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Bangladesh et le soutien du Pakistan2; enfin, les pouvoirs de la SAARC ont été volon-
tairement réduits par l’adoption de la règle de l’unanimité et par la lenteur voulue de pro-
cédures qui restaient d’ailleurs essentiellement consultatives.
Un bilan statistique décevant
Il n’est pas étonnant, dans ces conditions, que les résultats de la SAARC soient minces.
Si l’on s’en tient au commerce enregistré, les échanges intra-régionaux ne représentaient
en 1992 qu’environ 3 % de l’ensemble (Hossain 1995). Alors que, en 1951, c’est-à-dire
quatre ans après la Partition, les échanges avec l’Inde représentaient encore 24 % des
exportations du Pakistan et 13 % de ses importations (Boquérat 1996a), ils se sont ré-
duits considérablement du fait des restrictions imposées par le Pakistan. La SAARC n’a
ni freiné cette chute ni réduit les discriminations commerciales. En fait elle n’a, pendant
ses dix premières années, apporté de changement ni dans les tarifs ni dans les échanges.
De même les investissements sont peu importants à l’intérieur de la zone ; 13,7 % seu-
lement des
joint ventures
indiennes à l’étranger sont en Asie du Sud (Boquérat 1996a).
Si en revanche l’Inde privilégie nettement l’Asie du Sud dans l’allocation de son aide fi-
nancière, ce n’est pas à la SAARC que le Bhoutan, le Népal et le Bangladesh doivent d’être
les trois premiers bénéficiaires de cette aide (Roy 1995). Cette remarque vaut en fait
pour l’ensemble des relations économiques et diplomatiques de l’Inde avec ses voisins :
en l’absence de la SAARC, elles n’auraient probablement pas été différentes.
C’était probablement inévitable car la SAARC réunit tous les handicaps qui ont fait
naître (par refus du présent) et échouer (par la revanche du réel) des dizaines de projets
d’intégration économique :
- c’est une union de pays pauvres, où 20 % de la population mondiale ne détiennent
que 2 % du PIB mondial et où la croissance des échanges se heurte à l’absence de pou-
voir d’achat ;
- c’est un ensemble de pays non compétitifs, dont les exportations ne représentent que
0,8 % des exportations mondiales, et de pays relativement fermés puisqu’ils ne font que
1,3 % des importations mondiales (Hossain 1995) ;
- leurs exportations les plus significatives (thé, jute, textile) sont plus concurrentes que
complémentaires ;
- le thème d’une intégration régionale n’y est pas né d’une projection de tendances
économiques ou politiques mais d’une peur de la désagrégation et des conflits ; il est ra-
tionalisé par des emprunts à une théorie (ou une vogue) si générale qu’elle multiplie les
projets concurrents et incite chaque pays à la “ polygamie ” régionale3.
2La stratégie de l'Inde n'est pas une exception chez les pays dominants. L'Afrique du Sud a longtemps, y
compris dans les premiers mois qui ont suivi la fin de l'apartheid, freiné l'institutionnalisation et la multilaté-
ralisation des relations avec les pays d'Afrique australe et n'a montré qu'un intérêt modéré pour la SADC à
ses débuts.
3En particulier le Pakistan serait tenté de multiplier les liens avec les pays du Golfe. Il appartient avec l'Iran
et la Turquie, depuis 1985, à l'OCE (Organisation de coopération économique), réactivation de l'Economic
Development Cooperation. Le Sri Lanka été tenté par l'ASEAN (qui ne l'a pas accepté). Les petits pays, no-
tamment le Népal, aimeraient diversifier leurs partenaires par des flux enregistrés ou non enregistrés. L'In-
de pense à l'IORI, à l'ASEAN, aux autres pays asiatiques et à la libéralisation tous azimuts. Même le Ban-
gladesh, qui a été à l'origine de la SAARC avec des objectifs précis (modérer les tensions entre ses deux grands
partenaires et retirer les gains économiques d'une union dont on estime qu'il serait le principal bénéficiaire),
n'en a pas moins des relations importantes avec d'autres pays d'Asie.
Les Etudes du CERI - n ° 23 - février 1997 5