Sommaire
• Ur
11es Rencontres Scientifiques
et Techniques Infirmières
Compte-rendu
Les Rencontres Scientifiques
et Techniques Infirmières (RSTI) se sont déroulées
les 6 et 7 novembre 2001 à La Villette, à Paris.
Compte-rendu de ces journées de formation qui s’adressent
aux infirmières travaillant aussi bien en établissements
hospitaliers qu’au domicile du patient.
Sommaire
• Cancérologie
• Diabète
• Vasculaire
• Neurologie
• Hygiène
• Chirurgie
Cancérologie
Objectif qualité de vie
La quête pour la qualité de vie des patients
atteints d’un cancer est une action de tous les instants.
C’est dans cette logique que les équipes soignantes
trouvent un rôle essentiel.
a prise en charge palliative en oncologie n’est pas une prise en
charge de la fin de vie. Elle peut intervenir dès l’annonce du diaLgnostic
ou, pour certains patients, après un long parcours de rémissions et de rechutes. Les soins qui sont prodigués ont pour objectif essentiel de préserver la qualité de vie, ce qui signifie bien davantage que
prolonger la durée de vie. Ces soins médicaux et infirmiers revêtent
quatre spécificités. Ils sont :
– adaptés au corps trahi par la maladie ;
– donnés à une personne considérée comme un “tout” bio-psychosocial et spirituel ;
– toujours en relation avec la famille ;
– donnés par une équipe pluridisciplinaire de professionnels. ●●●
Professions Santé Infirmier Infirmière - No 33-34 - janvier-février 2002
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Spécial RSTI
●●●
vironnement familier, d’entretenir son corps par
des soins esthétiques, de reprendre confiance en
effectuant quelques pas dans le couloir, de continuer à déguster ses petits plats favoris, ou encore d’agir selon ses croyances et ses valeurs.
« Chaque jour, concluent Agnès Chauveau et Élisabeth Viault, nous recevons et apprenons de ceux
que nous aidons, pour que d’autres puissent bénéficier d’une prise en charge personnalisée et que, jusqu’au bout, ils réalisent leurs “envies” avec leurs familles et leurs amis. »
Bien-être et espoir
« Tous les soins apportés à ces patients ne peuvent
être donnés que si le corps malmené par la maladie
est calme et apaisé, soulignent Agnès Chauveau et
Élisabeth Viault, infirmières au CHU de Poitiers.
Dans ce contexte, l’évaluation des douleurs et leurs
traitements sont donc nécessairement la clé de voûte
d’une prise en charge adaptée et personnalisée. »
Les soins de nursing, base de la relation qui va
se tisser entre le malade, les soignants et la famille, devront être un moment de bien-être et
d’espoir, tout comme l’approche humaine apaisante, rassurante et relaxante du toucher.
Le massage, lui, permet la conscience corporelle, et favorise l’émergence des émotions et
des sensations. « C’est une communication non
verbale, donc une écoute présente, qui autorise la
personne massée à exprimer son ressenti et ses
angoisses, à valoriser cette personne dans son intégralité corporelle et physique », précisent les deux
infirmières.
Stéphane Henri
D’après les propos tenus
lors de la conférence organisée
avec le soutien des laboratoires GlaxoSmithKline
Le malade isolé
L’isolement du patient immunodéprimé
est une tendance qui se généralise.
La 4e Réunion du GRIOH*,
consacrée à ce thème, en a abordé
deux aspects : le vécu psychologique,
d’une part, et l’aide alimentaire,
d’autre part.
Mettre en œuvre le projet de vie
« La qualité de vie passe aussi, ajoutent-elles, par
la possibilité de se “recréer”, de réaliser ses “envies”.
Quoi de plus motivant, pour la personne dont le
corps et l’énergie sont aspirés par la maladie, que
d’avoir une équipe pluridisciplinaire qui met en harmonie, avec l’aide de sa famille, son projet de vie ? ».
