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CHAPITRE 1 : LA CONSCIENCE (SYNTHESE)
INTRODUCTION
Etymologiquement, le mot conscience vient du latin « cum scienta » qui signifie « avec savoir ». La
conscience désigne au sens large du terme un pouvoir de connaissance. Qu’est-ce que la conscience
nous permet-elle de connaître ? Avantage-t-elle l’homme ? Cette faculté est-elle spécifiquement
propre à l’homme ? Quelle est sa faiblesse ?
I. La conscience immédiate
La conscience est concrètement une faculté qui permet à l’homme de connaître
immédiatement son grand monde extérieur et son petit monde intérieur. Le monde extérieur comporte
tout ce qui se trouve en dehors de nous : les humains, les animaux, les objets, les phénomènes… C’est
un monde immense et très peuplé. Par la conscience l’homme a le pouvoir de se représenter son
monde extérieur. Cette représentation du réel s’appuie sur la sensibilité (les sens). Sans les sens,
nous ne pouvons aucunement avoir une véritable représentation de notre environnement. La
perception sensible est centrale dans la connaissance des choses.
La conscience implique par conséquent une « séparation » entre l’être conscient et son
environnement. En prenant conscience du réel, l’homme se sépare de celui-ci et se place en face de
lui, ce qui le distingue des autres objets non conscients. Ces derniers sont des choses parmi les
choses (Cf. Alain). En perdant sa conscience (complètement ou partiellement), le sujet conscient se
fond dans le tout : c’est le cas du dormeur, du comateux, etc. Sans la conscience, l’homme sera donc
englouti par le monde extérieur, la réalité. La conscience nous sauve ainsi du néant, de la disparition,
de l’engloutissement.
De ce fait, la conscience est extraordinaire. Elle nous sépare du réel mais ne nous déconnecte
pas de lui. On a toujours conscience de quelque chose. Raison pour laquelle Husserl appelle la
conscience une « intentionnalité ». Elle est une visée. Une intention. Une intention qui vise aussi bien
l’extérieur que l’intérieur. Car par la consciente, l’homme prend également conscience de son
extérieur comme de son intérieur : de ses sentiments, de ses sensations intérieures, de ses états de
conscience.
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II. La conscience réfléchie
Puisque notre connaissance du monde extérieur (et de notre propre intériorité) est
conditionnée par la conscience, peut-on être sûre de la véracité de nos représentations ? Descartes
pense que non. Il soupçonne à la sensibilité de leurrer la conscience et de fausser sa connaissance. Il
affichera par conséquent un doute hyperbolique envers les connaissances sensibles. Car elles sont
incertaines et elles ne sont pas nécessairement vraies. La réalité extérieure est douteuse et
incertaine. Les sens trompent et illusionnent donc notre conscience et pervertissent ainsi nos
connaissances. Il tentera dès lors de connaître sans la sensibilité. Abstraitement. Il passera d’un doute
à un autre : doute de sa raison, doute de la réalité, doute du doute, doute de lui-même…. Il finira
finalement de rencontrer une première vérité indubitable et vraie : la pensée.
Il doutera de presque tout sauf de sa pensée. Car la pensée rend possible le doute. On peut
penser sans douter, mais on ne peut pas douter sans penser. Douter c’est penser. Le doute implique
donc nécessairement la pensée. Descartes dira qu’il est un « Je pense ». Une chose « pensante ».
Mais pour penser il faut être. Un être qui pense est un être qui existe, qui est. Un être peut être sans
penser. Il existe des êtres qui ne pensent pas ; ils sont nombreux autour de nous (une étoile, un arbre,
une pierre). Cependant, il serait impossible de penser sans être, sans exister. La pensée est
abstraite ; elle nécessite un être concret. Penser c’est donc être. Par conséquent, Descartes écrit
« Je pense donc je suis ». C’est le cogito cartésien. Il appellera cette affirmation son premier principe
de sa nouvelle connaissance.
