Cm Anthropologie économique

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Cm Anthropologie économique
Apparition de l'anthropologie économique dans années 1920/1940 : 1940's pic de recherche avec
Mauss, Malinowski, Firth, Evans-Pritchard.
=> travail monographique la plupart du temps (cf biblio)
Question de Godelier en 1972 : est-ce que l'anthropologie économique est possible ?
Ce n'est pas une question de fait mais une question de droit (chapitre 1 de Trajet marxiste...)
= question de réel pour comprendre les rapports entre économie, société et histoire.
=> « Rendre compte des logiques profondes du fonctionnement et des logiques des sociétés
humaines »
La question de l'économie n'était pas au départ un objet en soi
: on la rencontrait
indirectement en anthropologie. Tous les auteurs constataient cependant qu'il y avait :
- une diversité des systèmes économiques.
- un rôle déterminant de l'économie dans la société (pour les marxistes).
=> L'anthropologie économique naissante devient dès lors une anthropologie des systèmes
économiques, examinés dans la diversité de leurs configurations.
La question de Godelier en 1972 permet de resituer et d'élargir la place et les champs de
l'anthropologie économique : dans de nombreuses société, l'économie n'est pas une sphère en soi et n'a pas
de logique propre, mais est intégré dans les systèmes sociaux = il faut donc pour lui élargir les
perspectives et s'attacher à étudier les rapports entre « économie, société et histoire » (1973). Il faut
traquer l'économique là où il se loge.
=> Le rôle de l'anthropologie est ainsi de déconstruire les catégories de pensée proposées par
l'occident pour éviter ethnocentrisme : il faut « déconstruire la catégorie « économie », trop
empreinte d'ethnocentrisme pour être opérante dans la grande diversité des formes sociales que
nous aurons à prendre en considération. »
F. Dupuy (cf Biblio) : « L'économie peut se définir comme l'ensemble des procédures sociales mises
en œuvre pour la production, la distribution, l'échange et la consommation des richesses [...] Il faut
ajouter le critère primordial de la propriété, individuelle ou collective, des moyens de production et
des richesses. »
=>Partant de la réalité simple que toutes produit et consomme, il faut s'attacher à regarder
l'infinie diversité des variantes possibles. L'anthropologue doit donc rendre compte pour chaque société
des manières d'articuler toutes les sphères de l'économie. Ainsi, il y a une dialectique entre universalité de
l'économie et diversité des pratiques et des formules.
L'économie est en fait un domaine social et est affaire de rapports sociaux. (cf marx.)
Dans le Dictionnaire de l'anthropologie... de Bonte et Izard : Pour Godelier, les « rapports
sociaux sont économiques » s'ils assument l'une des trois fonctions suivantes (dont la combinaison
constitue les structures économiques d'une société) :
- accès des groupes et des individus aux ressources naturelles et aux moyens de production.
- déroulement des divers « procès de travail » (vocabulaire marxiste) par lesquels les
membres d'une société agissent sur la nature pour répondre à leurs besoins.
- circulation et redistribution des richesses.
Il y a trois écoles de pensée en anthropologie économique :
1. L'école formaliste : 1er mouvement
Théorie générale et universelle basée sur la rationalité économique et l'économie de marché = maitre
classique : Adam Smith et Ricardo / Représentant : Raymond Firth, M. Herskovitz
Le premier mouvement s'est appuyé sur une application formelle de l'économie classique
dans l'étude de toutes les sociétés. On utilisait ainsi les paradigmes universaux de l'économie
classique, sur les bases théoriques d'Adam Smith c'est à dire que l'on considérait que les règles
économiques des sociétés « primitives » étaient les mêmes que celle de l'économie capitaliste.
Dans cette conception l'objet social ne rentre pas en compte et la caractéristique principale de
l'économie est la recherche des fins et la satisfaction des besoins (fort nombreux). Les moyens, eux sont
au contraire plus rares = « économie de moyen » : des moyens limités pour des fins illimitées ou
spécifiques (loi de la maximisation).
Cette école s'est donc fixée une tâche comparative, avec l'ambition de fonder une théorie
générale et universelle des rapports entre sociétés et économie. C'est une école orthodoxe.
Deux piliers : la notion de rareté et la notion de choix.
Les moyens sont rares et les choix et stratégies de l'individu, ils seront utilisés aux mieux pour
ses fins. En fait pour cette école, les concepts de cout/avantage, de compétition et de rationalité
fonctionnent aussi dans les sociétés primitives ou société de la tradition (de même la notion d'Homo
oeconomicus)
Critiques : on sait que dans certaines sociétés, les règles de concurrence ne fonctionnent pas
comme en occident, car d'autres institutions rentrent dans le jeu économique, comme la parenté ou
la religion. Pour étudier les comportements économiques et leur fondement, il faut donc tenir
compte du poid de l'histoire et de l'importance des institutions. La vision de l'homme égoïste est en
fait biaisée.