Ce dernier peut prendre diverses formes : permettre au malade, pour le temps qui reste, de revivre encore une fois avec les siens dans un en-
réservé aux patients greffés ou
en attente d’allogreffe, l’isolement du patient
Iest,nitialement
depuis une dizaine d’années, une technique
Aux 11es RSTI,
visite des stands
après une conférence...
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© D. Arnoult
de plus en plus utilisée pour des autogreffes et
des chimiothérapies lourdes. « Dans le même
temps, indique Frédérique Topall-Rabanes, psychologue-psychanalyste au service de greffe de
moelle de l’hôpital Saint-Louis (AP-HP), on observe aussi le mouvement inverse puisque, aux
États-Unis, le dispositif utilisé pour les allogreffes
se simplifie, les greffes s’effectuant le plus souvent en chambre banale, sans flux laminaire, et
même sans surchaussure et surblouse. Il y a donc
lieu de s’interroger sur l’impact des mesures d’isolement, sur le plan psychique comme sur le plan
somatique ».
Selon des travaux anglo-saxons, les effets psychiques de l’isolement sont très proches de la
détresse émotionnelle suscitée par la greffe. On
peut donc effectivement questionner la spécificité de l’impact de l’isolement. « Notre hypo* Groupe de Recherche des Infirmières en Oncologie et
Hématologie.
Professions Santé Infirmier Infirmière - No 33-34 - janvier-février 2002
thèse, reprend Frédérique Topall-Rabanes, est
que, dans le contexte d’une maladie à pronostic
réservé, les angoisses exprimées à propos de l’isolement sont en fait un déplacement de l’angoisse
de mort ».
Des manifestations stéréotypées
Dans ce même contexte, une étude déjà ancienne, effectuée au moyen d’enregistrements vidéo des réactions de jeunes enfants à leur entrée
en bulle, pendant leur séjour sous bulle et à la
sortie de la bulle, permet d’expliquer les réactions spécifiques à l’isolement. Cette étude
montre que, chez le très jeune enfant, on observe, dans la période qui suit l’entrée en bulle,
un état de sédation et de calme qui précède une
période d’exploration des acquisitions. Au moment de la sortie, tous les enfants présentent des
expressions d’angoisse et refusent de sortir de la
bulle. Ces manifestations, variables en intensité,
sont stéréotypées en durée. Elles sont indépendantes de l’âge de l’enfant et de la durée du confinement. « Selon notre expérience clinique auprès de
patients adultes et enfants greffés sous flux laminaire,
on peut observer des comportements comparables,
explique Frédérique Topall-Rabanes. Ainsi, alors
que l’angoisse des patients s’exprime de manière privilégiée à propos de l’isolement avant l’hospitalisation, cette période est paradoxalement une période
de calme, de récupération, où l’angoisse de mort est
comme suspendue. L’isolement et le soutien émotionnel apporté par l’équipe soignante ont donc une fonction de contenant psychique facilitant la prise en
charge du patient ».
Deux types de contamination
Les patients isolés, très immunodéprimés du
fait de leur maladie ou des traitements qu’ils reçoivent, nécessitent aussi que des mesures d’hygiène alimentaire stricte soient prises. En effet,
certains aliments comportent un risque de
contamination, soit en raison du produit luimême, soit en raison des manipulations qu’ils
ont subies. Une étude menée par le laboratoire
de microbiologie de l’hôpital Saint-Louis a permis d’évaluer la “contamination initiale” des aliments, cette contamination pouvant être de
deux types : bactérienne (pour les aliments qui
peuvent avoir été contaminés par contact manuel, par du matériel de cuisine souillé, etc.) ou
fongique, en particulier à Aspergillus. Cette dernière, qui peut s’avérer particulièrement dangereuse pour les patients, a été plus spécialement étudiée afin de déterminer précisément
les aliments à risque. Des procédures de décontamination des aliments ou de leurs embal-
lages ont ensuite été testées et mises en place.
