Réalités et défis de l`emploi et du chômage en Région de

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Cahier de l’ADT n° 7 – Bruxelles [dans] 20 ans
Réalités et défis de l’emploi et du chômage
en Région de Bruxelles-Capitale
Stéphane thyS
INTRODUCTION
Lobjectif de cette contribution est de mettre en perspective les évolutions du
marché de lemploi bruxellois dans son contexte spécifique avec les axes stragi-
ques successifs de la politique de lemploi en gion de Bruxelles-Capitale. Sans
prétention évaluative ou dexhaustivité, cette trospective entend proposer une
syntse sélective de faits et dorientations qui ont marqué 20 ans de politique de
lemploi en Région de Bruxelles-Capitale en regard des évolutions majeures du
marché de lemploi.
On a maintes fois souligné la dimension paradoxale de cette gion qui compte
parmi les plus riches d’Europe en termes de produit intérieur brut (PIB) par habi-
tant et qui, simultanément, affiche un taux de chômage très éle(20 %) contri-
buant à la paupérisation d’une part croissante de sa population.
Nous évoquerons les transformations des ressorts du paradoxe bruxellois. Le
marcbruxellois se distingue par son caracre urbain et pluriel, par son deg
élevé de segmentation, mais surtout par leffet des dynamiques démographiques
et économiques qui minorent les performances réelles de la Région au néfice de
sa périphérie, d’où la nécessité de remettre constamment en perspective les déter-
minants du développement régional.
Lexode des revenus moyens et élevés vers la périphérie s’est poursuivi alors
que la population bruxelloise poursuivait sa recomposition et sa progression,
impules par le dynamisme démographique de la population étrangère ou dori-
gine étrangère.
s le premier Plan Régional de Développement (PRD) saffiche la volonté de
mettre en œuvre une politique de lutte contre le chômage en phase avec un
contexte de dualisation sociale et spatiale dans lequel progressent les phénomènes
dexclusion socio-économique, en particulier au sein de quartiers fragilisés.
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Cette contribution s’esquissera en trois parties. La première se compose dun
essai de syntse de 20 ans de politique régionale. La deuxme s’attardera à cir-
conscrire les transformations du contexte socioconomique et ses incidences sur
le marcde lemploi. La dernière tentera de poser un cadre plus prospectif à
partir des tendances et perspectives qui nous apparaissent plus structurantes
dans un marché de lemploi toujours en mutation.
LES INSTRUMENTS DE LA POLITIQUE DE L’EMPLOI
Cadre général
s la création de la Région en 1989, les responsables politiques ont manifesté
leur volonté de mener une politique urbaine globale et cohérente à travers la pla-
nification dactions intégrant des interventions visant d’une part laménagement
du territoire et dautre part le développement socioconomique. Le PRD, adopté
en 1995 après 2 ans de débat, traduit ce projet de ville. Premier instrument trans-
versal élaboré et concerté avec lensemble des forces vives de la gion, ce plan
répond à une double exigence, porteuse au passage d’une tension potentielle au
niveau de lagencement des besoins et aspirations de la population d’une part et
tenir compte de linternationalisation et du dynamisme économique de la Capitale
dautre part. La transformation de la ville vise, à lhorizon 2005, tant lorganisa-
tion des grandes fonctions dans la ville que la composition urbaine permettant à
la Région de réaffirmer son image.
Les piliers stratégiques
Il est utile de rappeler que la politique de lemploi et de la formation profes-
sionnelle en Belgique repose sur différents niveaux de pouvoirs : le Fédéral,
lautorité régionale et les Communautés. Dans le cadre de cette syntse, lexa-
men se centre sur le pilier régional.
La politique menée, notamment en matière demploi, s’appuie sur des actions
visant la discrimination positive et une certaine forme de territorialité. La pri-
mauté est accordée au veloppement local, celui-ci étant considéré comme le
lieu danalyse des problèmes pour velopper linsertion professionnelle, inté-
grer la population immigrée ou encore couvrir des niches potentielles
d’emplois.
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Pilier majeur de la politique régionale de lemploi, le dispositif visant à l’in-
sertion socio-professionnelle des personnes les plus menacées par le chômage
est installé à partir de 1991 avec le soutien du Fonds social européen. Ce dispo-
sitif, régulé par l’Office régional bruxellois de l’Emploi (ACTIRIS/ex-
ORBEM), tend à relier entre elles les matières demploi, de formation, de gui-
dance ou encore déducation permanente. Le renforcement et la coordination
des ressources des orateurs locaux, tels que les CPAS, les asbl dinsertion ou
les centres denseignement et de formation en alternance… , lorganisation de
concertations au plan sous-régional entre acteurs du marché du travail doivent
contribuer à la mise en œuvre dactions dinsertion socio-professionnelle mieux
ciblées sur les besoins des employeurs. Au nombre des acteurs centraux de l’In-
sertion Socio-Professionnelle (ISP), on citera la cation des Missions locales
qui gurent parmi les structures inaugurales de la politique de territorialisa-
tion de la politique sociale en Région de Bruxelles-Capitale. Les Contrats de
Quartier et les Quartiers d’Initiatives s’intègrent également dans les leviers
opérationnels du développement local.
À la même riode, ACTIRIS met en place des services plus proches des
demandeurs demploi et des entreprises, par le biais de linstallation dantennes
locales, de la refonte du service de placement devenant un service de conseil et de
lorganisation d’un réseau coordonné dateliers de recherche active demploi.