Autres définitions :
Valeur d'usage : Utilité d'un bien évaluée soit de manière objective et générale (pain fournit certain
nombre de calories), soit de manière subjective et donc variable d'un individu à l'autre. La valeur d'usage
est relative au besoin, la valeur d'échange à un autre bien.
Valeur d'échange : Taux auquel une marchandise s'échange contre une autre marchandise (par
exemple, un daim contre deux saumons). Synonyme de prix relatif.
Théorie de la valeur : relatif au fondement de la valeur. Pour les classiques, la valeur d'un bien
résulte du cout des facteurs de production nécessaire à sa production (travail) : fondée sur un critère
objectif, cette valeur est donc la valeur d'échange. Selon Ricardo, valeur d'échange est
proportionnelle à la quantité de travail, directe ou indirecte (production des biens intermédiaires cad
outils et machines) nécessaire à la production. Pour les néo-classiques, ce n'est pas seulement le travail
qui donne de la valeur à un bien, mais aussi son utilité pour l'individu qui l'achètera (utilité
subjective) et sa rareté (utilité marginale).
2. L'école substantiviste : 2e mouvement
Cette école admet une grande diversité de système économique, propre à chaque société. Elle a une
approche relativiste, qui met en rapport l'économie et le social, les deux sphères étant encastrées =
Représentant : K. Polanyi et G. Dalton
Cette école a une approche « non formelle de l'économie ». Elle tente d'étudier l'économie d'une
société en fonction de ses formes et de ses structures sociales.
=> S'intéresse à la substance de l'économie qui caractérise une société à un moment donné :
production, répartition et circulation des biens...
De plus, admet une perspective historique et dynamique pour étudier l'histoire des structures
sociales et économiques.
Karl Polanyi (et son élève Arensberg) : cet auteur a montré que les théories libérales
(économie de marché) ne saurait s'appliquer qu'aux sociétés capitalistes et non aux sociétés de la
tradition.
Définition qu'il donne de l'économie : c'est le procès institutionnalisé d'interaction entre l'homme
et son environnement, fournissant les moyens matériels de subvenir à ses besoins. Il propose donc
d'étudier « les structures de production et de la distribution des moyens matériels nécessaires à
l'existence physique et sociale des individus, à un moment déterminé de son histoire ». Il réfute
ainsi le déterminisme économique (qui répond à des lois générales) comme principe universel =
relativisme.
L'auteur reproche aux marxistes d'être resté trop centré sur la théorie de la valeur et sur la
production, ne s'intéressant pas à la circulation et à la distribution. Polanyi distingue la substance de
l'économie (ensemble des opérations de circulation, de production et de consommation) et la forme (type
de distribution : réciprocité, don/contre-don, marché).
SUBSTANCE
FORME (distribution)
Production
Circulation
Consommation
Réciprocité (Don/Contre-don)
Redistribution (état centralisateur)
Marché
Il pose aussi question de l'importance de l'économie dans l'histoire des sociétés =
perspective dynamique et importance de l'historicité (la notion de marché ne peut pas par exemple
s'appliquer à des sociétés dont l'histoire ne laisse pas la place à cette perspective). Au début du Xxe
en occident, l'économie est désencastrée du social et c'est ce qui expliquerait, après la crise de 29, la
montée du fascisme (pour resocialiser l'économie) : il s'attache donc à étudier l'encastrement de
l'économie dans le social. Pour lui en effet, l'économie n'est pas indépendante de la société, et c'est
ce qui le pousser à se positionner contre l'économie politique du libéralisme (notion d'engagement).
Dans La grande transformation (1944), il explique le processus d'autonomisation de
l'économie par l'économie libérale, et l'institutionnalisation d'instance économique
(marché,
échanges). Pour approfondir sa conception de l'économie, il l'a confrontée à des phénomènes
économiques décrits par des ethnologues : il a ainsi que les concepts classiques étaient très relatifs et non
universels. Son questionnement porte en fait sur les institutions que peuvent porter le secteur économique
dans les sociétés à tradition, comme la parenté ou la religion = redéfinition des frontières entre
économie et social.
Il s'appuie sur deux axes théoriques : sa définition substantive de l'économie (réalité en soi et en
terme de processus de survie), et sur une typologie des différentes économies en partant des formes
d'échange et de distribution des biens.
Typologie :
A partir de ses analyses, et avec l'aide de son élève Arensberg (qui a travaillé sur la nature
même de l'économie), Polanyi va établir une typologie des systèmes économiques (comparaison
synchronique et diachronique), pour chercher comment l'économie peut s'institutionnaliser dans la
société.
