L`héritage de la pensée grecque

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La civilisation occidentale puise ses sources dans l'antiquité gréco-romaine. Quel héritage
devons-nous à ces deux civilisations ? Comment les petites cités grecques ont-elles pu
surpasser en influence les grands empires (Perse, Égypte) qui l'entouraient ? Comment
les Romains ont-ils réussi à maintenir l'unité de l'immense empire qu'ils se sont
constitué ?
L'héritage de la pensée grecque
L'antiquité grecque est la période située entre la fin de la civilisation mycénienne (−1 200)
et l'intégration de la Grèce à l'Empire romain (−146).
Le monde grec
• Entre 1 200 et 1 000 av. J.-C., les côtes de l'Asie mineure et les îles de la mer Égée sont
envahies par les Grecs répartis en trois groupes : les Éoliens, les Ioniens et les Doriens.
Ceux-ci fondent des cités-États indépendantes qui essaiment dans toute la Méditerranée
en établissant des comptoirs commerciaux (comme Massilia ou Carthage). Ces Grecs ont
une écriture commune empruntée aux Phéniciens, une religion, des sanctuaires (Delphes,
Délos, Samos), des légendes (mythe d'Œdipe, les Atrides, l'Iliade et l'Odyssée d'Homère)
et des jeux cultuels, dont les Jeux olympiques (depuis −776) sont l'exemple le plus célèbre.
• Leur histoire se découpe en quatre périodes définies en fonction de l'évolution de leur
art : l'âge obscur (XIe–IXe siècles), l'âge archaïque (VIIIe–VIe siècles), l'âge classique (de
−500 à −323) et l'époque hellénistique (−323 à −146). Les polis (cités) sont constituées
d'une ville et de son territoire environnant. Elles sont dirigées par des rois (basileus), des
aristocraties (oligarchies) ou des tyrans (dirigeants s'étant emparés du pouvoir par un
coup d'État).
L'invention de la démocratie
• Au Ve siècle (dit de Périclès), âge d'or de la Grèce antique, la cité d'Athènes assoit sa
domination sur ses concurrentes à la suite des victoires qu'elle remporte contre les Perses
à Marathon (−490) ou à Salamine (−480) au cours des guerres médiques. Par la ligue de
Délos, les Athéniens rassemblent alors sous leur direction les autres cités grecques pour
mieux résister aux menaces extérieures.
• Ils inventent également la démocratie. Par les réformes de Solon (−594) mais surtout de
Clisthène (−507), les citoyens contrôlent la prise des décisions politiques. La nouvelle
organisation se fonde sur l'égalité (isonomie) des citoyens (qui sont distingués selon leur
lieu d'habitation et non leur naissance ou richesse) et le partage des pouvoirs. À l'Ecclésia
(assemblée de tous les citoyens), ils votent les lois et l'ostracisme (exil des mauvais
citoyens). À l'exception des stratèges (responsables militaires), les magistrats sont
désignés par le sort, et tous ont ainsi la possibilité d'exercer les charges publiques. La
notion de démocratie est toutefois à nuancer puisque métèques et esclaves, qui
représentent près de 90 % de la population, restent exclus de la citoyenneté, de même que
les femmes.
• Rivale d'Athènes, Sparte finit par organiser une ligue concurrente. La guerre du
Péloponnèse (de −431 à −404) déchire les Grecs et provoque leur déclin progressif
jusqu'au règne d'Alexandre le Grand (roi de Macédoine) qui leur impose sa domination.
Jamais les Grecs ne se remettront de leurs querelles incessantes et de leurs divisions
internes. En −146, ils sont défaits par les Romains et intégrés à l'empire que ces derniers
sont en train de construire.
Philosophie, arts et sciences
• Leur faiblesse politique ne remet pas en cause le rayonnement culturel des Grecs.
Maîtres de sagesse, les sophistes développent un enseignement de qualité fondé sur la
dialectique et la rhétorique. Les philosophes (Socrate, Platon, Aristote, Épicure, Zénon)
donnent naissance à de nombreuses écoles qui témoignent de la vitalité de la pensée
grecque. Les sciences profitent de cette émulation intellectuelle. Autour de la bibliothèque
d'Alexandrie, les découvertes se multiplient dans toutes les disciplines : géographie
(Ératosthène), mathématiques (Euclide, Pythagore), physique (Archimède), médecine
(Hippocrate), astronomie (Hipparque). L'art (sculptures de Phidias) et l'architecture
(théâtres, temples, portiques) profitent de la même dynamique, laissant derrière eux un
patrimoine d'œuvres dont les proportions se rapprochent d'un idéal de perfection (Vénus
de Milo, série des éphèbes, Parthénon).
