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AFRICAN UNION
UNION AFRICAINE
UNIÃO AFRICANA
Addis Ababa, ETHIOPIA P. O. Box 3243 Telephone: 517 700 Fax: 517844
Désendettement de l’Afrique : analyse du profil
de la dette et proposition africaine de sortie du
surendettement.
Etude Réalisée par
Professeur Moustapha KASSE
Mme Gnounka TOURE DIOUF
Rapport de la Commission
Juin 2005
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Introduction
Cette étude sur la Dette extérieure et le désendettement de l’Afrique est une
idée lancée lors du Sommet de l’Organisation qui s’était tenu à Lomé en l’an 2000. Le
Président Abdoulaye Wade avait fait partager à ses Collègues que le surendettement
des pays africains continue de constituer un sérieux obstacle à la croissance et au
développement économique de cette région et qu’il importe enfin de prendre
l’initiative d’une proposition africaine de désendettement du continent. Depuis, la
dette fut réinscrite dans l’agenda de l’Union Africaine et de la Commission
Economique pour l’Afrique. Différentes rencontres des Experts africains et de la
Société civile (Dakar en 2004 et Addis-Abeba en mars 2005) se sont achevées par la
Réunion des Ministres Africains et de l’Economie et des Finances à Dakar le 17 mai
2005 sous la Présidence effective du Président Abdoulaye Wade et de Monsieur
Alpha Oumar Konaré Président de la Commission de l’Union Africaine.
Les informations et les évaluations les plus contradictoires courent sur la dette
africaine. Les controverses portent presque sur tous les aspects : le profil, les causes,
les montants encaissés et décaissés, l’encours et les solutions.
Aujourd’hui, le problème de la dette semble relever d’un paradoxe dans la
mesure où « on est passé d’une situation où il fallait s’endetter pour financer la
croissance à une autre où il faut renoncer à la croissance pour rembourser la dette.»
Face aux controverses incessantes sur la viabilité et la soutenabilité de la dette,
il importe de faire un diagnostic exhaustif pour dégager le profil ritable de cette
dette en vue de formaliser une position africaine rigoureuse, cohérente et soutenable.
C’est l’objet principal de cette étude.
I- Contexte général et profil de la dette africaine.
Parmi toutes les régions en voie de développement du monde, l’Afrique a été
la plus durement touchée par le problème de l’endettement extérieur. Le stock de la
dette extérieure africaine était négligeable dans les années 70. La plupart des pays du
continent n’ont pas eu recours à l’emprunt extérieur pour le financement de leur
développement. Les ressources générées par le boom des produits de base, avaient
constitué la principale source du financement du développement. Toutefois, les
décennies 80 et début 90 ont été caractérisées par une croissance rapide du stock de la
dette extérieure des pays africains. De 114 milliards de US $ en 1980, la dette a atteint
339 milliards de US $ en 1995. La tendance s’est inversée à la fin des années 90 et le
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montant du stock de la dette extérieure des pays africains s’est élève à 281 milliards
de US $ en 2001.
Il reste vrai que l’endettement extérieur ne peut pas être résumé dans un seul
chiffre, mais doit être apprécié en comparaison avec le revenu produit par l’économie
et la capacité de l’économie à générer les recettes d’exportation nécessaires au
paiement du service de la dette d’année en année.
La classification standard
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distingue trois catégories différentes de pays sur la
base des ratios présentées ci-dessus :
- Lourdement endetté avec un ratio service de la dette/ recettes
d’exportations de plus de 220% ou ratio dette/PIB de plus de 80%),
- Modérément endettés avec un ratio service de la dette/recettes
d’exportations entre 132% et 200% ou ratio dette /PIB entre 48% et
80% ;
- Faiblement endettés avec un ratios plus favorables
Cette classification standard appliquée aux pays africains, conduit à
l’élaboration du tableau suivant :
Table 1: Countries by categories of “indebtedness”
Pays
Faible
Modéré
Lourd
Faible revenu (39)
(supérieur à 755 US $/hab.)
4
9
26
Revenu moyen (14)
(entre 756 US $ et 9 265 US $/hab.)
12
1
1
Total (53)
16
10
27
Le moins que l’on puisse observer est la situation d’endettement du continent
est caractérisé par un fort degré d’hétérogénéité, même si la catégorie des pays à
faibles revenus lourdement endettés concerne presque plus de la moitié des pays
alors que la catégorie des pays à revenus moyens avec un faible taux d’endettement
rassemble seulement 1/5 des pays.
