Cancer : les cellules souches, bouclier contre la chimiothérapie
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Par Janlou Chaput, Futura-Sciences
Des cellules souches génétiquement modifiées ont protégé trois patients atteints d’une tumeur au
cerveau des effets secondaires graves d’une chimiothérapie et ont augmenté leurs chances de survie.
L’un d’entre eux est toujours vivant trois ans après. Cette technique, novatrice, promet de belles
perspectives si son efficacité se confirme à plus grande échelle.
C’est tout le paradoxe. La chimiothérapie sauve des vies en détruisant les cellules cancéreuses, mais entraîne
de lourds désagréments. Ces médicaments manquent parfois de spécificité et s’attaquent aussi à des tissus
sains de l’organisme. Un dilemme dramatique qui pose problème.
Prenons le cas du glioblastome, une tumeur au cerveau (la glie étant le tissu de soutien de l’encéphale). Ce
cancer est très agressif et bien souvent fatal. Les traitements chimiothérapiques qu’on lui oppose ne suffisent
pas, car souvent, un gène, appelé Mgmt, est surexprimé par les cellules tumorales et code pour une enzyme
qui va réparer les dégâts causés par le médicament. Pour compenser, les thérapies ajoutent un composé, la
benzylguanine, qui inhibe Mgmt.
Mais cette fois, on crée un autre problème. Les cellules de la moelle osseuse, celles qui vont se transformer
en globules rouges (transport de l’oxygène dans le sang) et en globules blancs (système immunitaire), ne
survivent pas au traitement à base de benzylguanine. S’ensuit inéluctablement un affaiblissement général de
la santé du patient : plus grande susceptibilité aux infections et fatigue importante. Les médecins doivent
alors arrêter la médication, mais la chimiothérapie n’a pas éliminé la tumeur. Face à cette impasse, les
patients ont peu de chances de s’en sortir.
Des cellules souches génétiquement modifiées
Les scientifiques cherchent donc à contourner ce problème. Et des chercheurs du Centre de recherche contre
le cancer Fred Hutchinson à Seattle (États-Unis) viennent d’apporter dans Science Translational Medicine
une solution convaincante : des cellules souches génétiquement modifiées en guise de bouclier.
Le glioblastome est la tumeur maligne au cerveau la plus fréquente et la plus agressive. Sans traitement, elle est mortelle en trois mois. Sur cette radiographie, on
aperçoit le glioblastome, qui correspond à une tâche plus claire. © A. Christaras, Wikipédia, cc by sa 3.0
Il existe une version mutée du gène Mgmt, appelée P140K. Ce variant confère aux cellules une protection
contre le principe actif de la chimiothérapie et contre la benzylguanine. Les auteurs ont prélevé des cellules
souches sanguines dans la moelle osseuse de trois individus diagnostiqués avec un glioblastome. À l’aide
d’un virus, le génome de ces cellules a été complété par P140K. Une chimiothérapie plus tard, ces cellules
génétiquement modifiées ont été réinjectées dans chacun des patients.
Une chimiothérapie sans effet secondaire
Hans-Peter Kiem, qui a supervisé le travail, se réjouit du résultat. « Nous avons découvert que les malades
toléraient mieux la chimiothérapie [...] que les patients qui dans des études précédentes n’avaient pas reçu
une telle transplantation. »
Au fur et à mesure, les cellules souches se sont transformées en globules rouges ou blancs matures, et entre
40 et 60 % d’entre eux étaient porteurs de P140K. Les cellules sanguines étaient donc protégées de la
chimiothérapie, mais pas les cellules tumorales.
Cela ne les a malheureusement pas sauvés de leur terrible maladie. Les patients ont survécu vingt-deux mois
en moyenne après la transplantation, alors que la moitié des victimes ne dépassent pas treize mois. L’un
d’eux est cependant toujours vivant et se porte même bien, alors que la thérapie a eu lieu trente-quatre mois
plus tôt.
Maintenant que le procédé a été établi pour la première fois, il reste à s’assurer de l’efficacité chez un plus
grand nombre de malades, en menant une étude à large échelle. Si l’efficacité est avérée, d’autres cancers
impliquant un gène Mgmt trop réactif, comme certaines tumeurs au poumon ou au côlon, pourraient se
traiter selon ce principe. Et de faire des survivants du cancer des êtres humains génétiquement modifiés !
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