1.4. Les économies d`agglomération

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Economie géographique
Chapitre 1 – Les fondements de l’économie géographique : les déterminants de la
localisation des activités productives
1.1. La terre comme facteur de production et prix de la localisation : la rente foncière
 Modèle de VON THÜNEN, Der Isolierte staat (1826)
Hypothèse :
-
rationalité des acteurs, ie maximisation de leur revenu et rationalité des consommateurs, ie maximisation du prix
payé pour atteindre un certain niveau de satisfaction
la plaine est homogène, sans accident géographique
La ville est au centre de la plaine et est unique
la fertilité des terres est identique en tout point sur la plaine et est unique
les déplacements peuvent s’effectuer dans toutes les directions et les coûts de transport sont une fonction linéaire de
la distance et sont supportés par les agriculteurs/ producteurs qui vendent sur le marché
la technologie de production d’un type de produit est la même pour toutes les fermes : taille d’exploitation
identique, mêmes coûts de production…
 Modèle : les agriculteurs doivent transporter les denrées alimentaires produites de leurs terres jusqu’au marché en ville.
Ceux qui ont les terres les plus proches du marché ont les coûts de transport les plus faibles et ceux qui ont les terres les plus
éloignées, les coûts les plus élevés. Comme le prix de vente unitaire et les coûts de production (hors transport) sont
identiques pour tous les agriculteurs, ceux qui ont des terres proches du marché ont des gains plus élevés que ceux éloignés
du marché ; ces gains constituent des « rentes ». Par conséquent, chaque agriculteur à intérêt à avoir ses terres le proche du
marché possible pour augmenter ses rentes foncières. Néanmoins, face à une demande forte, le prix de ventes des terrains
augmente à mesure de leur proximité avec le marché. La rente obtenue, et donc la décision de la localisation d’une activité,
dépend du prix du sol, des coûts de production du prix de vente et, surtout, des coûts de transport. La décision de localisation
varie alors pour les différents biens qui ont des coûts de transport, des prix de vente et des coûts de production différents. Les
différentes production se répartissent autour de la ville en cercle concentrique (VT décrivait la répartition de 4 productions
différentes).
Intérêt :
-
-
On peut par ex supposer que les producteurs de biens agricoles périssables (production maraîchères, lait…) sont
plus enclins à payer un prix élevé une rente foncière pour réduire le temps d’accès ; tandis que ceux qui produisent
des denrées facilement transportables, ou qui nécessitent de vastes pâturages (élevage de chevaux par exemple)
occupent les terres les plus éloignées.
Ce modèle a été repris dans les années 1960 à travers la nouvelle économie urbaine pour expliquer la localisation
des ménages autour d’un centre-ville et la structure socio-spatiale des villes.
1.2. Localisation des facteurs de production et du marché
 Modèle de WEBER, Uber den Standort der Industrën (1909)
Hypothèse du modèle :
-
L’espace est une pleine homogène sans accident géographique
L’emplacement des facteurs de production est fixé
Le lieu du marché est fixé
Quel que soit le prix du bien fixé on sait qu’il y aura une demande
Les coûts de transport sont une fonction linéaire de la distance
Les technologies de production sont fixes
 Modèle : Avec l’industrialisation, les modèles de localisation ont quitté la question de la rente foncière liée à l’agriculture
pour s’intéresser à la localisation des entreprises industrielles ayant des facteurs de production dont l’offre est localisée tout
comme son marché. L’entreprise détermine son choix de localisation en fonction des ces différents coûts de transport que
WEBER appelle « poids » : les coûts de transports de la quantité nécessaire d’un premier facteur de production ; les coûts de
transport de la quantité nécessaire d’un second facteur de production ; les coûts de transport vers le marché d’une unité
produite. WEBER distingue le poids des facteurs de production (Pf) et le poids de la production finale (Pp). Soit le poids
d’indice matériel Im = Pf/Pp. Si Im > 1, alors il y a une « perte de poids » : Pf > Pp, la localisation est orientée vers les
ressources nécessaires à la production. Si Im< 1, alors il y a « un gain de poids ». Pf<Pp, la localisation de l’activité est
orientée vers le marché. L’objectif est de minimiser le coût de production total. Ce modèle permet de comprendre pourquoi
les entreprises qui ont des coûts de transport élevés pour le produit final se rapprochent du marché (ex les biens périssables).
WEBER a aussi étendu son modèle au marché du travail. Il considère que les travailleurs sont concentrés en certains lieux.
Or, lorsque l’entreprise s’implante dans ces lieux, cela lui procure un « gain ». Elle doit alors comparer ce gain aux coûts de
transport des facteurs de production et du bien produit et l’arbitrage final dépendra de ces coûts respectifs.
Intérêt :
-
-
ce modèle s’inscrit dans la continuité du modèle de VT par la mise en avant des coûts de transport, mais le
complète en démultipliant des facteurs de production et leur localisation. Il abandonne le lien à la terre et au foncier,
seul facteur de production chez VT.
Dans sa version plus complexe où WEBER inclut le marché du travail, ce modèle permet d’expliquer la
délocalisation dans les PED de certaines entreprises ayant une forte demande en travail non qualifié et des coûts de
transport faible. Ex : textile.
Limite :
-
il ne prend pas en compte les éventuelles économies d’échelle et les externalités d’agglomération
il n’intègre pas non la concurrence que peuvent se faire les entreprises pour se partager un marché.
1.3. La concurrence spatiale et les aires de marché
 Un modèle simple : le modèle d’HOTELLING, « stability in competition » (1929)
Hypothèse : deux vendeurs dont la localisation et les aires de marché respectives sont déterminées ; les biens vendus sont de
qualité identique et ont le même prix ; les consommateurs supportent le coût de transport qui est proportionnel à la distance
parcourue pour acheter le bien.
Pour illustrer ce modèle, on prend souvent l’ex de deux marchands de glaces A et B. Supposons une première situation où A
est à l’extrémité d’une place et B à côté. Le producteur A a intérêt à se rapprocher de B afin d’avoir accès à un plus grand
marché. Mais B peut faire la même chose jusqu’à passer de l’autre côté A pour avoir accès à un plus grand marché et ainsi de
suite. Après plusieurs itérations, on arrive à une situation où les deux vendeurs sont localisés près du milieu, l’un desservant
le côté gauche, l’autre le côté droit. Il s’agit d’un équilibre stable : chaque marchand a une moitié de plage, et s'il se déplace
légèrement d'un côté ou de l'autre, il verra sa zone décroître au profit de son concurrent (ci-dessous, droite, le vendeur rouge
se déplace vers la gauche). C'est l'équilibre de Nash de ce jeu. Cet équilibre n’est pas Pareto-optimal pour les consommateurs
puisque les coûts de transport supportés par les ménages, la distance à parcourir n’est pas minimisée. Elle le serait si chaque
producteur était au milieu de son aire de marché.
L’intérêt de ce modèle est que la localisation induit une différence entre les biens. Pour un consommateur qui supporte des
coûts de transport ou de déplacement, deux biens sont homogènes sont en effet différents s’ils ne sont pas proposés au même
endroit. On parle de « différenciation avec adresse ».
 Ce modèle a été affiné par D’ASPREMONT, GABSZEWICZ, THISSE, dans « On Hotelling's Stability in
Competition » (1979) : si on introduit une concurrence par les prix, sauf s’ils s’entendent pour maintenir un niveau de prix
élevé, les deux vendeurs vont s’engager dans une guerre des prix. Les deux producteurs ont donc intérêt à s’éloigner l’un de
l’autre. L’existence de coûts de transport permet en effet d’atténuer la concurrence puisque chaque acheteur prend sa
décision en fonction du prix d’achat affiché par chaque marchand mais aussi du coût du déplacement. Cette différenciation
spatiale restaure une marge de manœuvre pour les marchands qui disposent d’une latitude dans la détermination des prix.
1.4. Les économies d’agglomération
 Dans un article de 1993 « On the Number of Location of Cities », KRUGMAN distingue deux explications aux disparités
spatiales de développement économique :
-
-
les causes de « première nature » : il s’agit de l’ensemble des différences de dotations en ressources naturelles ou
en facteurs de production ou en capacité d’échange (ville côtière…). Ces causes sont exogènes de concentration
économique sont exogènes.
Les causes de « seconde nature » : elles sont endogènes au développement économique car elles ont la particularité
d’être à la fois causes et conséquences de l’agglomération des activités économiques en raison du processus
cumulatif de développement qu’elles entrainent. On parle d’économies d’agglomération.
 MARSHALL dans Principles of economics (1890) décline trois types d’économie d’agglomération :
-
l’ampleur et la taille du marché du travail
la taille de la demande qui s’adresse aux entreprises qu’elle émane des consommateurs ou d’autres entreprises (en
amont ou aval du processus de production)
-
l’échange d’informations et de connaissances qui constituent une technologie de connaissances. Ces externalités de
connaissances se fondent sur deux mécanismes : les salariés des diverses entreprises communiquent entre eux ; la
mobilité entre entreprises de la partie de la main d’œuvre la plus performante constitue un transfert de
connaissances.
 Autre catégorisation des éco d’agglo :
-
-
les économies de localisation : elles sont liées à la proximité entre les entreprises du même secteur. Elles
proviennent de la présence d’une main d’œuvre, de savoirs-faire, d’innovations. MARSHALL parlait d’ « industry
in the air » (= atmosphère industrielle).
Les économies d’urbanisation : elles découlent de la présence d’une plus grande quantité et diversité de main
d’œuvre, de savoirs-faire, de biens intermédiaires et d’innovations. Ce sont les relations possibles entre différents
secteurs et la diversité tant des biens que des facteurs qui jouent : mise en commun de biens collectifs, liens entre
clients-fournisseurs,
 MYRDAL (Economic theory and underdeveloped regions, 1957) décrit le processus de développement localisé par une
relation de «causalité circulaire et cumulative». Le développement d’une région est enclenché par une condition
géographique ou historique particulière. On est ici proche du concept de cause de première nature de KRUGMAN (1993).
Les salaires réels et les rendements du capital sont plus élevés dans cette région qui va ainsi attirer de nouveaux facteurs de
production. La concentration de 1’activité économique dans une région va conduire à des rendements d’échelle croissants, en
raison de l’accumulation importante des connaissances et des savoir- faire issus de la forte concentration géographique. La
présence de ces rendements croissants va alimenter l’écart de productivité des facteurs. Un cercle “vertueux” de
développement est ainsi enclenché. Les différences initiales de technologie peuvent donc conduire à un développement
irrémédiablement inégal des régions.
 Pour HIRSHMAN (1958), ce sont les «effets d’entraînements amont et aval» qui conduisent à un développement inégal
des régions. Les liens, par le jeu des demandes, entre les différents secteurs, conduisent les entreprises à s’agglomérer afin de
minimiser les coûts de transport. Ici, c’est une réactualisation du modèle de Weber, avec une généralisation à plusieurs
entreprises et industries, que l’on observe. L’agglomération des activités alimente alors le processus auto-entretenu de
développement.
PERROUX (« Note sur la notion de pôle de croissance », in Economie Appliquée, 1955) insiste sur le rôle de 1’innovation
pour expliquer la formation de «pôles de croissance » dans l’espace et s’inscrit dans la tradition schumpeterienne de
l’analyse du développement. La nécessité d’une taille critique pour innover et le coût de diffusion relativement élevé des
technologies entraînent une agglomération des industries pouvant bénéficier de ces innovations. Les pôles connaissent alors
une croissance auto-entretenue par la dynamique technologique. Les innovations effectuées dans 1’agglomération se
diffusent ensuite, à des vitesses variables, vers les industries localisées dans les espaces sous 1’influence des pôles de
croissance. Mais ces espaces environnants sont dépendants des pôles, ils ne peuvent être à l’origine du développement
régional qui passe par une concentration d’activités suffisante pour impulser la croissance de la région tout entière
 AYDALOT, Dynamique spatiale et développement inégal (1976) s’est consacré, quant à lui, plus spécifiquement à
l’étude du marché du travail et a construit une théorie de la «division spatiale du travail». La formation et les savoir-faire de
la main-d’œuvre sont les piliers de cette théorie. La production de certains biens nécessite des savoir-faire spécifiques et/ou
une formation particulière. Ces inputs étant concentrés en ville, les entreprises appartenant aux secteurs pour lesquels ce type
de formation est déterminant vont s’y localiser. Il s’agit des secteurs les plus dynamiques et dont les entreprises sont prêtes à
rémunérer la main-d’œuvre en conséquence de sa formation. Les entreprises n’ayant pas à faire appel à ce type de maind’œuvre se localisent dans les régions périphériques. Les activités économiques sont donc distribuées dans l’espace en
fonction de leur niveau de technologie. Les industries de transformation sont localisées dans les espaces de faible densité, où
la main-d’œuvre est peu qualifiée mais bon marché. Les industries nécessitant une main-d’œuvre qualifiée, porteuse de
développement économique, sont localisées dans les agglomérations.
Chapitre 2 – les logiques de l’agglomération
1. Introduction
L’agglomération constitue un phénomène ancien et général : (i) La population des plus grandes villes croît régulièrement,
pour passer le seuil du million à la fin du premier millénaire (Bagdad) ; (ii) concentration des activités se fait au niveau
mondial : par exemple, en l’an 1000, l’Asie représente les deux tiers du PIB mondial.
Une urbanisation inédite : Au niveau mondial, le taux d’urbanisation a dépassé les 50 % depuis 2005. La moitié du PIB
mondial se concentre dans la Triade et sur seulement 1,5 % des terres émergées.
Centre d’agglomération peuvent varier : L’Asie représentait les deux tiers du PIB mondial en l’an 1000, l’Europe et ses
dépendances plus de 50% au début du XXe siècle.
Plusieurs questions se posent :
- Pourquoi les activités et les populations s’agglomèrent (les forces centripètes)
- Quels sont les gains individus et collectifs à l’agglomération ?
- Quelles en sont les limites ? (forces centrifuges)
2. Le rôle du hasard ?
 La loi de l’agglomération, la loi de Zipf (1935), ne s’explique que par une distribution aléatoire. Si l’on prend un système
urbain, la taille de la ville de rang N est 1/N de celle de la première ville. La loi de Zipf s’explique extrêmement bien la loi de
Gibrat (1931) : on considère un ensemble de villes, le taux de croissance de chaque ville suit la même loi de probabilité
quelle que soit sa taille et sa population. Il n’y a aucun facteur – autres que purement aléatoires – qui pourrait déterminer le
taux de croissance de chaque ville. En définitive, l’aléa ne dépend pas de la population de la ville.
Statistiquement, la répartition spatiale réelle des activités n’apparaît pas totalement aléatoire : DURANTON et OVERMAN
(« Testing for Localization Using Micro-Geographic Data », 2005) ont pris très au sérieux cette hypothèse et ont essayé de
l’appliquer au secteur industriel anglais en 1996. Pour chaque secteur industriel, ils regardent si la distribution est probable
ou pas.
Dans la moitié des secteurs industriels considérés, la distribution et la répartition réelle du secteur industriel réelle
ont moins de 5 % de chances d’être complétement aléatoires.
L’autre moitié des secteurs industriels a plus de 5 % de chances d’être distribuée de manière aléatoire. Autrement
dit, la distribution géographique réelle de ces secteurs a moins de 5 % de chances d’apparaître de manière aléatoire.
Ainsi, si le hasard a potentiellement un rôle important car la moitié des secteurs industriels pourrait s’expliquer par une
probabilité industrielle a plus de 5 %, il n’explique pas tout. On voit donc que les forces d’agglomération n’ont pas toutes le
même impact sur le secteur économique. Cette dimension de choix révèle que les individus et les activités préfèrent
s’agglomérer dans les endroits déjà agglomérés. Les agents économiques font des choix qui ne se font pas au hasard,
puisqu’ils se dirigent vers les lieux où l’agglomération est la plus élevée. Attention, la loi de Zipf (1935) peut être expliquée
par une distribution aléatoire mais cela ne signifie pas pour autant que c’est le hasard qui l’explique entièrement.
DAVIS et WEINSTEIN (Bones, bombs and break points : the geography of economic activity, 2002) ont mené une étude
sur les villes allemandes et japonaises (Hiroshima et Nagasaki) d’après-guerre. Si la loi de Zipf est vérifiée, les villes
japonaises doivent présenter des taux de croissance indépendants de leur taille et donc de leurs valeurs passées. En cas
d’hystérèse des chocs, occasionnant des changements de trajectoires et d’équilibre, les taux de croissance antérieurs et
postérieurs doivent être positivement corrélés. Jusqu’en 1945, les deux villes japonaises connaissent des dynamiques de
croissance relativement linéaires. En 1945, suite aux bombardements nucléaires, la population décroit fortement. Pourtant,
après la guerre, les villes reviennent sur leur taux de croissance de LT. L’urbanisation n’est donc pas un phénomène
aléatoire : il n’existe en effet aucune raison pour que ces deux villes retournent à leur tendance de croissance de LT. Les
avantages de première nature joueraient pour les deux auteurs un rôle décisif dans l’explication de ce phénomène de
rattrapage.
3 – Les forces de dispersion
Le théorème d’impossibilité spatiale, STARRETT (1978) : si on considère une économie avec un nombre fini de lieux et
d’agents, si l’espace est homogène (= the production set of a firm is the same in all locations and + con- sumers’ preferences
are the same at all locations), si les préférences ne sont pas localement à satiété et si on est dans un cadre de CPP, alors à ce
moment, à partir du moment où on introduit des coûts de transport, il n’existe aucun équilibre avec de l’échange. Autrement
dit, si on introduit l’espace dans un équilibre de marché compétitif (cadre de CPP), il n’y a pas d’échanges. On a intérêt à
produire nous-même ce dont on a besoin pour notre consommation. Ce faisant, nous n’avons pas à aller chercher ce bien
ailleurs, en payant par là-même des coûts de transport. On devrait donc se trouver dans un « capitalisme d’arrière-cour »
(backyard capitalism) où chacun produit dans son arrière-cour.
De nombreuses forces centrifuges (= forces de dispersion) :
1) Pression sur des ressources spatiales rares. La proximité avec les autres peut être coûteuse. Certaines ressources
spatiales sont rares et si l’on se retrouve tous au même endroit, cela crée une pression sur celles-ci. Ex : rente
foncière (cf modèle de VT) Dans cette optique, les agents préfèrent donc s’installer dans un endroit où il n’y a
personne.
2) Coûts de transport internes à l’agglomération. Quand l’agglomération grandit, cela est plus compliqué de se
déplacer à l’intérieur même de l’espace aggloméré. Le coût est ici créé par la surface des agglomérations, en termes
d’argent et de temps.
3) Externalités négatives et congestion. Les infrastructures d’une agglomération peuvent être congestionnées (métro
surbooké…).
4) Force potentiellement centrifuge de la concurrence en prix. D’ASPREMONT, GABSZEWICZ, THISSE, dans
« On Hotelling's Stability in Competition » (1979) ont montré, en réinterprétant le modèle de Hotteling, qu’en cas
de concurrence en prix, les entreprises ont plutôt tendance à s’éloigner.
 Il existe donc un ensemble de forces centrifuges à l’agglomération, qui poussent à la dispersion des individus et des
activités.
4 – Les forces d’agglomération
Nous sommes, pour saisir les forces d’agglomération, obligés sortir du cadre de CPP promu par Arrow et Debreu et dans
lequel s’inscrit le théorème d’impossibilité. On introduit l’hétérogénéité de l’espace, des externalités, les rendements
croissants et les comportements stratégiques.
A – Les causes de l’hétérogénéité de l’espace
-
-
Les causes de première nature (causes exogènes) : contexte naturel (caractéristiques physiques, géopolitiques,
climatiques…). Certains endroits sont plus propices que d’autres à la vie et aux activités humaines. On peut penser
à l’Antarctique et à l’Eurasie, vides d’hommes. Deuxièmement, certaines activités dépendent des caractéristiques
physiques, à l’image de l’agriculture et des activités du secteur primaire. Troisièmement, les individus peuvent
préférer les aménités, les caractéristiques de certains endroits. Par exemple, Sophia Antipolis a été installé près de
Nice. Enfin, le contexte géographique a des conséquences directes sur la mobilité et les coûts de transport.
Ex : MELLINGER, SACHS, GALLUP « Climate, costal proximity and development » (2003) : les zones
tempérées côtières représentent 8% de la surface terrestre, 23% regroupe 23% de la population mondiale et
correspondent à 53% du PIB mondial. La création de richesses est 18 fois plus importante dans ces zones que dans
les zones non-tempérées éloignées des côtes.
Néanmoins, l’influence des causes de première nature mérite d’être relativisé : ELLISON et GLAESER (« The
Geographic Concentration of Industry : Does Natural Advantage Explain Agglomeration ? » 1999) : Les «
avantages naturels » n’expliquent que 20% environ de la localisation de l’industrie américaine.
Les causes de seconde nature (causes endogènes) : ce sont des éléments du contexte d’un lieu qui sont déjà des
constructions humaines : institutions, infrastructures, agglomération. Ces éléments sont donc endogènes à
l’agglomération :

Le rôle des institutions : Selon NORTH (« Institutions », 1991), « les institutions sont des
contraintes créées par les hommes qui structurent les interactions politiques, économiques et
sociales ». Elles recouvrent des groupes humains, et donc, le plus souvent, des espaces, sur lesquels
elles ont deux conséquences essentielles : elles les différencient, elles les séparent (effet
d’hétérogénéité), du fait notamment des frontières (effet de distance).

