
Dans le commerce avec les Indes orientales, deux produits deviennent importants au cours du
siècle : le thé et le café. Le thé est importé par la Compagnie des Indes depuis la Chine et ce
commerce passe de 8 000 £ en 1701 à 848 000 £ en 1772 (Price, in P. J. Marshall, 1998, p.
83). Concernant le café, importé depuis l’Arabie et Java, l’essentiel est réexporté sur le
continent européen. Le commerce avec l’Asie, au cours de cette période, est aussi un
prolongement de la période antérieure, s’agissant notamment des importations de poivre et
autres épices d’une part, et de cotonnades, de mousselines et de soie, d’autre part (les calicots
indiens étaient très demandés en Europe depuis le XVIIe siècle). En moyenne, on importait
dans les bonnes années, 750 000 pièces de calicots indiens (Marshall, 1998, p. 487).
Le commerce d’exportation des produits manufacturés britanniques
L’autre élément important dans les échanges entre l’Angleterre et ses colonies d’Amérique est
l’exportation des produits manufacturés. L’Angleterre vendait deux fois plus qu’elle
n’achetait et la plupart des colonies compensaient ces déficits par des ventes dans les autres
colonies françaises ou en Europe méditerranéenne. Les colonies s’imposent de plus en plus
comme un grand marché pour les produits anglais et non plus seulement comme une source
principale d’approvisionnement en produits tropicaux et autres matières premières [Postan et
Hill, 1977, I, p. 442]. Entre 1700 et 1773 la part du commerce colonial dans le commerce
extérieur britannique est passée de 15% à 50% (J. Price in P. J. Marshall, 1998, p. 101) et la
moitié de ce commerce concerne l’Amérique du Nord. De fait, on peut considérer que les
colonies américaines deviennent un véritable marché, en forte croissance pour les produits
anglais. Les exportations à destination des colonies américaines représentent 10,3% en 1700,
15,6% en 1750 (57,4% en 1797) [Brasseul, 1997, p. 204]. Entre 1744 et 1758 leur montant a
triplé. Les produits lainiers sont les premiers produits exportés et le marché américain est en
pleine expansion puisque la population de l’Amérique du nord a été multipliée par neuf entre
1700 et 1775.
Ces nouveaux marchés compensent les reculs sur les marchés européens [Verley, 1997, p.
449]. Les produits lainiers représentent toujours le gros des exportations : en 1760 les
exportations de cotonnades représentent 50% de la production et les lainages 46% [Crafts,
1984, p. 306] Cette croissance des exportations est à rapprocher naturellement de la
croissance démographique : 1,2 million en 1750, 3 millions en 1783 [Léon, 1978, III, p. 147].
Les exportations constituent un véritable aiguillon pour le secteur manufacturier et notamment
pour les cotonnades même s’il est difficile d’établir une réelle et unique causalité entre
exportations vers le nouveau monde et croissance économique britannique. Pour les toiles de
lin et de coton, la croissance des exportations est beaucoup plus rapide que celle de la
production et donc pour ces produits et pour la fabrication d’objets en métal, mais aussi pour
des produits aussi divers que le cuir, les céramiques, le savon, les bougies, l’évolution de ces
marchés extérieurs est un véritable stimulant à la croissance [Verley, 1997, p. 451] même s’il
y a en effet interdépendance entre les importations nécessaires à la production et les
exportations qui jouent à leur tour un rôle sur la production [Cochet et Henry, 1995, p. 307].
Cette demande outre atlantique est d’autant plus intéressante pour l’Angleterre qu’elle
provient d’un espace géographique en pleine expansion tant sur le plan économique que
démographique. Ce développement est due beaucoup moins à l’émigration, chaque colonie se
développant à partir de sa propre base [Poussou, 1998, p. 90], ce qui n’est toutefois pas le cas
des noirs que la traite continue d’amener très régulièrement.