
REVUE DE PRESSE dirigée par le Pr T. Moreau
342 | La Lettre du Neurologue • Vol. XIV - n° 10 - novembre 2010
Syndrome de fatigue chronique :
la piste virale se confirme
Le syndrome de fatigue chronique (SFC) se caractérise par divers symptômes, dont une
fatigue physique ou mentale persistante après un effort, des troubles du sommeil, ainsi
que des douleurs musculaires ou articulaires. Malgré une reconnaissance de ce syndrome
par l’OMS en 1993, cette pathologie reste mal connue et peu étudiée. Une récente analyse
vient toutefois apporter des éléments aidant à la compréhension de ce syndrome, en même
temps qu’elle semble clore un débat entamé en 2009. À cette époque, V.C. Lombardi
et al. (1) publiaient une étude montrant la présence du virus XMRV (Xenotropic Murine
leukemia virus-Related Virus) chez 67,7 % des patients souffrant de SFC versus 3,7 % chez
des sujets sains, mais plusieurs laboratoires n’avaient pu reproduire ces résultats. Quant à
l’étude de S.C. Lo et al. (2), elle montre que l’infection de leurs patients ne se réduit pas
au virus XMRV, mais plus largement à un ensemble de virus apparentés, les MLV-related
viruses (Murine Leukemia Virus). Ils observent la présence d’un de ces virus chez 86,5 %
des patient atteints d’un SFC et chez seulement 6,8 % des sujets témoins. Les auteurs
confirment ainsi l’argument principal de l’étude initiale en liant le SFC avec la présence
d’un virus apparenté au MLV.
S. Valerio, Dartmouth College, États-Unis
Commentaire
Bien qu’elle n’explique pas complètement les
divergences des travaux précédents, cette étude
suggère que ces différences pourraient résulter de
la diversité génétique des virus observés, et donc
de la difficulté à les détecter. Il reste maintenant à
confirmer le lien causal qui pourrait exister entre
le développement du SFC et la présence de ces
virus.
Références bibliographiques
1. Lombardi VC, Ruscetti FW, Das Gupta J et al. Detection
of an infectious retrovirus, XMRV, in blood cells of patients
with chronic fatigue syndrome. Science 2009;326(5952):
585-9.
2. Lo SC, Pripuzova N, Li B et al. Detection of MLV-related
virus gene sequences in blood of patients with chronic
fatigue syndrome and healthy blood donors. Proc Natl
Acad Sci USA 2010;107(36):15874-9.
Commentaire
D’un point de vue fondamental, cette étude
vient très probablement de poser les bases pour
un réexamen du fonctionnement de l’hippo-
campe. Au-delà de simples considérations neuro-
biologiques, la mise en lumière de l’importance
fonctionnelle du CA2 implique également de
reconsidérer certaines observations totalement
ignorées par le passé. Par exemple, il a été montré
que les neurones du CA2 sont les seules cibles
hippocampiques du noyau supramamilaire qui
contrôle le rythme thêta et la propagation d’acti-
vités épileptiques dans l’hippocampe. De même,
dans l’hippocampe de patients schizophrènes ou
bipolaires, l’expression de plusieurs marqueurs
cellulaires et synaptiques est exagérément altérée
dans le CA2 par rapport aux autres régions. L’étude
de V. Chevaleyre et al. est donc plus de l’ordre
du “rocher dans la flaque” que du “pavé dans la
mare” et vient très certainement ouvrir tout un
nouvel axe de recherche tout en rappelant qu’il
est important de garder à l’esprit que ce n’est pas
la taille qui compte...
Références bibliographiques
1. Chevaleyre V, Siegelbaum SA. Strong CA2 pyramidal
neuron synapses define a powerful disynaptic cortico-
hippo campal loop. Neuron 2010;66:560-72.
2. Brun VH, Otnass MK, Molden S et al. Place cells and
place recognition maintained by direct entorhinal-
hippocampal circuitry. Science 2002;296:2243-6.
3. Nakashiba T, Young JZ, McHugh TJ et al. Transgenic
inhibition of synaptic transmission reveals role of CA3
output in hippocampal learning. Science 2008;319:1260-4.
Circuit trisynaptique de l’hippocampe :
le CA2 s’invite…
Les dogmes, pires ennemis du chercheur, peuvent parfois s’installer sournoisement dans
la communauté scientifique lorsqu’un nombre élevé d’études convergent vers un même
résultat. Un essai récemment mené par V. Chevaleyre et al. suggère que le célèbre circuit
trisynaptique de l’hippocampe pourrait être un de ceux-là (1).
Il est classiquement considéré que l’hippocampe traite l’information de la façon suivante :
les neurones de la couche II du cortex entorhinal excitent initialement les cellules du gyrus
dente qui projettent à leur tour sur les neurones du CA3, ces derniers activant alors le
champs CA1, étape finale du traitement hippocampique, avant retour des informations
vers le cortex. De très nombreuses études moléculaires, anatomiques, électrophysiologiques,
comportementales et même mathématiques sont venues confirmer et affiner ce modèle
trisynaptique. La surprise fut douloureuse lorsque 2 études ont montré que supprimer la
connexion CA3-CA1 ne perturbe que très peu l’activité des neurones du CA1 de même que
les capacités mnésiques (2, 3). Cherchant à trouver une explication à ces résultats plus que
déroutants, les auteurs ont simplement réexaminé le circuit hippocampique en se focalisant
sur un champ hippocampique quasiment occulté par les neurobiologistes pendant 75 ans :
le CA2. Cette petite région, située entre les aires CA3 et CA1, est classiquement consi-
dérée comme une aire de transition anatomique entre ces 2 structures. La découverte de
V. Chevaleyre et al. est fascinante : les neurones du CA2 reçoivent des projections directes
du cortex entorhinal sur leurs dendrites distales via des connexions excitatrices très fortes,
bien supérieures à celles reçues sur leurs dendrites proximales, qui proviennent du CA3.
Le CA2 est en retour directement et fortement connecté aux neurones du CA1, et malgré
la faible quantité de neurones qui constituent le CA2, une stimulation de ce champ induit
une activation marquée du champ CA1. En d’autres termes, cette étude met en évidence
l’existence d’un circuit disynaptique cortex-CA2-CA1 qui pourrait contourner le circuit
trisynaptique pour le traitement des informations par le champ CA1.
P. Trifilieff, Columbia university, États-Unis