Dans une perspective à long terme, la structure de la dette extérieure des pays
africains a, cependant, considérablement changé. Alors qu’en 1980, la composition de
la dette était à 14% de type multilatéral, 33% bilatéral et 53% privé, la structure est
passée, en 2000, respectivement à 28% de type multilatéral, 48% bilatéral et 24%
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World Bank, Global Development Finance, 2002.
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privé. Ainsi les principales particularités sont-elles le déclin de la part des créanciers
privés qui ont été compensés par une implication croissante des créanciers publics,
notamment multilatéraux qui ont, de loin, constitué le principal créancier de
plusieurs pays africains parmi les plus pauvres.
1) Aux origines de la dette africaine : les causes internes
et externes de l’endettement.
La crise de la dette extérieure des pays africains qui s’est manifestée à partir
du début des années 80 résulte de la conjugaison de facteurs externes et externes
Les facteurs externes
L’environnement international des années 80 est marqué par des mutations
profondes (globalisation financière, développement des innovations financières,
fortes fluctuations des taux de change effectifs réels, dégradation des cours des
matières agricoles et minières,etc.) qui ont engendré des conséquences notables sur
l’équilibre macroéconomique des pays africains qui sont restés pour l’essentiel
producteurs et exportateurs de matières premières d’origine agricole et minière. La
capacité d’absorption du capital limitée des pays pétroliers ne leur avait pas permis
de transformer en investissement physique les excédents de leur balance courante
issus des deux chocs pétroliers des années 70. Le recyclage des pétrodollars par les
banques privées internationales, la conjoncture défavorable des pays industrialisés et
l’absence de régulation des marchés de capitaux internationaux notamment les
places financières off shore (déficit de surveillance, non respect par les banques
privées internationales des règles prudentielles) ont conduit à une orgie de crédit en
faveur des pays en développement.
En outre, la modification de la politique monétaire aux Etats-Unis avec le
passage d’une politique axée sur les taux d’intérêt à un contrôle de la base monétaire
a eu pour conséquence une montée vertigineuse des taux d’intérêt américains et
internationaux. Ces derniers sont passés de 12% environ à 18%.
Cependant, le surendettement (les causes du surendettement ?) de l’Afrique
ne provient pas uniquement de l’Extérieur, il tient aussi à des facteurs internes qu’il
ne faut pas occulter.
Les facteurs internes
Les politiques de développement volontaristes qui ont été mises en œuvre au
lendemain de l’accès à la souveraineté internationale des pays africains se sont
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traduites par une forte présence de l’Etat dans la vie économique, l’application de
mesures protectionnistes par le biais des politiques d’import substitution. Le
caractère figé du modèle de développement adopté et les inefficiences y afférentes
(hypertrophie du secteur public, mauvaise gestion des entreprises d’Etat, arbitrage
en faveur des dépenses de consommation au détriment des dépenses
d’investissement, etc.) se sont traduites par une dégradation des performances
économiques. L’endettement extérieur était devenu inévitable pour des pays vivant
au dessus de leurs moyens c'est-à-dire où le train de vie de l’Etat et l’absorption
domestique de manière générale sont nettement supérieurs aux revenus distribués.
Par ailleurs, le financement de projets non rentables et la surévaluation du
taux de change qui encourage les importations et freine les exportations ont constitué
également des facteurs déterminants du surendettement extérieur des pays africains.
Tableau 2 : Evolution du stock de la dette des pays de l’Afrique Sub-Saharienne (Unité :
milliards dollars américains)
1970
1980
Dette totale
6,9
60,9
Dette à long terme
6,1
46,7
Dette directe et garantie
5,8
42,1
Privée non garantie
0,3
4,6
Utilisation des crédits du FMI
0,1
3,0
Dette à court terme
0,8
11,2
Source: Global Development Finance
2) Profil et soutenabilité de la dette.
Quand, vers la fin des années 1970, la situation favorable à une croissance
rapide s'est détériorée, les pays en voie de développement ont continué de s'endetter;
les capitaux empruntés servaient de moins en moins à financer les investissements,
mais couvraient principalement les déficits de la balance des paiements courants et
les déficits budgétaires. Le cercle vicieux de l'endettement s'était installé. La
diminution rapide des recettes d'exportation des pays endettés et l'élévation des taux
d'intérêt réels ont fini par rendre patent l'échec de ce système d’endettement.
Après avoir connu un vent de panique en 1982, à la suite de la défaillance du
Mexique, les créanciers occidentaux ont développé plusieurs systèmes pour
augmenter la sécurité de leurs créances. Parmi ces mesures, la première fut un quasi-
arrêt des flux de prêt, notamment privés, à destination des pays en voie de
développement. Ainsi, depuis le milieu des années 1980, la somme des flux financiers
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