1. économie encastrée dans le social : peut passer par la parenté ou la religion. C'est une
économie peu spécialisée.
2. Économie non encastrée : elle est plus autonome par rapport à l'organisation sociale
(société à économie libérale capitaliste).
Pour rendre compte de la diversité des systèmes économiques, il élabore trois types de forme
d'intégration, cad trois modèles de relation entre économie et social.
1. Réciprocité : rapports symétriques et échanges basés sur le don/contre-don = relation
bilatérale entre groupes symétriques (rapports de parenté ou autre institutions (société sans
classes)
2. Redistribution : appropriation par un centre (comme l'État) puis retour vers l'extérieur =
centre d'autorité redistribue ce qui vient des acteurs (sociétés à rang, à castes ou à classes)
3. Marché : mouvements ont lieu entre différents acteurs au sein d'un système marchand, mais
où la relation sociale s'éteint après l'échange = lien social faible et sphère autonome
Ex : l'état français = société de type marchande avec redistribution mais aussi réciprocité
(cadeaux)
Pour George Dalton, « la différence entre l'économie primitive et le système industriel
marchand n'est pas une différence de degré mais de nature ».
Critiques : renouvèlement de la pensée anthropologique sur l'économie, et travail sur
concept d'institutionnalisation en laissant place à l'historicité
(marché est une construction
dynamique) sont tous autant de nouveaux champs d'étude et de nouveaux horizons pour la
discipline. S'il a su réintégrer le social dans l'économie, Polanyi reste cependant déterministe et pour
Godelier, il n'a poussé assez loin sa conception, en ne s'attachant qu'aux réalités visibles (démarche
trop empirique et pas assez déductive).
3. L'école néo-marxiste : 2e mouvement parallèle
C'est une approche marxiste appliquée à l'anthropologie où se pose les questions de la
production et de la propriété, ainsi que les rapports avec le social. Toute la société repose sur des
soubassements et des structures économiques sous-jacente qui détermine toutes les sphères
(politique, religion, parenté...) qu'il faut s'attacher à identifier pour comprendre l'organisation
générale.
= maitre classique : Karl Marx / Représentant : Godelier, Meillassoux et Salhins
Cette dernière école (pas vraiment une école car diversité et querelles théoriques) se
positionne contre le formalisme et tente d'approfondir le substantivisme (qui s'attachait à l'analyse
des modes de circulation et de distribution des biens) : les marxistes vont s'attacher aux modes de
production. Pour eux, il faut analyser et expliquer les formes et les structures des procès de la vie
matérielle des sociétés à l'aide des concepts élaborés par Marx : notion de mode de production et de
formation économique et sociale. Il faut en fait repérer le mode de production et la formation des
structures pour analyser la manière dont tout s'emboite (notion d'infrastructure/superstructure).
Question posée par Godelier est : une anthropologie économique est-elle possible ?
Pour lui, « les rapports sociaux sont économiques » s'ils assument au moins une des trois
fonctions suivantes dont la combinaison constitue la structure économique d'une société (système
économique) : cela s'applique aux sociétés non-capitalistes.
1. L'accès des groupes et des individus aux ressources naturelles exploitées et aux moyens de
production
2. Le déroulement des divers procès de travail par lesquels les membres d'une société agissent
sur la nature pour répondre à leurs besoins. Les individus sont répartis selon leur sexe, leur
âge, leur groupe social d'appartenance (lignage, caste, classe...) entre les divers procès de
travail nécessaires à la production des conditions matérielles d'existence de chacun et de
tous.
3. Les manières spécifiques dont les produits du travail, individuel ou collectif, circulent dans
la société et sont redistribués = circulation et distribution des richesses.
Pour dépasser la conception substantiviste, il pose deux principes :
- il faut partir de l'analyse de la production et non de celle de la circulation des biens pour
comprendre la logique rel des systèmes économiques.
- L'analyse d'un système économique ne se confond pas avec l'observation de ses aspects
visibles ni avec l'interprétation des représentations des acteurs = remise en cause de l'empirisme
substantiviste (on parlera de structuralo-marxisme en réf à Levi-Strauss : prise en compte des
aspects invisibles et inconscients pour mettre à jour les structures explicatives de l'organisation
sociale).
Concepts clés :
1. Production :

Mode de production : inventaire et étude de ses différentes formes (pêche, chasse, industrie,
agriculture...).
1. Sens restreint : « combinaison, susceptible de se reproduire, des forces productives et des
rapports sociaux de production spécifiques qui déterminent la structure et la forme du procès
de production et de circulation des biens au sein d'une société historiquement déterminée »
(Dupuy)
2. Sens large : Formes déterminées de rapport politiques, idéologiques et juridiques au sein des
rapports sociaux de production (regroupe infrastructure et superstructure)

Procès de travail : relations des hommes entre eux dans leur rapports matériels avec un
environnement déterminé, sur la base d'une technologie (appropriation de la nature) = Dupuy
- à ne pas confondre avec Procès de production : Un ou plusieurs procès de travail et rapports des hommes entre eux dans
l'appropriation des moyens de production et des produits du travail (définit rapports de
production : se présente sous forme de parenté ou de subordination politique ou religieuse).


