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Module 3. La mondialisation économique et financière
Partie 1 La dynamique de la mondialisation
Chapitre 2. L’analyse économique des échanges internationaux
Programme
On mobilisera et on confrontera données factuelles et théories économiques pour traiter les questions de
l’explication du contenu des échanges, des déterminants de la spécialisation, du choix entre libre-échange et
protectionnisme. On analysera les différences de performances commerciales entre nations et les effets de la
mondialisation en termes d’emploi et de répartition.
1. Expliquer les déterminants de la spécialisation et le contenu des échanges commerciaux
Document 1 : la diversité des échanges entre pays
Echange de produits de
natures différentes
Echange de produits de même nature mais
Echange de produits
décomposés (segments ou
parties d’un produit final)
niveau de gamme
identique
niveaux de gammes
différents
Définition :
Définition :
Définition :
Définition :
Définition :
1.1 L’existence d’échanges interbranches : l’approche traditionnelle du commerce international
et le rôle des avantages comparatifs
Document 2 : les piliers de l’explication traditionnelle, la nation et les avantages comparatifs
La première explication du commerce international est due à Adam Smith qui fonde les échanges internationaux
sur des avantages absolus en coût : un pays exporte s’il produit moins cher que les autres. Cette analyse comporte
une limite évidente : une nation ne disposant d’aucun avantage absolu ne peut participer à l’échange international.
Les théories traditionnelles, celle de Ricardo et du modèle HOS, en dépit de leurs différences considérables (…)
reposent sur deux piliers communs : une définition identique de la nation et le recours au principe des avantages
comparatifs. (…) A priori, la nation n’est pas un concept de l’analyse économique : celle-ci s’intéresse en effet à
des agents économiques qui sont différenciés par leurs rôles dans l’échange et dans la production et qui peuvent
être, dans la théorie classique, les capitalistes, les propriétaires terriens, les salariés, ou dans la théorie
néoclassiques, les producteurs ou les consommateurs. La nation se situe à un niveau de représentation des faits
économiques différents : il s’agit d’une entité qui regroupe les différentes catégories d’agents économiques afin de
comprendre les échanges qui se nouent entre ces blocs d’agents, considérés comme des entités. (…)
La conception de la nation de Ricardo en 1817 est la suivante : la nation est l’espace au sein duquel les capitaux
peuvent se déplacer sans entrave d’un emploi à l’autre ; en revanche, la mobilité internationale des capitaux est
supposée impossible. (…) Il est remarquable que l’analyse ultérieure d’HOS, postérieure de plus d’un siècle à la
théorie de Ricardo, repose sur une définition de la nation de même nature. Dans ce contexte, la nation est définie,
comme un « bloc de facteurs de production » qui se déplacent librement au sein du territoire national, mais qui ne
peuvent, du moins dans la théorie de base, se déplacer entre les nations. (…) A chaque nation sont associées des
caractéristiques particulières qui permettent d’expliquer quels sont les biens produits et donc quels sont les biens
exportés, d’une part, et quels sont les biens importés, d’autre part.
C’est là l’enjeu de l’explication de la spécialisation internationale.
Source : Michel Rainelli « La nouvelle théorie du commerce international », La Découverte, 2003, p. 9-10
Questions :
1) sur quelle entité économique, les premières approches du commerce international s’appuient-elles pour
expliquer les spécialisations internationales ?
2) quelle est le point commun entre le modèle de Ricardo et celui d’HOS en ce qui concerne la mobilité intra
et internationale des facteurs de production ?
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1.1.1 L’origine des avantages comparatifs dans l’approche de D.Ricardo : les écarts
technologiques
Document 3 : les hypothèses du modèle de Ricardo
Les capitaux sont supposés mobiles à l’intérieur d’un pays et immobiles entre les pays.
La production a lieu à rendements d’échelle constants.
La valeur d’échange des biens s’établit selon la théorie de la valeur travail. La valeur d’un bien est constituée par le
travail nécessaire à sa production. (…) Cela implique que le prix relatif entre deux marchandises est déterminé par
les quantités relatives de travail nécessaires à leur élaboration.
Au sein d’un même pays, les techniques sont différentes selon les biens ; entre pays, les techniques sont différentes
pour la fabrication d’un même bien. Cette hypothèse montre bien que les différences entre pays sont d’ordre
technologique.