L’effet des frontières : Les coûts de transport et de mobilité sont largement d’origine humaine.
Directement, du fait des frontières, indirectement, du fait des différences des « règles du jeu » entre
espaces. On observe une tendance à l’amenuisement des frontières mais cette tendance n’est pas
linéaire historiquement. De même, elle a relativement peu touché le travail.

Institutions et dynamisme d’un espace : Les institutions sont également responsables du
dynamisme comparé des différents espaces, et donc de l’agglomération qui va y prendre place. (i)
Les institutions peuvent être endogènes au développement : CACERES-DUTERTRE (« Un district
vigoureux dans une économie en détresse : Le miracle Gamarra » 2001) a montré l’importance de la
culture locale pour le succès d’un « district industriel » comme celui de Gamarra, au Pérou. La
culture locale crée ici des incitations, favorables ou non au développement local. Les habitants de
Gamarra ont l’impression de partager une culture collective. Le développement est ici
principalement endogène, car il est promu par les habitants de Gamarra : les outsiders ne sont pas les
bienvenus. (ii) les institutions peuvent être exogènes au développement : de SAXENIAN
(« Regional Advantage : Culture and Competition in Silicon Valley and Route 128 » 1996), qui
insiste sur le rôle des institutions dans le succès de la Silicon Valley par rapport à la Route 128. Les
règles institutionnelles qui prévalaient dans la Silicon Valley, du fait de la culture managériale,
étaient beaucoup plus favorables à l’agglomération. A l’inverse du cas de Gamarra, l’agglomération
est ici exogène, puisqu’elle est favorisée par l’arrivée de nouveaux acteurs.
Remarque : (i) les effets de cette hétérogénéité dépendent des coûts de transport. Si l’espace est ouvert, les personnes, les
firmes, les biens peuvent venir vers ces espaces. Le développement endogène (cas de Gamarra) peut être renforcé par un
développement exogène, si les personnes, biens et capitaux peuvent bouger (cas de la Silicon Valley).
B - Les logiques d’agglomération « pures »
 Nous devons ici sortir du cadre de CPP en prenant en compte les externalités, les rendements croissants et les
comportements stratégiques. Ces logiques d’agglomération pures créent un effet « boule de neige » de l’agglomération.
Comme l’agglomération s’explique par elle-même, la causalité se renforce : l’agglomération appelle l’agglomération, qui
appelle à son tour l’agglomération.
Pour comprendre ces logiques d’agglomération pure, il est difficile de sortir du cadre de CPP. Jusque dans les années 1990,
avec l’apparition des travaux de Krugman (1991, 1995) les économistes avaient du mal à représenter des modèles en rupture
avec le cadre concurrentiel. Les modélisations théoriques étaient donc délicates. Il en était de même pour les vérifications
empiriques.
Quelques éléments de typologie des économies d’agglomération
 L’agglomération peut porter sur les biens ou les individus.
 Elles peuvent être internes (un seul agent économique s’agglomère, à l’image de la firme) ou externes (un agent
économique s’agglomère avec d’autres agents économiques).
 Les économies d’agglomération peuvent être de localisation (il y a un gain à s’agglomérer près d’agents
économiques qui font la même chose) ou d’urbanisation (les agglomérations valent pour tous les agents).
 Les agglomérations peuvent être statiques ou dynamiques.
 Elles peuvent concerner les quantités ou la variété : quand on s’agglomère, est-ce la quantité qui crée cette
agglomération ou la variété ?
 Les agglomérations peuvent être technologiques (le fait d’être proche des autres à un impact sur la technologie.
On produit mieux) ou pécuniaires (effets positifs sur les coûts. On produit moins cher).
 Les économies d’agglomération peuvent être dues au partage, à l’appariement (s’il y a plus d’endroit et de
diversité, on a plus de chances de faire de bonnes rencontres) ou à l’apprentissage (l’économie d’agglomération
passe par la connaissance ou le niveau technologique).
Les économies d’échelle internes : Les économies d’échelle internes : les agents économiques ne sont pas des atomes, ils ont
intérêt à être des gros acteurs (donc à s’agglomérer), par exemple, des grandes firmes (rupture avec hypothèse d’atomicité).
Une firme a en effet intérêt à être constituée de plus d’un individu. Les économies d’échelle internes peuvent s’expliquer
par : l’existence de CF ; le pouvoir de marché en monopsone 1 (on peut par exemple avoir des réductions sur les CI) ;
Economies de « champs » (diversification de la production) ou de « gamme » : il s’agit de la diversification de la production ;
Economies organisationnelles : on peut organiser plus efficacement les ressources humaines s’il y a un grand nombre de
travailleurs ; spécialisation d’Adam Smith : elle correspond au fait de pouvoir diviser le travail à l’intérieur de la firme.
Les économies d’échelle externe : Les économies externes : elles trouvent leur origine à l’extérieur de l’entreprise. Elles
bénéficient de la même façon à toutes les entreprises du secteur et elles se manifestent avec l’augmentation de la production
de la branche. Les rendements sont constants au niveau de l’entreprise mais croissants au niveau de la branche. Pour que le
coût moyen baisse, il faut que la production de l’ensemble de la branche augmente.
Les économies d’échelle externe liées au partage
 Les économies externes peuvent reposer sur le partage : des entreprises peuvent avoir intérêt à se regrouper pour :

partage de biens et d’équipement coûteux. Pour certaines infrastructures (Eglise, murailles…), on peut avoir intérêt à se
regrouper ensemble : c’est le partage des biens collectifs.

Partage des gains de spécialisation à la Adam Smith : lorsque l’on se concentre, on peut se spécialiser.

Le partage des gains de la variété ( ??) : s’il y a une plus grande variété de biens (concurrence monopolistique), il y a un
plus grand nombre de consommateurs, ce qui permet aux entreprises de vendre davantage, d’augmenter le volume de
production et de réaliser des économies d’échelle. Il s’agit de l’un des principes fondateurs de la NEG.

Partage du risque, notamment sur le marché du travail. Lorsqu’une seule entreprise marche bien, elle a besoin d’une plus
grande MO. Or, la MO ne viendra pas s’installer car elle n’est pas sûre d’être embauchée et prend par là-même le risque

de ne pas trouver de travail. Si on prend maintenant le cas d’un grand nombre d’entreprises, la MO peut avoir intérêt à
s’installer car le risque de ne pas être embauché pour la MO est moindre (« Labor Market Pooling » de MARSHALL)
Partage des rentes. Cf. ADES, GLAESER (“Trade and Circuses : Explaining Urban Giants,1995) : ils constatent que
dans les pays où il existe un régime dictatorial, les capitales sont en moyenne plus grande de 50% que dans les pays
démocratiques. Ils expliquent cette situation par le fait les dirigeants politiques situés dans la capitale exploitent les
rentes de l’ensemble du pays mais les redistribuent à leurs proches qui se trouvent dans la capitale. Une migration vers
la capitale a alors lieu : des producteurs sont attirés par la demande créée par la concentration de la richesse dans la
capitale ; certains veulent prendre le pouvoir politique.
 Empiriquement, plusieurs travaux confirment l’idée que des entreprises ont intérêt à s’agglomérer pour partager plusieurs
éléments :
Partage des fournisseurs : HOLMES, « Localization of industry and vertical desintegration » (1999) : il s’intéresse
au secteur industriel américain et montre que plus la concentration d’usines dans une agglomération est élevée, plus
la désintégration verticale est poussée. Il mesure la concentration d’usines par le nombre de salariés qui travaillent
dans les différentes usines d’un même secteur industriel. Pour évaluer la désintégration verticale, il rapporte la
valeur marchande des intrants au chiffre d’affaires. Il constate que ce rapport est 3% plus élevé lorsque la
concentration est forte que lorsqu’elle est faible.
Le partage d’un marché du travail : OVERMAN et PUGA dans « labour pooling as a source of agglomeration : an
empirical investigation » (2009) : étudiant le Royaume-Uni, ils constatent que les firmes les plus soumises aux
risques idiosyncrasiques (chocs de demande, chocs d’offre) sont davantage à proximité d’un grand marché du
travail pour mieux amortir les chocs. Par exemple, en cas d’augmentation soudaine de la demande, une entreprise
préférera se trouver d’un bassin d’emploi car elle peut recruter de la main d’œuvre supplémentaire rapidement et à
un salaire moyen. Si ce n’est pas, elle aura plus de difficultés à trouver de nouvelles recrues car il n’y aura pas
nécessairement les personnes qualifiées qu’elles recherchent et elle risque d’avoir à payer un salaire plus élevé pour
attirer cette main d’œuvre.
Les économies d’échelle externes liées à l’appariement
 Les économies externes peuvent passer à travers l’appariement, ie la possibilité de rencontrer le bon partenaire. Dans un
article « Micro-foundations of urban agglomeration economies », DURANTON et PUGA (2004) montrent que les
entreprises ont plus de chances de trouver le bon partenaire sur le marché du travail liés si les activités sont agglomérées :
An increase in the number of agents trying to match improves the expected quality of each match
Another possible source of urban agglomeration economies based on a matching mechanism arises when an
increase in the number of agents trying to match improves the chances of matching
En outre cette agglomération réduit le risque de hold-up en économie : le problème de « hold-up »2 : « in an urban context, it
may be argued that cities, by hosting a large number of potential partners, can help mitigate hold-up problems. Stated
differently, asset specificity is likely to be less of an issue in an environment where the number of potential partners is
large. » Prenons l’exemple d’un employeur ayant besoin d’un travailleur ayant une qualification précise. Il finit par
convaincre le travailleur de faire une formation, qui correspond à ce dont il a besoin. Or, le travailleur sait que cette
formation ne sera utile que pour un unique employeur, ce qui donne à l’employeur un pouvoir immense. Sur le reste du
marché du travail, le travailleur n’a pas de valeur, l’employeur va donc en profiter pour le payer très peu cher. L’effet
d’agglomération est donc avantageux car le travailleur va trouver un intérêt à faire cette spécialisation s’il y a beaucoup
d’entreprises.
Empiriquement, GAN et LI « efficientcy thin and thick markets » (2004) : Ils montrent qu’un grand marché favorise les
possibilités d’appariement entre l’offre et la demande de travail. Ils comparent deux types de marché : un « petit » marché où
la demande de travail se compose de 5 candidats récemment diplômés d’un doctorat en économie et l’offre de travail de 5
entreprises proposant chacune un poste d’économiste ; un « grand » marché où il y a 50 demandeurs d’emploi et 50 offres
d’emploi. Ils constatent alors que la probabilité d’appariement (ie l’entreprise trouve un économiste qui correspond au profil ;
le demandeur une entreprise qui correspond à sa demande) est de 0,523 dans le grand marché et 0,361 dans le petit marché.
Les économies d’échelle externes liées aux externalités de connaissances
 L’agglomération peut aussi générer des externalités de connaissances : Dans un article « Micro-foundations of urban
agglomeration economies », DURANTON et PUGA (2004) distingue trois types d’exernalités :
La création de connaissances (« knowledge generation) : « key issue regarding the generation of knowledge in
cities is the role that diversified urban environments play in facilitating search and experimentation in innovation »
(cf. modèle DURANTON, PUGA, « nursery cities »)
2
When contracts are incomplete and subject to ex-post renegotiation, and one or both parties of a bilateral relationship need to make an exante relationship- specific investment, the investor may be held up at the renegotiation stage by the other party. Ex-ante, the prospect of
being held-up ex-post discourages socially profitable investments
-
-
Diffusion de compétences, d’idées et de connaissances (« knowledge diffusion »): « The basic idea is that
proximity to individuals with greater skills or knowledge facilitates the acquisition of skills and the exchange and
diffusion of knowledge.
L’accumulation de connaissances (« knowledge accumulation ») : les externalités de capital se cumulent (effet
statique) et se diffusent (effet dynamique).
 Empiriquement, JAFFE, Al « Geographic localization of knowledge spillovers as evidenced by patent citations » (1993) :
ils montrent que les entreprises les plus innovantes ont tendance à appuyer leurs recherches sur des brevets qui ont déposés
dans la même zone géographique et dans le même état fédéré. Ils identifient les externalités de connaissances grâce aux
citations de brevets, ie aux brevets auxquels il est fait référence dans les nouveaux brevets déposés. Les auteurs constatent en
outre un déclin de la localisation des brevets entre 1975 et 1980.
L’agglomération peut résulter de comportements stratégiques. 2 types de modèle expliquent cela :
- les modèles de concurrence spatiale. (cf. modèle de HOTELLING)
- les phénomènes de « big push » : cf. MURPH, SHLEIFER, VISHNY “Industrialization and the Big Push » (1989) : La
véritable source du développement économiqueréside dans la réalisation, et donc préalablement dans la coordination
d’investissements complémentaires. Les entreprises qui dans des secteurs industrialisés réalisent des profits grâce aux
rendements croissants permet aux entreprises qui se situent dans d’autres secteurs d’investir davantage. Dans le cadre ce
modèle, l’Etat peut jouer un rôle de coordination entre les différents investissements.
Quelques regroupements classiques :
 Le premier à avoir identifié des économies d’agglomération est MARSHALL (1890). Il identifie trois : le partage du
marché du travail ; le partage des intrants ; les retombées des connaissances (cf p 3)
 Une autre classification est proposée et testée empiriquement par GLAESER, Al dans « Growth in cities » (1992). Il
distingue trois types d’externalités de connaissances :
Mankiw-Arrow-Romer : (i) les externalités de connaissances qui ont lieu entre les entreprises d’un même secteur
industriel. On parle d’externalités de spécialisation : une concentration d’entreprises appartenant au même secteur
favorise la diffusion et l’imitation rapides des innovations, la croissance de l’industrie et la taille de la ville. Ex :
Silicon Valley. Ce type d’externalité renvoie aux clusters. (ii) D’autre part, d’après cette conception, la situation de
monopole est plus favorable à la croissance qu’une situation de concurrence entre les entreprises d’un même
secteur car le monopole permet d’internaliser les externalités positives.
PORTER, The competitive advantage of nations (1990) : (i) Idem (ii) la compétition est plus favorable à
l’innovation et à la croissance économique que la situation de monopole. Il donne l’exemple des entreprises de
céramique et bijouterie en Italie qui sont fortement incitées à innover si elles ne veulent pas risquer de couler.
JACOBS, The economics of cities (1969) : (i) contrairement à PORTER et à MAR, il pense que les externalités de
connaissances se font surtout entre les entreprises de différents secteurs d’activité. Les externalités d’urbanisation
sont donc plus propices à l’innovation et la croissance économique que les externalités de spécialisation. Il faut
donc privilégier la diversification des activités économiques dans une zone d’activité que la spécialisation. Il donne
l’exemple de l’industrie des brassiere qui est une innovation de l’industrie de la couture et qui ne provient pas de
l’industrie de la lingerie.
Ajouter limites de ces externalités d’urbanisation et de spécialisation dans le repères p 36..
 GLAESER, Al (1992) testent empiriquement ces trois types d’externalité de connaissances :
-
-
En mesurant la taille de l’industrie par le nb d’emplois, ils montrent que l’industrie grandit moins vite dans les
villes où elle est surreprésentée : Ex l’industrie sidérurgique grandit rapidement à Savannah (Géorgie) où elle
représente peu d’emplois alors qu’elle délcline à Fresno (californie) où elle est surreprésentée entre 1956 (la
période étudiée court de 1956 à 1987). Ce résultat contredit les thèses de PORTER et MAR
Ils trouvent aussi que l’industrie croît plus rapidement dans les villes où les entreprises ont une taille inférieure
(mesurée par le nombre de salariés) à la taille moyenne des entreprises du même secteur. Cela confirmerait les
thèses de PORTER et de JACOBS sur le fait que la concurrence est plus propice à la croissance économique que le
monopole local. On peut aussi interpréter ce résultat comme le fait que les plus petites entreprises croissent plus
rapidement que les grandes firmes ce qui contredit la thèse de MAR.
 On peut distinguer les externalités pécuniaires des externalités non pécuniaires d’après SCITOVSKY « two concepts of
external economies » (1954) :
les externalités non-pécuniaires correspondent aux échanges de savoir-faire entre agents, ainsi qu’aux bénéfices
engendrés par la socialisation. Ces externalités comprennent les transferts de connaissances issus des efforts de RD
-
et les échanges informels de compétences. Il y a aussi les informations que les entreprises peuvent tirer de
l’observation des décisions de leurs consoeurs.
Les externalités pécuniaires : elles recouvrent également les interactions entre individus mais ces dernières ne sont
pas totalement exclues de la sphère des marchés, contrairement aux précédentes. 3 familles : (i) celles liées à la
taille et aux autres caratéristiques du marché du travail : plus une région regroupe des firmes hétérogènes, plus la
demande de travail y est importante et diversifiée ce qui attire des travailleurs disposant de multiples compétences,
contribuant à favoriser un meilleur appariement entre offre et demande de travail. (ii) relation de sous-traitance :
lorsqu’au sein d’une localisation les activités sont diversifiées, plus de chance de trouver les intrants nécessaires à
sa production. (iii) taille du marché du bien final : c’est la contrepartie des deux précédentes : les entreprises qui ont
des rendements croissants ont intérêt à s’implanter dans les zones les plus denses qui leur offre plus de débouchés
et qui accueillent le plus grand nbre de producteurs.
C – Les études empiriques sur les économies de localisation et économies d’urbanisation
 Economie d’agglomération liée à la localisation / urbanisation :
-
-
les économies de localisation : elles sont liées à la proximité entre les entreprises du même secteur. Elles
proviennent de la présence d’une main d’œuvre, de savoirs-faire, d’innovations. MARSHALL parlait d’ « industry
in the air » (= atmosphère industrielle).
Les économies d’urbanisation : elles découlent de la présence d’une plus grande quantité et diversité de main
d’œuvre, de savoirs-faire, de biens intermédiaires et d’innovations. Ce sont les relations possibles entre différents
secteurs et la diversité tant des biens que des facteurs qui jouent : mise en commun de biens collectifs, liens entre
clients-fournisseurs.
JACOBS, The economics of cities (1969) : contrairement à PORTER et à MAR, il pense que les externalités de
connaissances se font surtout entre les entreprises de différents secteurs d’activité. Les externalités d’urbanisation
sont donc plus propices à l’innovation et la croissance économique que les externalités de spécialisation. Il faut
donc privilégier la diversification des activités économiques dans une zone d’activité que la spécialisation. Il donne
l’exemple de l’industrie des brassiere qui est une innovation de l’industrie de la couture et qui ne provient pas de
l’industrie de la lingerie.
 « Économies d’agglomération et productivité des entreprises : estimation sur données individuelles françaises » Yoann
BARBESOL et Anthony BRIANT (2008) : ils cherchent à distinguer empiriquement les externalités de localisation, des
externalités d’urbanisation :
-
-
Présence d’externalités d’urbanisation, que les auteurs mesurent à travers le nombre d’emplois dans une ville.
Plusieurs canaux par lesquels passent ces externalités :

La densité de l’emploi : Cette élasticité de 3 % signifie qu’un doublement de la densité en emploi (qui
correspond environ au déplacement d’un écart-type dans la distribution du logarithme de cette variable)
correspond à un accroissement de 3 % de la productivité des entreprises, à secteur donné.

le potentiel marchand (ou potentiel de marché), traditionnellement représenté comme la somme pondérée de la
densité en emploi des zones voisines, les poids étant les inverses des distances géographiques entre
barycentres des zones d’emploi : L’élasticité de la productivité au potentiel marchand est significativement
positive, comprise entre 3,5 et 4 %. Non seulement la densité du marché locale est- elle importante, mais une
bonne accessibilité au reste du marché national est également un déterminant majeur de la productivité des
entreprises

La diversité du tissu industriel local joue peu, et plutôt négativement, sur la productivité des entreprises : Elle
est significativement négative, mais avec une valeur faible des élasticités (de l’ordre de 1 %). Ceci suggère que
la diversité du tissu industriel local n’a que peu d’impact, et plutôt négatif contrairement aux théories
jacobiennes, sur la productivité des entreprises.
Les externalités de localisation, que les auteurs mesurent à travers la proportion des emplois locaux spécialisés dans
un secteur industriel :

Les entreprises sont, en moyenne, plus productives dans les zones où leur industrie est relativement plus
concentrée : Ainsi un doublement de la spécialisation locale, i.e. un doublement de l’emploi sectoriel local à
emploi total de la zone donné (22), induit un accroissement de 2 % en moyenne de la productivité des
entreprises du secteur considéré.