Facteurs de production : éléments qui entrent en combinaisons pour la production = Objet de
travail (par ex la terre) / Moyen de production (outils) / catégorie de travail (activités humaines)
=> Pour les marxistes, le capital ne rentre pas dans les facteurs de production car il n'est que du
travail cristallisé, cad un rapport social de domination. Marx emploie le concept de forces
productives et pour lui, seul le travail est source de valeur.
Mode de production
Cf Dupuy
=> Pour Godelier, il n'y a donc pas de rapports purement économiques, mais des rapports
sociaux qui ont des fonctions économiques (rapports de production). La nature apparente des
rapports sociaux n'est donc pas importante ; ce qui importe, ce sont les rapports de production sousjacent, cad la fonction réelle de ces rapports. En effet pour les marxistes, il ne faut pas confondre
l'apparence et l'essence des choses (le système économique ne se réduit pas à la somme des faits
économiques observables) = le mode de production (au sens large) est une réalité qu'il faut
reconstruire par la pensée : « c'est procéder étymologiquement de telle sorte qu'on puisse faire
apparaitre la cause structurale de l'économie sur la société. Mais la structure général spécifique de
la société, sa logique d'ensemble, ne sont jamais des phénomènes directement observables comme
tels : ils doivent être reconstruits par la pensée et la pratique scientifique » (définition de l'analyse qui est
l'abstraction par la pensée).

2. Coopération
Coopération simple : on se rassemble pour effectuer le même travail ou analogue
ex : Baruya = préparation d'un jardin avec coopération simple.

Coopération complexe : les différents individus coopèrent dans des actions différentes.
=> formes de réciprocité : échange de quantité équivalente de travail ou de service ou sous forme
de biens ou de rituels = ce système d'échange et d'entraide généralisé n'est paas basé sur des échanges
marchands.
3. Division du travail : basée sur la réciprocité
La division peut sexuelle ou générationnelle = exemple des Minga dans l'archipel Chiloé au Chili :
société traditionnelle avec une division sexuelle du travail autour de la pêche et une organisation
par rapport à la classe d'âge (le plus âgé a le pouvoir sur le bateau).
4. Formation économique et social :
Dans chaque société, il y a une spécialisation dans une seule forme d'économie. Les sociétés
s'organisent sur la base de plusieurs modes de production articulés les uns aux autres d'une manière
spécifique, mais sous la domination de l'un d'entre eux : c'est pour désigner un ensemble articulé
spécifique de mode de production que l'on parlera de formation économique et sociale.
Godelier, au travers des théories marxistes va tenter de dessiner un ambitieux projet pour une
anthropologie économique :
- chercher et découvrir une logique sous-jacente, invisible et explicative des modes de
production au delà des logiques apparentes et visibles.
- déterminer les conditions structurales et historiques de l'apparition, de la reproduction et de
la disparition des divers modes de production et de circulation des biens (étude des sociétés sans
classes)
=> Ainsi l'approche marxiste n'est pas seulement une anthropologie de l'économie (au sens de
sphère autonome de la société), mais bien une approche transversale qui prend en compte la totalité
de l'édifice social : se veut de déterminer derrière les institutions et les rapports sociaux des logiques
sous-jacente en tant que « formes de production et de répartition des biens assurant la base matériel
nécessaire à la vie en société » (Dupuy)
Autres définitions :
Théorie de la valeur, ou valeur travail pour Marx : La valeur des marchandises est égale à
la quantité de travail abstrait socialement nécessaire à leur production. Il s'agit de travail social,
parce que la division du travail est sociale et parce que c'est la société qui évalue les
marchandises : c'est un travail abstrait car le caractère social du travail ne se manifeste que dans
l'échange, où l'on fait abstraction de la forme particulière sous laquelle le travail a été dépensé.
Productivité : étude des facteurs et des formes de la production implique une évaluation
quantitative de la productivité et du rendement du travail. Cela permet de montrer que les sociétés à
tradition peuvent aussi être des sociétés d'abondance (M. Salhins), de même qu'il faut étudier les
rapports entre les forces productives et la densité de la population.
Critiques : Godelier étudie avant tout des sociétés sans marché, domaine délaissé par
l'économie politique. Il ne s'intéresse donc pas à l'entreprise et au marché des sociétés
contemporaines / à l'enchâssement de l'économie et du social au coeur des sociétés capitalistes / à la
nature des rapports engagés derrière la relation marchande, qu'il délaisse aux autres disciplines des
sciences sociales.