Source : Mathilde Lemoine, Philippe Madiès et Thierry Madiès, « Les grandes questions d’économie et de finance
internationales », De Boeck, 2007, p.59
Questions documents 1 et 2 :
1) résumez les hypothèses qui servent de base au modèle de Ricardo ;
2) pourquoi les différences de technologie entraînent-elles des différences de prix relatifs ?
1.1.2 L’importance de la notion de coût d’opportunité : expliquer la spécialisation et les gains
à l’échange Document 4 : exemple 1
Supposons que l’UE produise 10 millions de chemises bas de gamme. Les ressources employées pour cette activité
pourraient permettre de fabriquer 10 000 voitures.
En Chine, les ressources nécessaires à la production de 10 millions de chemises pourraient servir à produire 3000
voitures. Source : Matthieu Crozet, Conférence IAE Saint Etienne, janvier 2015
Questions :
- quel est le coût d’opportunité de l’UE si elle produit 10 millions de chemises ?
- quel est le coût d’opportunité de la Chine si elle produit 10 millions de chemises ?
- quel est le pays pour lequel le coût d’opportunité de la fabrication de chemises est le plus faible ?
- dans quelle production la Chine possède-t-elle un avantage comparatif ?
- dans quelle production l’UE possède-t-elle un avantage comparatif ?
- quelle est la conséquence sur la production mondiale si l’UE se spécialise dans l’automobile et la Chine
dans les chemises bas de gamme ?
Document 5 : exemple 2
Ricardo a développé la théorie des avantages comparatifs pour expliquer qu’il existe un gain à l’échange même en
cas d’avantages absolus. Il faut pour bien comprendre la source de ce gain raisonner en termes de coûts
d’opportunités. Le coût d’opportunité d’un bien exprime le nombre d’unités de l’autre bien auquel il faut renoncer
pour pouvoir consommer une unité du bien en question.
Production mensuelle d’un travailleur
Chine
Europe
400
50
20
10
On dit alors que l’Europe a un avantage comparatif dans la production de voitures car elle est relativement plus
efficace dans la production de ce bien. Il n’est pas nécessaire d’avoir un avantage absolu pour avoir un avantage
comparatif, il suffit que le coût d’opportunité de la production du bien soit différente de celui de l’autre pays.
Source : Jean-Louis Mucchielli et Thierry Mayer « Economie internationale », Dalloz HyperCours, 2005, p. 53
Questions :
1) lorsque le travailleur européen fabrique 1 voiture, combien de chemises ne peut-il pas fabriquer ? (quel est
son coût d’opportunité lorsqu’il décide de fabriquer une voiture ?)
2) lorsque le travailleur chinois fabrique 1 voiture, combien de chemises ne peut-il pas fabriquer ? (quel est
son coût d’opportunité lorsqu’il décide de fabriquer une voiture ?)
3) lorsque le travailleur européen fabrique 1 chemise, combien de voitures ne peut-il pas fabriquer ? (quel est
son coût d’opportunité lorsqu’il décide de fabriquer une chemise ?)
4) lorsque le travailleur chinois fabrique 1 chemise, combien de voitures ne peut-il pas fabriquer ? (quel est
son coût d’opportunité lorsqu’il décide de fabriquer une chemise ?)
5) remplir le tableau suivant :
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Coût d’opportunité de la spécialisation d’un travailleur
Chine
Europe
Spécialisation dans une chemise
Spécialisation dans une voiture
6) pour chaque production, quel pays possède le coût d’opportunité le plus faible ?
7) comment définir l’avantage comparatif chez Ricardo ?
8) comment expliquer la spécialisation internationale chez Ricardo (présentez l’ensemble du raisonnement);
1.1.3 L’origine des avantages comparatifs dans l’approche néoclassique du modèle HOS : les
différences de détention des facteurs de production
Document 6 : le théorème d’Ohlin, démonstration
Supposons que le pays A soit relativement mieux doté en capital par rapport au travail et que le pays B soit mieux
doté en travail (plutôt qu’en capital). Le facteur capital est donc relativement (par rapport au facteur travail) plus
abondant dans le pays A que dans le pays B. Cette abondance relative conduit à ce que le prix relatif du capital par
rapport au travail soit plus faible dans la pays A que dans le pays B.