Si les clusters dotés d’une main-d’œuvre relativement plus qualifiée sont ceux où les entreprises sont les plus
productives, la causalité reste difficile à évaluer : Ainsi, il est difficile de mettre en évidence un effet cau- sal
d’une plus grande présence de travailleurs qualifiés dans un cluster sur la productivité de ce cluster au-delà de
l’effet de la densité.2

La concurrence n’a, en moyenne, pas d’effets sur la productivité des entreprises d’un cluster.
3 remarques intéressantes faites par les auteurs :
-
-
Tout d’abord, les externalités d’urbanisation et de localisation ne semblent concerner qu’un petit nombre
d’industries manufacturières et de service. Pour un nombre assez important d’entre elles, l’élasticité mesurée n’est
pas significative.
les effets d’urbanisation ne semblent pas avoir d’impact plus systématique sur les industries de services que les
industries manufacturières. Seule une industrie de service (Activités immobilières) enregistre une élasticité à la
densité significativement positive. Au contraire, les effets de localisation semblent être importants pour la moitié
des industries de service. Exemple : industrie de la fabrication des machines de bureau et de matériel informatique.
Cet exemple est intéressant car cette industrie nécessite à la fois un grand nombre de consommations intermédiaires
et un accès facile au consommateur (ce qui peut justifier sa localisation dans les zones les plus denses) ainsi qu’une
main-d’œuvre assez specialisée (ce qui peut justifier sa concentration spatiale au sein des zones les plus denses).
Pour ce secteur, externalités d’urbanisation et externalités de localisation jouent simultanément.
 HENDERSON (« Marshall’s Scale Economies »2003) : étudie l’impact des externalités d’agglomération sur la
productivité globale des facteurs des entreprises. Il estime, sur données américaines, des fonctions de production au niveau de
l’établissement en y introduisant des indicateurs d’agglomération (nombre de firmes du même secteur dans la ville, indice de
diversité sectorielle dans la ville, etc.). Il montre notamment qu’un accroissement de 10 % du nombre d’établissements du
même secteur dans la même ville accroît de 10 à 15 % la production d’un établissement préexistant dans ce secteur, à capital,
travail et consommations intermédiaires inchangés.
 HENDERSON (« Externalities and development » 1997) : Pour toutes les industries, les effets de la localisation et de
l’urbanisation sont importants. Pour les industries traditionnelles la plupart des effets se dissipent au bout de quatre ou cinq
ans, alors qu’ils peuvent persister plus longtemps pour les industries de haute technologie. Les plus gros effets sont
généralement issus des conditions des trois ou quatre années précédentes dans le conté et la zone métropolitaine. Données de
cinq industries manufacturières traditionnelles et trois nouvelles industries de haute technologie dans 224 zones
métropolitaines entre 1970 et 1987 (Henderson, 1997).
 NAKAMURA (« Agglomeration economies in urban manufacturing industries: a case of Japanese cities » (1985) :
-
les économies de localisation sont plus importantes pour les industries lourdes, les économies d’urbanisation étant
plus importantes pour les industries légères.
finding that a doubling of industry scale leads to a 4.5% increase in productivity, while a doubling of city
population leads to a 3.4% increase
 DURANTON, OVERMAN, « Testing for Localisation Using Micro-Geographic Data » (2002) : (i) only 51% of them
are localised at a 5% confidence level, (ii) localisation takes place mostly between 0 and 50 kilometres, (iii) the degree of
localisation is very skewed across industries, and (iv) industries that belong to the same industrial branch tend to have similar
localisation patterns.
D- Les études empiriques sur les économies d’agglomération
CICCONE « agglomeration-effects in Europe » (2002) : Ils étudient 628 Régions NUTS-3 de cinq pays européens (France
avec les départements, Allemagne, Espagne, Italie, GB - fin des années 1980).Variable dépendante : Productivité du travail
(secteur privé non-agricole). Variables indépendantes (Niveau d’éducation ; Effets fixes nationaux et régionaux (NUTS-1 et
2) ; Instrument pour la densité de l’emploi : Superficie des régions NUTS-3). Résultats pour l’élasticité de la productivité du
travail à la densité de l’emploi : Environ 5% sans instrument ; Environ 4,5% en instrumentant. Les résultats sont relativement
homogènes en Europe. Ils sont similaires aux résultats qu’avaient trouvés CICCONE et HALL en 1996 aux EU (5%).
Dans « estimating agglomeration economies with history, geology, and worker effects » (2008), COMBES, Al constatent que
la densité de l’emploi a tendance à faire croître le salaire et la PGF dans le cas de la France : « our preferred estimates for the
elasticity of wages to density is at 2% and around 3.5% for the density elasticity of TFP »
Dans « What causes industry agglomeration ? Evidence from coagglometation patterns » ELLISON, GLAESER, et KERR
(2010) constatent l’influence des trois mécanismes marshalliens sur l’agglomération des activités économiques ((1)
agglomeration saves transport costs by proximity to input suppliers or final consumers, (2) agglomeration allows for labor
market pooling, and (3) agglomeration facilitates intellectual spillovers.) à partir d’une étude des données sur l’industrie
américaine entre 1972 et 1997 : le premier effet est le plus fort, puis le second et enfin le 3 ème, mais les différences ne sont
pas très marquées
Il est très difficile de mesurer empiriquement les externalités d’agglomération :
Le problème du MAUP (Modifiable Area Unit Problem) (OPENSHAW, TAYLOR, « a million of so correlation
coefficients : three experiments of the MAUP » - 1979) : selon la manière dont on agrège l’information, le niveau
des économies d’agglomération ne sera pas le même. (i) Il y a déjà le rôle de la taille des unités spatiales : l’indice
de spécialisation d’Ellison et Glaeser varie fortement lorsqu’on change d’unité spatiale pour étudier l’industrie du
cuir et la chaussure en France entre 1976-1996. En 1996, l’indice est d’environ 0,04 pour les départements et 0,07
-
-
pour les régions (indicateur de spécialisation : une valeur positive signifie que les unités de production ont une
propension à la colocalisation supérieure à celle qui résulterait d’une implantation aléatoire ; elle signale la
présence d’économies d’agglomération liée à la recherche de proximité spatiale ou bien à la présence de dotations
factorielles. Une valeur négative suggère plutôt une tendance à la dispersion supérieure à celle qui résulterait d’un
processus aléatoire). Les externalités d’agglomération augmentent avec la taille de l’unité spatiale ce qui traduit le
fait les économies d’agglomération dépassent les frontières (ii) le choix de la frontière : les frontières peuvent créer
des ruptures parfois artificielles dans des phénomènes spatiaux dont la réalité est plus continue. Les districts
industriels peuvent par exemple se former de part et d’autre d’une frontière administrative et une mesure des
externalités d’agglomération effectuée pour chaque zone risque de sous-évaluer l’intensité réelle des spillovers
bénéficiant aux entreprises de la zone. (iii) le type d’agrégation peut aussi jouer (somme, moyenne…)
Le problème de la causalité inverse : CROZET et LAFOURCADE prennent l’exemple du lien entre richesse et
urbanisation : (i) on peut considérer cette relation dans un premier sens (urbanisation créé
sse): la proximité
spatiale engendrée par l’urbanisation est propice aux transferts des connaissances, à l’émergence et à la diffusion
des nouvelles technologies et à la mutualisation des compétences et des risques, autant d’éléments qui favorisent la
création de richesses et la hausse des niveaux de vie. (ii) Mais on peut aussi considérer cette relation dans l’autre
sens (richesse créé urbanisation) : si l’urbanisation engendre des externalités d’agglomération, qui se traduisent par
une hausse du niveau de vie, cette hausse contribue en retour à encourager l’urbanisation. Donc la question
devient : est-ce l’augmentation du niveau de vie ou les externalités d’agglomération qui encourage l’urbanisation ?
L’artefact : une troisième variable peut se cacher derrière la relation positive entre urbanisation et niveau de vie.
Par exemple, la qualité des institutions et le mode de gouvernance peut jouer un rôle central dans le développement
économique tout en influençant les niveaux d’urbanisation.
Chapitre 3 – La NEG
Introduction
1. Les éléments théoriques
A. L’effet taille de marché
 HELPMAN, KRUGMAN, Market structure and foreign trade (1985)
Hypothèses :
-
-
2 secteurs : (i) un secteur industriel qui fonctionne en concurrence imparfaite (Concurrence monopolistique :
chaque entreprise, en monopole sur une variété horizontalement différenciée d’un même bien) en utilisant les
facteurs capital et travail, produit des biens différenciés dans des conditions de rendements croissants ; (ii) le
secteur traditionnel produit un bien homogène, dans des conditions de rendements constants et de concurrence
parfaite, en utilisant le facteur travail seulement.
Mobilité des marchandises et du capital (le capital est attiré où la rentabilité est la plus importante)
les consommateurs/travailleurs restent immobiles
Le travail est homogène avec une fraction sup à 50% dans une région (donc petite/grande région) (différences de
structure de marchés exogènes).
De plus, la mobilité des produits est imparfaite, parce que leur expédition entraîne des coûts de transport.
 Question : où va se localiser la production, ie le capital ? L’enjeu est de déterminer la part du capital investi dans la grosse
région (ici A)
 Double arbitrage ou double tension entre les forces d’agglomération/dispersion :
-
-
L’existence de coûts de transfert et de rendements croissants oblige les entreprises du secteur industriel à faire un
arbitrage entre d’une part concentrer les activités pour réaliser des économies d’échelle au détriment d’une hausse
des coûts de transfert (force d’agglomération) et, d’autre part, produire à proximité des marchés pour réduire les
coûts de transfert mais au détriment d’une hausse des rendements croissants (force de dispersion)
Les entreprises sont tentées d’investir dans la région où la rentabilité est la plus forte (force d’agglo), ie là où il y a
la plus forte demande (effet taille de marché) ; mais au fur à mesure que le capital et donc les entreprises se
localisent dans la grande région la demande adressée à chaque entreprise diminue (force de dispersion)
Dans un premier temps, Le capital du secteur industriel se déplace de la petite région vers la grosse tant que les forces
d’agglomération sont supérieures aux forces de dispersion, c’est-à-dire tant que les profits sont supérieurs dans la grosse
région. Le plus grand nombre de consommateurs et la baisse des coûts de production (rendements croissants dans le secteur
industriel) permettent d’augmenter le niveau de profits.
Mais face à ces formes d’agglomération, des forces de dispersion jouent : l’augmentation du nb d’entreprises du secteur
industriel dans la grande région réduit les parts de marché de chaque entreprises. Les profits ont alors tendance à diminuer.
Résultat 1 : Le jeu de ces forces d’attraction et de répulsion s’équilibre quand la région disposant du pouvoir d’achat le plus
élevé accueille une part plus que proportionnelle d’entreprises, résultat qui a été dénommé « effet de taille de marché » : cela
signifie que la grande région attire une part du capital supérieur à la part de cette région dans la demande totale. Deux raisons
à cela :
- La raison en est que les entreprises installées dans la région la plus prospère sont confrontées à une demande élevée
ce qui leur permet de réduire plus fortement leurs coûts moyens de production et, par conséquent, d’augmenter leurs
profits. Autrement dit, le capital ne quitte pas les régions où il est abondant pour aller vers celles où il est rare.
- De surcroît, davantage d’entreprises choisissent de s’établir dans la région prospère lorsque les coûts de transport
diminuent. En effet, des coûts de transport moindres facilitent les exportations à destination du petit marché,
permettant ainsi aux entreprises installées dans le grand marché de mieux exploiter les économies d’échelle. En outre,
un transport moins onéreux réduit les avantages liés à l’isolement géographique du petit marché où la concurrence est
moins forte. Ces deux effets poussent ainsi à un accroissement de l’agglomération du secteur industriel. Au fur et à
mesure de la baisse des coûts de transport, la région la moins riche se désindustrialise au profit de l’autre.
Résultat 2 : L’effet taille de marché est d’autant plus fort que le marché est intégré, ie les coûts de transfert sont faibles, et les
asymétries fortes entre les deux régions. Ce deuxième résultat a plusieurs conséquences :
-
Ainsi une baisse des coûts de transport peut favoriser la relocalisation des activités dans la grande région
Une plus grande intégration économique renforce l’effet taille de marché : la grande région est encore plus
attractive car on peut plus facilement exporter vers la petite (force d’agglomération renforcée) ; la petite
région, importatrice nette de variétés différenciées, est encore plus exposée à la concurrence (force de dispersion
amoindrie).
 MIDELFART, OVERMAN (2002) « Delocation and European Integration: Is Structural Spending Justified? » :
« Despite interventions, our evidence suggests increased polarization at the regional level. Among the 30 Object- ive 1
regions, 20 have decreased their share in total EU value-added. This polariza- tion has occurred at the very time that EU
expenditures on regional intervention have increased dramatically. However, looking at the 10 better performing regions
is » : on peut se demander si les politiques de fonds structurels, en réduisant les coûts de transfert, favorise l’agglomération
des activités économiques ?
Dans La mondialisation et ses ennemis, Daniel COHEN parle du village des Zorès qui, à la suite de la construction d’une
route, s’est fortement paupérisé. On peut expliquer ce phénomène par l’éco géographique.
Résultat 3 : l’intégration économique permet d’augmenter le bien-être de tous car la baisse des coûts de transfert permet
d’avoir acc ès à plus de variétés à un plus bas prix. Mais cet accroissement de bien-être est surtout réservé aux habitants de
la grande région car ils disposent de plus de variétés localement.
2. Le modèle centre-périphérie : mobilité des personnes et agglomération des activités
 KRUGMAN, Geography and trade (1991)
Hypothèses :
-
-
Deux régions identiques (même dotations factorielle, mêmes techniques de production…) avec deux secteurs de
production : un traditionnel qui fonctionne avec des rendements constants (CPP) ; un secteur industriel avec
rendements croissants et concurrence monopolistique.
Les consommateurs ont une préférence pour la variété
Possibilité d’échanger les marchandises
Chaque région comme des biens industriels
Différences avec le modèle « effet de taille de marché » :
-
Les travailleurs sont mobiles
Pas de différence entre les deux régions au départ. Les différences de taille interviennent de manière endogène.
Il y a des travailleurs qualifiés dans le secteur industriel et des travailleurs non qualifiés dans le secteur traditionnel
 Question posée par le modèle : Où se localise l’industrie et donc les travailleurs qualifiés ?
 Quelles sont les forces d’agglomération ?
Les firmes vont dans la grande région où la demande est la plus forte. De ce fait, on constate une augmentation de
la demande de travail qualifié dans la grande région, ce qui fait augmenter les salaires nominaux et, comme il y a
une baisse des prix (il n’y a plus de coûts de transport pour les produits industriels qui sont produits dans la grande
région et non plus importés), les salaires réels augmentent.
Les salariés migrent vers la région où les salaires sont élevés
Les firmes sont encore plus attirées par la grosse région puisque la demande y a augmenté
mais aussi, une augmentation du salaire réel. Les travailleurs migrent vers la grande région et renforcent par làmême l’attractivité de la grande région, les entreprises étant de plus en plus nombreuses à s’y installer. Les
travailleurs attirent les entreprises mais les entreprises attirent aussi les travailleurs.
 Effet boule de neige : les travailleurs attirent les entreprises et vice versa – Phénomène de causalité cumulative avec
une région centre qui attire l’industrie et une région périphérique qui se trouvent reléguer à produire des biens agricoles.
 Quelles sont les forces de dispersion ?
Au fur et à mesure que le nombre d’entreprises quittent la périphérie pour s’installer dans le centre, il y a donc une
baisse des parts de marché.
L’augmentation de l’offre de travail dans la région centre peut faire baisser les salaires nominaux, donc force de
dispersion pour les salariés.
 La “boule de neige” risque alors de fondre sous l’effet de ces forces diverses, d’où la possibilité d’une dispersion spatiale
des entreprises et des travailleurs.
En cherchant à identifier les conditions dans lesquelles se produisent l’agglomération ou la dispersion des activités à travers
un équilibre stable, Krugman a démontré que le niveau des coûts de transport est le paramètre clé :
-
-
D’une part, des coûts de transport élevés dissuadent l’exportation des marchandises d’une région vers l’autre, ce
qui favorise la dispersion. Dans ce cas, l’économie présente une configuration régionale symétrique, dans laquelle
les entreprises se focalisent principalement sur les marchés locaux. Le nombre de travailleurs au sein de chaque
région étant le même, les disparités spatiales s’effacent puisque les prix et les salaires sont les mêmes dans les deux
régions (L’industrie est répartie à 50% dans une région et 50% dans l’autre)
D’autre part, si les coûts de transport sont suffisamment faibles, toutes les entreprises se regroupent dans ce qui
devient le centre de l’économie, seul le secteur traditionnel restant implanté dans l’autre région qui devient la
-
périphérie (Centre = 100% de l’industrie et périphérie = 0%). Dans ce cas, les entreprises peuvent tirer profit des
rendements croissants en vendant davantage dans la région qui bénéficie de l’effet d’expansion du marché
déclenché par la migration des travailleurs qualifiés (le départ d’un seul travailleur vers une région suffit à
déclencher un effet boule de neige : l’arrivée d’un nouveau travailleur incite les entreprises à se localiser dans cette
région où la demande pour les biens manufacturés est plus forte. L’augmentation de la demande de travail qualifié
fait augmenter les salaires, ce qui attire des travailleurs qualifiés, d’où une nouvelle hausse de la demande en biens
manufacturés jusqu’à ce que toutes les entreprises industrielles et la main d’euvre qualifié aient quitté la périphérie
pour rejoindre le centre) , sans pour autant subir une diminution importante des ventes aux travailleurs du secteur
traditionnel de l’autre région en raison des faibles coûts de transport
Pour des coûts de transport intermédiaires, les équilibres sont multiples. Il y a agglomération totale ou dispersion
des activités.
Quels sont les principaux enseignements du modèle centre-périphérie ?
Rôle contre-intuitif de la baisse des coûts de transport en présence de rendements croissants : cela tend à favoriser
l’agglomération des activités et non leur dispersion.
Le corollaire est le suivant : l’intégration économique peut conduire à accroître les inégalités territoriales.
Il y a indétermination de la géographie des activités, les équilibres sont multiples. Plusieurs équilibres stables sont
multiples pour un niveau de transport donné. Il faut souligner le rôle des « accidents de l’histoire » pour expliquer
la localisation des activités : crise de l’industrie lourde dans les années 1970 (catastrophique pour le Nord, la
Lorraine…), l’arrivée des migrants par l’Est aux EU, l’aéronautique à Toulouse… Mais il faut aussi souligner le
rôle des anticipations : si plusieurs agents croient au potentiel d’une région, la coordination des actions peut
conduire à un choc suffisant pour enclencher une dynamique positive d’agglomération (Silicon Valley).
La mobilité des personnes entraîne des effets d’agglomération bien plus forts que la mobilité du capital seule, car
cela conduit à déplacer la demande aussi. Il y a un processus d’agglomération catastrophique.
 Critique du modèle CP sur l’hypothèse de mobilité :

