Sociologie des Sciences
Chapitre I : Vers la sociologie des Sciences
I. INTRODUCTION
Les enjeux du cours :
 Enjeu intellectuel : apporter des connaissances précises afin d’accroître
la culture et le savoir concernant les sciences sociales.
 Enjeu citoyen : aujourd’hui, les sciences perdent peu à peu leur
autonomie au profit du pouvoir économique et politique (selon
Bourdieu). Place et développement des sciences dans nos sociétés.
 Enjeu épistémologique : la sciences est un élément important de la
compétitivité, en matière de recherche et d’innovation. Etude du
fonctionnement du monde scientifique.
II. PREMIERE PARTIE : VERS LA SOCIOLOGIE DES SCIENCES
1. LES APPROCHES EPISTEMOLOGIQUES
Ces approches épistémologiques ont changé notre regard sur les sciences
et la nature. Progressivement, les sciences « dures » se sont « amollies » :
avec des lois plus fragiles, elles devenaient moins rigoureuse.
Débat majeur de l’époque : les sciences « molles » sont-elles des
sciences ? (débat aujourd’hui dépassé vu reconnaissance de la catégorie
des sciences sociales).
A. Le critère de réfutabilité : Popper
1) Popper (1902-1994) : influence considérable sur la
façon d’envisager les sciences avec la démolition
de l’idée que l’homme peut penser ou prétendre
avoir établi les lois de la nature une fois pour
toutes.
Vers 1920, alors étudiant en psychanalyse, psychologie, philosophie,
marxisme… il a le sentiment que toutes ces théories n’ont pas la même
importance ni la même validité. Il fait une distinction entre SCIENCES et
PSEUDO SCIENCES.
Création du CRITERE DE DEMARCATION.
 Marxisme, psychanalyse philosophie : possèdent un très grand pouvoir
explicatif pour tout, ce qui peut constituer leur faiblesse. Ex : un homme
jette un bébé à l’eau et un autre homme se jette à l’eau pour sauver le
bébé :la même théorie est utilisée pour expliquer les deux
comportements.
 La théorie de la relativité (Einstein) prend des risques et est
incompatible avec certains faits : elle est donc réfutable.
Popper propose 7 conclusions fondamentales :
1 . il est toujours facile de confirmer une théorie
2. certaines prédictions sont sans risques : une confirmation ne vaut alors
que si elle peut être réfutée.
3. toute bonne théorie scientifique va interdire des faits de se produire.
4. l’irréfutabilité est un défaut : une théorie irréfutable est dépourvue de
tout caractère scientifique.
5. les tests sont nécessaires pour réfuter ou confirmer une
théorie : « pouvoir être testée c’est pouvoir être réfutée ».
6. ne prendre en considération que des tests sérieux et authentiques
(« preuves corroborantes »).
7. certaines théories réfutée résistent, et n’ont alors plus aucun caractère
scientifique.
Il est donc impossible de prouver une théorie. Seule preuve serait qu’une
théorie est fausse :
THEORIE REFUTABLE et NON REFUTEE = SCIENTIFICITE d’une
THEORIE
Aucune théorie scientifique n’est vraie pour l’éternel, les lois ne sont que
provisoires et partielles.
On aboutit alors à une progression de la science par un mouvement de
CONJECTURE et de REFUTATION.
Conclusion
Popper crée un critère de démarcation qui départage sciences et pseudo sciences grâce
à la réfutation :
PSEUDO SCIENCES : caractérisées par une démarche dogmatique.
Tendance à vérifier les lois avec l’ « historicisme »=idée que l’Histoire a un
sens et qu’il appartient aux hommes de le découvrir. Ex : marxisme.
SCIENCES : caractérisées par une démarche critique. Tendance à modifier les lois, les
soumettre à l’épreuve du test, les réfuter et si possible en établir la fausseté. Il ne s’agit
d’une démarche possible qua dans le cadre de sociétés « ouvertes », où la critique
d’autrui est permise et dont l’objectif n’est pas le bonheur mais la réduction des maux
qui frappent les hommes.