Si K : quantité de capital en A ; K* : quantité de capital en B
Si L : quantité de travail en A ; L* : quantité de travail en B
Si w : salaire en A ; r : prix de capital en A ; w* : salaire en B ; r : prix du capital en B
Alors, on peut écrire :
Le facteur capital est relativement plus abondant en A qu’en B :
K/L>K*/L*
Donc, la rémunération relative du capital (par rapport au travail) est plus petite en A qu’en B :
r/w < r*/w*, qui peut s’écrire aussi w/r > w*/r*
Supposons par ailleurs que la production de voitures soit intensive en capital et celle de textile intensive en travail.
En autarcie, cela se traduit par le fait que les prix relatifs des deux biens sont distincts dans les deux pays : le prix
relatif des voitures par rapport au textile est plus faible en A qu’en B. Le prix relatif du textile par rapport aux
voitures est plus faible en B qu’en A. Le pays A bénéficie donc d’un avantage comparatif à produire des voitures et
le pays B à produire du textile même s’ils produisent les deux biens. (…)
Le théorème d’Ohlin des avantages comparatifs s’énonce de la façon suivante : un pays a un avantage comparatif
dans la production qui est intensive dans le facteur de production dont il est relativement le mieux doté.
Source : Mathilde Lemoine, Philippe Madiès et Thierry Madiès, « Les grandes questions d’économie et de finance
internationales », De Boeck, 2007, p. 62
Questions :
1) quelle différence concernant la technologie sépare le modèle de Ricardo de celui d’HOS ?
2) comment sait-on qu’une nation a un dotation relative dans un facteur plus importante qu’une autre ?
3) lorsqu’un nation possède relativement plus un facteur qu’un autre, comment cela se traduit-il sur le prix
relatif de ce facteur dans ce pays par rapport à l’autre pays ?
4) quelle est la conséquence de cette différence de prix relatif des facteurs de production sur la spécialisation
d’une nation ?
5) comment définir l’avantage comparatif dans le théorème d’Ohlin ?
1.1.4 Les conséquences de l’échange international dans le modèle néoclassique (sur le bien-être
collectif et la rémunération des facteurs)
Document 7 : le théorème HO et l’évolution des revenus des facteurs (égalisation)
Le théorème d’Heckscher – Ohlin dit qu’un pays exporte le bien utilisant intensément le facteur dont il est
relativement bien doté. La caractéristique exogène fondamentale (donnée au départ sans être terminée par le
modèle) distinguant les deux pays est leur dotation relative en facteurs de production.
En exportant le bien dont la production est intensive en capital et en important le bien dont la production est
intensive en travail, le pays A exporte implicitement des services du facteur capital et importe implicitement les
services du facteur travail. Le commerce international de biens dans ce modèle permet en fait d’échanger « les
surplus » de services de facteurs entre les nations. Ceci va donc avoir des conséquences importantes sur les revenus
des facteurs : si une nation exporte les services du facteur dont elle est abondamment dotée, cela va avoir tendance
à élever la demande pour ce facteur et donc également son prix. (…)
Le théorème HOS dit que le commerce sans entrave égalise les revenus relatifs de facteurs entre les pays au travers
de l’égalisation des prix relatifs des biens. Cette égalisation a lieu tant que les deux pays produisent les deux biens.
(…) Selon le théorème HOS, l’ouverture au commerce entre pays ayants des dotations factorielles différentes aura
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tendance à exercer une pression sur les rémunérations des facteurs telle que ces rémunérations tendront vers
l’égalisation.
Source : Jean-Louis Mucchielli et Thierry Mayer « Economie internationale », Dalloz HyperCours, 2005, p. 146
Document 8 : en résumé, les explications de la théorie traditionnelle des différences de prix relatifs
Sur quoi reposent les différences de prix relatifs des biens entre pays ? Les théories traditionnelles du commerce
international (classique et néoclassique) ont proposé des explications, se situant dans une logique de l’offre, en se
focalisant sur des différences de coût de production des biens entre pays. On arrive alors à une loi des avantages
comparatifs ou des coûts comparatifs. (…) Pour Ricardo, la loi des avantages comparatifs et la spécialisation
internationale qui en découle se fondent sur des différences technologiques conduisant à des différences de
productivité du travail. Dans le modèle Heckscher-Ohlin-Samuelson ce sont des différences de dotation en facteurs
de production entre les pays qui sont primordiales. (…) Sans échanges, pas de division internationale du travail ni
de spécialisation et sans spécialisation pas d’augmentation de la productivité. L’échange international est un
substitut au progrès technique, source de croissance, et un moyen de le stimuler.
