En arrivant à 12h45 dans le service des urgences où je suis

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Description de situation
:
Adapter un soin pour ne pas tomber dans l'incontinence.
En arrivant à 12h45 dans le service des urgences où je suis stagiaire en
deuxième année depuis une semaine et demi, je relève l'équipe du matin qui
est composée de deux infirmières, une aide soignante, deux médecins et de
I'ASH. L'équipe suivante avec quije prends mon service se compose, de deux
infirmières, une aide soignante, deux médecins, plus un interne.
Ainsi, peu de temps après, commencent les transmissions ; il n'est pas
mentionné de problèmes particuliers sauf au moment où l'infirmière aborde le
cas d'un patient nommé Mr M décrit comme étant « embêtant »n'ayant pas
arrêté de les solliciter. Aussitôt cette caractéristique fait l'approbation générale
de I'équipe du matin. Cette réaction m'étonne quelque peu et m'incite à
m'intéresser de plus près à.la situation de ce patient. C'est alors qu'il est décrit
comme un jeune de 29 ans ayant amené par les sapeurs-pompiers à l'aube
pour cause d'ébriété sur la voie publique. ll avait été retrouvé inconscient suite
à l'ingestion excessive d'alcool, les circonstances de son intoxication étaient
restées inconnues.
Ensuite, il est ausculté par le rnédecin de garde, les manifestations
cliniques en présence sont : logorrhée avec parole hachée , incoordination
motrice, agitation excessive alternée avec des périodes hypotoniques.
L' anamnèse et les résultats sanguins toxicologiques confirment le diagnostic
d'intoxication éthylique aiguë. L'hospitalisation est demandée pour une
surveillance toutes les heures jusqu'au retour de ses fonctions relationnelles.
Une fois les transmissions terminées, je commence la prise en charge des
patients hospitalisés étant donné que le nombre de consultants dans le service
est relativement faible.
D'autre part j'ai une légère appréhension quant à l'approche thérapeutique que
je dois mettre en æuvre vis à vis de Mr M à cause de sa présentation clinique
(risque d'agitation, d'agressivité) et que c'est la première fois que je prends en
charge un patient intoxiqué par ingestion excessive d'alcool ( le module
« psychiatrie lll : les addictions » n'ayant pas encore été abordé par des cours
théoriques dans le cadre de ma formation).
En rentrant dans la chambre de Mr M, je m'assure de son identité puis me
présente à lui
;je suis tout de suite interloqué puisque je constate que
les
symptômes déclinés précédemment n'apparaissent plus ( sachant qu'il est à ce
moment 13h et qu'il a été admis aux urgences vers 6h du matin : il y a environ
7h de décalage).
Tout d'abord je le retrouve en position assise sur son lit, il est vêtu d'un
caleçon, ses vêtements sont à terre, souillés par sa propre vomissure.
ll a l'air serein et pacifique et il m'interpelle aussitôt en me disant : « est-ce que
tu peux aller chercher l'infirmière pour moi, cela fait longtemps que je
l'attends
>>.
A ce moment je fais la déduction que celle-ci a entamé un soin qu'elle a omis
d'achever à l'égard de Mr M ; ainsi donc pour éviter toute situation conflictuelle
compte tenu de son profil, je préfère aller chercher directement ma collègue.
Je vais de suite la trouver afin de luifaire part de la sollicitation de Mr M. C'est
alors que la situation se renverse et que tout s'accélère. L'infirmière me dit sur
un ton contrarié :
« ce garçon Ià commence
à m'éneryer, je vais lui mettre une
couche pour le calmer...dis lui que j'arrive ! ».Déconcerté par ce qui se passe
je vais quand même le voir pendant qu'elle va chercher son matériel.
Parvenu au chevet du patient, je lui confirme que ma collègue est sur le point
d'arriver et je profite pour lui poser certaines questions :
-est-ce que tu veux uriner ?
-ll me répond
<<
oui
>>
-Est-ce que tu peux te lever ?
-ll me répond vaguement : « je ne sais pas...attends
»
Au même moment, l'infirmière rentre et lui dit : « je suis pressée, tu vas
mettre ça sur toi. Puis elle lui enfile une casaque et lui met une couche-culotte
alors que je reste un peu à l'écart car je suis confondu et désorienté par la
motivation et la finalité de ce soin. Je me demande ce qui est en train de se
passer. Puis nous sortons , elle se dirige vers les vestiaires et me dit « à
,
a
demain », mais je n'ose rien lui dire , car je suis toujours abasourdi par la scène
à laquelle je viens d'assister mais je continue néanmoins ma prise en charge
des patients venus consulter. Puis un quart d'heure plus tard , je décide d'aller
trouver Mr M pour constater l'évolution de son état
le vois debout à l'entrée de la salle de soins
.A
ma grande surprise, je
;je me dirige vers lui pour
lui
demander ce qu'il veut ; il me répond : « je veux téléphoner à ma mère ». Je lui
accorde sa requête et lui permet de rentrer dans la salle de soins pour
téléphoner. Je reste auprès de lui pour prévenir une chute éventuelle ; en
observant sa tenue la situation est plutôt burlesque mais je me pose beaucoup
de questions à savoir comment ce jeune d'une trentaine d'années (également
mon âge) a pu se retrouver dans un hôpital en couche et en casague alors qu'il
n'était pas incontinent et n'avait aucune intervention chirurgicale de prévue.
Le fait d'avoir posé des changes dans ce cas précis à Mr M pourrait-il constituer
une maltraitance institutionnelle à son insu (étant dans une position de
faiblesse)?
L'infirmier est-il conscient de cela, et a-t-il les moyens d'éviter le dérapage d'un
soin en un non-soin ?...
Le comportement de l'infirmière a suscité en moi de nombreuses
réflexions quant à son choix de poser une couche à ce patient. Dans un premier
temps, j'ai assimilé ce soin à un manque de respect pour Mr M parce qu'il ne
semblait pas approprié.
Tout professionnel soignant exerce dans l'observance des droits des patients et
en cohérence avec les règles professionnelles dans le cadre de l'article
R4331 1-3du décret 2004-BA2 du 24 juillet 2004 CSP qui stipule que l'infirmier
doit assurer les
soins liés aux fonctions d'entretien et de continuité de la vie et
visant à compenser partiellement ou totalement un manque ou une diminution
<<
d'autonomie d'une personne »et « agir en toute circonstance dans l'intérêt du
patient ».
Aussi, avec le recul et avant toute conclusion hâtive, il me paraît important de
comprendre dans un premier temps les conditions qui étaient réunies lors de
cet acte de soin et les raisons qui pourraient expliquer le choix de l'infirmière.
Dans un second temps, je tenterai de faire ressortir de cette situation clinique
l'impact sur mon exercice infirmier en tant qu'étudiant avec les forces et les
faiblesses qui en découlent.
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