-
Différentiels de salaires et migration des travailleurs : (i) EICHENGREEN « Labour markets and european
monetary unification » (1993) : élasticité des migrations aux différentiels de salaire 25 fois plus élevée aux US
qu’au U ; (ii) MOUHOUD, OUDINET « migrations et marchés du travail dans l’espace européen (2006) :
migrations entre les pays européens sont surtout motivés par des raisons familiales et non pas les différentiels de
salaires ou les taux de chômage relatifs

Faible mobilité du travail en Europe : COMBES, LAFOURCADE, MAYER (« the trade creating effects of
business on social networks » 2005) : la part des actifs français travaillant dans leur département de naissances était
de 53% en 1993 et 70% si on exclut IDF.
La distribution spatiale des inégalités : les inégalités peuvent se réduire
Critique de l’hypothèse d’absence de biens intermédiaires
3. La courbe en cloche du développement spatial
 Modèle de KRUGMAN, VENABLES, « Globalization and the inequality of nations » (1995)
Hypothèses :
-
Deux régions avec une population fixe de travailleurs
Deux secteurs : un traditionnel avec des rendements constants avec du travail uniquement ; un secteur industriel
avec des rendements croissants et avec du travail et des biens intermédiaires.
Préférence pour la variété pour les producteurs
Goûts pour la diversité des consommateurs
Travailleurs parfaitement mobiles entre les secteurs mais pas entre les régions
Transports coûteux
Différence (+ critique) avec le modèle CP :
-
Les coûts de transport sont nécessairement élevés
Il n’y a plus de mobilité parfaite entre les travailleurs des deux régions (c’est une hypothèse très forte du modèle
CP)
Il y a des biens intermédiaires qui entrent dans la fonction de productions des produits industriels.
Question : où l’industrie se localise-t-elle ? Ie quelle part de la population travaille dans l’industrie dans chaque région ?
 Dans un premier temps, lorsque l’intégration régionale est à niveau intermédiaire, les forces d’agglomération l’emportent
sur les forces de dispersion. 2 forces d’agglomération jouent :
-
-

Côté entreprises : l’agglomération du secteur final au sein d’une région donnée se produit en raison de la
concentration du secteur intermédiaire dans la même région, et inversement :
 Les producteurs de biens industriels finis ont intérêt à se rapprocher des producteurs de biens
intermédiaires pour diminuer le coût des inputs (pas d’importation) et diversifier la gamme des inputs
auxquels ils ont accès (goût pour la diversité des producteurs de biens finis).
 Comme il y a plus d’entreprises du secteur final, les entreprises du secteur intermédiaire sont attirées
dans la région où domine l’industrie = effet boule de neige.
Niveau des salaires et demande : la demande de travail dans le secteur industriel augmente, ce qui augmente le
niveau des salaires (car l’offre de travail est peu élastique) et la demande finale. Les entreprises du secteur final
sont attirées par cette demande.
Centre = industrie ; périphérie = secteur traditionnel. On retrouve le résultat du modèle CP.
 Mais dans un second temps, 2 forces de dispersion ont un effet supérieur aux forces d’agglomération :





Perte de parts de marché: A mesure que le nombre d’entreprises (secteur final + secteur intermédiaire) augmente, la
concurrence se renforce et fait perdre des parts de marché aux entreprises.
Niveau des salaires trop élevé : la hausse des salaires stimule certes la demande, mais lorsque l’écart entre les
salaires du centre et ceux de la périphérie est trop élevés, des entreprises préfèrent se relocaliser vers la périphérie.
les entreprises préfèrent relocaliser leurs activités en périphérie. Elles le font d’autant plus facilement que les coûts
de transport sont faibles et qu’elles peuvent dès lors desservir le centre à un bas prix.
Les inégalités spatiales ont tendance à DEcroître : c’est la raison pour laquelle on parle d’une courbe en cloche du
développement spatial (ou inégalités spatiales)
Ce modèle contredit ainsi le modèle CP : il n’y a pas nécessairement un maintien des inégalités entre le centre et la
périphérie
 Intérêts du modèle :
-
-
L’impact des coûts de transport sur la concentration spatiale n’est pas linéaire : (i) la baisse des coûts de transport
améliore d’abord le bien –être des deux régions car baisse du prix final des biens importés sans influencer la
localisation des activités tant que les coûts de transport restent élevés ; (ii) la baisse des coûts de transport favorise
ensuite l’agglomération des activités industrielles et donc le développement d’inégalités régionales. Les forces
d’agglomération l’emportent sur les forces de dispersion car l’une d’entre elles les coûts de transport a baissé (iii)
La poursuite de la baisse des coûts de transport peut favoriser une redispersion des activités industrielles car les
forces de dispersion l’emporte sur les forces d’agglomération : la concurrence et les salaires élevés poussent les
activités à se relocaliser vers la périphérie d’où elles peuvent approvisionner le centre à bas coûts (coûts de
transport faible).
Contrairement au modèle CP, on voit que la baisse des coûts de transport peut s’accompagner d’une baisse des
inégalités régionales à condition que l’on se situe sur la partie décroissante de la courbe en cloche. Le modèle de la
courbe en cloche justifie par conséquent des politiques d’intégration régionale contrairement au modèle CP.
4 -Validation empirique des modèles
 Le modèle ETM : DAVIES et WEINSTEIN ont cherché à en mesurer la validité. Pour que le modèle soit valide, la
production nationale doit être plus que proportionnelle à la demande (Résultat 1 : Le jeu de ces forces d’attraction et de
répulsion s’équilibre quand la région disposant du pouvoir d’achat le plus élevé accueille une part plus que proportionnelle
d’entreprises, résultat qui a été dénommé « effet de taille de marché » : cela signifie que la grande région attire une part du
capital supérieur à la part de cette région dans la demande totale). Les deux auteurs ont étudié les pays de l’OCDE et les des
régions japonaises à travers plusieurs articles parus en 1996, 1999 et 2003. Dans l’équation qu’ils empruntent à KRUGMAN,
l’IDIODEM (un rapport entre la part de la production nationale d’un bien et la part demande nationale) doit être supérieur à 1.
Or, IDIODEM n’est pas toujours supérieur à 1.
 Le modèle CP : la validation empirique de ce modèle passe par la validation de l’ « équation de salaire » : idée que la
région la plus accessible (la « grande région ») tire partie de son potentiel marchand pour payer des salaires supérieurs à ceux
payés dans l’autre région. Dans un article de 2004 « economic geography and international inequality », REDDING et
VENABLES montre que l’accès aux grands marchés étrangers expliquerait à lui seul 35% de la variabilité spatiale des PIB
par tête. De la même manière, un accroissement de l’accès aux marchés de 10% augmente le revenu par tête de 4 à 5%. Il y a
donc un lien entre l’accessibilité des marchés et le niveau de richesses comme le prévoit le modèle CP. Si on se place à
l’échelle des micro-régions, HANSON (« market potential, increasing returns and geographic concentration » (2005)) montre,
à partir d’une étude 3075 comtés américains sur la période 1970-1990 qu’un accroissement de l’accès au marché de 10%
augmente les salaires de 2.6% sur la période 1970-1980 et de 3.7% pour la période 1980-1990. De plus, l’effet du potentiel
marchand est limité dans l’espace : au-delà de 1000 km, aucun effet.
Chapitre 4 – Commerce international et économie géographique
Deux sujets possibles : La géographie économique dépend-t-elle de l’espace ? ; Echanges et dynamiques de la répartition
spatiale des activités
1. Introduction
La répartition géographique des activités dépend de manière cruciale des relations entre les espaces, qui permettent plus ou
moins les échanges : des B&S ; de capitaux ; de travailleurs et d’individus ; d’idées.
Or, une évolution récente et essentielle des relations entre espaces est la mondialisation, c’est-à-dire l’augmentation des
échanges entre Etats. Quelles en sont les conséquences pour la répartition géographique des activités ? Entre Etats ? Au sein
des Etats ?
2. La deuxième mondialisation
 Croissance des échanges…
échanges commerciaux : après la 2GM s’amorce une croissance extrêmement forte des échanges commerciaux :
entre 1950 et 2004, le CI a crû de 5,9 % par an ; aux EU, le ratio commerce/PIB est passé de 6,5 % à 20 % entre
1960 et le début des années 2000.
Les mouvements de capitaux : la croissance est encore plus forte pour les mouvements de capitaux, surtout à partir
des années 1970-1980. Ratio du stock d’IDE sortants sur le PIB mondial est passé de 5,1% en 1982 à 24% en 2004.
Depuis peu, les investissements se sont intéressés au groupe BASIC (Brésil, Aise du Sud, Inde et Chine) plus la
Russie. A eux 5, ils reçoivent les 2/3 des investissements quoi vont vers les pays du Sud. La chine est le deuxième
pays en termes d’IDE entrants en 2012. La moitié des IDE vont vers les pays les plus riches de l’OCDE (d’abord
vers les Etats-Unis et l’Union Européenne). Les pays riches sont les premiers émetteurs des IDE et les premiers
receveurs.
Les échanges de technologie et d’idées : on note une diffusion potentiellement plus vaste des idées et des
innovations du fait des échanges de biens et de capitaux, des migrations d’individus, des technologies
d’information et de communication.
… Mais pas des migrations : les migrations internationales restent de faible ampleur (Banque mondiale, 2009, chapitre 5).
La croissance des flux était de 2 % dans les années 1970, de 4,3 % dans les années 1980 et de 1,3 % dans les années 1990.
Même au sein d’espaces très intégré comme l’UE, la mobilité reste faible (MOUHOUD et OUDINET, 2006)
 Les fondements de la deuxième mondialisation : deux ensembles essentiels de cause sont à relever pour la seconde
mondialisation :
Causes techniques : technologies de transport et de communication :

Progrès considérables, mais certaines informations peuvent difficilement se transmettre. Certaines interactions
nécessitent le face-à-face et ne se prêtent pas à la communication codifiée (connaissances tacites). Dans “The
increasing importance of geographical proximity in knowledge production : an analysis of US patern citations,
1975-1997 », SONN et STORPER étudient les citations de brevets et constatent que les inventeurs ont privilégié
de manière croissante entre 1975 et 1997 aux USA les brevets locaux, aux brevets non locaux, les brevets
régionaux aux brevets des autres états fédérés, et les brevets nationaux aux brevets étrangers. La proximité joue
donc un rôle central dans la production d’une économie de la connaissance. Les externalités de connaissances
nécessitent une proximité géographique entre les acteurs.

Développement des transports : avion, transport maritime (rôle des containers). Cependant, hors aérien, la baisse
des coûts de transport n’est pas extrêmement nette du fait de la croissance des coûts de production et d’opération
des transports (construction des navires, carburants, etc.).
-
Causes institutionnelles :

libéralisation des échanges. Une cause majeure de la baisse des coûts des échanges est la libéralisation du CI depuis
la fin de la 2G. En 1947, création du GATT (General Agreement on Tarrifs and Trade). C’est un lieu de
négociation multilatérale pour le développement des échanges, et qui réunit surtout les pays occidentaux. Dans les
années 1970 et 1980, les PED adoptent progressivement le L-E. 1er Janvier 1995 : création de l’OMC. Aujourd’hui,
l’OMC compte 157 pays membres (27 pays sont candidats), ce qui représentent plus de 80 % du CI.
La libéralisation financière : A partir des années 1970, suite à la fin du système de BW et sous l’impulsion des EU,
un note un mouvement de libéralisation financière (Samson, 2009) - Déréglementation : on régule de moins en
moins le secteur financier, que ce soit les marchés financiers ou les banques - Désintermédiation : on fait de plus en
plus appel au marché financier - Décloisonnement : il fallait désintégrer les différents marchés de capitaux de
manière internationale.

Cette politique est promue, notamment dans les PED par le « Consensus de Washington »3.
 Limites à la libéralisation des échanges :
Le cycle de Doha, engagé en 2001, suspendu en 2006, marque un arrêt dans la baisse des droits de douane.
Par ailleurs, la régionalisation semblerait moins internationale que régionale (Siroën, 2000) : Plus de 200 accords
préférentiels sont notifiés à l’OMC. Ces derniers permettent de rompre avec le principe de la clause de la nation la
plus favorisée. Or, ces derniers sont souvent régionaux : c’est le cas de l’ALENA.
La moitié du commerce mondial est intra-régional. Par exemple, plus de 2/3 du commerce des Etats européens est
intérieur à l’UE.
L’ouverture des Etats et leur intégration au CI restent très inégale (Word Bank, 2012) : Le rapport mondial entre
commerce et PIB a passé le cap des 50 % dans les années 2000. Il dépasse largement les 100 % dans des pays
comme la Belgique, le Vietnam ou la Slovaquie ; mais il n’atteint pas 25 % au Brésil, en République centrafricaine
et aux EU.
Suite à la crise actuelle : On note le maintien de l’ouverture des échanges. On observe toutefois une contraction très
forte du commerce mondial depuis 2010. Le taux de croissance des exportations mondiales de marchandises baisse
fortement depuis cette période. Très fortes variations avec des reflux (a crise financière mondiale de 2008-2009 se
traduit par un nouveau repli des flux mondiaux d’IDE, avec une chute de 32 % en 2009) dans les flux d’IDE depuis
les années 2000.
 Distance, PIB et frontières : Le modèle de gravité est une relation empirique reliant le volume de commerce entre deux
pays à la taille des deux pays et à la distance les séparant. Cette relation permet de prédire le volume de CI entre deux pays à
partir de variables très simples à obtenir : le PIB des deux partenaires et la distance (Xij = f(Yi, Yj, dij) ) (X = importations ;
Y = Prod ; d = distance). Ce modèle fait apparaître que
La distance compte : (i) cf. Commerce intrarégional ; (ii) la distance réduit aussi la circulation des idées (SONN,
STORPER, 2008) (iii) GROSSE et TREVINO (Foreign Direct Investment in the United States : An Analysis by
Country of Origin1996) sur les IDE à destination des EU : Ils notent un impact négatif de la distance
géographique ; Mais aussi un impact négatif de la distance culturelle, mesurée selon HOFSTEDE (1990). Il
3
Le consensus de Washington est un corpus de mesures standard appliquées aux économies en difficulté face à
leur dette (notamment en Amérique latine) par les institutions financières internationales siégeant à Washington
(Banque mondiale et Fonds monétaire international) et soutenues par le département du Trésor américain.
construit un indicateur de la distance culturelle à partir de 4 indicateurs : 1) distance de pouvoir ; 2)
l’individualisme ; 3) la masculinité ; 4) l’aversion au risque
-
L’effet frontière : McCALLUM, « National Borders Matter : Canada-U.S. Regional Trade Patterns » (1995) : La
Colombie Britannique commerce 10 fois plus avec l’Ontario qu’avec le Texas, qui se trouve à la même distance et
a un PIB 50% supérieur.
Bilan : Depuis la fin de la seconde guerre mondiale :, « deuxième mondialisation » : croissance extrêmement soutenue des
échanges internationaux, du fait des évolutions techniques et des évolutions institutionnelles.
Néanmoins continuent à jouer un grand rôle : la distance géographique ; les frontières, surtout nationales.
3 - Commerce international et géographie économique
A. Les théories traditionnelles du CI
 Le modèle de Ricardo
Hypothèses :
Deux pays produisent deux biens ;
Un seul facteur de production : le travail ;
Les productivités relatives des deux biens sont différentes.
Résultats : En cas d’ouverture à l’échange, sans mobilité des travailleurs :
Chaque pays tend à se spécialiser dans la production du bien où il est relativement plus productif ;
Le niveau de vie dans chacun des pays est fixé par le niveau de la productivité dans la production du bien où le
pays est spécialisé. Il n’y a pas de tendance à l’égalisation des niveaux de vie.
 On note donc une spécialisation et une différenciation des espaces (puisque les niveaux de vie ne sont pas égalités).
 Heckscher-Ohlin-Samuelson
Hypothèses :
Deux pays, deux biens et deux facteurs de production ;
L’intensité factorielle des deux secteurs est différente ;
Les pays ont des dotations relatives en facteurs de production différentes ;
Mais ils ont accès aux mêmes technologies.
Résultat : En cas d’ouverture à l’échange, sans mobilité des facteurs :
Chaque pays tend à se spécialisé dans la production du bien qui utilise relativement intensément le facteur dont il
relativement bien doté ;
Les prix des facteurs de production et, in fine, des biens convergent entre les deux pays
Conséquences :
Spécialisation des espaces ;
Mais convergence des niveaux de vie entre nations.
Dans chaque pays, le facteur présent en abondance profite de l’ouverture au CI et le facteur peu présent y perd en
termes de revenus
 Le modèle de Ricardo-Viner
Hypothèses :
Deux pays, deux biens et trois facteurs de production ;
La production de chaque bien nécessite un facteur spécifique et un facteur mobile (souvent le travail) ;
Les pays ont des dotations relatives en facteurs de production différentes.
Résultat : En cas d’ouverture à l’échange, sans mobilité des facteurs :
Chaque pays tend à se spécialiser dans la production du bien qui utilise relativement intensément le facteur
spécifique dont le pays est relativement bien doté.
Le revenu de ce facteur spécifique augmente.
Double conséquence :
Spécialisation des espaces ;
Divergence des revenus des facteurs à l’intérieur de chacun des pays (le facteur spécifique présent en abondance
alors que celui qui est faiblement présent voit son revenu chuter).
 Les fondements reposent sur les différences entre espaces. Les résultats principaux, en situation d’échange sont :
Renforcement de ces différences, du fait de la spécialisation des partenaires selon leurs AC ;
Convergence possible des niveaux de vie entre pays (HOS) ;
L’ouverture au CI a des effets distributifs importants au sein des pays, notamment sur les revenus relatifs des
facteurs de production (hausse des inégalités dans le pays dans le modèle Ricardo-Viner ou le modèle HOS).
Au niveau empirique, ces modèles peuvent expliquer l’augmentation des inégalités face au chômage entre les plus qualifiés
et les moins qualifiés ainsi que les différences salariales dans les pays industrialisés car ceux-ci se spécialisent dans des
productions à haute valeur ajoutée. Au niveau empirique, les théories traditionnelles ne permettent pas d’expliquer le
commerce croisé entre pays similaires : le commerce intérieur de l’UE en 2002 est seulement pour 35 % inter-branche ; Mais
cette proportion atteint 70 % du commerce extérieur.
B. Les nouvelles théories du CI
 Fondements : Les nouvelles théories du CI sont fondées sur l’idée de concurrence monopolistique :
Les firmes produisent des biens différenciés ;
Avec des rendements d’échelle croissants ;
Il existe un goût des consommateurs pour la variété.
 Il y a un pouvoir de marché pour chaque firme, qui dépend de la taille du marché.
Résultats : Le commerce intègre les marchés nationaux, c’est-à-dire étend le marché sur lequel les firmes agissent.
Effet pro-compétitif : réduction du pouvoir de marché des entreprises. Une firme va avoir plus de concurrents
autour d’elle ce qui conduit à une réduction du pouvoir de marché ;
Effet d’échelle : chaque firme peut production pour un plus grand marché, et donc, voit ses coûts de production
réduits :
Effet de rationalisation : les firmes les moins productives disparaissent ;
Effet de variété : les consommateurs ont accès à plus de variétés.