B. La lutte contre le sens commun : Bachelard
Théorie des 3 C :
« Le fait scientifique est Conquis, Construit et Constaté »
CONQUETE
La science est une rupture avec l’expérience immédiate qui fait obstacle à la
pensée scientifique. Ex : un miroir est connu pour refléter exactement. Pourtant,
on n’a jamais essayé de comparer les 2 images. Après cette expérience, on
constate qu ‘elles sont finalement bien différentes (rayons de fréquence
différents) : l’image est donc modifiée par le miroir.
Il faut donc se méfier des évidences aveuglantes (=prénotions).
Dans La Formation de l’esprit scientifique, 1938, Bachelard constate qu’il est
très difficile d’arriver à l’état scientifique à cause de ces idées préconçues sur
le monde. Ex : théorie du corps flottant : un morceau de bois dans l’eau. C’est
en fait l’eau qui résiste à l’immersion de ce corps et non le bout de bois.
Il s’agit pour le savant d’effectuer une CATHARSIS INTELLECTUELLE et
AFFECTIVE. Sa connaissance doit être acquise au prix d’une rupture, qui doit
être conquise. Selon l’analyse de Bachelard, il existe 3 obstacles à cette
formation :
1. handicap des images
 obstacle de la substance = juger des expériences en fonction des
matériaux qu’elle comprend. Ex : expérience avec du plomb ou de la
rouille # avec de l’or…
En effet, les savants exigent des formes pures. Ex : trajectoires
elliptique de la Terre autour du Soleil = forme impure
 obstacle des analogies = harmonie entre phénomènes naturels et
sociaux. Tendance naturelle, rapprochement inconscient présent
chez tout être.
 obstacle sexuel = interpréter les expériences comme le phénomène
de la copulation, tout est sexualisé. Ex :découverte de l’électricité
pensée comme une alchimie sexuelle. Toute expérience est donc
biaisée par les fantasmes du savant…
RQ : surmonter l’obstacle des images reviendrait donc à psychanalyser
tous les savants…
2. obstacle de la méthode
Au stade préscientifique la science est considérée comme mondaine, et
doit être accompagnée d’expériences les plus spectaculaires possibles
(max de spectateurs, explosion, couleurs…) Mais plus c’est pittoresque,
plus le savant est pollué.
Selon Bachelard, une méthode mathématique est nécessaire : elle permet
le détour théorique, oblige l’esprit scientifique et assure la scientificité de
l’expérience. Imposée par Newton (pourtant critiqué pendant près d’un
siècle), cette méthode correspond à la naissance de la science moderne.
3. relation entre science et société
Dans les livres scientifiques du XVIIIème siècle, les auteurs parlent comme
des hommes de salon, ils sont immergés dans la vie quotidienne et
mélangent thèses scientifiques et faits quotidiens. Les principaux défauts
de l’époque sont :
 la forme dialoguée du discours
 la logique de la conviction (et non de la preuve)
 le mélange arguments scientifiques/non scientifiques
L’autonomisation de la science/société permet alors le passage à la
science moderne= le moment où un scientifique juge de la validité d’une
théorie au moyen d’un autre fait scientifique uniquement, et qu’il est
contrôlé par ses pairs.
AUTONOMISATION+INSTITUTIONNALISATION de la discipline=normes
du DEVELOPPEMENT SCIENTIFIQUE
CONSTRUCTION
Il s’agit de partir de la théorie (et non de l’expérience immédiate) : rendre
indirect ce qui était direct, opaque ce qui était transparent…etc. Construire une
expérience oblige à effectuer une remise en cause des idées reçues, et établir
une problématique.
CONSTAT
Il s’agit de la phase d’expérimentation.
Conclusion
Selon Bachelard,
-Aucune science ne peut atteindre une vérité inconditionnelle, qu’une théorie
doit toujours précéder l’observation. « La science est une entreprise de
correction des erreurs humaines.