Par son expérience d’autospection, Descartes réalise une conscience de soi. Une conscience
réfléchie sur soi dans le but de se connaître soi-même. Contrairement à la conscience immédiate
solidement dépendante à la sensibilité, la conscience réflexive en générale, et la conscience réfléchie
particulièrement, se déploie indépendamment de la sensibilité. Dans la conscience de soi, la sensibilité
n’a aucune place, aucune utilité. C’est une prise de conscience entièrement intellectuelle. Par
conséquent, contrairement à la conscience immédiate, cette dernière n’est pas soumise au risque
d’être trompé par les sens ; c’est pourquoi elle est vue par Descartes comme source de la vérité et du
vrai. Cette vision intellectualiste de Descartes (Cf. le rationalisme cartésien) discrédite la
connaissance empirique (Cf. l’empirisme), celle fondée sur la sensibilité, l’expérience et l’habitude.
Par la conscience de soi, l’homme se distingue nettement et naturellement des autres êtres y
compris l’être animal. Il est un être capable de penser, de se penser, de se connaître, de s’extraire de
l’illusion sensible (l’erreur sensible) pour développer une vérité intellectuelle et universelle.
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III. La conscience morale
La conscience humaine a aussi une dimension morale. Elle ne nous permet pas seulement de
saisir la réalité, elle nous permet également d’évaluer les valeurs morales de nos actes. Il convient de
ne pas confondre valeurs morales et valeurs des choses. Généralement, les choses ont des valeurs
d’ordres différents. Par exemple, un stylo n’a pas la même valeur économique qu’un avion de
transport. La valeur monétaire d’un stylo est ainsi énormément inférieure à celle de l’avion. Sur le
plan religieux, un livre sacré (le Coran par exemple) a une très grande valeur religieuse (sacrée) que
toute autre chose. De ce fait, les choses peuvent être hiérarchisées selon leurs valeurs. De même, les
actes, comme les choses, n’ont pas les mêmes valeurs. Par la conscience morale, chaque acte humain
est moralement évalué. Moralement parlant, un acte humain peut être soit un acte mal soit un acte
bien. Un acte est mal quand il est moralement mauvais, négatif et condamnable, Par contre, l’acte
moralement bien est celui qui a une valeur morale positive et qui est moralement souhaité. Il importe
toutefois de souligner que plusieurs de nos actes sont d’un point de vue moral ni mal ni bien. On peut
les appeler les actes neutres : par exemple, conduire une voiture, rentrer à la maison, faire du sport,
etc. sont des activités banales et quotidiennes qui ne sont pas moralement significatives.
Mais la conscience morale soulève une question philosophique problématique : quelle est
l’origine de la morale chez l’homme ? Qu’est-ce qui est mal ? Qu’est-ce qui est bien ? On pourrait
penser que la conscience morale est naturelle et innée chez l’être humain. Un humain dispose d’une
conscience morale a priori du mal et du bien. Ce qui n’est pas le cas de l’être animal. Un animal n’a
préalablement aucune conscience morale de ce qui est bien et de ce qui est mal. Car pour un animal, il
n’y a aucune possibilité à évaluer la valeur morale de son acte. Un animal est moralement indifférent à
ses actes. Par contre, l’enfant qui est encore très petit pour distinguer l’acte bien de l’acte mal est,
contrairement à l’animal, disposé naturellement à la morale. Sinon il nous serait impossible de
moraliser nos petits enfants. Même si l’enfant ne déploie pas dès sa naissance sa conscience morale,
il le fera progressivement, avec l’appui de sa famille et de sa société. Une fois grandi, il aura une
conscience morale pleinement opérationnelle. C’est la raison pour laquelle Rousseau penche pour des
valeurs morales innées et universelles chez les hommes.
Il importe néanmoins de souligner une forme de relativité qui caractérise la morale humaine
et qui met à mal toute théorie absolument universaliste sur la morale. Une relativité morale que
constate très bien Durkheim dans son analyse sociologique. Le philosophe et sociologue français nous
fait constater que la morale d’une société donnée diffère de celle d’une autre. Ce qui le conduit à
conclure que la morale s’éduque socialement et culturellement. C’est la société dans laquelle vit
l’individu qui influe sur la morale de la personne. Et par conséquent, sur le plan moral, les hommes
jugent différemment leurs actes. La société a donc une grande place dans notre connaissance morale.
Quel que soit l’origine de la morale humaine, l’homme est le seul être moralement responsable
de ses actes. Car la conscience morale est indissociable de la responsabilité morale. Cette
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responsabilité est avant tout intérieure : après un acte mal, la conscience généralement regrette et se
culpabilise elle-même. Et ce particulièrement ce que Bergson appelle la « conscience-mémoire » qui
nous lie indélébilement à notre responsabilité morale. La mémoire enregistre tous nos actes, les bons
comme les mauvais. Sans cette conscience qui mémorise notre passé, notre responsabilité morale
serait sans effectivité aucune, et notre identité sans réalité aucune.
