
115REVISTA DE LA CEPAL • NUMÉRO SPÉCIAL
MONDIALISATION ET CRISES FINANCIÈRES EN AMÉRIQUE LATINE • ROBERTO FRENKEL
l’Argentine mais aussi plusieurs autres pays latino-
américains dont la situation était relativement plus
solide (Ffrench-Davis, 2001).
Les crises du Mexique (1994-1995), de l’Argentine
(1995), du Brésil (1998-1999) et une nouvelle crise en
Argentine (2001-2002) ont frappé les pays qui avaient
reçu le plus grand volume de capitaux dans les phases
d’essor préalables. Ces pays correspondent également
aux économies latino-américaines de plus grande taille
et aux plus grands «marchés émergents» formés dans
la région.
Un examen sommaire des cas mentionnés permet
de détecter certaines caractéristiques communes des
contextes institutionnels et de politique économique
dans lesquels se sont déclenchées les crises: i) un taux
de change nominal fixe ou quasi fixe; ii) une
appréciation du taux de change réel; iii) des barrières
pratiquement inexistantes aux mouvements des
capitaux; iv) des entrées considérables de capitaux durant
la période d’essor préalable à la crise en tant que
pourcentage des marchés nationaux financiers et des
capitaux préexistants; v) une réglementation faible et
laxiste des régimes financiers nationaux durant la phase
d’expansion.3 Des études plus approfondies des
expériences en question montrent que, outre les
caractéristiques mentionnées, celles-ci font preuve d’une
dynamique macro-économique cyclique marquée par
une phase initiale d’expansion, suivie d’une période
de stagnation ou de récession, une fragilité financière
croissante sur les plans interne et externe et, finalement,
une crise financière et de change. L’économie argentine a
subi ce cycle à deux reprises au cours de la décennie, le
régime de convertibilité ayant survécu à la crise provoquée
par l’effet tequila en 1995. L’année suivante, l’économie
argentine connaissait une autre brève phase d’expansion
caractérisée par un nouvel accroissement de l’entrée de
capitaux qui a duré jusqu’à la crise asiatique. Le point
d’inflexion de ce deuxième cycle a été atteint en 1998.
Les contextes institutionnels et de politique macro-
économique décrits ci-dessus sont le résultat de la mise
en œuvre de programmes qui combinaient plusieurs
réformes telles que l’ouverture commerciale ainsi que
l’ouverture et la libéralisation du compte des opérations
en capital, accompagnées de privatisation, de réformes
budgétaires et de mesures de déréglementation sur
d’autres marchés, avec des politiques macro-
économiques anti-inflationnistes axées sur le taux de
change fixe ou quasi fixe. Ce type de programme a été
mis en œuvre par le Mexique en 1988, par l’Argentine
en 1991 et par le Brésil en 1994.
2. Les expériences menées dans le Cône Sud
Il a été mentionné que, parmi les premières expériences
régionales d’insertion financière internationale menée
dans les années 1970, certaines, comme celle de
l’Argentine et du Chili, anticipaient les modèles qui
allaient se généraliser durant la décennie 1990. Lesdites
«expériences de libéralisation du Cône Sud»
conjuguaient des réformes financières et commerciales
draconiennes et des mécanismes macro-économiques
fondés sur un taux de change préfixé et une politique
monétaire passive. Les réformes conduisaient à
l’ouverture et à la déréglementation des flux de
capitaux, à la libéralisation du marché financier local
et à l’ouverture commerciale. La préfixation du taux
de change («parité glissante ou tablitas») avait pour
but d’atténuer l’inflation. Ces expériences politiques
se sont traduites par des processus d’ouverture et de
déréglementation financière et commerciale qui se sont
déroulés dans le contexte d’une offre abondante de
ressources extérieures et d’un taux de change fixe et
apprécié (Fanelli et Frenkel, 1993; Frenkel, 2002).
Les expériences menées dans les années 1970
présentent le même dosage de conditions locales et
d’expansion des flux de capitaux observé dans les cas
critiques de la décennie 1990. Qui plus est, les processus
engendrés par les expériences du Cône Sud sont
similaires à ceux qui ont, plus tard, été à l’origine des
crises du Mexique, du Brésil et de l’Argentine dans
l’étape la plus récente. Même si la durée des expériences
des années 1970 a été inférieure à celle des cas les plus
récents, la dynamique macro-économique rend compte
du même cycle d’essor, de contraction et de crise.
Les premiers pays à lancer de nouveaux régimes
de change furent le Chili et, peu après, l’Argentine, en
1978. Vers la fin de 1979, au moment du relèvement
du taux d’intérêt décidé par la politique monétaire des
États-Unis, l’Argentine et le Chili enregistraient déjà
un endettement extérieur considérable ainsi que de
graves déficits du compte des opérations courantes. À
partir de ce moment, l’accroissement des taux
3 Après la crise de 1995, la réglementation du système a été réformée
et renforcée en Argentine. Par conséquent, la régulation était plus
solide durant la phase d’essor des entrées de capitaux de 1996-
1997. Cependant, il existait en Argentine un risque systémique de
change en raison de la dollarisation partielle du système financier
interne. Alors que les actifs et passifs bancaires étaient libellés en
dollars et, par conséquent, ne semblaient pas présenter de risque
de change individuel, une partie importante des crédits en dollars
était le fait d’opérateurs dont les revenus en pesos provenaient
d’activités non commercialisables.