-Les THEORIES forment des SYSTEMES
-La PROGRESSION DE LA SCIENCE suppose une REVOLUTION
INTELLECTUELLE
C. L’invention des paradigmes : Kuhn
La Structure des révolutions scientifiques (1962)
Thèse : la science moderne fonctionne par paradigmes. Pour Kuhn, ceci ne
vaut que pour la science moderne (à partir de Newton) ; d’autre part, il
souligne qu’on ne peut avoir de recherche scientifique sans paradigmes. C’est
là le signe de la maturité de la discipline.
D’après Kuhn, un paradigme est une découverte scientifique de grande
importance, universellement reconnue, qui permet le développement de
théories et qui, pour un temps, fournit à une communauté de chercheurs des
pbs et des solutions. Si Kuhn donne plusieurs définitions du paradigme,
globalement, il s’agit d’une découverte organisant le monde.
Comme chez Popper et Bachelard, le science ne procède pas par
accumulation, mais plutôt par révolutions.
Kuhn distingue 3 périodes dans le fonctionnement de la science :
1. la science normale : domination d’un paradigme qui semble meilleur
que les autres, non pas parce qu’il explique tout (puisque les chercheurs ont
tjrs besoin d’énigmes), mais parce qu’il présente des énigmes importantes.
Ici, tout le monde est d’accord sur les principes fondamentaux de la recherche,
sur les sujets dignes d’étude (méritant subventions, publications, et postes).
Ici, le paradigme limite donc les risques.
2. la crise du paradigme
Kuhn ne définit pas les lois de cette crise, mais il précise les caractéristiques
de cette période de crise :
 Une ou plusieurs anomalies qui perdurent malgré toutes les tentatives
(phénomène inexplicable)
 Prolifération de différentes versions du paradigme.
 Grande insécurité ressentie par les scientifiques, due à l’impossibilité
durable de résoudre les énigmes normales.
 Tendance à l’analyse philosophique et à la discussion des fondements du
paradigme.
4. L’émergence d’un nouveau paradigme : le renouvellement du
paradigme ne se fait que si cela est nécessaire, c’est-à-dire si un point
fondamental du paradigme est remis en cause (cf. Popper selon lequel un seul
contre-exemple suffit).
La science a donc besoin de réfutation.
Les scientifiques ne renonceront au paradigme que si une théorie concurrente
est prête à prendre la place (cf. Popper propose une réfutation systématique
de la science au moyen d’une comparaison avec la Nature). Kuhn accepte
cette idée mais le plus important est la comparaison des paradigmes entre
eux. Cette lutte est politique, et il y a une incommensurabilité des paradigmes,
c’est-à-dire que l’on accepte aucun des arguments de l’autre paradigme.
Kuhn souligne qu’à la fin des luttes, c’est le meilleur paradigme qui gagne. Et il
rappelle que Copernic ou Newton ont plus d’un siècle pour s’imposer.
Dans ce mouvement, Kuhn montre aussi l’importance des retours en arrière ;
des phénomènes bien expliqués par le paradigme précédent peuvent
redevenir des énigmes.
RQ : Kuhn a inspiré de nombreuses études de l’action publique.
Les fonctions normatives des paradigmes sont au moins aussi importantes
que leurs fonctions cognitives :ce qui est important, outre les connaissances,
ce sont les normes qu’ils proposent
Conclusion générale
Ces 3 auteurs ont fourni une tradition de pensée épistémologique, mais ont
aussi découvert toute une société.
Tous les 3 affirment que les lois ne sont pas éternelles, et que l’on ne peut
étudier la science indépendamment de la société (il s’agit d’ « ammolir » les
sciences dures)
2. LA REDECOUVERTE DU SOCIAL
Jusque dans les années 30, les sociologues s’intéressent peu à la
science puisque d’une part, ils pensent que la science est spécifique et
autonome, et d’autre part, leur souci n’est pas de désenchanter la science
mais de démontrer que la sociologie est une science comme les autres.