Source : Mathilde Lemoine, Philippe Madiès et Thierry Madiès, « Les grandes questions d’économie et de finance
internationales », De Boeck, 2007, p. 56
Questions :
1) quel est la conséquence sur les prix de la spécialisation internationale dans les modèles classique et
néoclassique ?
2) expliquez la phrase soulignée du texte ;
Document 9 : conséquences sur les revenus au sein des nations (et conflits entre agents)
Selon le théorème Stolper-Samuelson, une augmentation du prix relatif d’un bien augmente le revenu réel du
facteur utilisé intensément dans la production de ce bien, et diminue le revenu réel de l’autre facteur. Si les
conditions du théorème HO sont vérifiées, le libre-échange comparé à l’autarcie, engendre l’augmentation de la
rémunération réelle du facteur abondant.
Source : Jean-Louis Mucchielli et Thierry Mayer « Economie internationale », Dalloz HyperCours, 2005, p. 53
Questions documents 6 et 7 :
1) dans le cas du pays A, quelle est la conséquence sur le prix relatif du capital de la spécialisation dans les
biens intensifs en capital ?
2) dans le cas du pays A, quelle est la conséquence sur le prix relatif du travail ?
3) ces évolutions peuvent-elles générer des conflits ?
4) énoncez le théorème HOS ;
1.1.5 Une validation empirique tardive des avantages comparatifs
Document 10 : une validation du modèle HOS (exemple 1)
Source : Matthieu Crozet, Conférence IAE Saint Etienne, janvier 2015
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Document 11 : une validation du modèle HOS (exemple 2)
Source : Matthieu Crozet, Conférence IAE Saint Etienne, janvier 2015
1.1.6 Résumé et compléments
Document 12 : expliquer les échanges interbranches par la théorie des avantages comparatifs
Expliquer l’avantage
comparatif par
1. Les différences de coûts relatifs
2. Les préférences
des consommateurs
Origine des écarts de coûts de production
Ricardo :
HOS :
Autres sources :
Document 13 :
Les modèles fondés sur les différences internationales de coût sont souvent brocardés car ils ne reflètent pas la
réalité. Or, ils ne prétendent pas expliquer la totalité des échanges ne serait-ce que parce que leurs auteurs ont posé
des hypothèses restrictives. Etudier le commerce international ne doit pas faire oublier les enseignements tirés
d’autres théories économiques. Et la recherche économique progresse sans cesse afin de mieux expliquer la réalité
et ses interdépendances. Les enseignements que nous pouvons tirer de ces théories sont les suivants :
- la décision d’exporter dépend des avantages comparatifs et non absolus. L’avantage comparatif d’une
industrie dépend non seulement de sa productivité par rapport à l’industrie étrangère mais également du
taux de salaire inférieur par rapport au taux de salaire étranger ;
- la formation des salaires n’est pas différente de celle que nous étudions dans les théories du marché du
travail ; elle dépend de la productivité ;
- les ressources en facteurs de production peuvent influencer les structures des échanges ;
- les prix des facteurs de production ont tendance à s’égaliser même si ce processus est bloq par les
barrières aux échanges et les différences internationales de technologie ;
- au final, l’échange permet une meilleure utilisation des facteurs de production qui sont rares et donc de
dépasser la capacité productive d’une économie ;
Nous ne pouvons néanmoins pas nous contenter de ces analyses car les biens ne sont pas homogènes, les
techniques de production ne sont pas identiques, et ces modèles ne permettent pas d’évaluer l’impact des échanges
sur la répartition des revenus ni comprendre les déterminants des échanges inter-branches.
Source : Mathilde Lemoine, Philippe Madiès et Thierry Madiès, « Les grandes questions d’économie et de finance
internationales », De Boeck, 2007, p.67
Question :
1) parmi les 5 éléments présentés comme des enseignements des théories traditionnelles, quels sont ceux qui
sont à rattacher à Ricardo et ceux qui sont à rattacher à HOS ?
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