Le résultat principal est l’homogénéisation des espaces.
 Eléments empiriques : les nouvelles théories du CI permettent de comprendre pourquoi le commerce entre deux Etats
dépend de leur taille. La prédiction centrale est la suivante : l’intégration de différents espaces économiques tend à faire
converger les prix : si on est dans deux marchés séparés, il n’y a aucune raison pour que les prix soient les mêmes. Dans un
marché intégré, les firmes sont en concurrence et cela contribue à faire converger les prix. On peut prendre l’exemple du
marché automobile européen : plus l’UE a été intégrée, moins les écarts de prix entre automobiles au niveau européens ont
été grands (Goldberg et Verboven, 2005).
Les nouvelles théories de commerce international ne prennent pas en compte les coûts de transport, ce que les modèles de la
NEG permettent de faire. Les modèles de la NEG reprennent en fait les hypothèses des nouvelles théories du commerce
international (concurrence monopolistique, rendements croissants, goûts pour la variété), en y ajoutant les coûts de transport.
Les modèles de la NEG peuvent naturellement s’appliquer au CI, à l’exception de ceux impliquant une mobilité du travail
entre nations.
C. NEG et commerce international
 Le résultat essentiel de la NEG est celui des forces endogènes d’agglomération :
Polarisation et hiérarchisation des espaces ;
Homogénéisation des revenus néanmoins en cas de mobilité des facteurs.
Mais il existe des limites à ces dynamiques d’agglomération : très faible mobilité des travailleurs ; un niveau élevé des coûts
de transport a un impact décisif sur le niveau des agglomérations (la courbe en cloche en Krugman et Venables -1995) ; une
multiplicité des secteurs à économie d’échelle qui peuvent s’agglomérer à différents endroits. Chaque secteur a tendance à
s’agglomérer avec lui-même et pas forcément avec les autres. Chacun des secteurs peut s’agglomérer dans une région
différente (Fujita, Krugman et Venables, 2001).
Remarque : La mobilité des travailleurs permet l’homogénéisation des revenus du travail, même si elle conduit à la
différenciation des espaces. Ainsi, la mobilité des travailleurs :
Renforce les dynamiques d’agglomération ;
Mais permet l’homogénéisation des revenus du travail.
La NEG peut être utilisée pour décrire l’évolution de la répartition mondiale des activités économiques depuis les débuts de
la RI (Krugman et Venables, 1995) :
Durant la « première mondialisation », on note une industrialisation de la GB et la baisse des coûts de transport. Il y
a agglomération radicale des activités en GB.
-
Durant la « deuxième mondialisation », on note une baisse des coûts de transport ainsi que des phénomènes de
désagglomération et de diffusion des activités économiques
D – Le rôle des FMN
 L’importance des FMN
La libéralisation financière et la croissance économique consécutive des IDE a permis l’émergence des FMN :
Firmes qui possèdent au moins un site de production à l’étranger ;
Environ 30 000 FMN aujourd’hui ;
Les 500 premières effectuent environ 90 % des IDE et plus de 50 % du commerce mondial.
On peut noter le rôle potentiellement important des FMN pour la géographie économique mondiale, notamment du fait
d’effets d’entraînement potentiels :
Sur les économies locales ;
Sur les autres FMN.
Les effets sur les échanges sont ambigus :
Dans le cas des FMN horizontales, les IDE sont plutôt des substituts au commerce. Exemple : si une entreprise
souhaite pénétrer le marché chinois, l’entreprise peut soit exporter, soit s’installer dans le pays.
Dans le cas des FMN verticales, il y a séparation entre différentes régions du processus de production. Par exemple,
la Chine construit un seul des nombreux composants de l’IPAD. Ainsi, les IDE sont complémentaires au commerce
car il faut faire commercer les différentes usines pour relier les différentes étapes de la production. Cela a pour
conséquence une spécialisation et une hétérogénéité des espaces.
 Le choix de localisation des multinationales
Deux types généraux de facteurs sont susceptibles de rentrer en compte dans le choix de localisation des IDE d’une FMN :

Le choix de localisation dépend des caractéristiques du lieu de destination :
Coûts des facteurs de production ;
Taille du marché accessible (market access)
Institutions (dont fiscalité) ;
Coûts de transport.

La localisation dépend aussi du comportement et de la présence des autres firmes :
Externalités locales ;
Concurrence et comportements stratégiques ;
Mimétisme : la Chine s’ouvre au commerce au début des années 1980. Or, une firme ne va s’installer en Chine
qu’une fois que d’autres l’ont fait.
Il existe de très nombreuses études empiriques, qui mettent en évidence le rôle des facteurs suivants (Muchielli et Puech,
2004 ; Shatz et Venables, 2003) :
Coûts des facteurs (surtout du travail) (-) ;
Demande (+) ;
Concentration géographique (+) ;
Niveau d’imposition (-) ;
Ouverture au commerce (+).
Cela valide, dans une large mesure, les principaux résultats des théories du CI et d’économie géographique :
Rôle des différences entre espaces (surtout coût du travail) : les différences géographiques rentrent en jeu dans les
décisions des FMN ;
Recherche d’accès au marché ;
Importance des forces d’agglomération : les FMN créent des dynamiques d’agglomération.
Les échanges internationaux n’affectent pas seulement la répartition des activités économiques entre les pays, mais aussi au
sein des pays.
Les théories traditionnelles du CI montrent qu’il y a spécialisation des pays. On note un changement de la
géographie intérieure si les facteurs de production et les secteurs spécialisés sont localisés dans une région
spécifique du pays.
-
-
Les nouvelles théories du CI montrent qu’il y a homogénéisation des marchés, mais il existe une réallocation
possible des activités du fait de l’effet rationalisation (à savoir, la disparition des entreprises les moins productives).
En France, selon les variations géographiques, les firmes sont plus ou moins productives. Au moment de
l’ouverture au commerce, on va alors observer un effet de rationalisation : les firmes les moins productives vont
disparaître et certaines régions vont perdre relativement plus de firmes. L’effet rationalisation peut donc avoir un
impact sur la géographie puisque certaines firmes peuvent disparaître.
La NEG : on note des dynamiques
E – Economie et géographie du pays
 Porter et et l’importance des « clusters »
PORTER (The competitive advantage of nations (1990), On competition (1998)) : l’intégration des marchés internationaux a
un très fort effet de rationalisation. Le CI renforce la concurrence et la pression entre les entreprises. Toutefois, pour Porter,
la productivité d’une firme ne dépend pas seulement de ses caractéristiques propres mais aussi, des caractéristiques locales.
C’est résumé par ce qu’il appelle le « diamant de l’avantage national ». Les quatre facteurs sont les suivants :
Facteurs de production ;
Demande : plus la demande locale autour de la firme est importante, plus la productivité de la firme est importante.
Cela se rapproche des modèles de la NEG ;
Structure de marché : elle a l’importance sur la productivité économique de la firme. Cela correspond au degré de
concurrence. Les firmes sont d’autant plus productives que le degré de concurrence est très élevé, les firmes
survivant étant les plus productives ;
Industries liées : une firme est d’autant plus productivité qu’elle se trouve entourée d’entreprises lui fournissant des
biens intermédiaires et qu’elle-même peut fournir des biens intermédiaires. Cela se rapproche des modèles de la
NEG et de la croissance endogène.
 Ces caractéristiques sont avant tout nationales.
Ces caractéristiques peuvent aussi varier à l’intérieur du pays et être très localisées. Dans ce cas, naissent des « clusters » : il
s’agit de la concentration géographique d’entreprises interdépendantes, fournisseuses de B&S dans les branches industrielles
proches. Les firmes livrant le produit final coopèrent avec les universités, et leurs concurrentes.
Cet exemple est développé par Porter lui-même (1998). En 1987, l’industrie de carreaux en céramique est localisée à
Sassuolo (Italie) et représentait 30 % de la production et 60 % des exportations mondiales. Comment expliquer le succès
international ?
Importante demande locale et nationale ;
Contraintes sur les coûts de production, notamment sur l’évolution des salaires ;
Concurrence et coopération intenses entre firmes locales ;
Collaboration avec des institutions de recherche, et notamment l’Université de Bologne.
 Ouverture au commerce et géographie économique nationale
L’intégration internationale peut également modifier les centres de gravité économique nationaux, du fait de l’accès aux
marchés étrangers. Le premier type de conséquences est l’émergence de nouveaux centres d’agglomération : En chine (GE,
« Regional Inequality, Industry Agglomeration and Foreign Trade : The Case of China (2006)) »: en 1978, c’est un pays
autarcique. L’ouverture est géographiquement progressive et concerne avant tout les provinces côtières du Sud-est. Les
conséquences sont les suivantes : (1) en Chine, les IDE sont très localisés. (2) Cela a généré des migrations de très grande
ampleur vers ces régions. (3) Enfin, on a observé des divergences de PIB/tête régionaux.
L’intégration internationale peut aussi renforcer les forces d’agglomération dans les régions déjà centrales et les centres déjà
agglomérées. On peut prendre pour exemple les conséquences de l’accession des pays d’Europe centrale et orientale (PECO)
à l’UE (ASCANI, Al. « New Economic Geography and Economic Integration : A Review » 2012) :
Il y a une dynamique de convergence avec les Etats déjà membres de l’UE ;
Mais divergence au sein des pays en faveur des régions frontalières et des centres économiques préexistants.
 L’adhésion à l’UE a renforcé les forces d’agglomération dans les centres d’agglomération tout en causant une plus
grande divergence à l’intérieur de ces pays.
Conclusion : Le CI, surtout dans le contexte de la « deuxième mondialisation », a des conséquences très importantes sur la
répartition des activités économiques, à la fois entre les pays et au sein des pays. Les effets sont divers et parfois
contradictoires :
Spécialisation ;
Homogénéisation ;
Agglomération.
 Il n’y a pas de résultat général : observe-t-on une convergence ou une divergence des espaces ?
Ces effets dépendant de l’intensité des échanges et de la mobilité : des biens ; des capitaux ; du travail ; des idées.
Chapitre 5 – Economie géographique et croissance
1. Introduction
 Il existe de nombreux liens entre la répartition géographique des activités économiques, leurs types et leurs dynamismes.
Les relations entre géographie et croissance économique sont d’une importance politique cruciale.
Du point de vue de l’efficacité. Certaines répartitions spatiales sont-elles plus favorables que d’autres à la
croissance ?
Du point de vue de l’équité. Tous les territoires peuvent-ils connaître une même croissance et/ou un même niveau
de vie ?
Croissance économique et agglomération
 La croissance économique apparaît en particulier liée au phénomène spatial de l’agglomération.
Perroux (1995) : « La croissance n’apparaît pas partout à la fois, elle se manifeste en des points ou des pôles de
croissance, avec des intensités variables, elle se répand par divers canaux et avec des effets terminaux variables
pour l’ensemble de l’économie » ;
Hirschman (1958) : « We may take it for granted that economic progress does not appear everywhere at the same
time and that once it has appeared powerful forces make for a spatial concentration of economic growth around the
initial starting points »
 Idée qu’il existe des pôles de croissance (même si l’expression n’est pas utilisée ici). Toutefois, la croissance ne se
diffuse pas.
 Fujita et Thisse (2002) : « Agglomeration can be considered the territorial counterpart of economic growth ».
La croissance économique correspond à l’accroissement de l’ensemble des B&S disponibles dans une économie. Trois
distinctions importantes :
Mesure. Croissance de la richesse totale (PIB) / Croissance de la richesse per capita (PIB/habitant) ;
Causes. Croissance extensive / Croissance intensive
Durabilité. Croissance transitionnelle (qui correspond à la croissance temporelle) / Croissance à l’état stationnaire
(croissance de LT).
L’enjeu est de définir les conditions d’une croissance, à l’état stationnaire, de la richesse per capita, qui ne peut être
qu’intensive.
2. La croissance économique
A. La croissance économique, un phénomène récent et localisé
MADISSON (L’Economie mondiale : Une perspective millénaire, 2001)
Croissance par périodes
Entre l’an 0 et l’an 1000, la croissance mondiale est nulle. Sur la première moitié du 2 ème millénaire, il y a une
légère accélération. Jusqu’en 1500, il n’y a quasiment pas de croissance économique mondiale.
A partir de la Renaissance, vers 1500 jusqu’à la RI, la croissance est multipliée par 2.
A partir de la RI, la croissance devient exponentielle.
Croissance par régions
Au premier millénaire, il n’y a pas de différence significative entre les différentes régions du monde. Le Japon a à
cette époque la meilleure performance.
A partir de l’an 1000, l’Europe Occidentale, Orientale et les dépendances occidentales commencent à décoller.
Histoire de la croissance mondiale par habitant
Jusqu’en 1820, la légère accélération de la croissance qui prend place est absorbée par la croissance de la
population. Les êtres humains sont alors au revenu de subsistance.
Ensuite, la croissance économique s’accélère.
Au milieu du XIXème siècle, la croissance dépasse les 1 %.
En Europe, la croissance de la richesse/tête est très légère. Elle s’accélère un peu à partir de l’an 1000. A partir de
1820, l’Europe rentre dans la RI. On atteint alors près de 1 % de croissance/an.
Côté localisé de la croissance et divergence entre les grandes régions du monde.
-