CM Anthropologie économique
Échange économique et échange social :
Les théories du don d'hier à aujourd'hui
Marcel Mauss, « Essai sur le don », Anthropologie et Sociologie (1968)
Dans cet ouvrage, Mauss introduit un principe de morale économique. Les systèmes de
transaction humaine dans les sociétés archaïques doivent contribuer à expliquer nos propres
sociétés.
On ne peut s'extraire d'un système de réciprocité don/contre-don = ce n'est pas un système simple
et « gentil », mais un jeu complexe entre les acteurs. Ce système renvoie à un rapport de pouvoir : il
n'est pas désintéressé et il s'impose aux individus (impératif et obligatoire). Si ces derniers n'y
répondent pas, il y a exclusion.
Mauss s'attache alors à analyser des phénomènes d'échange observé par des ethnologues de
terrain, notamment en Polynésie (la Kula de Malinowski) et en Colombie britannique (le Potlatch de
Boas).
Ex : Potlatch chez les Kwakiult, étudié par Franz Boas (1880-90) : système de réciprocité dont la finalité
n'est pas une accumulation de richesse mais une accumulation de pouvoir (lien avec anthropologie
politique).
=> Le potlatch est une pratique sociale concrète que l'on a ensuite conceptualiser pour parler d'un type de
société.
Mauss appelle ce type de compétition, prestation totale de type agonistique = permet de
réordonner la hiérarchie sociale aux bénéfices des plus généreux. Ce système touche en fait de
nombreux aspects de la société : aspects économiques (biens et services), politiques (relations intra
et inter villageoises), le droit, la morale (réciprocité, honneur et générosité) mais aussi la dimension
affective (amitié ou hostilité). C'est cela que Mauss appelle le fait social total : le système du don
est une prestation totale qui permet ordonnancement du pouvoir et de la domination, de la richesse
et du prestige.
1. Fait social total :
L'universalité de l'obligation de l'échange nous amène à une théorie de l'échange : échange
comme principe universel même s'il existe une grande diversité de type de don :
- Contre prestation peut être immédiate ou différée.
- L'offre peur précéder la demande et inversement.
- Le don peut être de même nature que le contre-don, ou non. Les partenaires peuvent être connus ou inconnus.
=> Ces cas peuvent se combiner mais l'échange est toujours codifié.
A partir de l'étude de l'universalité de l'échange, Mauss théorise donc la notion de fait social total,
dont l'objectif est de rendre compte de la totalité sociale. L'ethnologue doit en fait recomposer le tout
social et repérer les moments privilégiés où une société se met en branle en montrant l'intégralité de
ses institutions et de ses représentations.
=> il s'agit de définir le social comme la réalité, mais le social n'étant réel qu'intégré en
système, il ne suffit pas de recomposer des institutions discontinu mais de l'appliquer à l'étude de
l'individu en tant que tel. C'est en effet à travers l'individu, dans son comportement et ses
représentations qu'apparait le fait social total.
Le fait social total est tridimensionnel. Il s'agit de faire coincider la dimension sociale avec : - les
aspects de type synchronique.
- la dimension historique ou diachronique.
- la dimension physiopsychologique.
=> Méthodologiquement, il faut passer par l'individu car l'articulation de ces trois
dimensions ne peut prendre place dans la réalité sociale qu'à travers lui.
Recommandations aux ethnologues faites par Mauss :
4. le fait social total ne signifie pas que ce qui est observé fait nécessairement partie de
l'observation.
5. Il faut s'inclure soit même en tant qu'individu dans l'observation = réflexivité.
2. La théorie du don aujourd'hui :
A. Caillé : « Anthropologie du don le tiers paradigme », revue du M.A.U.S.S. (Mvt
AntiUtilitariste en Sciences Sociales) = Questionnement : le don existe t-il en occident ?
Godbout et Caillé : L'esprit du don
Godbout : Le don, la dette, l'identité
Dans L'esprit du don, les auteurs se demandent pourquoi donne t-on ? Le don a t-il une place dans
la société et l'économie de marché ? Le don existe en occident et est même très important : il s'observe
dans tous les secteurs de la vie sociale.
Les deux auteurs, dans cet ouvrage, se positionnent d'abord dans une approche utilitariste
pour ensuite la déconstruire et montrer la légitimité de leur approche anti-utilitariste : ils ne nient
pas l'utilitarisme mais ils revendiquent seulement une autre lecture pour approcher la société d'une
autre manière car ils pensent que les paradigmes utilitaristes empêchent de voir le don et les
fondements du lien social qui se trouve dans l'économique au sein de la société occidentale.