Sur le plan des indications médicales, il existe
deux types de prescription alimentaire selon le
degré d’immunodépression du patient. « Le premier, décrit Françoise Funel, diététicienne, est
l’alimentation protégée, dont le but est de n’apporter au patient aucun germe pathogène tout en réduisant l’apport en germes non pathogènes. Elle doit
être proposée aux patients en aplasie (PN inférieur
à 500/mm3) consécutive à une chimiothérapie. Le
deuxième est l’alimentation décontaminée, dont le
but est de n’apporter aucun germe pathogène et de
limiter au maximum l’apport en germes non pathogènes (flore microbienne totale non pathogène inférieure à 10 bactéries par gramme d’aliment). Elle
concerne les patients en aplasie profonde après intensification pour allogreffe ou autogreffe de moelle
osseuse ou de cellules souches, après chimiothérapie
très hématotoxique (leucémie aiguë myéloïde de
l’enfant) ou porteurs d’une aplasie médullaire idiopathique grave. Ces patients reçoivent une décontamination contrôlée du tube digestif ».
Éduquer et informer le patient
Évidemment, l’hygiène du personnel doit être
strictement respectée pendant la préparation et
la distribution des aliments : lavage des mains,
port de masque, charlotte, tablier, manipulations
sous flux laminaire pour les patients en alimentation décontaminée. « Il est aussi possible, ajoute
Françoise Funel, d’améliorer l’alimentation de ces
patients en autorisant les familles à apporter des aliments ou préparations “maison”. Mais, pour éviter
tout risque, il est indispensable de leur fournir la liste
des aliments autorisés et de préciser leurs conditions
de préparation et de transport ».
De la même façon, après la sortie de l’hôpital, des
conseils écrits, comportant des listes d’aliments,
des méthodes de préparation et des procédures
d’hygiène et de nettoyage sont remis aux patients
qui doivent continuer à appliquer les principes
d’une alimentation “protégée”. Sont notamment
concernés les patients allogreffés (pendant les
cent jours qui suivent la réinjection), les patients
autogreffés (pendant le mois suivant la sortie de
l’hôpital) et les patients qui restent chez eux pendant une période d’aplasie. « Cette éducation et
cette information du patient sortant d’une période
d’isolement sont indispensables pour que le retour à
domicile se fasse dans les meilleures conditions »,
conclut Françoise Funel.
Stéphane Henri
D’après les propos tenus
lors de la conférence organisée
avec le soutien des laboratoires GlaxoSmithKline.
Professions Santé Infirmier Infirmière - No 33-34 - janvier-février 2002
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Spécial RSTI
Ne pas nier
la fatigue
« La fatigue existe,
insiste Pascale Dielenseger,
présidente de l’Association française
des infirmières de cancérologie (AFIC).
Ce n’est pas une plainte incongrue ».
Il reste à bien intégrer cette dimension
dans toute démarche clinique.
«
L
a fatigue est devenue le premier sujet de plainte
pour 58 à 80 % des patients cancéreux, selon
les études américaines », précise le Dr Mario
Di Palma, de l’Institut Gustave-Roussy (IGR), à
Villejuif. Les patients se plaignent bien plus de
la fatigue que de l’alopécie, de la douleur ou
des nausées.
L’approche clinique
Toute démarche clinique implique de reconnaître la fatigue. Le soignant peut faire appel à
l’observation. « On observe la lenteur des gestes
et des déplacements, précise Pascale Witz, infirmière à l’IGR et membre de l’AFIC. On observe
les essoufflements, la pâleur, une voix faible, un visage éteint... Les patients peuvent utiliser des mots
susceptibles de nous guider comme “démotivé”,
“épuisé”, “manque d’énergie”, “ennui”, “faible” ou
“coup de pompe”...».