Au niveau national : la France : En moyenne, la croissance annuelle du PIB en volume par habitant entre 1996 et 2006 a été
d’un peu plus de 1,7 %. On note toutefois une variabilité (1,8 à 2,2% en Bretagne contre 0,8 à 0,9% pour l’Alsace), qui reste
toutefois restreinte. La croissance se situe entre 0,8 % et 2,2 %.
 Même à l’échelle nationale, on note une certaine variabilité de la richesse/tête.
La croissance aujourd’hui : de fortes divergences : Par exemple, sur la période 1960-1980, le taux de croissance par habitant
est de 1,4 % en Inde contre 7 % en Corée du Sud. Par conséquent, un Indien voit ses petits-enfants 2 fois plus riches que lui.
Pour un Coréen, ses petits-enfants sont 32 fois plus riches. Les taux de croissance, surtout pour les PED sont très variables et
peu stables. Par exemple, la croissance annuelle du PIB de l’Angola passe de 4,8 % dans les années 1960 à -9,2 % dans les
années 1970 ;
 L’objectif est toutefois une croissance soutenue et stable.
B - Les facteurs de la croissance
 Les limites de la croissance extensive : La croissance extensive est une croissance par accumulation des facteurs de
production. La croissance est essentiellement déterminée par les facteurs de production, à savoir, le travail, les ressources et
le capital. La croissance extensive ne permet pas une croissance durable de LT. :
-Concernant le travail, il existe un double problème. Il ne permet pas la croissance de la richesse par tête. On fait
juste dupliquer l’économie en rajoutant de nouveaux individus. De plus, dans le travail, il n’y a pas de rendements
croissants. Si l’on ne fait qu’accumuler qu’un seul facteur de production, les rendements seront décroissants.
Concernant les ressources, on note un double problème. Elles sont naturelles limitées et sont, du fait de ces limites
naturelles, soumises aux rendements décroissants, comme l’a montré Ricardo (1817).
Concernant le capital, il est renouvelable et accumulable. De plus, il permet d’augmenter la productivité du travail
et donc, la richesse par habitant. Toutefois, comme tout facteur de production, dans le cas d’une fonction de
production néoclassique, il connaît des rendements décroissants. C’est le résultat essentiel montré par Solow (1956).
Marx met en évidence la double nature du capital.
 La croissance intensive est une croissance fondée sur une meilleure utilisation des ressources économiques disponibles.
On essaie de produire mieux, avec plus de ressources. Elle a deux sources :
Par gains d’efficience dans l’allocation des ressources. Toutefois, ces gains sont limités par l’allocation optimale
(Smith, 1776). La croissance n’est donc que transitoire.
Du fait du PT. Le PT permet de trouver de nouvelles méthodes d’usage qui permettent d’utiliser toutes les
ressources. Le PT apparaît in fine comme la seule manière d’établir une croissance durable à LT. Rappelons que ce
PT est indiqué empiriquement par le résidu de Solow. Quand on estime la croissance économique d’un pays, ce
dernier croît à une certaine vitesse. On regarde la part de la croissance expliquée par les facteurs de productivité. Le
reste est expliqué par le résidu de Solow, dont le PT fait partie : dans leur fameuse étude de la croissance française
(abrégé de la croissance française – 1973), MALINVAUD, CARRE, DUBOIS estime que le résidu est de 2,5%
soit la moitié des 5% de croissance annuelle moyenne.
C - Croissance exogène et endogène
 Un des modèles fondateurs de croissance exogène est celui de SOLOW (« A Contribution to the Theory of Economic
Growth »,1956) : Fonction de production néoclassique : rendements d’échelle constants, rendements factoriels décroissants ;
Taux d’épargne exogène ; PT exogène.
Résultat : Sans PT, l’économie s’oriente vers un état stationnaire. La croissance extensive ne vaut que de manière
transitionnelle, du fait des rendements décroissants.
 Les modèles de croissance endogène - Résultat essentiel : Le moteur durable de la croissance est le PT, seule source de
rendements croissants. A la différence de SOLOW, le PT est endogène, ie son rythme dépend du comportement des agents
éco (il n’est pas tombé du ciel). Cela donne lieu à des modèles de croissance endogène, dans lesquels le PT est à expliquer.
Cf p 182-184 100 fiches micro et macro.
A l’état stationnaire, pour que la croissance de la richesse par habitant soit continue, il faut une source de rendements
croissants. On peut la trouver :
Dans les externalités et plus particulièrement, dans le PT :
Dans l’innovation.
 Le moteur de la croissance à l’état stationnaire est donc la connaissance. Les externalités positives de connaissance ont
de grandes chances d’être localisées.
3 – Croissance et répartition spatiale des activités
A. Les conséquences de la croissance
Croissance et répartition spatiale des activités :
 La relation entre croissance et répartition spatiale des activités est à double sens :
o Des croissances localement différenciées affectent naturellement la répartition géographique des
activités. A partir de l’an 1000, la croissance s’accélère en Europe, qui a toutefois un impact sur la
répartition géographique des activités ;
o A l’inverse, la répartition des activités, et notamment l’agglomération, peut également affecter les
dynamiques de croissance.
Croissance et géographie économique :
Les différences de dynamiques de croissances entre espaces affectent naturellement la répartition géographique des activités
selon le type, la densité et le niveau.
B. Les causes localisées de la croissance
 Les caractéristiques locales peuvent être plus ou moins favorables à la croissance :
Pour des raisons naturelles ou contextuelles : Michael STORPER développe la notion de « contexte » pour
essayer de comprendre la spécificité du développement économique d’une zone d’activité : « Its structural
component is defined by the division of labor and the networks in which the actor finds herself, which has a
decisive influence on the informational environment for the individual, hence her “input” structure of cues and
reference points. In turn, the individual actor engages in her search behavior (prospecting) and goal formation
(emulation/aspirations), leading to choice/evaluation behaviors (strongly influenced by rules of thumb and framing
that unfold in both network and geographical environments). » Ce contexte permet d’analyser les contraintes, les
incitations, les avantages auxquels font face les des acteurs économiques lorsqu’ils développent une activité
économique. Ce « contexte » peut être étudié à différentes échelles : au sein de l’unité d’un acteur économique, les
relations entre les unités économiques au sein de l’entreprises, les relations vers l’extérieur de la firme. En
appliquant ce concept aux constructeurs automobiles, on peut mieux comprendre pourquoi les allemands, les
japonais et les américains ont des différences significatives d’un point de vue organisationnel et de l’organisation
géographique de leurs activités Ainsi la notion de contexte aide à mieux comprendre la répartition spatiale des
activités économique – « Regional Context and Global Trade » 2009) ;
De manière transitionnelle ou durable.
Exemple :
La transition très rapide du Japon est due aux caractéristiques du Japon : taux d’épargne élevé donc une
accumulation rapide du capital, l’ouverture au CI et échanges internationaux. La croissance est ici intensive et
transitoire.
Débats sur l’émergence et la croissance durable des pays occidentaux. Sont-elles dues à un contexte (institutionnel,
culturel…) favorable à l’innovation ? (Landes, 1969). La croissance est ici intensive et durable.
C - Croissance et agglomération
 L’agglomération est favorable à la croissance : à l’état stationnaire, la croissance économique n’est possible que s’il existe
des rendements non-décroissants qui sont eux-mêmes le moteur de l’agglomération. L’agglomération est aussi liée à des
rendements croissants locaux, qui peuvent être des externalités de connaissances généralement supposés liés à la
connaissance (capital humain, innovation).
Questions
Enjeu positif. A quelles conditions peut-il exister un phénomène de causalité circulaire auto-entretenu entre
croissance et agglomération ?
Enjeu normatif. Cette dynamique se déroule-t-elle nécessairement au détriment des régions non agglomérées ?
Problèmes. Grande complexité de modélisation théorique.
Nouvelle économie géographique…
Rappel : « Footloose capital model » (Martin et Rogers, 1995)
Hypothèses principales : Deux régions ; Concurrence monopolistique dans le secteur moderne, qui nécessite du capital ; Le
stock de capital est donné. Il est mobile, mais pas ses propriétaires.
Deux forces à l’œuvre : Accès au marché (Home Market Effect) qui est force d’agglomération ; concurrence qui une force
de dispersion.
Résultats :
La grande région attire une proportion disproportionnée du capital ;
Et cela d’autant plus que les coûts de transport sont faibles4.
 On cherche à savoir où se localise le secteur moderne.
Retombées locales des connaissances
Retombées globales des connaissances (= S’il y a des retombées
(Nord = grande région ; Sud = petite région) le coût
globales, que l’on soit dans la région Sud ou Nord, lorsque l’on veut
de production pour trouver une nouvelle idée dépend
créer une idée, ce qui compte, c’est le stock global de connaissances
plus des connaissances présente dans la région où
dans le monde entier. Il est dans ce cas aussi facile de générer de
elles sont produites. Si les stocks de connaissances
l’innovation dans le Sud que dans le Nord. Il y a le même coût de
sont différents, alors les coûts de génération du capital
production des innovations)
seront plus bas. Le coût de production d’innovations
est moins élevé dans la région où il y a le plus de
connaissances.
4
Pourquoi quand les coûts de transport sont plus faibles, cela favorise l’agglomération en termes de coûts d’opportunité ? En s’installant dans
la grande région, le coût d’opportunité est que comme c’est couteux d’exporter dans la petite région, on se situe plus loin de la demande dans
la petite région. Ce coût d’opportunité croit ou décroit quand les coûts de transport baissent ? Le coût d’opportunité baisse car on se sent
moins loin de la grande région. Quel est le gain d’opportunité de s’installer dans la petite région ? C’est la faible concurrence. Ce gain
d’opportunité croît ou décroît quand les coûts de transport baissent ? Il baisse parce que si les coûts de transport baissent, on est de plus en
plus exposé à la concurrence de la grande région. Le gain relatif à être dans la petite région diminue donc.
Mobilité du capital (= que
En cas d’asymétrie entre les régions, on a intérêt à
Pas de pôle de croissance. Il n’y a aucune incitation à s’agglomérer
l’on soit dans le Sud ou
innover dans la grande région. Tout le secteur
car les conditions de production et d’utilité du capital sont identiques
dans le Nord, on peut
innovant se localise dans la plus grande région car il
dans les deux régions.
investir
capital
est relativement moins coûteux d’innover dans la
Agglomération catastrophique d’autant plus probable que les coûts de
n’importe où. Les gains
grande région. Cela génère un flux continu de
transport sont faibles
potentiels
à
une
création de capital, qui peut aller s’investir aussi bien
nouvelle
idée
son
créer
les
dans le Nord que dans le Sud. Comment savoir s’il va
mêmes partout. Il y a les
s’investir dans le Nord ou dans le Sud ? On revient
mêmes incitations à créer
alors au cadre du Footloose capital Model, où une
des innovations. Où que le
proportion disproportionnée de capital s’investit dans
capital soit généré, c’est
la plus grande région.
aussi simple de l’investir
On voit bien une structure en termes de pôle de
dans le Nord que dans le
croissance émerger. Mais la mobilité du capital fait
Sud : il y a disjonction entre
qu’une partie de la croissance ira dans la petite
le secteur de production et
région, même si elle est moins imptte que dans la
le secteur d’innovation.
grande
sont
Immobilité du capital (=
La plus grosse région a un coût d’innovation
Il y a un pôle de croissance. On assiste à une
Quand
plus faible et une demande plus importante.
agglomération catastrophique. Certes les conditions de
La petite région n’est bénéficiaire d’aucun
production sont identiques (retombées globales) et ne
point de vue : elle n’a pas de retombées de
poussent
connaissances et en plus, toutes les innovations
l’immobilité du capital fait que le capital généré dans une
plus de capital, alors sa
qui ont lieu dans le Nord sont investies dans le
région ne peut-être utilisé que dans cette région. Donc si une
demande est plus grande. Si
Nord ? On voit donc apparaître un pôle de
région a plus de capital initialement, l’écart s’accroît entre
on investit dans le Nord, le
croissance, contre un siphon de croissance
les deux régions : en effet, dans la région où le stock de
profit sera plus grand que
(« growth sink »). Toute l’agglomération se
capital est plus élevé, l’incitation à créer du capital est plus
dans le Sud. Les incitations
concentre dans une région. Dans ce cas, la
forte, ce qui fait que la demande est plus importante et
seule manière dont le Sud (petite région) puisse
l’incitation s’installer à proximité de cette demande plus
gagner dans cette situation c’est qu’il y ait des
forte.
secteur innovant est plus
échanges entre les deux régions : comme le
Cela ne signifie toutefois pas qu’il n’y a pas d’agglomération
dynamique dans le Nord.
Nord produit de beaucoup de produits, le Sud
le Sud. Comme il y a des retombées globales, plus il y a
Cela crée plus de demande
peut en bénéficier en achetant des produits au
d’incitations dans le Nord, plus il y a des retombées dans le
et donc, plus d’incitations à
Nord.
Sud. Par contre, la croissance dans le Nord augmente de
on
génère
une
nouvelle idée, elle ne peut
être utilisée que dans la
région où l’on est. Si la
région Nord a initialement
à investir dans le Nord sont
plus importantes que celles
à investir dans le Sud. Le
générer
du
capital.
à
une
agglomération
catastrophique.
Mais
La
façon exponentielle. S’il a agglomération catastrophique, ce
causalité circulaire fait que
n’est pas parce que le Sud n’a pas de croissance. C’est parce
comme l’on génère plus de
capital,
cela
crée
plus
que les différentiels de croissance entre le Nord et le Sud
d’incitation à créer plus
sont énormes.
d’idée. Dans le Nord et
Agglomération catastrophique d’autant plus probable que les
dans le Sud, on a les mêmes
coûts de transport sont faibles
coûts de production mais la
différence vient du profit.)
Les conclusions qui suivent sont tirées du modèle de BALDWIN, MARTIN « agglomeration and regional
growth » (2004)
 On voit donc que le niveau de retombées des connaissances peut jouer le rôle de force d’agglomération et donc de
croissance lorsqu’elles sont locales. Mais même si les retombées sont globales et s’il y a une faible mobilité du
capital, alors l’agglomération peut être catastrophique.
Ces modèles sont très complexes à comparer théoriquement.