La considération des caractéristiques régionales couplée à la volonté de traiter
lemploi de manre globale et intége justifiait et justifie toujours qu’un des
objectifs principaux de la politique menée est damener les autres champs de com-
pétences, notamment ceux de la formation professionnelle et de la politique éco-
nomique ou ceux relevant d’autres niveaux de pouvoir, à se mobiliser sur lemploi
des Bruxellois et ce, pour mieux les articuler.
Parallèlement, dans le but de répondre aux besoins sociaux de la population
qui ne sont pas ou trop peu satisfaits par le marché, la Région suscite la création
directe demplois via les programmes de résorption du chômage appelés depuis
quelques anes programme d’emploi. Aujourdhui, ce programme représente
quelque 70 % du budget annuel de la politique régionale demploi1 et constitue
certainement un élément indispensable à lorganisation de la fonction sociale et
culturelle de la ville.
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D’autres articulations se mettent progressivement en place, principalement
avec la politique économique et la politique de revitalisation des quartiers, par-
tiellement soutenue par le Fonds européen de Développement régional (FEDER).
Ainsi, le soutien régional au développement de léconomie sociale via le finance-
ment des entreprises dinsertion est un exemple parmi dautres de cette logique
de liaison entre la création ou le maintien demplois (accessibles à une population
en situation dexclusion du marché de lemploi pour ce qui relève de lentreprise
dinsertion) et les aides à lexpansion économique.
D’autres mécanismes de mobilisation des acteurs bruxellois se créent ou se
renforcent. Une traduction de cette mobilisation est la mise sur pied en 1996 du
Pacte territorial pour l’emploi des Bruxellois. Ce pacte rassemble sur base volon-
taire les différents acteurs institutionnels, sociaux et économiques actifs sur le
territoire régional dans le but de favoriser la communication et la complémenta-
rité entre ces acteurs et susciter lémergence dactions innovantes sur le marc
de lemploi. Ainsi, lorganisation d’une action concertée de lutte contre la discri-
mination à l’embauche des personnes dorigine étrangère2 a pris naissance dans le
décours des travaux du Pacte territorial.
Secondairement, linstallation de ce lieu de concertation informel constituait
aux yeux de l’Union européenne (UE), l’un des prémisses à la mise en place de la
Stragie européenne pour l’emploi. Décidée en 1997, cette dernière a pour objec-
tifs de fixer les orientations générales et de coordonner les priorités que les États
membres devraient mettre en œuvre en matière de politique demploi. Depuis
1998, la Région de Bruxelles-Capitale participe aux travaux de rédaction et déva-
luation du plan annuel d’action pour lemploi devenu depuis 2005 un programme
national de forme triennal visant à rencontrer les objectifs de la stragie de
Lisbonne pour la croissance et lemploi. À ce sujet, en 2001, la Région a initié une
démarche originale de concertation au sein du Gouvernement et du Conseil éco-
nomique et social de la gion de Bruxelles-Capitale en vue de lélaboration d’un
Plan dAction régional pour lemploi. Ce Plan, actualiannuellement, nis-
sait les contributions de la Région au Plan d’Action fédéral et avait pour but
essentiel de s’assurer que la croissance du volume demplois générée par lécono-
mie urbaine bénéficierait prioritairement aux demandeurs demploi bruxellois.
Depuis 2005, le Contrat pour lÉconomie et l’Emploi (C2E) constitue lins-
trument de gouvernance des politiques régionales.
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Planification et articulation
Les grands principes et axes de mise en œuvre de la politique régionale en
matre demploi se retrouvent dans les différentes périodes de gislature. On
remarquera en outre que la définition dobjectifs quantifiables, la démarche déva-
luation associant les interlocuteurs sociaux ainsi que la contractualisation devien-
nent au fil du temps de plus en plus prégnants dans les politiques mises en place.
La volonté de mener une politique transversale permettant une meilleure coor-
dination de lensemble des matières trouve sa traduction à travers l’élaboration et la
mise en œuvre dinstruments visant à la fois au pilotage coordonné de la politique
demploi régionale et à son étroite articulation avec lensemble des politiques
menées par la Région (tel que lénonce le PRD de 1995 et sa révision en 2002).
En 2002, la signature entre le Gouvernement régional et les interlocuteurs
sociaux bruxellois d’un Pacte social pour lemploi des Bruxellois, qui se fond en
2005 dans le C2E, constitue sans doute un tournant important dans la gestion
paritaire de la question de lemploi en Région bruxelloise.
Instrument stratégique prévu jusqu’en 2010, le C2E a pour ambition de mobi-
liser laction publique en partenariat avec les forces économiques et sociales
régionales an de remédier aux déséquilibres structurels que connaît Bruxelles à
travers des actions ciblées visant prioritairement la duction du chômage ainsi
que le renforcement de laccès des Bruxellois à lemploi, le veloppement écono-
mique durable de Bruxelles et la restauration à plus long terme des équilibres
fondamentaux garantissant léquilibre des nances régionales et communales. Il
vise à structurer, sur une période de 5 ans, une série dactions avec pour objectifs
de réduire le taux de chômage à Bruxelles par la cation demplois, daugmenter
laccès des Bruxellois à lemploi, via la consolidation du processus de formation
et de remettre lentreprise au cœur des préoccupations de la ville.
Les chantiers dactions prioritaires en matière demploi et de formation énon-
s dans le Contrat ont été opérationnalisés à travers deux plans dactions à savoir
le Plan pour l’Emploi des Bruxellois (mars 2006) et le Plan dAction pour les
Jeunes (janvier 2008).
Cet instrument, comme ses prédécesseurs, tend à infléchir certains aspects du
fonctionnement du marché du travail et à articuler la dimension sociale des poli-
tiques publiques à leur dimension économique et industrielle.
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