Les grilles d’évaluation
Il existe des questionnaires visant à évaluer la
fatigue. « Le questionnaire de Piper, créé en 1987,
a été traduit en français par l’IGR, explique le
Dr Di Palma. Il comporte 27 questions sous forme
d’échelles visuelles analogiques. Il explore quatre
dimensions : l’intensité de la fatigue et son impact
physique et social, son ressenti dans la vie personnelle, ses caractéristiques physiques ou mentales,
son impact psychologique. » Mais ce questionnaire, précis, complet, constitue avant tout un
outil de recherche. « En revanche, le Brief Fatigue
Inventory ne comporte que 10 questions simples,
souligne le Dr Di Palma. On y répond par “oui”
ou “non”, par exemple, à la question “Êtes-vous fatigué ?” » C’est un outil moins précis, mais plus
pratique. La règle demeure de toujours utiliser
un questionnaire validé de manière scientifique,
dans la langue utilisée.
Ni réponses toutes faites, ni déni
« Nous ne pouvons pas toujours mener des actions criantes d’efficacité en matière de fatigue,
concède le Dr Di Palma. Mais il est normal
d’en parler. D’autant que ce n’est pas une fatalité.
On peut agir dans certains cas. » La recherche
aide à mieux aborder ce mal jadis ignoré. « Au
début, l’industrie pharmaceutique a financé beaucoup d’études sur l’anémie, poursuit-il. On a
pu commencer à tirer le fil de la pelote. Ces travaux ont conduit à d’autres facteurs liés à la
fatigue : l’alimentation, l’hydratation, les troubles
du sommeil, le manque d’activité, les effets des
traitements, etc. »
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© D. Arnoult
Une assistance
nombreuse et concentrée
écoute les intervenants
d’une conférence
en cancérologie.
Professions Santé Infirmier Infirmière - No 33-34 - janvier-février 2002
langage, dans l’activité, ainsi que dans le sommeil. La graduation obtenue dans chaque domaine permet de dessiner un losange, dont la
taille se trouvera réduite si le malade souffre
moins, augmentée s’il souffre plus. « Pour le langage, par exemple, l’envahissement complet de celui-ci par la douleur correspond à la graduation 5,
explique Geneviève Borde-Muller. L’envahissement partiel correspond à la note 4. Dans ce cas, le
patient parle à tout le monde de sa douleur, mais
reste capable de parler d’autre chose. La plainte
spontanée, mais peu fréquente, correspond à la
note 3. Nous notons 2 la plainte émise uniquement
à l’interrogatoire, et 1 l’absence de plainte même à
l’interrogatoire. Pour le sommeil, la graduation variera selon que le patient dort, se réveille une ou plusieurs fois par nuit, ou ne parvient pas à dormir .»
D’autres critères que ceux de cette représentation graphique entrent en jeu. « C’est pourquoi les
infirmières relèvent aussi la présence ou non de
nausées, de vomissements, de constipation, de somnolence, de désorientation, de troubles respiratoires
ou urinaires. »
Ainsi, l’évaluation comme les traitements de la
douleur évoluent. Geneviève Borde-Muller a vu
l’essor et le développement des progrès en matière de prise en charge de la douleur et de soins
palliatifs. « Mais j’en veux tout de même un peu aux
médias, dit-elle. Ils ont un peu trop dit que l’on pouvait soigner toutes les douleurs. Or, même si nous
avons 98 % de réussite, il nous reste tout de même
2 % d’échecs. »
Outre la qualité de leur approche clinique, des
équipes qui peuvent proposer au patient l’intervention d’un psychologue, d’un psychanalyste ou
d’un psychiatre pourront mieux aider le patient.
Il ne faut pas oublier le rôle de l’alimentation.