Des travaux isolés vont défricher le terrain et montrer que la science n’est
pas une activité si pure.
A. Les approches discontinuistes
Elles soutiennent la différence de nature et de degré entre 2 modes de
pensées. La science ne peut se développer que dans certains types de
société : les sociétés modernes. La logique des sociétés dites « primitives » et
des sociétés modernes est différente.
AUGUSTE COMTE (1798-1857)
Production considérable, même si son œuvre est parfois désuète (ex : sa
théorie biologique du cerveau humain)
2 apports principaux :
 Création du mot sociologie
 Réforme des sociétés modernes nécessitait une société nouvelle
Loi des 3 états qui est le socle de son œuvre. La théorie passe par 3 états :
 Etat théologique et militaire :caractérise les sociétés anciennes, prévaut
jusqu’au XIIIème siècle en Europe. Prêtres et guerriers dominent dans
cet état préscientifique. L’esprit humain explique les phénomènes en les
attribuant à des êtres ou forces comme lui mais plus puissants.
 Etat métaphysique ou abstrait (XIII-XVIIIème siècle) : développement
de l’esprit scientifique mais l’esprit humain continue des développer des
entités abstraites.
 Etat scientifique et industriel (ou positif) : l’esprit humain écarte toute
métaphysique. Développement de l’esprit scientifique avec le
développement de causalité.
Comte a également apporté une classification des sciences : maths,
astronomie, physique, chimie, biologie, sociologie… (complexité croissante)
Mais toutes ces sciences sont comparables sociologiquement (nomenclature,
déduction, comparaison…)
Comte est donc assez typique de la façon dont les sociologues du XIXème
regardent les sciences. Leur problème n’est pas d’étudier sociologiquement la
science mais de voir si la sociologie est une science et si oui, quelle est alors
sa place.
LUCIEN LEVY-BRUHL (1857-1939)
La Mentalité primitive, 1922
La Mythologie primitive, 1935
Cet ethnologue a étudié les modes de pensée dans les sociétés primitives à
partir des mythes de ces sociétés. Sa thèse énonce l’idée que la science est
impossible dans les sociétés primitives, puisqu’elles sont prélogiques.
4 caractéristiques séparent 2 mentalités :
 Les représentations collectives sont mystiques, c-à-d que les
représentations du réel se fondent sur la croyance en des forces ou des
êtres que nos sens ne nous permettent pas de percevoir. Il n’y a pas de
différence claire entre le monde naturel et le monde surnaturel.
 La mentalité est prélogique car elle ne respecte pas le principe de non
contradiction dans la mesure où elle pense en même temps des choses
contradictoires.
 La mentalité est non factuelle, c-à-d que le primitif cherche toujours les
causes premières et non scientifiques ( Ex : quelle est la force maléfique
qui s’en est prise à telle personne ?)
 Une notion floue de la personne : le moi de l’individu est très faible et se
distingue peu du grpe social dans lequel il vit.
Face aux critiques, il va atténuer l’opposition absolue contre les mentalités
primitives et modernes. Il existe une pensée moderne dans les sociétés
primitives et inversement.
RQ = les thèses discontinuistes sont auj abandonnées : la structure de l’esprit
humain et partout la même et chez tous les individus. Chez tous et dans
toutes les sociétés il existe une pensée logique et prélogique.
B. Les approches marxistes
Marx (1818-1883)
Critique du droit politique hégélien, 1843
Contribution à la critique, 1859
Le Capital, livre I, 1867
Auteur important pour la sociologie des sciences
1. La science comme idéologie
La science comme asservissement de l’homme à la machine :
Question de l’utilisation sociale des connaissances scientifiques. La théorie de
l’exploitation est permise par la science, qui permet donc l’asservissement de
l’homme à la machine. C’est un élément déterminant de l’émergence du
capitalisme.
(CF. Comte théorie des sociétés modernes industrielles et scientifiques et des
sociétés anciennes militaires)
La science et la technique permettent l’exploitation sociale et la rendent
presque irrésistible.
