
Maladies zoonotiques émergentes et ré-émergentes : défis et opportunités 3
3. ADAPTATION
Les microbes sont particulièrement bien armés pour s'adapter et évoluer sous les pressions sélectives de survie et de
réplication. L'adaptation remarquable des microbes qui les rend résistants aux produits antimicrobiens se manifeste dans les
populations humaines et animales et constitue un lien entre les deux. Ainsi, un type de S. Newport apparu aux États-Unis
d’Amérique a été isolé chez des populations bovines, équines et humaines et est devenu résistant à 9 antibiotiques
d'utilisation courante. S. typhimurium DT104 a été décrit comme un « super- microbe » qui s'est adapté en devenant un agent
pathogène résistant aux antimicrobiens disséminé dans le monde parmi les populations d'animaux domestiques et d'humains
(6).
Le virus de la grippe est lui aussi bien connu pour sa capacité d'évolution, à tel point que de nouvelles souches apparaissent
chaque année, provoquant des épidémies annuelles chez les oiseaux et les humains. Beaucoup d'agents pathogènes ont
développé des mécanismes nouveaux pour échanger ou incorporer dans leur génome un nouveau matériel génétique qui peut
modifier leur capacité de survie et leur virulence. D'autres microbes réussissent à se défendre contre les systèmes
immunitaires ou à leur échapper, ce qui démontre à nouveau leur extraordinaire capacité d'adaptation.
4. SENSIBILITÉ DES HÔTES
A mesure que les populations humaines augmentent, deux groupes d'hôtes dont les systèmes immunitaires sont déficients
font leur apparition. Dans les pays développés, les progrès de la médecine, de la science et de la technologie ont amené une
augmentation du nombre d'individus immunodéprimés. On peut prendre l'exemple des malades atteints d’un cancer et des
personnes ayant subi une greffe. L'augmentation saisissante des cas de SIDA1 et de VIH2 dans le monde a provoqué un
accroissement des zoonoses et la ré-émergence d'infections latentes. Parallèlement, dans plusieurs de ces pays, la catégorie
de la population qui augmente le plus vite est celle des personnes de plus de 60 ans. Or cette population aura
vraisemblablement une sensibilité accrue aux agents pathogènes susceptibles de provoquer des intoxications alimentaires ou
des maladies véhiculées par l’eau ainsi que des zoonoses, et sera peut-être victime d’une résurgence des maladies infantiles.
Comme la croissance de la population mondiale va augmenter de façon disproportionnée dans les pays en développement,
les agents infectieux continueront de prélever un lourd tribut. De plus, la sensibilité des hôtes à l'infection est aggravée par la
malnutrition. Dans les parties du monde où les systèmes d’élevage de bétail et de volailles se développent rapidement, un
nombre de plus en plus grand d'animaux sont confinés dans un espace de plus en plus restreint, ce qui facilite la
dissémination des agents pathogènes. Dans les systèmes de production qui élèvent les animaux en vue d'une performance
maximale, de vastes populations primitives d'animaux génétiquement similaires sont particulièrement vulnérables à
l'apparition de nouveaux agents pathogènes.
5. CLIMAT ET MÉTÉOROLOGIE
Bien que la propagation des maladies ait des causes multiples, le changement climatique mondial peut y jouer un rôle
important. En effet, le temps et le climat peuvent influencer les défenses de l'hôte, les vecteurs, les agents pathogènes et
l'habitat. Un nombre croissant de données démontre l'impact de la météorologie sur les maladies infectieuses. Ainsi le virus
Ross River est une maladie transmise par les moustiques que l'on trouve dans toute l'Australie et dont les foyers sont
sensibles à une pluviosité excessive. Le paludisme et la dengue sont deux autres maladies transmises par le moustique qui
risquent de se propager de façon spectaculaire avec le réchauffement climatique. Ce réchauffement peut contribuer à
expliquer la répartition d'autres maladies transmises par des vecteurs ou véhiculées par l’eau comme la fièvre jaune ou le
choléra. Le phénomène d’oscillation australe El Niño (ENSO) est un processus climatique qui entraîne des changements du
régime des pluies et des sécheresses, qui eux-mêmes ont influencé les populations de vecteurs et d'hôtes, donc les maladies.
Les épidémies de Syndrome pulmonaire par l'hantavirus (SPH) ont été aggravées par le phénomène ENSO. Or les
populations de petits rongeurs et de tiques sont sensibles au changement climatique. L’apparition de foyers récents de SPH
sur le continent américain est manifestement liée aux effets de l'ENSO sur ces populations et à l’exposition humaine accrue
qui s’en est ensuivie. En outre, la leptospirose et la fièvre de la Vallée du Rift sont des maladies dues à des agents
pathogènes zoonotiques sensibles aux changements de temps et de climat et l'on a constaté leur présence dans plusieurs
épidémies mondiales au cours de la dernière décennie. (3).
6. MODIFICATION DES ÉCOSYSTÈMES
Les conditions écologiques et environnementales contribuent aussi à déterminer le potentiel épidémique des zoonoses
émergentes. L'émergence du virus Sin Nombre et des autres agents de la famille des hantavirus nous en donne un excellent
exemple. Les hantavirus sont cosmopolites ; les rongeurs les transmettent à l’homme par l'intermédiaire d’excrétions sèches.
Les populations de rongeurs et les infections à hantavirus varient dans le temps et dans l'espace. Quand les conditions
1 SIDA : syndrome d'immunodéficience acquise
2 VIH : virus de l'immunodéficience humaine