Dans le cas la première mondialisation (2ème moitié du XIXème siècle), dans lequel de ces cadres pourrait-on se
trouver ? Le 4ème. Les retombées sont locales et le capital est relativement immobile. On a donc un modèle pôle de
croissance versus siphon de croissance.
Dans le cas de la deuxième mondialisation, le capital est plus mobile et les retombées sont plus globales. Cela
donne une situation où il y aurait agglomération et le Sud peut toutefois s’en sortir.
4 – Convergence et divergence
Repères dernier chapitre.
Chapitre 6 – Economie géographique urbaine
1 – Introduction
 Rôle fondamental des villes dans la répartition spatiale des activités : Agglomération, Spécialisation, Hiérarchisation.
Notamment du fait de : Leur contraste avec les régions rurales ; Leur organisation en système urbain ; Leur structure spatiale
interne.
⇒ Questions principales : Pourquoi existent-ils des villes ? Comment s’organise l’espace urbain ?
Définition de la ville : Il n’existe pas de définition standard des villes, mais les critères principaux sont en général :
- d’ordre démographique : Population et densité. Exemple : en France, L’INSEE définit comme « unité urbaine » « une
commune ou un ensemble de communes présentant une zone de bâti continu (pas de coupure de plus de 200 mètres
entre deux constructions) qui compte au moins 2 000 habitants. »
- Économiques : Diversité des activités
- Politiques et sociales : Statut.
Exemple : Ex. : En Inde, une aire urbaine est défnie comme (recensement de 2011) : Tout endroit statutaire avec une
municipalité, une corporation, etc. Tout endroit vérifiant les trois conditions suivantes : Population supérieure à 5000
habitants ; Au moins 75% de la population2masculine active hors agriculture ; Densité supérieure à 400 h./km
2 – Les raisons d’être des villes
 Les villes existent essentiellement parce qu’il existe des gains à l’agglomération : (OECD, 2006, Executive Summary)
Économies d’agglomération ; Spécialisation et diversité ; Innovation ; Externalités de capital humain ; Capital physique et
infrastructures. Mais des phénomènes de congestion et d’externalités négatives limitent la taille des villes
BAIROCH (De Jéricho à Mexico : Villes et économie dans l’histoire. 1985) distingue trois types de villes :
- Les villes traditionnelles : Liées au partage d’infrastructures (remparts, églises, etc.) ; Lieux de commerce et
d’innovation ; Limitées par l’étendue du surplus agricole disponible ; Externalité négative essentielle : surmortalité
(jusqu’en 1900).
- Les villes modernes : Apparaissent avec la Révolution Industrielle Importance accrue des centres urbains pour
l’innovation, le marché du travail et le commerce.
- Les villes du Tiers-Monde : « Hyperinflation » urbaine, parfois héritée de la colonisation ; Rôle potentiellement
néfaste pour l’économie.
Les ville - notamment les plus grandes d’entre elles - ont une importance cruciale sur la répartition géographique des activités,
surtout au niveau national. Exs. (OECD, 2006) : Budapest : 20% de la population, 34,5% du PIB de Hongrie. Région de
Séoul : 45% de la population, 50% du PIB de Corée du Sud.
Une ville est susceptible, si son existence est fondée sur des économies d’agglomération ou des externalités positives, d’être :
- Plus productive et riche que le reste de l’économie ; Un « pôle de croissance ».
- Mais à l’inverse, l’agglomération urbaine peut être inefficace et la ville « parasitaire » (Bairoch, 1985)
- Existence et taille d’une ville sont donc déterminées par un équilibre entre gains et coûts de l’agglomération. Or,
comme la taille est limitée, il existe plusieurs villes et un système de villes (de tailles différentes, spécialisées) qui
échangent entre elles. Exemple de système de ville : BLACK et HENDERSON (« Urban Evolution in the USA »
2003) ont mené une étude du système urbain américain : 317 aires métropolitaines en 1992. Seules les très grandes
villes ne sont pas spécialisées : ce sont celles qui vivent sur les externalités d’urbanisation. Les externalités
d’urbanisation permettent des gains considérables. Les autres villes sont très largement hiérarchisées. Dans une ville
de 2d rang, 15 ou 30 % des actifs travaille dans le même secteur. 65 % de l’emploi est non échangeable (coiffeur,
boucher…). Les villes spécialisées dans une même activité sont de taille comparable. A l’échelle nationale, 6 % des
travailleurs sont dans le secteur informatique. Dans la ville de San José, 22 % des travailleurs sont dans le secteur
informatique.
La taille de la ville de rang n en termes de population et 1/n de la ville la plus importante. Cette règle ne s’applique qu’au sein
d’un espace économique intégré. Cette règle n’est valide que pour les villes importantes, au-delà d’un certain seuil. Comment
expliquer cette loi ? On sait qu’elle est respectée si la croissance des villes suit une loi de Gibrat. Au Maroc, Aux USA, cette
loi statistique est très bien vérifiée : le log de la population est une fonction parfaitement linéaire du log du rang de la ville.
Cette ville révèle une régularité des systèmes urbains. On cherche à montrer qu’il y a une règle de la hiérarchisation des
systèmes urbains.
Le système urbain peut être très déséquilibré :
- qui connaissent souvent des urbanisations très rapides : Le taux d’urbanisation de Corée du Sud a doublé (de 40 à
80%) en 20 ans (1970-1990)
- en faveur d’une grande ville : Séoul avec 45% de la population, 50% du PIB de Corée du Sud.
3 – La structure urbaine
A – Les villes sont-elles monocentriques ?
 S’inspirant du modèle de VT, William ALONSO (Location and land use, 1964) explique la structure urbaine américaine
avec les riches en périphérie et les pauvres en centre-ville (In 2000, 19.9 percent of the population in the central cities of
MSAs lived in poverty, compared with just 7.5 percent of the population in suburbs) dans le cadre du modèle de la ville
monocentrique : ré-interprétation du modèle thunien dans laquelle la ville est remplacée par le centre-ville – ce que les
Américains appellent le Central Business District – et les activités agricoles par la consommation résidentielle ; l'espace reste
indifférencié, de sorte que les ménages n'ont pas a priori de préférence pour certains sites.
On suppose maintenant que les travailleurs-consommateurs doivent se rendre au centre-ville pour y travailler et,
éventuellement, y faire leurs achats. Tous ont donc intérêt à habiter à proximité du centre ; la rareté du sol les en empêche et
les force à s'implanter de plus en plus loin au fur et à mesure que leur nombre augmente. La quantité de biens de
consommation disponible ainsi que la quantité de sol utilisée affectent positivement le bien-être des consommateurs. Si ceuxci ont des préférences et des revenus identiques, il y a arbitrage entre ces deux formes de consommations. Alors que le niveau
de satisfaction est le même pour tous, la structure de consommation change avec la distance. Cette substitution est le reflet de
la variation de revenu après déduction des frais de transport : les travailleurs situés à proximité du centre-ville disposent d'un
revenu net des frais de transport plus élevé que ceux qui sont implantés près de la frontière urbaine, mais, comme
précédemment, la rente foncière diminue au fur et à mesure que l'on s'éloigne vers la périphérie. Bien que les revenus nets
varient avec la distance, le marché « compense » les travailleurs les plus éloignés en leur permettant d'acquérir de plus
grandes surfaces à un prix unitaire inférieur à celui du centre-ville. L'effet de substitution jouant toujours en faveur d'une plus
grande consommation d'espace, la densité de population décroît en raison inverse de la distance.
Un accroissement de revenu et/ou une baisse des coûts de déplacement intra-urbains provoque une demande plus élevée de
sol en chaque localisation. Toutefois, ces mêmes évolutions conduisent également à rendre les localisations périphériques
plus attrayantes, puisque davantage d'espace y est disponible, ce qui provoque le départ de certains ménages vers la
périphérie. À population constante, on assiste par conséquent à un desserrement de la population, et dès lors à une baisse de
la rente foncière, dans le voisinage du centre-ville, mais aussi à une augmentation des densités et de la rente dans les
faubourgs, phénomène qui, à son tour, favorise l'étalement de la zone résidentielle. On peut donc en conclure que le
développement des nouveaux modes de transport urbains (vélos, tramways, voitures) concourt, en même temps que la hausse
des revenus observée depuis la révolution industrielle, à une tendance à l'aplatissement des densités de population et à une
extension de la consommation totale des sols. Le phénomène dit de « suburbanisation » est donc la traduction spatiale des
besoins des ménages en termes de plus grandes surfaces résidentielles, à mesure de leur enrichissement progressif.
Ce modèle repose sur une égalité de revenus. Or, les revenus varient. Si on inclut ces différences de revenus, comme chez
von Thünen, c'est le rapport entre coût de transport et consommation du sol qui va déterminer le groupe occupant une zone
particulière de l'espace urbain. La consommation d'espace augmentant avec le revenu, ce rapport diminue au fur et à mesure
que l'on passe d'une catégorie socio-économique donnée à une catégorie plus riche. En conséquence, ce sont les
consommateurs les plus pauvres qui s'installent près du centre-ville, tandis que les consommateurs les plus riches résident en
périphérie.
 Dans leur article. « Why do the poor live in cities? The role of public transportation » (2008), GLAESER,
RAPPAPORT, KAHN soulignent deux limites à ce modèle :
L’hypothèse que les riches recherchent un plus grand espace que les pauvres et que par conséquent les plus pauvres
se trouvent dans les centre-villes ne vaut que l’élasticité-revenu de la demande de terre est supérieure à l’élasticitérevenu des coûts de transport. Or, les auteurs trouvent une élasticité-revenu de la demande de terre très inférieure à 1 :
pour les personnes célibataires en maison individuel, e = 0,1.
De nombreux auteurs ont souligné que les villes n’étaient pas monocentrique : en 2001 ? 76% des emplois en
métropole se trouvaient à plus 3 miles du central business district.
C’est la raison pour laquelle les trois auteurs privilégient une autre piste : celle du coût des transport : « Our best estimates
are that transport modes are two to three times more important than the income elasticity of demand for land in explaining the
central location of the poor. Indeed, including transport modes into the model makes it clear that with multiple transport
modes, we should always expect the poor to centralize, at least at U.S. levels of income inequality. »
Ils ajoutent une troisième limite à ce modèle : dans le cadre de Paris, les pauvres sont en périphérie et les riches en centreville. Cette situation proviendrait des aménités que proposent le centre-ville parisien. Il y a donc d’autres déterminants de la
localisation des personnes à prendre en compte (culturel…)
Enfin, on peut ajouter (mais les auteurs ne le soulignent pas) qu’un modèle de ville polycentrique se développe en raison des
coûts urbains très élevés dans les régions centrale : Celle-ci se manifeste aux États-Unis par l'apparition d'une
décentralisation croissante des emplois ; ce phénomène est également observé en Europe, bien qu'il y soit moins marqué. Il se
caractérise par l'émergence de centres secondaires au sein de la ville qui devient alors polycentrique, ou par la création de
villes satellites (edge-cities) localisées à la périphérie des grandes métropoles. Par contre, les pôles secondaires doivent
disposer d’un très bon accès au centre-ville pour se développer car ce dernier continue à offrir des services spécialisés aux
entreprises, exigeant en retour de faibles coûts de communication. L’importance du quartier central d’affaires n’est pas
annulée par l’existence des pôles secondaires. SCHWARTZ « Subservient Suburbia » (1993) le confirme lorsqu’il fait
observer que les centres-villes assurent la prestation de la moitié environ des services aux entreprises consommés par des
sociétés installées dans les banlieues aux États-Unis. Dans les cas de New York, Los Angeles, Chicago et San Francisco,
cette part atteint même 65 pour cent.
B – De la formation des centre-urbains
 Villes et interactions sociales
Dans tous les cas de figure, il semble que le besoin d'interaction sociale constitue une des raisons d'être de ces centres.
Martin BECKMANN (« Spatial Equilibrium in the dispersed city » 1976) a étudié la formation d'un centre-ville dans un
contexte où le bien-être des individus dépend de deux variables : la quantité de sol achetée sur le marché foncier et la
distance moyenne aux autres membres de la collectivité, prise comme indicateur des interactions sociales. La première
variable incite à l'étalement de la population, la seconde pousse vers un resserrement de celle-ci ; il y a donc tension entre ces
deux forces. À l'équilibre résidentiel, les individus se répartissent selon une densité en forme de cloche, soutenue par une
courbe de rente foncière dont la forme est similaire. La ville joue ici le rôle d'un aimant social, agglomérant les individus
autour d'un centre où la densité de population est la plus élevée. Le sommet de la cloche est d'autant plus haut que la taille de
la population est grande ; en revanche, il s'abaisse quand le coût de transport entre les individus diminue, confirmant ainsi
une des conclusions du modèle de la ville monocentrique.
 Ville et marché du travail
Le modèle proposé par Hideaki OGAWA et Masahisha FUJITA ( « equilibrium land use patterns in a non-monocentric
city »1980) permet d'illustrer de façon plus concrète le mécanisme d'agglomération impliquant à la fois des producteurs et
des travailleurs. La force d'agglomération réside dans l'existence d'externalités de communications entre entreprises,
autorisant l'échange d'informations. Si l'on suppose que les entreprises disposent d'informations différentes, le bénéfice de la
communication augmente généralement avec le nombre de participants. De plus, les communications mettant en jeu des
coûts croissant avec la distance, les bénéfices retirés sont d'autant plus élevés que les entreprises sont proches les unes des
autres. Toutes choses égales par ailleurs, les producteurs tendent donc à se regrouper pour faciliter la transmission
d'informations. En revanche, le regroupement de plusieurs entreprises au sein d'une même zone accroît la longueur du trajet
moyen d'un salarié vers son entreprise, ce qui induit une hausse des salaires et des rentes foncières. De telles augmentations
tendent à décourager l'établissement d'autres entreprises au sein du noyau considéré.
À l'équilibre, ces deux forces s'annulent, de sorte que toutes les entreprises réalisent le même profit maximal, tous les
consommateurs obtiennent la même utilité la plus élevée, tandis que la rente foncière et le salaire équilibrent les marchés du
sol et du travail. Dans ce modèle, les inconnues sont les distributions spatiales des entreprises et des ménages, les fonctions
de rente foncière et de salaire, les migrations alternantes des travailleurs et les niveaux maximaux d'utilité et de profit. Dans
le cas où la fonction d'interaction entre deux entreprises serait une fonction linéaire décroissante de la distance qui les sépare,
Ogawa et Fujita obtiennent les résultats suivants. Si α désigne le coefficient de la distance dans cette fonction et t le coût
unitaire de déplacement des travailleurs vers leur entreprise, la configuration d'équilibre prend une des trois formes
suivantes :
– Lorsque la valeur du rapport α/t est suffisamment grande, la configuration est monocentrique : toutes les firmes sont
agglomérées dans ce qui peut être vu comme un centre-ville, les travailleurs étant répartis autour de ce centre unique d'emploi.
Le poids économique des externalités de communication l'emporte sur celui des migrations alternantes des travailleurs.
– À l'autre extrême, pour des valeurs suffisamment petites de α/t, la configuration est complètement intégrée : firmes et
travailleurs sont mélangés de telle façon qu'il n'y ait plus de migrations alternantes. On est dans le cas de figure opposé : les
migrations alternantes ont maintenant plus d'importance que les externalités entre producteurs.
– Entre les deux situations précédentes, à savoir lorsque le rapport α/t prend des valeurs intermédiaires, la configuration est
partiellement intégrée, assurant la transition entre les deux structures que l'on vient de présenter. Cette configuration est
partiellement intégrée en ce sens que certaines firmes et leurs travailleurs sont regroupés au sein d'un seul district, qui est luimême encadré par deux zones composées uniquement d'entreprises, lesquelles sont à leur tour bordées par des zones
résidentielles.
Ces résultats permettent de mieux comprendre la manière dont les villes se sont restructurées depuis le Moyen Âge. Si des
rues sont spécialisées dans certaines professions (bouchers, cordonniers, orfèvres, tanneurs), apprentis et compagnons
résident souvent sur leur lieu de travail, sinon à proximité. Simultanément, les échanges d'information sont codifiés et régis
par les corporations, de sorte que l'on peut supposer que le coefficient α prend de très petites valeurs. Au Moyen Âge,
l'espace urbain est donc principalement un espace où artisans et résidents sont mélangés. La baisse des coûts de déplacement
et la croissance des innovations va modifier les valeurs du rapport α/t qui augmentera graduellement. L'intensification de la
concurrence accentue le besoin d'informations, d'où résulte un plus grand nombre de contacts personnels. Parallèlement,
l'élaboration de nouveaux modes de transport urbain va faciliter une séparation progressive entre résidence et lieu de travail.
Ces évolutions favorisent une spécialisation partielle des sols. Elle atteint son terme lorsque les usines et les ateliers de la
ville industrielle, les bureaux et les entreprises de service de la ville postindustrielle s'agglomèrent au centre-ville, le reste de
l'espace urbain étant consacré aux fonctions résidentielles. L'espace urbain est maintenant segmenté. De nos jours, il semble
que les deux termes du rapport – α et t – diminuent. On s'attend, dès lors, à ce que ce soit la baisse relative de ces deux
paramètres qui détermine la structure future des villes.
 Diversité des centres urbains
Les centres d’activité urbains ne sont pas seulement les lieux d’emploi de type CBD, mais aussi les lieux de commerce.
Raisons de leur émergence : (Fujita et Thisse, 2002, chap. 7, Introduction) :
- Accès au marché ce qui incitation des firmes à se fixer près du « centre de » de la demande. (Fujita, 1988)
- La concurrence en prix agit comme une force de diffusion : l’agglomération incite à la concurrence en variété ; centres
commerciaux diversifiés. Ex. : Quartier des Halles (Paris).
- Des quartiers spécialisés peuvent apparaître en cas de comportements et de coûts de recherche de la part des consommateurs.
Stuart (1979) : « a spatial clustering of sellers can result from desires of buyers to search in marketplaces where there are
relatively many sellers » Ex. : Rue Montgallet (Paris).
C – Les quartiers : entre homogénéisation et ségrégation
Les quartiers résidentiels eux-mêmes tendent à se différencier, c’est-à-dire que des populations semblables tendent à se
localiser aux mêmes endroits. 3 explications :
a) Dans le cadre du modèle monocentrique, les hypothèses sont les suivantes : les travailleurs touchent des revenus différents
mais font face aux mêmes coûts de transport. Les résultats sont :
Les coûts de transport sont relativement moins contraignants pour les travailleurs les plus riches ;
Ceux-ci peuvent donc se localiser plus loin du centre-ville, où la rente foncière plus faible donne accès à plus
d’espace.
Cependant, cet effet simple de revenu peut être contrebalancé s’il existe des aménités spécifiques au centre-ville. GofetteNagot, Péguy et Schmitt (2002) nuancent ce résultat : ainsi, les classes aisées ont quitté le centre-ville de Bruxelles, alors
qu’elles se maintiennent à Paris. Il y aurait eu aucun effort d’aménagement du centre-ville de Bruxelles. Dans le cas de Paris,
le schéma simple « riches au centre, pauvres en banlieue » ne fonctionne pas car les individus valorisent le fait même
d’habiter à Paris.
b) La ségrégation : cf. Le ghetto francais d’Eric MAURIN + Des préférences faibles pour des voisins semblables peuvent
conduire à une situation de ségrégation, alors même que la mixité serait satisfaisante.
c) Les effets de voisinage : Étude de DUJARDIN, SELOT, et THOMAS (« Residential Segregation and Unemployment :
The Case of Brussels » 2008) sur Bruxelles : Données du recensement de 1991 sur les individus vivant dans les 328 quartiers
du grand Bruxelles. Pour éviter le problème d’endogénéité des choix de résidence, les données sont réduites aux adultes
vivant chez leurs parents. Les auteurs constatent que TTCA « all else being equal, living in a neighbourhood with a
socioeconomic environment of a lower quality significantly increases the unemployment probability of young adults »
D – Dimension et type des villes
Ces observations ont conduit Vernon HENDERSON (« the sizes and types of cities » 1974) à proposer une théorie
économique des systèmes urbains modernes. La production des biens étant soumise à des rendements d'échelle croissants,
chaque ville admet une taille optimale qui varie avec sa base industrielle. En supposant un « marché des villes », Henderson
démontre que des villes seront créées jusqu'à ce qu'il n'y ait plus d'opportunités pour un aménageur (land developer) ou une
collectivité territoriale d'en créer une nouvelle. Une telle situation correspond à un équilibre avec libre entrée dans lequel
toutes les villes sont identiques, leur nombre étant déterminé par le rapport entre taille du marché global et taille optimale
d'une ville. La forte baisse des coûts de transport entre villes, surtout aux États-Unis, amène Henderson à supposer la nullité
de ces coûts. Il montre ensuite que les villes sont incitées à se spécialiser dans la production de biens différents. En effet,
toute production jointe de plusieurs biens induit une croissance des coûts intra-urbains de déplacements, parce qu'elle
augmente le nombre de travailleurs, et empêche l'exploitation maximale des rendements d'échelle dans la production d'un
seul bien. Les biens étant caractérisés par des degrés différents d'économie d'échelle, la taille des villes diffère selon le bien
produit. En conséquence, à l'équilibre, le système urbain implique l'échange de biens différents entre villes de type et de taille
différents, principe qui décrit bien les activités des villes moyennes aux Etats-Unis
Ch 7 –les politiques publiques
1. Clusters et politique publique
- La question des clusters n’est pas nouvelle dans la littérature économique (MARSHALL)
- L’intérêt des pouvoirs publics pour la question est plus récent. A la fin des années 1980, on peut citer l’exemple des districts
italiens (cf PORTER), la Silicon Valley. Aujourd’hui, ces politiques de soutien aux clusters se retrouvent partout dans le
monde. Le Global Cluster Initiative Survey en 2005 dénombrait plus de plus de 1,400 initiatives de clusters dans le monde
Plusieurs questions
Quelle est la nature et la taille des gains économiques des clusters ? Si on considère que les acteurs publics doivent
intervenir, c’est que l’on considère qu’il y a des gains économiques à la formation de ces clusters. Pour qu’il y ait
intervention publique, il faut qu’il y ait un échec du marché : la géographie économique générée par des forces de
marché pures produit une géographie économique non efficace.
On se demande donc dans quelle mesure les gains des clusters existent, sont-ils internalisés par les firmes dans leur
choix de localisation ? Les clusters « naturels » sont-ils trop petits ? La géographie induite des forces de marché
est-optimale ?
Les politiques publiques sont-elles capables d’améliorer le fonctionnement des clusters et d’affecter leur
productivité (à une géographie donnée) ? Il y a deux manières d’augmenter la productivité des clusters : les
rendre plus gros ; à taille donnée, augmenter les interactions à l’intérieur des clusters (idée de plan pour une
partie)
Comment évaluer ces politiques ?
Problèmes de définition
Policy literature : Elle s’est développée dans les business school. Michel Porter est un représentant de cette littérature qui
montre que les clusters sont comme des « miracles ». M. PORTER, « Location, competition and economic development :
local clusters in a global economy”, Economic Development Quaterly, 2000 « Un cluster est un groupe d’entreprises et
d’institutions associées dans un champ particulier, géographiquement proches et liées par des attributs communs et des
complémentarités »,
Cette définition est souvent critique pour son manqué de clarté (Martin Sunley, 2003). Cette définition n’est pourtant pas
loin des définitions des économistes : concentration spatiale d’activités économiques d’un même secteur.
Un lien avec les politiques industrielles et régionales
On peut faire un lien avec les politiques industrielles et régionales. Jusque dans les années 1980, on note une
division du travail : les politiques industrielles sont en charge de la « compétitivité » via les champions nationaux ;
la politique régionale avait pour but de réduire les inégalités régionales  Il y a avait une séparation entre les
objectifs d’équité et d’efficacité.
Critique des politiques industrielles et régionales : les politiques industrielles ont été jugées assez sévèrement : elles
sont coûteuses et ont peu de succès, soit pour créer des champions nationaux, soit pour réduire les inégalités
spatiales.
Une politique dite de cluster peut avoir un impact en termes d’équité : il s’agit de concentrer des entreprises sur un
territoire, peut-être en défaveur d’autres régions. Ex : Si on veut un cluster informatique, on incite des entreprises
dispersées sur le territoire pour qu’elles se regroupent sur un seul lieu. En revanche, les politiques de clusters
peuvent être efficaces : + de productivité et d’efficience.
Problèmes d’évaluation
Il n’y a pas tellement de travaux d’économistes sur les politiques de cluster. Les pôles de compétitivité ont un coût
d’un milliard et demi. C’est très difficile de faire de l’évaluation de politique publique sur ce point, mais aussi
d’avoir accès aux données.
Beaucoup de travaux de consultants portent sur des exemples de politiques de clusters : ils sont en général très
positifs.
Comme pour beaucoup de politiques publiques, on note une difficulté d’identifier l’impact causal de la politique
publique.
Pourtant, l’évaluation est essentielle. Doit-on donner de l’argent à ces clusters ?
La question théorique est d’essayer d’identifier les échecs de marché qui justifient l’intervention publique.
La justification des clusters : les gains économiques
Les gains identifiés dans la littérature sont les suivants :
Un marché du travail local est plus efficient : des travailleurs plus spécialisés et cela permet un meilleur
appariement entre travailleurs et entreprises ;
Les coûts de transaction sont plus faibles du fait de la concentration géographique des entreprises. Dans un même
secteur, si les producteurs de biens intermédiaires et de biens finaux sont dans la même région, ils minimisent les
coûts de transport.
Il existe des spillovers technologiques localisés : les interactions localisées permettent une meilleure collaboration
et la diffusion de l’innovation. On peut intégrer ce point dans des modèles de croissance endogène avec la nouvelle
économique géographique : la croissance est endogène : le taux de croissance est positif et à LT, qui dépend elle-

même de la concentration géographique. On a une agglomération qui crée les conditions d’une croissance
technologique, qui elle-même est à l’origine de la croissance endogène. La concentration spatiale des activités peut
générer de la croissance endogène.
Dans les trois cas, ce sont des échecs de coordination, qui justifient une intervention publique.
Exemple
« La concentration géographique de l’industrie de l’habillement (fig. 4) a par exemple augmenté au cours des vingt dernières
années tandis que la part de ce secteur dans l’emploi industriel a diminué. Face à la concurrence, les performances du secteur
se sont en revanche considérablement accrues sur la période : la valeur ajoutée par employé y est passée entre 1984 et 2004
de 55 % environ à près de 70 % de la moyenne nationale, le salaire annuel moyen de moins de 68 % à plus de 78% de la
moyenne nationale et le taux de profit de 70% à 90% de la moyenne nationale » (DURANTON Al 2008)
Les gains des clusters, combien ?
Pour Martin, la réponse est oui : les gains économiques existent mais il n’y a pas de miracle économique.
Pour ROSENTHAL et STRANGE (« Evidence on the nature and sources of agglomeration economies » 2004),
doubler la taille d’une industrie/secteur dans un cluster augmente la productivité des entreprises de 3 % à 8 %. Les
estimations de gains de cluster sont difficiles : est-ce que ce ne sont pas les entreprises les plus productives qui se
mettent dans des régions déjà concentrées ? On ne sait pas si c’est le cluster qui augmente la productivité ou si c’est
à cause d’un phénomène de sélection : dans ce dernier cas, c’est parce que les entreprises sont plus productives
qu’elles se clustérisent.
CICCONE et HALL (« Productivity and the density of economic activity » 1996) trouvent que lorsque l’on
double la densité d’emploi local dans une industrie spécifique, cela augmente la productivité de 5, 6%. Sur données
françaises, avec des estimations un peu différentes, on retrouve ce type de quantification.
MARTIN, MAYNERIS, MAYER (« Spatial Concentration and Firm-Level Productivity in France », 2011) : A
partir des données individuelles de 30 000 firmes (1996-2004) dans 100 secteurs manufacturiers, les auteurs
cherchent à mesurer la productivité totale des facteurs en fonction du nombre de travailleurs dans la région ? (La
PTF est un résidu, c’est-à-dire la productivité qui n’est pas expliquée par le capital ou le travail. Les entreprises
bénéficient du fait qu’il y a des externalités dans le même secteur) Résultat : en moyenne, doubler l’emploi des
firmes dans le même secteur et la même région (département ou zone d’emploi) augmente la productivité des
entreprises de 5-6 %
 externalités de localisation présente, mais le processus est long : il faut plus de 10 ans pour qu’une
entreprise fasse l’expérience d’un tel changement de sa géographie locale.
 En revanche, pas d’externalités d’urbanisation (l’effet procompétitif de PORTER n’est pas présent).
 on constate une assez grande hétérogénéité des effets des clusters avec des secteurs (plastiques et
machines) où ils sont négatifs et d’autres où ils sont extrêmement positifs (travail des métaux ou chimie
par exemple)
 Lien avec la RD : l’augmentation du nombre d’étudiants dans la zone d’emploi a peu d’effet alors que la
présence d’établissement de recherches, de conseils a un impact fort : un doublement du nombre
d’étudiants dans la zone d’emploi (en prenant en compte les caractéristiques non observables du
département et du secteur) où se situe l’entreprise est corrélé avec une augmentation de 0,3 % de la
productivité de l’entreprise ; le doublement de ces établissements dans la zone d’emploi est associé avec
une augmentation de la productivité de 2,3 % pour une entreprise.
COMBES, Al, « Le rôle des marchés locaux du travail dans la concentration spatiale des activités économiques » :
En effet, ces auteurs trouvent qu’un doublement de l’emploi local dans un secteur est associé à une augmenta- tion
des salaires locaux de 2 % alors que les résultats commentés plus haut font état d’une augmentation de productivité
de 5 % pour un même doublement de l’emploi local dans un secteur. Le plus probable, mais cela n’est qu’une
supposition qu’il s’agirait de tester empiriquement, est que les propriétaires fonciers capturent une partie des gains
des clusters via des rentes foncières plus élevées
Les clusters sont-ils de la bonne taille ?
Y a-t-il une taille optimale pour les clusters ? N’y a-t-il pas des effets de congestion à partir d’une certaine taille ?
MARTIN, MAYNERIS, MAYER (2011) : ils estiment les gains de productivité pour une entreprise au fur et à
mesure où elle se localise dans une région où il y a beaucoup de travailleurs du même secteur (courbe verte). Dans
leur papier, ils montrent que le pic estimé de la PTF est dans 3 300 travailleurs dans un secteur. Au-delà, ils notent
un retournement de la courbe : c’est un phénomène de congestion.
Ces coûts de congestion peuvent être dus à des congestions des travailleurs publics. Cela peut aussi s’expliquer par
la faible mobilité des travailleurs (une fois que l’on a pris tous les travailleurs spécialisés, on n’a plus de MO qui
correspond aux qualifications requises, et qui sont donc moins productifs). Par rapport à une entreprise qui a 0
travailleur dans cette région, le gain de productivité à être localisé dans la région est énorme, puisqu’il est estimé à
plus de 45 %.
Au départ, le phénomène de cluster peut être mauvais car l’entreprise, avant que le cluster arrive, était en
monopsone. En effet, quand d’autres entreprises se localisent à côté, elles prennent les travailleurs. C’est le
phénomène du poaching. Cela explique pourquoi au début de la construction d’un cluster, la productivité totale des
facteurs diminue.
 Les entreprises se localisent là où il y a de fait des gains de clusters.
Evaluation des politiques publiques menées en France : « pick the losers » ou « clustering the winners » ?
-

Il y a eu tout d’abord la politique de clusters des SPL (système productif local) initiée en 1998 : « une organisation
productive particulière localisée sur un territoire correspondant généralement à un bassin d'emploi. Cette
organisation fonctionne comme un réseau d'interdépendances constituées d'unités productives ayant des activités
similaires ou complémentaires qui se divisent le travail ». Une centaine de projets SPL sur le territoire proposé pour
env 50 retenus.
Dans « Public support to clusters A firm level study of French “Local productive systems », MARTIN, MAYER,
MAYNERIS (2011) :

the policy targeted firms in regions and sectors that were experiencing difficult times in terms of
productivity and therefore competitivenes (we have showed that the largest subsidies had been given to
firms in decline)  « Pick the losers »

the policy did not succeed in reversing the relative decline in productivity for the targeted firms.

the policy had no effect on the employment of firms involved in the LPS policy
Limite des politiques de SPL : (i) inefficace en terme s de productivité ; (ii) des effets d’aubaine : les SPL ont attiré
des entreprises en déclin, à la recherche d’un second souffle, et ont bénéficié aux groupements d’entreprises déjà
constitués.
- Une autre politique de clusters est menée en France à partir de 2005 : les pôles de compétitivité. Etudiée dans l’article
de FONTAGNE, Al « Clustering the Winners: the French Policy of Competitiveness Clusters », 2010 :

Les pôles ont été regroupés en trois catégories : les pôles “à vocation mondiale” sont les plus ambitieux,
suivis des pôles “potentiellement à vocation mondiale” et enfin des pôles “nationaux”.