« Mais, trop souvent, on fait appel à nous quand le patient a atteint un état général très dégradé. » La diététicienne propose in extremis au patient des préparations ou des compléments alimentaires qu’il
refuse. S’ils avaient été proposés plus tôt, le patient
les aurait trouvés meilleurs, et, quand il en aurait
vraiment eu besoin, il en aurait connu les mérites.
Marc Blin
D’après les propos tenus
lors de la conférence organisée en collaboration avec l’AFIC
(Association française des infirmiers en cancérologie)
et le soutien de Ortho Biotech (division de Janssen-Cilag).
Saga de la lutte
anti-douleur à l’hôpital
Geneviève Borde-Muller
se veut une “soixante-huitarde
de la douleur”. Elle a vu la création
de la première consultation douleur
en 1983 à l’Institut Curie (Paris).
Elle y est aujourd’hui
cadre supérieur infirmier.
L
e patient hospitalisé pour des douleurs souffre
depuis plusieurs jours ou semaines, dit Geneviève Borde-Muller, cadre supérieur infirmier
d’une unité spécialisée dans les cancers du sein
et les cancers gynécologiques, à l’Institut Curie,
à Paris. Leur souffrance peut être telle que certains
sont prêts à attenter à leur vie ! S’ils ont enfin trouvé
le sommeil, soulagés par les traitements, je ne veux
pas qu’on les réveille s’ils dorment à six heures du
matin, afin de faire le ménage dans la chambre. Il
est possible d’être charitable : faire cet effort d’organisation pour trois patients sur vingt-cinq reste
réalisable.»
Pour favoriser une meilleure approche clinique,
Geneviève Borde-Muller participe à la création
d’un questionnaire d’auto- et hétéro-évaluation
de la douleur. « Il est fiable et simple d’utilisation,
dit-elle. Il faut dix à quinze minutes pour le remplir. » Ce questionnaire comporte quatre axes :
l’évaluation de la douleur, sa traduction dans le
© D. Arnoult
«
Marc Blin
D’après les propos tenus lors de la conférence
organisée avec le soutien des laboratoires Janssen-Cilag.
L’occasion d’une prise de contact avec les publications
spécialisées à destination des infirmières.
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Spécial RSTI
Douleur et rôle
de l’infirmière libérale
Certains patients de cancérologie
nécessitent une prise en charge
de la douleur à domicile. Quelle est
alors la place de l’infirmière libérale ?
C’est à cette question qu’a tenté
de répondre Annie Naille,
infirmière libérale et membre
du réseau Quiétude, à Paris.
C
«
es patients nous sont adressés par l’hôpital dans
30 % des cas, précise Annie Naille, par des médecins de ville dans 10 % des cas, et par des prestataires de service dans 60 % des cas. » (1)
L’infirmière libérale est payée à l’acte : entretien
de cathéters centraux, surveillance et remplissage de PCA (analgésie contrôlée par le patient),
soins de nursing, injections, pansements, etc.
« Comme documents, je dispose d’une ordonnance
et de renseignements administratifs, plus rarement
d’un protocole, dit Annie Naille. Enfin, je ne dispose que dans 2 % des cas d’un réel compte-rendu
d’hospitalisation. »
Plusieurs missions lui incombent alors. « Notre
travail, c’est d’organiser et de prévoir, poursuitelle. Quand le patient sort de l’hôpital, par
exemple, il faut vérifier que nous disposons de
toutes les ordonnances et de tout le matériel. C’est
aussi de coordonner et de transmettre. Il faut
contacter son médecin traitant de ville. En outre,
notre tâche consiste à évaluer et réévaluer les besoins à chaque fois. » Annie Naille travaille avec
un plan de soins. Elle estime jouer un rôle de
“sonnette d’alarme”. « Il faut veiller à ce que certains médicaments, comme la morphine, soient bien
pris aux heures indiquées, explique-t-elle. Le patient ne doit pas non plus dépasser les doses prévues. » Les entretiens avec le patient et l’entourage doivent relever tous les éventuels signes
d’alerte sur la fatigue, l’appétit ou l’élimination,
qui seront transmis au médecin traitant.