Amélioration des machines, exploitation de main d’œuvre, mais aussi
dépossession de la maîtrise et des fruits du travail de l’ouvrier. Il s’agit du
règlement ouvrier dans les grandes fabriques. C’est là la base du capitalisme.
Dans La Contribution… Marx développe l’idée de la distinction de moments
dans l’émergence progressive du capitalisme. 3modes de production se sont
succédés dans l’histoire occidentale :
 Antique : caractérisé par l’esclavage
 Féodal :
le servage
 Bourgeois :
le salariat
La PRODUCTION de CONNAISSANCES SCIENTIFIQUES est indissociable
de la LUTTES des CLASSES
2) La science comme condition et origine d’une
démocratie formelle
Dans la Critique du droit politique hégélien, Marx analyse la naissance de la
démocratie formelle parallèlement aux sciences.
Evoquant une fausse conscience, l’idéologie justifie la situation présente de
chacun et l’ensemble du système éco et social de façon conforme aux intérêts
des dominants.
2. La condamnation socialiste de la science pure
Après la révolution russe de 1917, intellectuels se rassemblent autour de la
figure de Lénine : il s’agit d’aller au bout de la pensée marxiste.
Selon N. BUKHARIN dans la Théorie du matérialisme dialectique, 1922, la
science possède 3 fonctions sociales majeures :
 Amélioration du savoir sur le phénomène naturel
 Développement technique
 Prise en main de son destin par l’homme
Conclusion . Marx
-Utilisation sociale de science
-Poids de la science dans les relations entre les hommes ( dans quelle mesure
c’est un facteur d’aliénation ou de soumission)
C. L’approche durkheimienne
Durkheim et Mauss, Les Formes primitives de la classification, 1903 et Les
Formes élémentaires de la vie religieuse, 1917
Un double but énoncé :
 Rechercher les conditions sociales de l’émergence d’une classification
élémentaire (notion de temps, genre, cause…etc : principes
classificatoires)
 Etablir la nature de la relation qu’entretiennent ces classifications
élémentaires avec les classifications scientifiques.
EX : tribu indienne d’Amérique du Nord : les ZUNIS.
-Division des faits naturels en 7 régions (nord, sud, est, ouest, nadir, milieu et
zénith)
-Division des « pueblo » (=village) en 7 clans
-Toutes les choses classées dans région du nord sont associées au clan du
nord
 il y a donc une correspondance entre la façon de voir le monde
naturel et le monde social. La classification scientifique des Zunis
est issue de leur expérience sociale. La connaissance de la
nature vient donc directement des structures sociales
 Il s’agit d’une différence de degré (et non de nature ) entre les
connaissances ordinaires et les connaissances scientifiques
 Dans la thèse continuiste, l’homme projette sur le monde
Durkheim va prolonger et systématiser cette thèse
Dans Les Formes élémentaires de la vie religieuse :
 2 moments de la vie sont l’individuel et le collectif
 conception de l’extraordinaire (# vie ordinaire)
 la religion est une entreprise d’adoration du social : « en croyant adorer
dieu, l’homme adore la société et le collectif »
Conclusion générale
Les connaissances scientifiques ont une base sociale
-tradition épistémologique (Popper, Bachelard…)
-tradition sociologique (Marx…)
Il s’agit d’étudier sociologiquement les sciences.
3. NAISSANCE DE LA SOCIOLOGIE DES SCIENCES . MERTON
A. L’influence du puritanisme
(Cf. WEBER)
La science moderne est née sous l’influence du puritanisme
-analyse schématique des sciences
-normes
-approche fonctionnaliste
Thèse philosophique soutenue en 1936 à Harvard, sur la base d’une étude
des liens existant entre contexte social et culturel.
Pourquoi la science moderne est-elle née au XVIIème siècle et en
Angleterre ? (CF. développement science et technologie au XVIIème ).
