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n° 95 • 1er trimestre 2017
Le gros intérêt du cone beam est quand même de
présenter un niveau global d’irradiation bien inférieur
au scanner médical, de l’ordre de 3 à 10 fois moindre
selon les champs et programmes sélectionnés.
SC : Peut-on faire un cone beam à une femme
enceinte ?
TF : Les doses émises sont limitées et corres-
pondent à quelques jours d’irradiation naturelle.
Cependant des précautions doivent être prises : le
port d’un tablier plombé, la sélection d’un champ le
plus réduit possible, le choix de paramètres d’acqui-
sition -basse dose- proposés aujourd’hui par les
constructeurs…
SC : Y a-t-il des contraintes minimales
d’âge ?
TF : Il faut garder en tête que le risque des rayon-
nements ionisants est deux fois plus élevé pour un
adolescent, et trois fois supérieur pour un enfant
de moins de 10 ans.
SC : Le cone beam est-il remboursé par
l’assurance maladie ?
TF : Comme évoqué plus haut, la mise en place en
juin 2014 de la classification commune des actes
médicaux (CCAM) a généré un libellé correspondant
à un examen cone beam : « radiologie volumique
par faisceau conique du maxillaire, de la mandi-
bule et/ou d’arcade dentaire ». Le code CCAM est
LAQK027. Sa tarification est de 72,66 €.
SC : Quelles sont les contraintes pour instal-
ler un cone beam ? Peut-il être installé dans
une salle ayant servi auparavant pour une
téléradiographie ?
TF : Les conditions d’installation d’un système cone
beam sont les mêmes que celles des systèmes
panoramiques dentaires.
Conformément à l’article R. 1333-19 du code de la
santé publique, le cone beam relève d’une décla-
ration ASN (DEC/GX).
Comme ces systèmes autorisent en général des
examens panoramiques et volumiques, ils entrent
dans la catégorie « Appareils de radiographie
endobuccale, appareils de radiographie panora-
mique avec dispositif de tomographie volumique
dentaire à faisceau conique ».
La procédure de déclaration impose : La
désignation d’une Personne Compétente en
Radioprotection / L’exploitation du système par
des personnels autorisés ayant validé la formation
à la radioprotection du patient (formation valide 10
ans) / Une implantation dans des locaux conformes
à la nouvelle norme NF C 15-160.
SC : Quelles sont les indications du cone
beam ? Y a -t-il des contre-indications ?
TF : Le rapport 172 : « Cone Beam CT for dental
and maxillofacial radiology » publié dans le cadre
Européen Sedentexct est la référence internatio-
nale la plus complète en matière de justification des
actes cone beam.
Les indications sont les suivantes.
Évolution de la dentition :
• Examens de champ localisés (petits champs) :
Localisation de dents incluses/Résorption
externe liée à une dent incluse/Fente palatine/
Ancrage orthodontique temporaire par mini
implants.
• Examens grand champ : Orthopédie dento-
faciale.
Restauration de la denture : Diagnostic de
lésions carieuses/Évaluation de l’état parodontal/
Évaluation de lésions périapicales/Endodontie/
Traumatismes dentaires.
Chirurgie : Exodontie/Implantologie/Lésions
osseuses/Traumatismes de la face/Chirurgie
orthognathique/ATM.
Les contre-indications proviennent de la pré-
sence de matériau radio-absorbant à proximité
des régions à évaluer (métal, matériaux de com-
blements canalaires). Ces matériaux génèrent
des artefacts dans l’image qui peuvent fausser
un diagnostic et/ou une évaluation sur ou aux
environs proches de ces structures. Évaluation de
l’ostéointégration implantaire : contre-indiquée.
Évaluation de fracture radiculaire sous tenon :
contre-indiquée. Évaluation de lésions carieuses à
proximité de couronnes métalliques : contre-indi-
quée. Évaluation du comblement volumique d’un
canal radiculaire : contre-indiquée.
