
B-Les Français d’Amérique au combat : entre Ancien et Nouveau Monde
A la veille de la guerre de Sécession, les French Born sont environ 100 000 à vivre
aux États-Unis soit la cinquième minorité du pays c’est-à-dire la plus importante minorité
après les immigrés allemands et anglo-saxons. Les Français n’ont pas été que des spectateurs
passifs du conflit : ils en ont été les témoins, les acteurs et les victimes.
La guerre de Sécession a été un événement fondateur pour les États-Unis et les
Américains mais cette guerre a aussi été une expérience fondatrice pour la communauté
française d’Amérique et son assimilation à la nation américaine. La population française
n’était pas la mieux intégrée car elle était issue d’une immigration récente et ne disposait pas
d’attaches solides dans le pays. Surtout, les Français d’Amérique cultivaient fièrement leur
particularité et n’entendaient pas devenir Américains, mais retourner en France après avoir
assuré leur fortune en Amérique. Malgré ce refus de l’américanisation, les Français
d’Amérique se sont passionnés pour les événements et n’ont pas hésité à prendre parti sur les
questions pendantes au conflit. Situation paradoxale pour une communauté qui refusait
l’assimilation et semblait de ce fait indifférente aux affaires et au destin des États-Unis.
Cependant, la colonie française était loin d’être homogène et la plupart des Français se
préoccupaient avant tout de leurs affaires et leur réussite. Les faiblesses de la colonie
française (immigration récente, dispersion, mauvaise organisation, divisions politiques…)
l’ont entraîné dans le conflit.
En effet, malgré la politique ambiguë de Napoléon III en faveur de la neutralité, les
interdictions et la large diffusion des proclamations de neutralité, les Français d’Amérique
n’ont pas gardé la stricte neutralité qu’exigeait l’Empereur soit en exprimant leurs opinions,
soit en s’engageant dans une des deux armées. Dès avril 1861, les Français étaient nombreux
à s’engager soit sous la pression populaire, par goût de l’aventure, pour la défense d’une cause
idéologique qui leur tenait à cœur ou plus simplement pour échapper à la misère ou défendre
leurs biens. Concernant le choix du camp, c’est principalement le lieu de résidence des
Français et l’opinion des Américains qui les entouraient qui ont influencé leur choix
(ambiance générale, défense du lieu de résidence, volonté de ne pas contrarier les populations
alentours…).
Comme d’autres groupes nationaux, les Français ont tenté de se regrouper dans des
corps composés de Français afin d’exalter leur identité nationale et leur tradition militaires ce
qui est notamment visible dans les uniformes inspirés de l’armée française (capote bleue,
pantalon rouge garance, képi, pantalon de zouaves). Parmi les unités de volontaires français
on trouve du côté nordiste le 55e régiment de New-York (aussi appelé « Gardes La Fayette »),
le 53e régiment de NY (appelés « Zouaves d’Épineuil) et le bataillon des « Enfants Perdus ».
A côté de ces troupes intégrées à l’armée, les Français se sont également regroupés dans les
milices qui n’étaient en théorie pas destinées à combattre, mais chargées du service de
garnison, du maintien de l’ordre et plus généralement de missions de police même si certaines
milices ont pu être intégrées à des régiments de volontaires pour combattre, notamment du
côté sudiste. Ces milices se sont principalement constituées dans les grandes villes et zones
rurales dans le Nord et plus encore dans le Sud où les unités se concentraient à la Nouvelle-
Orléans : la « Légion française », les « Volontaires français » et la « Garde française » sont les
unités les mieux connues et qui se sont distinguées pendant la guerre. Toutes ces unités ont eu
une existence éphémère car les Français s’engageaient isolément ou en petit groupe et les
divisions politiques de la colonie française ont contribué à diviser ces unités militaires.
Surtout, bien que commandées par des officiers français, ces unités ont été incapables de
renouveler les rangs avec d’autres soldats français et ont été contraints d’américaniser la
troupe pour se conformer aux effectifs réglementaires, faisant perdre par la même occasion
l’identité originelle de ces formations nationales.