Les utilitaristes s'intéressent à la valeur d'usage et à la valeur d'échange = les anti vont ajouter à
cela la valeur du lien, c'est à dire ce qui concerne les rapports entre les individus, ce qui vaut un
objet ou un service dans l'ensemble et le renforcement des liens. Le don rentre dans cette valeur du
lien.
Ex du don d'organe : c'est un don à des inconnus (anonyme). Cela est donc différent du don
maussien, qui passe par une socialisation primaire et directe alors que dans cet exemple, la
socialisation est secondaire : y t-il un retour (contre-don) ? En fait, ici, le contre-don est différé dans le
temps, dans l'espace et à travers les acteurs :
- la personne qui donne attend qu'on lui donne un organe si il lui arrive quelque chose. celle qui reçoit s'investira dans des actions altruistes.
Ainsi, le système du don en occident, qu'Alain Caillé appelle le paradigme du don, a
plusieurs caractéristiques :
- il n'implique pas de contre-don immédiat.
- il n'a pas de prix, car souvent le plaisir du geste justifie le don par son auteur. - Le
plaisir du don gratifie à la fois celui qui donne et celui qui reçoit
- les acteurs qui qui ont participé aux dons nient le don.
Les deux auteurs vont ainsi déterminer le paradigme du don comme une troisième voie,
entre les visions holistes et indéterministes.
Paradigme holiste
Paradigme du don
Paradigme indéterministe
ou individualiste
Démarche Déductive
<= Interrelation =>
(le social, c'est l'ensemble des
deux approches)
Démarche Inductive
Bourdieu/Sahlins/Marxistes
Caillé et Godbout
A. Smith/Formalistes
Le paradigme du don ne part des individus, ni de la totalité sociale, mais du milieu, c'est à dire
des interrelations entre les deux approches. Il étudie le lien social au croisement des démarches déductives
et inductives. On est ici dans une approche économique et politique
Définition :
Holisme méthodologique : Interprétation globalisante du fonctionnement et de l'évolution de la
société. Elle suppose que le tout social et culturel est d'une nature différente des éléments qui le
composent (individus, groupes restreints...) = comportements individuels sont analysés comme le produit
des structures sociales (déterminations structurels, contraintes sociales).
Individualisme méthodologique : Démarche selon laquelle « un phénomène social quel qu'il soit
doit, pour être expliqué, être conçu comme le produit de l'agrégation d'actions individuelles » (R.
Boudon). Elle s'oppose à la démarche dite « holiste » qui privilégie au contraire le jeu des structures
pour rendre compte des comportements des agents et des évolutions sociétales = action centrée sur la
rationalité et l'intentionnalité qui se rapproche de l'utilitarisme de l'économie classique et du paradigme du «
choix rationnel ».
3. Quelques exemples de formes alternatives :
- SEL (Système d'échange local) : émerge à partir des 80's en Amérique du Nord et du Sud (se
nomme Modo en Argentine) puis en Allemagne, en Grande-Bretagne et en France. C'est un système
de monnaie locale = structure de type associative qui va échanger localement avec une monnaie
spécifique en dehors des systèmes de marché : échange de biens et de services dans une logique de lutte
contre l'exclusion de manière alternative. Aujourd'hui, il existe plus de 300 SEL en France et cela peut
devenir, à moindre échelle, concurrentiel par rapport au marché. Mais cette logique reste dans une
logique de marché, mais un marché régulé et local = Le SEL réordonne en effet localement les
conditions d'échange. De même Woofing et AMAP.
- RERS (Réseau d'échange réciproque de savoirs) : un bien échangé est équivalent à un bien
échangé, c'est à dire qu'on ne calcule pas d'équivalence (pas de monnaie) mais on comptabilise les
échanges de services : on est chacun son tour enseignant et enseigné, ignorant et savant, ce qui implique
égalité de statut.
CM Anthropologie économique
Anthropologie économique et Parenté
Le rapport entre économique et parenté a été une question centrale pour les subsistantivistes et
les anthropologue d'inspiration marxistes. Pour ces derniers, il y a en effet distinction entre
Infrastructure et Superstructure : cela peut permettre d'illustrer ce rapport.
Les héritiers de Marx voit comme lui que les modes de production de la vie matérielle
conditionne le vie sociale et politique dans son ensemble. Ainsi, l'économique (« la base
matérielle ») constitue l'infrastructure de la charpente et de la formation économique et sociale :
les autres institutions et appareils (parenté, politique, idéologique...) constituent la superstructure et
découlent d'une « logique de causalité structurale ». Ainsi l'anthropologie économique marxiste a
pu appliquer ce modèle pour mettre en rapport le rôle dominant des systèmes de parenté dans de
nombreuses sociétés (sociétés sans classes), et les soubassements économiques de ces sociétés. Ce
questionnement et cette tentative de mise en rapport n'a cependant pas été fluctuante.
