Les réformes du marché du travail de 1984, en introduisant plus de
flexibilité pour les nouvelles embauches, ont été à l’origine d’une
segmentation importante du marché du travail. L’apparition d’un
chômage de masse ainsi que, plus généralement, l’expansion des
programmes sociaux a conduit l’État à assumer un rôle croissant de
financement de la protection sociale, rattrapant une partie de son retard
dans ce domaine par rapport aux autres pays européens.
Après 1986 et l’entrée de l’Espagne dans la CEE, une nouvelle phase
d’expansion a débuté. L’Espagne a profité des fonds structurels
européens pour moderniser et développer des infrastructures
auparavant obsolètes et trop peu nombreuses. Après la période de
rationalisation industrielle du début des années 1980, la croissance est
devenue plus riche en emplois. De ce fait, le rattrapage du PIB par tête
s’est basé exclusivement sur le taux d’emploi et non plus sur la produc-
tivité. De plus, l’évolution du ratio population en âge de
travailler/population a alors joué positivement sur le PIB/habitant. En
effet, le baby boom étant intervenu plus tardivement que dans les autres
pays européens, tout comme la baisse de la fécondité, la population de
16 à 64 ans a crû de manière plus dynamique, ce qui a contribué à
augmenter la richesse nationale 1(graphique 1). Les années 1980 ont
marqué aussi, comme dans la plupart des pays européens, le début de
mutations profondes des marchés financiers: diversification des instru-
ments d’épargne et déréglementation des taux d’intérêt par exemple.
À la suite du démantèlement des barrières tarifaires, l’ouverture de
l’économie espagnole s’est peu à peu accrue. Les restrictions à la circu-
lation des capitaux ont été progressivement levées. Les investissements
directs étrangers en Espagne ont alors connu une vive expansion.
L’économie espagnole est donc devenue plus sensible à la contrainte
extérieure.
Or, pour combattre l’inflation, la politique monétaire s’est resserrée.
Cette politique a permis d’attirer des capitaux étrangers qui ont financé
le déficit courant mais ont aussi entraîné une appréciation de la peseta
au sein des marges de fluctuation imposées par le Système monétaire
européen (SME). De réels problèmes de compétitivité en ont découlé,
accentués par la croissance élevée des coûts salariaux. Ce n’est qu’avec
les multiples dévaluations intervenues entre 1992 et 1995 à la suite des
pressions spéculatives contre la peseta (dans un contexte de fortes
tensions au sein du SME) que l’Espagne a rétabli pleinement son
avantage compétitif. Cependant, la récession de 1993 a interrompu
momentanément la convergence réelle 2espagnole, avec une stagnation
Sabine Le Bayon
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Revue de l’OFCE 9977
1 L’évolution positive de ce ratio jusqu’en 2004 bénéficie aussi de la forte immigration de
personnes en âge de travailler. Cependant, en raison d’une chute importante de la fécondité dans
la période récente en Espagne relativement aux autres pays européens, l’impact du vieillissement
sera plus tardif, mais plus prononcé dans les prochaines décennies.
2 La convergence réelle fait référence au rattrapage des niveaux de vie, des structures écono-
miques et des taux d’emploi.