“Science, Technology and Society in Seventeenth Century England”. Il s’agit
de l’étude d’une institution particulière : la Royal Society of London (fondée en
1645). Véritable modèle d’institution scientifique, c’est une académie des
sciences.
Il existe différentes caractéristiques du point de vue méthodologique :
 Etude quantitative : recensement des travaux de recherche, inventions,
articles.
 Etude qualitative des textes scientifiques
 Etude des notices du Dictionary of National Biography
Résultats =>essor quantitatif (des articles …)
=>scientifiques protestants > que scientifiques cathos et juifs
Définition de l’activité scientifique : qu’est-ce que la science ?
Les scientifiques sont des puritains qui proposent l’application des principes
puritains à l’activité scientifique : travail systématique, méthodique, refus de
toute oisiveté, valorisation de l’esprit critique, refus de la tradition.
=>Affinités électives entre valeurs de l’esprit puritain et celles de l’esprit
scientifique
L’éthique est une des causes de l’apparition de la démarche scientifique
moderne, caractérisée par :
-l’esprit critique
-la primauté de la raison s/ la logique (=rationalisme)
-l’empirisme
Etude des notices du Dictionary … : l’émergence de l’éthique puritaine a-t-elle
accompagné un changement des carrières de l’élite sociale britannique ? (=
conversion vers les sciences ?)
Résultats=> OUI selon l’étude des choix de carrière au XVIIème : intérêt
croissant pour études scientifiques (faible début de siècle, augmentation
jusqu’en 1650 et enfin stagnation dans la 2nde moitié du XVIIè). Les filières
dominantes telles que le droit, la religion, la politique sont en recul, alors que
les filières scientifiques sont en hausse avec la science et le savoir
académique.
 Donc le choix de carrières scientifiques a changé l’importance et
la signification de la science au fil du siècle :
 De loisir gratuit > on passe à une filière pro réaliste sous
influence d’une contrainte psychologique puritaine.
 La science moderne possède donc un fondement social, et ne
peut s’épanouir dans n’importe quelle société. Cela suppose la
division du travail entre les chercheurs, ainsi que le respect de
certaines valeurs, qui sont le désintéressement, l’honnêteté,
l’intégrité.
SCIENCE MODERNE liée à une certaine MORALE
Conclusion.
Double thèse de Merton :
-XVIIème = période moderne marquée par la SCIENCE et la TECNOLOGIE.
Age des sociétés industrielles et scientifiques.
(RQ = Renaissance : ART et Moyen Age : RELIGION)
-PASSAGE (émergence de l’âge scientifique) dû à l’éthique puritaine.
RQ= Merton reçoit les mêmes critiques que Weber : la naissance de la
science moderne n’est-elle pas beaucoup plus ancienne ?
B. Un schéma normatif de la science
Science & Technology in a democratic order in Journal of legal & political
sociology, 1942 => propose programme de recherche qui va orienter la socio
pour 30 ans...
Il s’agit de concevoir la science comme une activité sociale spécifique (soussystème autonome au sein de la société) qui s’appuie sur un ensemble de
normes. Certaines fonctions sociales sont remplies par l’activité scientifique.
On parle alors d’un ethos normatif (=schéma). Il existe 4 impératifs normatifs :
 L’universalisme = évaluation de la qualité du travail d’un scientifique doit
être effectuée par ses pairs et doit être indépendante de ses
caractéristiques personnelles (nationalité, religion, origine ethnique,
sexe, classe sociale…) . En effet, le jugement scientifique est
impersonnel et démocratique. Les carrières scientifiques sont ouvertes
à tous s/ la base de leur seul talent. Anonymat.
 Le communalisme = caractère nécessairement public de la recherche et
des découvertes, ce qui permet la « coopération compétitive des
chercheurs » :
partage
des
découvertes,
communication,
connaissances, refus du secret. Le scientifique doit renoncer à exploiter
de façon exclusive ses recherches (CF débat s/ le génome humain…)
 Le désintéressement = interdiction de toute fraude ou tricherie.