Reste la relation d’aide et l’écoute. Se rendant à
domicile pour remplir une pompe, Annie Naille
écoute le patient et rencontre souvent les
proches. Il faut trouver, pour chacun, les explications appropriées sur ce qu’elle va faire. Il
(1) Pour mieux comprendre le rôle des prestataires de service
dans les réseaux, voir l’article “Les réseaux”, page 26.
24
faut expliquer et réexpliquer le traitement. « La
relation d’aide, ajoute l’infirmière libérale, c’est
parfois laisser son numéro de téléphone à un
malade qui ne l’utilisera pas, mais qui se sentira
mieux en l’ayant. »
Marc Blin
D’après les propos tenus
lors de la conférence organisée
avec le soutien des laboratoires Janssen-Cilag.
Cancers de l’enfant
A côté des progrès thérapeutiques,
les équipes en cancérologie
pédiatrique se préoccupent
de la qualité de vie de l’enfant,
en prenant en compte les effets
secondaires des traitements lourds
ainsi que les conséquences
de la maladie sur la famille.
hez le jeune enfant, on observe des rétinoblastomes (tumeurs qui touchent les
C
cellules de la rétine), des leucémies et des lymphomes, alors que, chez les adolescents, apparaissent les carcinomes. Actuellement, on
estime que, dans 35 % des cas (maladie de
Hodgkin, lymphosarcomes), les enfants ont
toutes les chances de guérir avec des traitements de courte durée, lesquels ne sont pas générateurs de graves séquelles. Dans 30 % des
cas (ostéosarcomes, sarcomes d’Ewing, rhabdomyosarcomes), la guérison est obtenue dans environ 60 % des cas, au prix de traitements
lourds et de séquelles fréquentes, bien qu’une
amputation pour une tumeur osseuse soit devenue exceptionnelle. Enfin, dans le tiers des
cas de cancer chez l’enfant, la survie n’a pas
progressé, cela malgré les nouveaux protocoles
de la chimiothérapie : le taux de guérison des
neuroblastomes est de 20 à 40 % et celui des
tumeurs cérébrales est d’environ 50 %, mais au
prix de graves séquelles intellectuelles.
Les oncologues espèrent disposer de nouvelles
stratégies permettant de diminuer les doses de
radiothérapie, dont les conséquences tardives
sont très lourdes pour le devenir de l’enfant,
tels les troubles de croissance des os et des
cartilages, les complications viscérales et endocriniennes, et les altérations au niveau des fonctions cognitives. Cela impose un suivi ●●●
Professions Santé Infirmier Infirmière - No 33-34 - janvier-février 2002
Spécial RSTI
●●● neuropsychologique prolongé afin d’anticiper les difficultés scolaires de l’enfant.
En France, il existe 32 centres spécialisés (SFOP)
dans lesquels l’enfant bénéficie d’une prise en
charge multidisciplinaire par une équipe qui lui
propose des activités et des animations visant à
atténuer les effets délétères des traitements et à
améliorer l’image de soi. Comme l’ont souligné
les intervenants, il faut obtenir la confiance de
l’enfant et de sa famille, notamment en donnant
toutes les explications sur le diagnostic, le traitement et les complications attendues, toujours
avec une note d’espoir. Les infirmières, comme
tous les autres soignants, ne doivent pas oublier
qu’elles sont souvent amenées à répéter des explications avec un vocabulaire simple et adapté,
les parents étant souvent trop choqués et déstabilisés pour pouvoir mémoriser normalement
tout ce que leur a dit l’oncologue.
Ludmila Couturier
Les réseaux
Soins à domicile et réseaux
en oncologie se développent.
Voici deux exemples différents,
autour de centres de lutte
contre le cancer : le réseau de l’IGR,
à Villejuif, et le réseau Oncora, à Lyon.
