sur les nouvelles formes d’exclusion
(chômeurs, sans papiers, sans logement), sur des remises en cause du libéralisme économique
(altermondialisation).
Si les conflits de classes n’ont pas disparu, ils se sont renouvelés dans leurs formes mais reste
dans la continuité des luttes entre le capital de travail : l’emploi, les salaires, les conditions de
travail reste plus que jamais la revendication centrale dans la société française en proie à une
insécurité sociale.
Pour une synthèse sur les transformations contemporaines de la mobilisation collective, cf
BEROUD, Le renouveau des luttes : entre fragmentation et convergences anti-capitalistes » in
Bouffartigue (Paul), Le retour des classes sociales, inégalités, dominations, conflits, Paris, La
Dispute, 2004, pp. 231-247.
b. La fin du vote des classes ?
Un de ce autre argument est régulièrement mis en avant pour développer la thèse de la fin des
classes sociales : celui du brouillage des orientations politiques. Ainsi le vote de classe ne
fonctionnerait plus.
L’étude pionnière en la matière et celle de Guy MICHELAT et Michel SIMON en 1977 : ils
objective de grands modèles d’attitudes et de comportements électoraux dans la société
française :
- le monde des catholiques conservateurs qu’ils expriment pas un vote de droite et dont le
système d’attitude est structuré autour des valeurs religieuses (la personne, la famille, la
force de la tradition ou encore la charité chrétienne)
le monde des « irréligieux communisants » centré sur l’opposition entre le travail et le
capital.
Il y a un alignement de classe : ils observent une relation forte entre l’appartenance objective à
une classe sociale, le sentiment d’appartenance à cette classe sociale (classes sociales
subjectives) et le comportement politique et électoral.
Cette thèse est poursuivie par Nonna MAYER 986 lorsqu’elle étudie les élections législatives de
mars 1986 que la gauche perd. Elle distingue alors de clivages centraux qui traversent
l’électorat :
- le clivage traditionnel entre les catholiques et les catholiques : les premiers inclinent
toujours nettement à droite par rapport au second
opposition entre les indépendants ancrés à droite et les salariés pilotes plus
fréquemment à gauche. Avec elle au sein des salariés, une distinction entre les cols
blancs et les ouvriers ; ces derniers votants plus souvent pour la gauche et notamment
pour le parti communiste.
Les salariés du privé votent moins souvent à gauche que ceux du public.
Depuis cette affaire, la thèse du déclin du vote de place et mise en avant. À partir de l’évolution
de l’indice d’Alford (soustraction entre la proportion d’ouvriers manuels qui votent pour la
gauche et la proportion des ouvriers non manuels qui votent à gauche), les spécialistes du vote
souscrivent à l’hypothèse d’un relâchement entre la classe et le vote. Plusieurs explications sont
avancées :
- transformation du système productif qui affecte directement le monde des ouvriers et
des capacités de résistance collective sur le lieu de travail
les électeurs français seraient plus instruits donc plus autonome pour « opiner » : ils se
détacheraient par conséquent des discours politiques
Il y aurait un désalignement du vote de gauche des ouvriers pour se porter sur le front
national (la thèse de l’ouvriéro-lepenisme)
Dans un article de 2003, MAYER constate elle aussi que le trop nationale devient un pôle
partisan à part entier à côté des partis de gauche et de droite républicain. Mais elle incarnerait
notamment un vote protestataire fondé sur le rejet des immigrés et la fermeture culturelle.
Patrick LEHINGUE s’oppose à cette thèse. Il démonte les ressorts de cette thèse d’après laquelle
le vote populaire pour le Front National serait un vote protestataire, décidé en fonction du
programme du candidat avec un effet de charisme. Pour lui, les votes portant sur le Front
National ne peuvent être réduits à des vote sur un programme, ni à des votes en faveur d’un
leader charismatique, ni même comme des votes fondés sur le seul enjeu de l’immigration. Au
contraire, les votes pour le Front National sont fortement erratiques car les votes vont surtout du
Front National vers l’abstention.
C’est surtout l’abstention, qu’elle soit intermittente ou systématique, qui caractérise le vote des
catégories populaires aujourd’hui. Ainsi François HERAN a montré que lors du scrutin
présidentiel de 1995 se sont surtout les catégories sociales inférieures qui sont restées à l’écart
du scrutin ( abstention plus non inscription) : 20 % chez les ouvriers qualifiés, 23 % chez les
ouvriers non qualifiés, 25 % des entrées de commerce et de type industriel tandis que le c’était le
cas de seulement 10 à 11 % des cadres et professions intermédiaires publics et des carrés chefs
d’entreprise. Si l’on regarde le diplôme, c’était le cas de 29 % des sans diplôme contre 19 % pour
les titulaires d’un diplôme inférieur au baccalauréat.
Le problème est que le « non-vote », qu’il repose sur une absence d’un séjour sur les listes
électorales ou un abstentionnisme systématique, intermittents, quand les catégories populaires
de plus en plus invisibles politiquement.
****
Un peu HS mais intéressant pour critique la conception réaliste de la stratification sociale :
L’étude de THOMPSON : historien anglais, il s’oppose à la perspective marxiste des classes
sociales qu’il juge trop mécaniste dans le sens où la classe serait le résultat d’une condition
complètement homogénéisée au niveau des rapports de production. Contre cette perspective
quasiment mathématique, ville propose plutôt une étude de la diversité des expériences
collectives pour comprendre comment progressivement se constitue une communauté d’intérêts
pluriels. En effet, « ici et là, des chefs radicaux, des tisserands, des libraires, des tailleurs
collectionnaient des périodiques radicaux et apprenaient à utiliser les rapports officiels du
parlement ; des ouvriers agricoles illettrés n’en avaient pas moins chaque semaine au cabaret, ou
l’on lisait et débattait le dernier éditorial de Colbert(…) ainsi les travailleurs se forgeaient une
vision de l’expérience et de l’organisation de la société à partir de leur propre expérience et à
l’aide d’une éducation durement acquise et hétéroclite et cette vision était avant tout politique.
Ils apprenaient à situer l’histoire générale d’un conflit qui opposait des classes laborieuses, aux
contours mal définis, à la chambre des communes non réformées. À part de 1830 mûrit une
conscience de classe mieux défini, au sens marxiste traditionnel, qui permettait aux travailleurs
de comprendre qu’il poursuivait par eux-mêmes des luttes à la fois anciennes et nouvelles ».
Téléchargement

c. La grande bourgeoisie : une « classe sociale mobilisée