 Le scepticisme organisé = le scientifique a l’obligation morale d’avoir
constamment une attitude positive et ouverte face à la critique positive
(=critique des faits). La théorie est mise à l’épreuve, et rejetée en cas de
défaut. RQ= il n’y a plus de place pour le sacré, tout doit être soumis à
l’analyse et rien ne peut être admis sans critique.
 Il existe donc un système social de la science spécifique aux
sociétés développées.
Etude : les régimes totalitaires gênent le développement de la science en
empêchant l’esprit critique, en limitant l’autonomie des chercheurs. Les
recherches sont alors soumises au besoin direct de l’industrie et de l’armée,
écartant des catégories entières de la population aux positions scientifiques.
 C’est le paradigme de la sociologie des sciences pendant près de
30 ans.
 recherche afin de savoir si ces normes existaient vraiment, et si
les chercheurs les respectaient.
 L’article de 1942 fonde alors la sociologie des sciences.
C. Une théorie fonctionnaliste du sous-système social
Pourquoi parle-t-on d’une approche fonctionnaliste ?
Le fonctionnalisme désigne ordre, harmonie d’une société.
Le système social de la science est un sous-système de la société globale.
Il existe alors :
 Une certaine détermination sociale du choix des sujets de recherche
(soit à cause d’un financement par la société, soit à cause d’une telle
demande sociale qu’elle fait acquérir une plus grde visibilité sociale).
EX : en Angleterre au XVIIème, beaucoup d’inventions scientifiques
visant à apporter des réponses pratiques à des pbs sociaux (transport,
militaire, textile…). Puis émulation entre les chercheurs, densification
des recherches.
 Autonomie partielle de la science. Le sous-système doit être en
harmonie relative avec les autres sous-systèmes de la société, mais la
science est dans une sphère spécifique qui remplit une fonction propre.
CF. 40% de sciences pures ; 30% de sciences relatives à la société.
 Processus de socialisation (=ensemble des processus qui forment un
grpe social). Pour un fonctionnement harmonieux. La socialisation
scientifique produit la conformité et l’adhésion aux normes de la
science.
Une approche harmonieuse laisse alors peu de place au conflit grâce au
processus de spécialisation, au système de récompenses (prix scientifiques,
bourses d’étude…), aux institutions de régulation de la science qui encourage
les chercheurs à être productifs et qui récompense les meilleurs (CF. prix
Nobel décerné en Octobre chaque année).
La théorie de Merton est donc bien fonctionnaliste, et elle a soulevé de
nombreuses critiques :
-Le manque d’intérêt pour le choix des sujets de recherche
-Les 4 impératifs proposés sont idéaux (réponse à cette critique : introduction
de nouvelles normes, telles que l’originalité, l’humilité la rationalité et
l’individualisme)
-Article en 1957 Priorities in scientific discovery : querelles de priorité (dispute
entre savants pour la paternité de la découverte).
-On parle de « communauté scientifique » comme si toutes les disciplines
fonctionnaient de la même façon et comme si toutes les normes étaient les
mêmes à travers le temps.
-Le modèle de Merton ne permet pas d’expliquer ce que Bachelard et Kuhn
avaient mis en lumière de manière contemporaine (1930-1950) : l’idée de
conflit, de rupture.
Conclusion générale. Merton
Malgré les limites et les critiques, l’approche de Merton consacre la naissance
de la sociologie des sciences, et lui donne le paradigme qui va orienter toutes
les recherches pour 30 ans.
Selon Bourdieu, ce modèle a aussi rempli une fonction de la justification de la
sociologie comme science elle-même. La sociologie est donc une science et
remplit une fonction sociale, a droit à une certaine autonomie. Il s’agit de
justifier la constatation sociologique comme une profession scientifique
comme les autres, qui doit être acceptée par la société.
RQ= prix à payer=> la dimension critique de la sociologie a été atténuée, elle
a oublié en partie sa vocation critique, et ne désenchante plus le monde de la
science.