La romanisation de l'Europe
Moins intellectuels sans doute, les Romains imposent leur efficacité technique aux Grecs
et fondent un empire qui structure pour longtemps une grande partie du continent
européen.
De la République à l'Empire
• Sous la domination des rois étrusques du VIIe au VIe siècle, Rome instaure la République
vers −510. Lentement, la petite cité grandit. Son développement est toutefois difficile. En
−387, une invasion gauloise menée par Brennus provoque la destruction de la ville. Mais
cette longue période de gestation et d'affrontements militaires avec ses voisins est mise à
profit pour renforcer et développer son organisation politique et militaire.
Rigoureusement structurée, l'armée romaine s'affirme peu à peu comme une arme
redoutable de conquête et d'expansion territoriale. Les guerres puniques contre Carthage
(264-241 puis 218-201 av. J.-C. contre Hannibal) ou la conquête des Gaules (58-52 av. J.C.) témoignent de l'efficacité des légions dans leurs manœuvres, les tactiques employées,
leur encadrement rigoureux et leur discipline sévère.
• Après une période de troubles (guerres civiles), un système plus autoritaire (l'Empire)
se met en place à l'instigation d'Octave Auguste (−27). Sous le règne de Trajan (98-117),
il atteint sa plus vaste extension. La paix romaine (pax romana) s'étend tout autour de la
Méditerranée puis à toute l'Europe du Nord-Ouest. À partir du IIIe siècle, toutefois,
l'autorité des empereurs s'affaiblit. Intrigues de palais, faiblesses de certains empereurs,
révoltes populaires en ébranlent les fondations. La pression des peuples barbares sur les
frontières (le limès) est difficile à contenir. Pour en faciliter l'administration, Dioclétien
partage l'Empire en deux (en 286) et le codirige avec Maximien (dyarchie). Mais le
maintien de l'Empire jusqu'en 476 est surtout le résultat des moyens efficaces qui avaient
été mis en œuvre à ses débuts pour contrôler l'espace.
La maîtrise de l'espace
• Les Romains mettent en place les moyens nécessaires pour assurer la surveillance
militaire de leur empire et sa prospérité économique. Ils le quadrillent d'abord de voies
de circulation (300 000 km de routes) qui permettent aux légions de se déplacer
rapidement et au commerce de se développer. Les villes sont reconstruites selon des plans
en damier qui les rendent plus fonctionnelles et elles sont équipées des installations
nécessaires à leur croissance. La construction de monuments utilitaires (aqueducs, ponts,
fortifications, thermes, ports) est privilégiée. Les lieux de spectacle (théâtres et
amphithéâtres) participent de la pacification. La romanisation des peuples consolide
encore la maîtrise que les Romains ont du territoire impérial.
Droit romain, christianisme et culture latine
• Les Romains puisent leur force dans l'extension de la citoyenneté, une mesure qui
conduit les peuples ainsi honorés à s'intéresser au sort de l'Empire. Dès 49 av. J.-C., Jules
César accorde celle-ci aux habitants des villes. En 212, Caracalla l'élargit à tous les sujets
libres de l'Empire. En accordant aux vétérans des légions des parcelles établies sur les
frontières, les Romains assurent en même temps la défense de celles-ci. Partout, le droit
romain (droit écrit) se substitue aux coutumes locales et consolide les liens entre les
citoyens traités d'égale façon. La romanisation passe aussi par la diffusion de la langue
romaine (le latin). Au IVe siècle, le christianisme auquel s'est converti l'empereur
Constantin reçoit droit de cité par l'édit de Milan. Devenu religion officielle, il s'impose à
tous les ressortissants de l'Empire, définissant un autre élément d'unité culturelle.
L'Europe contemporaine vit encore sur l'héritage brillant de la civilisation gréco-romaine,
dans lequel elle puise sa source.
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