=> Godelier remettra en cause la trop grande rigidité du modèle infra et super-structure, mais
admettra, à la suite Polanyi, l'imbriquement des rapports économiques dans les rapports de parenté :
pour lui, en effet « les rapports de parenté fonctionnent comme rapports de production, rapports
politiques, schème idéologique » et la parenté n'est donc pas seulement superstructure mais « à la fois
infrastructure et superstructure ».
= Dans ce type de société (société sans classes), la parenté offre donc un cadre et un
dispositif général dans lequel les rapports fonctionnent comme rapports de production (la parenté est
plurifonctionnelle : elle fonctionne comme un « langage général des relations entre eux et avec la nature
»). La parenté n'est donc pas seulement dans ces sociétés une superstructure (comme elle peut l'être en
occident) mais fonctionne comme infrastructure, c'est à dire qu'elle intervient dans tous les secteurs
de la vie sociale et dans la production.
=> Cette réflexion a été poussé jusqu'à l'explication de la genèse de l'état (quand la parenté
devient seulement superstructure).
6. Le mode de production lignagier et la maisonnée
Lignage : sous-ensemble d'un clan dont l'ancêtre commun est réel et connu (même nommé), unité
autonome et efficiente de l'organisation et de la vie sociale.
Système lignagier : système dépourvu de structure englobante où c'est le canevas des lignages qui
distribue les rapports sociaux.
Claude Meillassoux : cet auteur n'utilise pas directement la notion de mode de production
lignagier mais mais y renvoie. Il explique comment les règles de parenté (généalogie, ordre de
naissance qui peuvent créer hiérarchie dans cellule familiale et dans société) organisent les rapports de
production économique.
Il travaille sur les Gouro de Côte d'Ivoire : société où il n'y a pas de pouvoir centralisé mais
où la cellule sociale, politique et économique est le lignage. Dans cette société, la position clé est
tenue par l'ainé male qui s'accaparent richesse et pouvoir : il est le seul capable d'engager des
rapports matrimoniaux pour lui et ses frères et soeurs puinés et c'est le seul à pouvoir être
polygame. Ses frères dépendent donc de lui pour avoir une femme : leurs richesses sont données
aux ainés et c'est en échange qui leur trouve une femme = renforcement du pouvoir de l'ainé.
=> Dans cette société, la parenté est donc le cadre structurant de la production et de la
circulation des biens. La relation ainé/cadet est en fait très importante dans de nombreuses sociétés
= rapport de pouvoir et de dépendance. + Cf extrait de texte de Meillassoux sur le statut des
femmes
Assier Andrieu : il travaille sur des sociétés pyrénéennes espagnoles, où la notion de Casa
(maisonnée) est le point de structurant de la société qui organisent les activités et la force de travail
autour de trois variables qui conditionnent le nombre et la productivité des membres de la
maisonnée :
- le statut social
- la division du travail (intergénérationnelle et sexuelle).
- les rapports entre le nombre de personne travaillant et la capacité productive
: pas
nécessairement de surplus.
7. Le mode de production domestique : Marshall Sahlins
3. 1968 : Tribesmen. Dans cet ouvrage, Sahlins travaille sur l'économie tribale et tente de déterminer
les facteurs non économiques de la vie en société = dimension politique et la parenté.
Pour lui, la dimension politique et la parenté représente « l'organisation de processus économique [...]
dans les sociétés tribales, le mode de production, qui couvre les rapports de production et les moyens
intermédiaires, devraient être qualifié de domestique ou de familiale au vue de la position stratégique
assumée par les critères domestiques individuels. »
Ex : travail de Marguerite Dupire au Niger chez les éleveurs nomades Peuls (Afrique de
l'ouest) : société sans classes. C'est un ensemble de société pastorale où l'essentiel du procès de travail
se déroule dans le groupe domestique, et tout cela autour du troupeau : il y a peu de moyen matériel (peu
d'outils) et c'est la taille du troupeau qui détermine la taille de la famille.
=> Ici, le mode de production dépend donc de l'unité domestique : il faut comprendre cette
dernière pour déterminer le mode de production = il y a importance de la parenté dans la
répartition des moyens de production et dans sa reproduction (et donc dans la reproduction des
rapports sociaux qui lui correspondent).
Certaines activités sont faites au campement qui est une unité de corésidence plus vaste que le
groupe domestique car en regroupe plusieurs = le campement et la famille sont les éléments les plus
importants de l'organisation socio-économique. En fait, la constitution d'une famille correspond à la
constitution d'un nouveau troupeau : il y a assimilation de la circulation des femmes avec la circulation
de bétail, de même que la transmission de droit sur le bétail se déroule dans le cadre d'échanges
lignagiers et matrimoniaux.