IV. La faiblesse de la conscience
Comme on vient de le voir dans ce qui précède, la conscience est une faculté extraordinaire,
un privilège (naturel) attribué à l’homme. Elle constitue, pour le dire comme Pascal, la « grandeur » et
la « dignité » de l’homme. L’homme, en étant conscient et pensant, est supérieur à tout l’univers qui,
lui, est sans pensée et sans conscience. Mais ce cadeau céleste qu’est la conscience humaine est un
cadeau empoisonné. Elle est la misère de l’être conscient. Pascal reconnaît que le « roseau pensant »
est un être « misérable ». Misérable parce que sa conscience n’est qu’un miroir reflétant durement à
l’homme sa condition humaine misérable. Avec sa conscience, il aura conscience de sa condition de
mortel, de sa finitude, il aura conscience de l’infinie immensité de l’univers et de son infinie petitesse,
de sa grande fragilité physique.
Par ailleurs, la conscience sera critiquée d’être passive et déterminée. C’est la thèse de Karl
Marx (de Spinoza). Karl Marx pense que l’être conscient est psychologiquement modelé par son milieu
social. Même avec sa conscience, l’individu serait incapable de se déterminer par lui-même : de
déterminer sa vie. Il est le produit de sa culture et de sa société. Raison pour laquelle il est impuissant
à s’affranchir de sa société, de changer radicalement sa condition de vie matérielle. Précisons que
Karl Marx met l’accent lui sur les conditions économiques des ouvriers et la domination bourgeoise
sur la classe ouvrière. Il regrette l’impuissance de la classe ouvrière majoritaire à mener une
révolution dans le but de réaliser un changement socio-économique.
Si Karl Marx se focalise sur le déterminisme social et économique, Spinoza lui parle d’un
déterminisme plus général. A son avis, la conscience ne se détermine pas pleinement. Elle serait
déterminée extérieurement par des causes multiples. Il souligne la place significative que des causes
externes à la conscience occupent dans l’action de celle-ci. Quand nous désirons par exemple quelque
chose, notre désir n’est pas toujours le choix volontaire de notre conscience. Il pourrait être, par
exemple, le résultat de notre passion (ou du plaisir), une force corporelle et non mentale. Ça serait le
choix de notre corps et non celui de notre conscience. Ainsi, des causes entièrement extérieures à
notre conscience, et d’autres extérieures à notre conscience sans être extérieures à nous (notre
être) (des forces inconscients) interviennent dans nos choix, nos désirs, nos décisions. Mais qu’entend
Spinoza de ces causes intérieures mais non conscientes ?
Il faut attendre Freud pour entendre à haute voix ce que sous-entendait Spinoza à petite voix.
Freud, en s’appuyant sur les analyses de ses prédécesseurs, affirmera que la conscience humaine
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n’englobe pas la totalité du psychisme humaine et qu’une grande partie de notre psychisme est
inconsciente et extérieure à la conscience. Pour lui, il ne faudrait pas chercher la cause de
l’impuissance à se déterminer de l’extérieure, des causes extérieures, mais de l’intérieur du
psychisme et de son fonctionnement. Il développera une théorie sur l’inconscient. Théorie qui sera
l’objet de notre chapitre suivant (Cf. chapitre 2).
CONCLUSION
La conscience est une faculté de connaissance proprement humaine. Contrairement aux
autres êtres vivants, l’homme est le seul capable de connaître véritablement son monde extérieur. Il
est le seul capable de penser, de réfléchir, d’analyser. Il connaît la réalité extérieure, son monde
intérieur, les valeurs morales de ses actes. Il mémorise son passé ; il se projette vers son futur. Il
imagine, crée, invente. Et tout ça grâce à sa conscience.
Mais sa conscience n’est pas toujours à son avantage. Elle lui dévoile sa misérable condition :
sa mortalité, sa finitude, sa petitesse, son ignorance, etc. Elle n’obéit pas toujours à la volonté de son
propriétaire. Elle obéît à d’autres causes (forces) extérieures (ou même intérieures) qui agissent
contre le gré du sujet conscient. Ces forces sont multiples : la passion, le plaisir, la société, la culture,
l’inconscient…
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