Les limitations : Le cone beam est une techno-
logie d’imagerie des tissus osseux et dentaires. Il
n’est absolument pas adapté à l’exploration des
tissus mous ; disques articulaires et/ou ligaments
de l’ATM, par exemple.
SC : Qu’est-ce que le cone beam apporte de
plus que le scanner pour les dents incluses ?
TF : Une irradiation du patient jusqu’à 10-15 fois
inférieure (en utilisant un champs localisé), et une
définition bien plus grande de l’image (voxel de
150 µm au lieu de 600 µm pour le scanner).
SC : Et pour les implants ?
TF : Même chose que pour les dents incluses. Plus,
en général, un niveau d’artefacts (dû aux implants)
dans l’image bien moindre.
SC : Dans quels cas le scanner doit-il être
préféré ?
TF : Pour les explorations des tissus mous, les
explorations carcinologiques, les examens injectés.
SC : Le cone beam peut-il remplacer l’appa-
reil radiologique dans un cabinet d’ortho-
dontie ?
TF : Dans la mesure où l’ « appareil radiologique »
cité dans la question est un système de panora-
mique dentaire + céphalométrique, oui.
Car la plupart des systèmes cone beam actuels
sont des systèmes « 3 en 1 », associant imagerie
panoramique (2D), céphalométrique (2D) et volu-
métrique (3D).
SC : Que peut-il apporter de plus que les
radiographies conventionnelles dans le bilan
orthodontique ?
TF : Bien qu’il n’y ait pas de différence dans la pré-
cision des mesures réalisées sur des téléradiogra-
phies classiques (2D) et des reconstructions faites
à partir de volumes, le niveau d’irradiation d’une
acquisition volumique reste bien supérieur à celui
d’une acquisition téléradiographique, d’autant plus
qu’il s’adresse à une population pédiatrique.
Néanmoins, la 3D peut s’avérer intéressante pour
la simulation et la planification des déplacements
orthodontiques. Le développement d’analyses
céphalométriques 3D pourrait également conduire
à réévaluer l’indication en fonction de la pertinence
diagnostique et de l’intérêt thérapeutique.
SC : Le cone beam apporte-il des informa-
tions intéressantes pour l’étude des troubles
des ATM ?
TF : L’exploration cone beam des ATM se limite prin-
cipalement à la pathologie ostéo-cartilagineuse
dégénérative arthrosique et ostéo-arthritiques.
Peut-il remplacer le bilan long cône pour les
patients souffrant d’une parodontite ?
Selon la HAS, « le cone beam pourrait se substi-
tuer à l’avenir à l’examen long cône pour le bilan
parodontal et il pourrait présenter un intérêt par-
ticulier pour le diagnostic différentiel des lésions
endo-parodontales avec des signes cliniques et
une symptomatologie mal définis. »
Les examens cliniques et radiographiques 2D
sous-estiment souvent la sévérité des lésions
inter-radiculaires en comparaison au cone beam.
Le cone beam est un examen assurant une bonne
détection préopératoire des lésions inter-radicu-
laires et de leur sévérité.
Ses apports par rapport aux incidences conven-
tionnelles sont une situation de l’alvéolyse
inter-radiculaire, une lecture de l’alvéolyse inter-
radiculaire dans le sens corono-apical et une
meilleure lecture de l’anatomie dentaire : racines
fusionnées, hauteur du tronc radiculaire.
SC : Quels sont les pièges du cone beam
(artefacts…) ?
TF : Les deux principaux « ennemis » de l’imagerie
cone beam sont les mouvements du patient, qui
introduisent du grain (bruit) dans l’image, des
dédoublements et/ou des flous de structures, une
augmentation des artefacts dus aux matériaux
radio-absorbants et les matériaux très radio-
absorbants (couronnes métalliques, tenons…) qui
génèrent des artefacts autour desdites structures,
empêchant souvent une bonne évaluation et un
bon diagnostic.
SC : Pour conclure, pensez-vous que le cone
beam constitue une révolution ?
TF : Une révolution en ce sens où son utilisation a
un impact majeur sur les protocoles cliniques.