Les moyens mobilisés (1,5 milliards d’euros pour chaque phase triennale ex : 2005-2008) sont beaucoup
plus importants que ceux alloués au programme des “Systèmes Productifs Locaux” lancé en 1998.

Logique très différente des SPL : l’objectif n’est plus d’aider les firmes ou secteurs en difficulté (pick the
losers), mais de renforcer la compétitivité de pôles déjà performants (« clustering the winners ») :
sélection des pôles de compétitivité comprenant des firmes plus performantes en moyenne au sein de leur
secteur notamment à l’exportation. Ceci se vérifie pour les trois types de pôles de compétitivité et même
au sein d’un même département.
 L’objectif d’équité territoriale des SPL (« pick the losers ») est abandonné au profit d’un objectif d’efficacité
économique (« clustering the winners »)
Rq : pôle de compétitivité : « association d’entreprises, de centres de recherche et d’organismes de formation engagés dans
une démarche partenariale, destinée à dégager des synergies autour de projets innovants, conduits en commun »
Limite des pôles de compétitivité : dans « les pôles de compétitivité : que peut-on en attendre ? », DURANTON, Al (2008)
souligne que :
-
-
Le lancement des pôles de compétitivité constitue un tournant dans le discours public sur la géographie
économique car les SPL visaient un objectif d’équité alors que cette politique vise davantage l’efficacité
économique
Les limites de cette politique :

Elle suppose que l’Etat soit capable d’identifier les secteurs présentant des projets susceptibles de tirer la
croissance future

dans le contexte français où les travailleurs sont peu mobiles, la spécialisation des régions risque de les
exposer au risque d’un retournement sectoriel dans une économie mondialisée.

Inefficacité en raison d’un saupoudrage avec la création de 71 pôles de compétitivité alors qu’il faudrait
concentrer les moyens sur un faible nb de pôles de compétitivité pour que pour accroître le niveau de
productivité. Les auteurs montrent que pour obtenir + 5% de la productivité des entreprises, il faut
doubler le niveau de spécialisation donc cela est une transformation énorme pour un gain modeste 
l’esprit de saupoudrage souligne que la politique des pôles de compétitivité hésite à complètement
délaisser la logique d’équité territoriale pour une logique d’efficacité.
Conclusion : En l’état actuel des travaux de recherche, les clusters posent plus de questions aux décideurs publics qu’ils
n’apportent de réponse sur la manière de favoriser la croissance :

Quel objectif poursuivre ? « clustering the winnners » ou « pick the losers » ? Efficacité ou équité ?

Quels moyens ? Comment encourager les externalités ? Quelle est la taille optimale des clusters ?
Comment lutter contre la congestion qui gène l’expansion des clusters (infrastructures…)

Comment évaluer ? Pas d’étude claire sur le sujet.
2. Les politiques d’intégration économique en Europe.
Dans l’esprit des fondateurs de l’UE, la politique d’intégration devait encourager la croissance et améliorer le bien-être de
l’ensemble des pays membres (logique de la théorie du commerce international). La NEG porte un coup sévère à ces espoirs :
un marché unique risque d’accentuer les divergences et bénéficier principalement aux grands pays du centre de l’Union.
Risque pour la stabilité politique de l’Union.
A. Intégration et bien-être
Le bien-être dépend essentiellement du revenu réel des agents. Il faut donc se demander dans quelle mesure les revenus des
résidents sont affectés par les politiques d’intégration ? La NEG dit que la réduction des barrières à l’échange a 2
effets simultanés :

profite au plus grand nombre car accès à une plus grande diversité de produits et baisse des prix car élargissement
des zones de chalandise.

Augmenter les inégalités entre le centre et la périphérie dans un premier temps avant de les réduire (cf. Courbe en
cloche)
B. La convergence des revenus en Europe
Convergence entre les pays européens mais les inégalités intranationales se développent :
Les écarts de PIB entre les pays européens se sont réduits au cours des décennies 1980-1990. Le rattrapage des
pays aidés par le fond de cohésion est net (Irlande, Espagne, Portugal et Grèce). La converge reste limitée : LE
GALLO, RIOU « les politiques européennes de cohésion territoriale, 2008 » : convergence des niveaux de vie
régulière mais nettement plus faible (vitesse de convergence moyenne ne dépasse pas 1 %, 1,5 %/an) et pas de
changement dans la hiérarchie des régions)
Creusement des inégalités intranationales plutôt qu’entre pays (COMBES, LAFOURCADE, « Competition,
Market Access and Economic Geography: Structural Estimation and Predictions for France » (2008)
Explications :
Les forces d’agglomération ne s’expriment en réalité que sur des distances relativement limitées (HANSON, 2005).
MONFORT, NICOLINI, « regional convergence and international integration » : 2000 : modèle qui explique que
la persistance de barrières culturelles et linguistiques qui limitent la mobilité des travailleurs européens. En
l’absence de mobilité internationale du travail, la réduction progressive des barrières à l’échange entre les pays
renforce le processus d’agglomération au sein de chaque pays. Explication : lorsqu’un pays étend sa zone
commerciale d’influence à l’étranger, la demande exprimée par les consommateurs de chacune des entreprises pèse
moins dans les ventes totales. L’incitation à maintenir une implantation dans une zone périphérique est donc
moindre=>centre.
C. Les politiques régionales européennes
Politique régionale européenne (dès 1958) vise à favoriser la réduction des inégalités territoriales. Depuis 1992, la politique
régionale européenne repose sur trois fonds : le Fonds social européen créé en 1958 : il appporte un soutien aux politiques de
l’emploi dans les régions en difficulté, notamment à travers un programme de formation aux travailleurs ; le fonds européen
de développement régional (FEDER) qui finance les projets d’infrastructures, de RD… ; le fonds de cohésion destiné
uniquement aux pays les plus pauvres de l’union. Les aides (FSE, FEDER, Fond de cohésion) représentent 35 % du budget
de l’union pour la période 2007-2013. Trois objectifs : « convergence » (80 % du budget pour aider pays dont le PIB/hab ne
dépasse pas 75 % de la moyenne), « compétitivité régionale et emploi » (autres pays que ceux aidés par cvg), « coopération
territoriale européenne » (projet de coopération transnationale).
Efficacités des politiques? Etudes empiriques peinent à mettre en avant un effet positif. Explication :
LE GALLO, RIOU, (2008) : pour les régions les plus pauvres, qui n’ont pas d’infrastructures suffisantes et qui
disposent d’une main d’œuvre peu qualifié, effet des politiques très limités.
Si on trouve une faible corrélation entre les montants d’aides alloués et la croissance des régions, c’est aussi parce
qu’elles sont celles qui croissent le moins vite ex ante (biais d’endogénéité). Les aides améliorent tout de même le
bien-être des régions bénéficiaires.
3. Choix de localisation des entreprises et politiques d’attractivité.
Etude se concentre sur l’I réalisé par les firmes multinationales ou IDE, marginalement influencé par des critères propres à
l’entreprise. De plus, politique d’attractivité s’oriente vers ces FMN.
A. « Je t’aime, moi non plus » : l’attractivité de l’Europe et de la France.
Enquête Ernst&Young, 2007, auprès de 809 FMN montre que les principaux facteurs d’attractivité d’un pays sont :
1/qualité de ces infrastructures de transport et de communication 2/coûts salariaux et fiscalité 3/niveau de développement
technologique et stabilité juridique, politique. La taille du marché et niveau de qualification n’arrivent qu’en 8 et 7 ème
position, externalité technologique 11ème, 13ème position. L’Europe occidentale est en bonne position dans le classement des
zones les plus attractives (France en 2007 avec fiscalité et coût du travail élevé n’est pas dans le top 10).
Statistiques de la CNUCED montrent que la réalité des investissements est très différente. En 2007, la France est en 3 ème pays
d’accueil des IDE derrière les EU et la GB. Si les responsables des FMN jugent sévèrement la France, ils ne peuvent pas faire
l’impasse. Analyse économétrique l’explique…
B. Le choix de localisation des FMN
La NEG met en avant trois grands déterminants théoriques du choix de localisation des entreprises :
Déterminants
Mesuré par
Force
L’accès au marché
la demande exprimée pour le secteur
Centripète
d’activité dans la zone d’implantation
Coût de production
prix du capital, travail, fiscalité,
Centrifuge
subventions
Externalité techno
concentration des firmes du même
Centrifuge si concurrence entre entreprises freinent
secteur dans le zone d’implantation
l’entrée de nvx arrivants.
Centripète si spécialisation géo engendre des
externalités d’agglomération
CROZET, al. « how do firms agglomerate ? A study of FDI in France » (2004) :
c’est avant tout le tissu industriel local (présence d’entreprise du même secteur) et le potentiel marchand des
régions qui les guident dans leurs choix d’implantation des IDE.
Tendance à la concentration géo des IDE est plus forte dans les secteurs produisant des biens différenciés ou dans
ceux supportant de faible coût de transport. Conformes à la NEG : les firmes craignent moins la concurrence et en
profitent pour localiser leurs activités au centre afin d’optimiser leurs parts de marché. Effet inverse pour les
secteurs où biens homogènes comme textile, coût de transport fort comme l’imprimerie et externalités de
connaissance plus faibles.
Les coûts salariaux et les aides régionales jouent un rôle mineur. Ex : Prime d’aménagement du territoire (PAT) qui
représente un budget de 40 millions d’euros vise à subventionner 2 types de projet : 1/créations, extensions
d’entreprises dans les zones d’aides à finalité régionale (AFR) 2/programme de R&D sur l’ensemble du territoire
métropolitain. Il faudrait doubler son montant pour espérer augmenter de seulement 4 % la probabilité qu’une
région française soit effectivement choisie par une FMN.

L’accès au marché et les externalités d’agglomération occupent une place de première importance dans
l’explication des choix de localisation des firmes. Les coûts de production sont secondaires. Ainsi, une région ou
un pays qui bénéficie d’un bon accès peut éviter des politiques d’attractivité coûteuse pour les finances publiques et
renoncer au dumping fiscal.
C. Agglomération et concurrence fiscale
TIEBOUT, « a pure theory of local expenditures » (1956) : les agents « votent avec leurs pieds », ie ils arbitrent entre les
différentes prestations de service public offertes par les municipalités et leur taux d’imposition. La concurrence fiscale n’a
que des vertus : elle donne aux agents l’assurance de trouver une grande variété de combinaisons entre le niveau des impôts
et la qualité des biens publics, elle pousse les municipalités a plus d’efficacité en faisant fuir les activités desvilles qui
n’offrent pas des services publics à la hauteur de leur fiscalité. L’idée d’arbitrage entre qualité des services publics et niveau
des impots se trouvent par ex chez BENASSY-QUERE et al, « tax and public input competition » 2007 montrent qu’en effet
pour les investissements américains, une amélioration de 5 % de la qualité du réseau routier ou une hausse de 3 % des
dépenses publiques de R&D dans la région d’implantation suffiraient à compenser les effets négatifs d’un point supplé du
taux de l’impôt sur les sociétés.
Mais hypothèses de Thiebout restrictives. La plus grande partie des infrastructures publiques profite avant tout aux ménages
et peu aux entreprises. Dès lors, celles-ci sont surtout sensibles à la pression fiscale. D’où une course au moins-disant fiscal.
Ce jeu non coopératif conduit à une situation sous-optimale (tx d’imposition sur le Kl trop faible pour investissement public,
trop fort pour le travail non qualifié). C’est pourquoi, certains pays de l’UE plaident en faveur d’une harmonisation fiscale.
NEG éclaire d’un nouveau jour les politiques fiscales : Les régions centrales sont plus attractives que la périphérie car elles
permettent un accès à une plus grande demande. Cette rente de situation permet au centre de maintenir des taux d’imposition
relativement élevés sans craindre de délocalisation. Pour renverser cet état de fait, les régions périphériques baissent l’impôt
sur le capital mais tant que pression fiscale centrale n’est pas écrasante, le dumping social n’est pas efficace.
EX : MOOIJ et EDERVEEN, « taxation and FDI » 2003 : en se référant à la valeur médiane issue de la compilation de
résultats de 25 études, un point supplémentaire d’impôt sur les sociétés réduirait les IDE entrants de 3,3% ce qui dénote bien
un effet limité de la fiscalité sur le choix d’implantation des FMN face notamment au autres déterminants de localisation
comme la proximité de la demande.
Rathelot et Sillard, 2008 : En France, en réduisant d’un point de % ses impôts locaux, une municipalité n’augmenterait que
de 1 % environ la probabilité qu’une entreprise la préfère à sa voisine. D’où la faiblesse des politiques fiscales, lancées en
2004, menées dans les zones franches pour encourager les entreprises à s’implanter dans des quartiers urbains déprisés
(avantages fiscaux pendant 5 ans).
4. Agglomération et croissance.
Lien proche entre théorie du développement économique et NEG : Il existe un lien étroit entre la concentration
industrielle, l’urbanisation et le développement économique :
> Krugman, 1995, l’organisation géographique des activités joue un rôle central dans les processus de décollage économique.
> Hirschman, 1958 ce sont les «effets d’entraînements amont et aval» qui conduisent à un développement inégal des régions.
Les liens, par le jeu des demandes, entre les différents secteurs, conduisent les entreprises à s’agglomérer afin de minimiser
les coûts de transport. Ici, c’est une réactualisation du modèle de Weber, avec une généralisation à plusieurs entreprises et
industries, que l’on observe. L’agglomération des activités alimente alors le processus auto-entretenu de développement.
Lien proche entre théorie de la croissance endogène et NEG passe par : Il existe des facteurs qui, parce qu’ils sont à
l’origine de rendements croissants, sont de véritables moteurs de la croissance. Or les processus d’accumulation de ces
facteurs reposent sur des externalités dont l’intensité est implicitement contrainte par l’espace :
- LUCAS, « on the mechanics of economic development » (1988), l’accumulation continue du capital humain favorise la
croissance. L’externalité de son modèle est plus la densité de capital humain est importante, plus la productivité du travail est
élevée (Un ingénieur peut d’autant plus travailler efficacement qu’il est entouré d’autres ingénieurs). Le capital humain tend
alors à se concentrer dans les régions les plus riches, qui bénéficient d’une plus grande productivité, source d’une plus forte
croissance. Combes et al, 2008, les salaires parisiens sont ainsi supérieurs de 15 % en moyenne à ceux des grandes villes
comme Lyon ou Marseille, de 35 % à ceux des villes moyennes ; or la moitié de cette prime vient du choix des travailleurs
disposant des meilleures aptitudes à y résider, notamment les travailleurs les plus qualifiés.
- ROMER, « endogenous technical change » (1990) : l’innovation technologique favorise la croissance. Dynamique de
l’innovation repose en partie sur des externalités engendrées par le stock global de connaissances : l’activité de recherche est
plus aisée dans les régions qui ont déjà produit de l’innovation. Il faut supposer alors que les échanges entre chercheurs
contribuent à accroître la productivité de la R&D. Présence d’économie d’agglomération : concentration spatiale facilite
échanges de connaissances donc innovation et in fine la croissance.

Les modèles de croissance endogène s’appuient sur l’idée que la croissance est par nature inégale et qu’elle
renforce les inégalités territoriales déjà existantes. Rien d’étonnant à ce que dans ces conditions les entreprises
américaines les plus innovantes ont davantage tendance à appuyer leurs recherches sur des brevets déposés dans
leur propre Etat que dans d’autres pays (JAFFE, Al « Geographic localization of knowledge spillovers as
evidenced by patent citations » (1993)
La croissance économique et l’agglomération spatiale se soutiennent :
La croissance favorise l’agglomération : dès lors que les régions diffèrent par leur taille, et tant que les externalités
de connaissances ne se diffusent pas parfaitement, la R&D est plus efficace dans le centre => investissement est
moins coûteux et d’autres firmes s’installent=> accroissement de la taille du marché => agglo.
La concentration favorise la croissance : la concentration géo => concentration du Kl dans une seule région permet
d’exploiter au max les externalités de conn => pé R&D augmente, coût de I baisse et accumulation du KL=>
croissance. La périphérie n’est pas forcément perdante, l’économie dans son ensemble gagne en compétitivité.
Cf. BALDWIN, MARTIN, « agglomeration and growth rate » pour bien comprendre les liens entre l’agglomération et la
croissance à travers la question des externalités.
Intégration, cohésion et croissance : le dilemme européen : Arbitrage entre cohésion spatiale et croissance : quand
diffusion des connaissances est imparfaite (l<1), les pouvoirs publics ne peuvent en même temps encourager la croissance du
pays et préserver la cohésion de ses régions. Crozet,Koenig, 2008 : Les régions européennes qui connaissent une forte
croissance sur la période 1980-2000 sont aussi celles dans lesquelles les inégalités spatiales ont aug.
L’union européenne est face à un dilemme car double objectif dans le traité de Rome. Mise en place de politiques régionales
pour aider les régions en difficulté et permettre la croissance : dispersion des subventions sur le territoire (1/3 du budget en
2008 pour les politiques de cohésion + PAC = 70 % dépenses pour les régions). Croissance relativement faible malgré tout.
Nouvelle stratégie économique avec le conseil Européen de Lisbonne. Inspirée de la NEG, la « stratégie de Lisbonne »
ambitionne de faire de l’Union «l’économie de la connaissance la plus dynamique du monde » : réorientation du budget vers
les aides à la recherche + renoncer à l’idée préconçue selon laquelle le renforcement de la cohésion régionale serait la clé de
la croissance [Sapir et al, 2004].
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