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Introduction
inégalités qui augmentent et une croissance forte dans certains pays en
développement ? Dans biens des pays l’amélioration conséquente des
indicateurs de développement humain ne s’accompagnent pas d’une réduction
significative de la pauvreté. Bien pire, la croissance peut aller de pair avec
l’augmentation des inégalités et de la pauvreté. Dès lors, comme le suppose la
théorie de la « pro-poor growth », la croissance ne serait pas une condition
suffisante et il est utile de distinguer un « effet croissance » et un « effet
inégalité ». C’est ce que proposent de vérifier empiriquement Caroline
DAYMON et Céline GIMET, dans leur article intitulé « Les déterminants de
l’inégalité et le rôle de l’équité dans les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du
nord », à partir d'un échantillon de neuf pays de la région (Algérie, Egypte, Iran,
Koweït, Jordanie, Maroc, Qatar, Syrie, Tunisie) sur la période 1980-2003, en
utilisant une méthode intéressante sur données de panel. Dans ces pays, la
croissance est-elle une condition suffisante à la réduction des inégalités ? Le
résultat est qu’une baisse des inégalités passe inévitablement par une réduction
de l'inéquité sociale. Selon les auteurs, les pays d’Afrique du Nord et du
Moyen-Orient étant encore éloignés du point de retournement défini par la
courbe de Kuznets, il convient donc de favoriser les politiques qui réduisent
l'inéquité sociale et qui mettent les pauvres au cœur du processus de croissance.
Les résultats obtenus montrent que l'ensemble des variables relatives au capital
humain et à l'équité sociale a un impact direct sur la diminution des inégalités.
Les auteurs considèrent que les principaux enjeux de ce débat se situent dans
l'efficacité de l'éducation, la réduction des inégalités de genre et le recours au
crédit bancaire dans un contexte d'amélioration de l'efficience des marchés. On
le voit, il ne s’agit pas d’attendre que la croissance joue un rôle dans la
réduction de la pauvreté et qu’en outre cette croissance soit soutenue par une
ouverture commerciale. Il y a place à une réflexion sur les origines des
inégalités et sur les conséquences de leur réduction sur le développement des
économies du Sud de la Méditerranée.
La pauvreté et sa persistance peuvent aussi résulter indirectement de
l’existence de nombreuses inefficacités sectorielles, comme celles qui peuvent
affecter le secteur agricole, secteur clé dans les pays émergents. Ainsi, l’article
de Nadia BELHAJ-HASSINE « Technical efficiency on the Mediterranean
countries agricultural sector » cherche à évaluer de manière générale les
sources d'inefficacité dans le secteur agricole pour quatorze pays
méditerranéens en recourant à un modèle de frontières de production
stochastiques utilisant des données de panel sur la période 1990-2005. L’auteur
trouve que les pays sont dans des situations différentes mais constatent partout
l’existence d’inefficacités importantes dans la production agricole dans les pays
du Sud de la Méditerranée. Les pays de l'Union européenne paraissent en
moyenne plus efficients que ceux du Sud de la Méditerranée. Des pays comme
l’Algérie, le Maroc, la Tunisie ou la Jordanie se trouvent dans une situation
particulièrement critique et présentent de grandes difficultés dans l'utilisation
des ressources. Dans ces conditions, l’ouverture commerciale ne peut être que
perdante pour ces pays, d’autant plus que le secteur agricole n’est pas le plus
libéralisé du côté des importations européennes : c’est pourquoi l’auteur
préconise la mise en place d’un programme de coopération entre les pays