Chaque mariage est ici endogamique (à l'intérieur du groupe : segmentation du groupe de
parenté) car cela garantie la permanence des biens lignagiers.
=> Les rapports de production s'organisent donc au sein des groupes domestiques.
Cependant, ces groupes ne sont pas autarcique car même si ils produisent la plupart de leur besoin, il y a
quand même des échanges avec d'autres groupes.
4.
La perspective des échanges au sein de l'unité domestique relève du mécanisme de la
réciprocité : on se base sur l'échange sociale tel que dans les travaux de Polanyi, ou sur les théories
maussiennes du don.
Dans Age de pierre, âge d'abondance (1976) de Sahlins, le mode de production domestique
combine différents types de caractéristiques :
- la division sexuelle du travail.
- une relation primitive de l'homme et de l'outil (technologie peu développée). une production de type subsistance.
- « une intensité du travail variant en raison inverse de la capacité de travail relative de
l'unité de production » = ce n'est pas parce qu'on est dans une population plus importante que l'on
va produire plus pour faire du surplus, mais l'on va au contraire ajuster le temps et les conditions de
travail aux besoins (on ne cherche pas le surplus, mais juste à répondre aux besoins nécessaires à la
population).
Société d'abondance : celles qui ont tout ce qui leur faut pour répondre à leur besoin et qui n'ont pas
besoin de faire de surplus.
=> Dans le cadre du mode de production domestique, Sahlins développe l'idée que l'économie
primitive est une économie de sous-production : les ressources ne sont pas totalement utilisée et la main
d'oeuvre est sous-employée. En fait, si le travail n'est un travail aliéné, il ne dégage pas de surplus.
Ainsi, la sous-production s'inscrit dans la nature même des systèmes économiques ordonnés en
fonction des groupes domestiques et des relations de parenté. Ce qui important n'est pas la quantité de
production mais l'objectif que l'on fixe à l'économie (auto-suffisance ou surplus). L'auto-suffisance
fonctionne dans les sociétés à mode de production domestique alors que le surplus entraine un
renforcement du pouvoir politique.
3. Entraide et solidarité familiale en occident :
- Notion d'entraide : renvoie à l'approche en terme de réciprocité, dans une socialisation de type
primaire = se déroule dans le cadre familiale ou de l'entourage (amis, voisins) dans un système de
réciprocité qui permet la constitution du lien social et des réseaux sociaux.
- Notion de solidarité : objet politique en lien avec les politiques publiques sur la question de l'inégalité
sociale dans le cadre d'un type d'économie de redistribution = objectif de recréer une cohésion sociale.
C'est un système de socialisation secondaire.
Ici, on aborde la question de l'impact de l'entraide et de la solidarité sur les populations
concernées : est-ce que l'exclusion du marché du travail d'un certain nombre d'individu a favorisé
l'entraide familiale et est-ce que cette entraide a permis de combler le vide de l'exclusion créée. Ces
problématiques ont émergées en sociologie et en anthropologie dans les 80's dans une période de
crise de l'emploi et de développement du chômage. Le premier ouvrage sur le thème de l'entraide et
de la solidarité familiale est Vivre sans famille ? Les solidarités familiales dans le monde
d'aujourd'hui de Agnès Fitrou en 1978.
=> Ce travail a permis de mettre en lumière les systèmes d'entraide familiale et leur
conséquence économique, en fonction des positions et classes sociales (questions du logement, des
vacances, de la promotion professionnelle ou de la vie quotidienne). Ces systèmes d'entraide
peuvent s'apparenter à un système de réciprocité dans lequel on donne te l'on reçoit, c'est à dire que
l'entraide n'est jamais à sens unique.
En 1997, dans L'Année Sociologique, l'article « Qui aide qui ? Pourquoi ? » de Degenne et
Lebeaux reprend ce thème de recherche. Les résultats de la recherche montrent que les échanges
sont plus importants au sein de la famille qu'à l'extérieur, mais aussi que les individus pensent
souvent qu'ils donnent plus que ce qu'ils reçoivent. Enfin, la réciprocité est bien souvent différé
dans le temps : entre ce qu'on donne et ce qu'on reçoit, il peut y avoir plusieurs années, voire
décennies.
Les échanges intra-familiaux se déroulent avant tout dans la famille nucléaire (proche) et
moins dans la famille élargie, et même plus spécifiquement entre ascendant et descendant. Ensuite
viennent les amis, et enfin les voisins. Tout ceci reste vrai quelle que soit la classe d'âge entre 30 et 70
ans (démarche quantitative).
=> L'échange est restreint (et non généralisé) dans ce type de réciprocité : il n'est pas direct. On
est en fait dans la recherche de l'équilibre dans cette relation d'échange mais cet équilibre n'est jamais
atteint.
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