«
D
e plus en plus de patients souhaitent bénéficier
de soins à domicile, affirme Fatima Bellal,
surveillante du service d’hématologie adulte et de
greffes de cellules souches périphériques à l’Institut Gustave-Roussy (IGR), à Villejuif. Leur mise
en œuvre remet en cause bien des pratiques médicales et paramédicales. »
Un partenariat avec une entreprise privée
« Notre réseau nécessite des partenariats avec les infirmières libérales, l’HAD, l’hôpital de jour, poursuit
Fatima Bellal. Nous travaillons avec les hôtels. » Par
ailleurs, l’IGR “externalise” une partie des tâches de
coordination des soins en travaillant avec un prestataire de services, qui propose le matériel nécessaire à domicile en tarif tips. « Il assure un service de
garde 24 heures sur 24, et 7 jours sur 7, explique-telle. L’extension de ses missions se trouve précisée par
contrat : coordination des soins en hospitalisation à domicile, recherche d’infirmière si besoin, explication des
26
procédures, aide à la mise en place des dossiers de soins
ville-hôpital, conception d’ordonnances préformatées,
récupération des déchets septiques, mise à disposition
de conteneurs d’évacuation en fin de traitement. »
Mais le retour à domicile se prépare à l’hôpital.
« Nous simulons des traitements ambulatoires dans
l’unité, dit Fatima Bellal. Nous évaluons le degré
d’adaptation des patients et des familles. L’infirmière
libérale est invitée dans l’unité pour se familiariser
avec les traitements. Un suivi téléphonique est assuré
par le cadre infirmier hospitalier. »
Le patient a tout de même son mot à dire. « Il
faut qu’il accepte cette proposition pour que des soins
à domicile soient mis en place, dit-elle. Il faut ajouter à cela des critères d’exclusion médicaux de cette
organisation ou d’autres critères liés au cadre de vie,
évalués lors de la consultation infirmière. »
Le réseau Oncologie Rhône-Alpes (Oncora)
Le réseau Oncora est le réseau de cancérologie
de la région Rhône-Alpes. Il regroupe autour
du centre anticancéreux de Lyon, l’hôpital LéonBérard, plus de quarante établissements ou structures. Il compte ainsi la plupart des centres hospitaliers publics, un hôpital des Armées, des
établissements privés PSPH (participants du service public hospitalier), une dizaine de cliniques
privées et des membres associés.
« Fin 1996, le réseau comptait 50 malades par jour,
et représentait une file active de 150 à 200 malades,
explique le Dr Devaux, oncologue à l’hôpital
Léon Bérard. Fin 1998, il comptait 80 malades par
jour. Le 6 juin 2000, il comptait 148 malades pris en
charge dans 32 HAD et 116 SAS. »
Le réseau Oncora ne travaille pas avec un prestataire de services comme le fait l’IGR. « Une telle
société de services présente l’inconvénient de ne pas
être reconnue par les tutelles, dit-il. Elle constitue un
intermédiaire supplémentaire. Enfin, son statut à
but lucratif me gêne un peu. »
Autre danger, les réseaux et soins à domicile, faits
pour “désengorger” l’hôpital et coûter, théoriquement, moins cher, peuvent présenter des effets inattendus. Les malades atteints moins gravement sont davantage pris en charge dans les
réseaux ville-hôpital. « Les malades les plus lourds
restent donc à l’hôpital, souligne le Dr Devaux,
concentrant les traitements les plus onéreux au sein
de ce dernier. Cela fait monter la valeur du point ISA,
issu du PMSI. L’hôpital se trouve alors dans le collimateur de la tutelle pour ce qui apparaît comme un
mauvais indice de rentabilité. »
Marc Blin
D’après les propos tenus lors de la conférence
organisée avec le soutien des laboratoires Janssen-Cilag.
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11 Rencontres Scientifiques et Techniques Infirmières Compte-rendu