Actes du VIIIème Congrès de l’Association pour la Recherche InterCulturelle (ARIC)
Université de Genève – 24-28 septembre 2001
sur le site : http://www.unige.ch/fapse/SSE/groups/aric
L'auteur assume la responsabilité du texte et en garde les droits.
Amérique indienne versus Mondialisation:
l’apport des cultures andines
par Gustavo Gottret
PROEIB – Andes / Universidad Mayor de San Simón
Bolivie
Résumé
Le continent américain est constitué d'un riche amalgame de cultures. La
rencontre de ces dernières s'est caractérisée plutôt par une hégémonie que par
une complémentarité et un dialogue interculturel.
Nous vivons actuellement un processus de mondialisation autant à un niveau
économique, que social et éducatif. Ce "village planétaire" que nous sommes en
train de bâtir comporte des atouts indéniables : les moyens de communication
nous permettent d'être au courant des divers événements se déroulant dans le
monde, l'avance de l'informatique ouvre un univers de possibilités jadis
insoupçonnées, etc. Le revers de la médaille est aussi à considérer : l'insécurité
économique et le désordre social semblent toucher tous les pays, la violence
croissante dans diverses institutions éducatives (en particulier dans les pays
"développés") constitue un indicateur du peu d'attention portée aux aspects
axiologiques dans un processus de mondialisation non contrôlé.
C'est ici qu'il devient pertinent de tourner notre regard vers les valeurs culturelles
et éducatives telles qu'elles sont développées et transmises (ou intériorisées) à
l'intérieur de différents peuples non occidentaux, cultures originaires qui risquent
d'être étouffées par une mondialisation l'aspect économique n'est que peu (ou
pas) articulé aux autres aspects qui caractérisent l'être humain.
Ici, nous effectuerons une analyse de l'apport culturel particulier de divers groupes
minoritaires américains, mettant l'accent sur l'aspect axiologique et sur la
composante éducative de ce dernier.
G. Gottret. Amérique indienne versus Mondialisation : L'apport des cultures indiennes dans le domaine des valeurs 1
Actes du VIIIème Congrès de l’Association pour la Recherche InterCulturelle (ARIC)
Université de Genève – 24-28 septembre 2001
sur le site : http://www.unige.ch/fapse/SSE/groups/aric
L'auteur assume la responsabilité du texte et en garde les droits.
Introduction
En 1997, le prix Nobel d’économie fut décerné à Robert Merton et à Myron Scholes. Une
année après, Amartya Sen eut l’honneur de recevoir le même prix. Curieusement, alors
que les premiers tâchaient de fortifier la mondialisation d’une économie de libre marché1,
le deuxième depuis des années critiquait cette conception de développement. Comment
expliquer un changement aussi radical chez les experts de la fondation Nobel? La
spéculation qui soutenait et qui alimentait les fonds privés de couverture du risque
entraîna dans une spirale d’une plus grande spéculation culminant avec l’intervention du
LTCM.
À ce propos, la crise des « tigres » du Sud-Est asiatique constitua un cri d’alarme qui
commença l’éveil des consciences endormies autant des novices que des intellectuels.2
En Amérique Latine, cette crise frappa avec une violence particulière les trois pays les
plus grands : d’abord le Mexique, ensuite le Brésil et maintenant l’Argentine. La Bolivie,
comme d’autres pays latino-américains « mineurs » (autant en superficie qu’en dette
externe), traverse également une crise qui frôle l’insupportable : alors que le chômage, la
délinquance et la corruption émergent dans le pays, ce sont des dizaines de milliers les
Boliviens qui “envahissent” (légalement ou non) les États-Unis d’Amérique et plusieurs
pays d’Europe occidentale cherchant de meilleures conditions de vie.
D’autre part, on remarque la présence de centaines de peuples originaires
(particulièrement dans le continent américain) qui se débattent pour maintenir une forme
de vie qui semble réfuter les principes de la mondialisation : vie l’individu se réalise
dans le travail de service à la communauté, la terre (et ce qu’elle enferme dans ses
entrailles) n’est pas considérée comme une simple ressource, mais comme un être vivant
et sacré avec qui il est essentiel de vivre en harmonie, vie l’accumulation de biens ne
comporte que peu de sens.
1 Merton et Scholes avaient conçu les fonds privés de couverture du risque (hedge funds) qui, en
principe, permettraient une administration correcte du capital à long terme (Long Term Capital
Management).
2 Rappelons en particulier les manifestations réprimées en Seattle, Prague, Göteborg, Barcelone et
Genova.
G. Gottret. Amérique indienne versus Mondialisation : L'apport des cultures indiennes dans le domaine des valeurs 2
Actes du VIIIème Congrès de l’Association pour la Recherche InterCulturelle (ARIC)
Université de Genève – 24-28 septembre 2001
sur le site : http://www.unige.ch/fapse/SSE/groups/aric
L'auteur assume la responsabilité du texte et en garde les droits.
1. Aspects conceptuels
L’humanité s’installe dans la monoculture;
elle s’apprête à produire la civilisation en masse,
comme la betterave.
Son ordinaire
ne comportera plus que ce plat.
Claude Lévi-Strauss3
1.1 Mondialisation et mondialisations
Le terme mondialisation est utilisé avec des acceptions différentes. L’une d’elles
concerne l’information : la technologie satellitale a permis d’unifier le monde entier
à travers divers moyens de communication (téléphone) et d’information (radio,
télévision). Le réseau cybernétique (internet) et le courrier électronique ont
transformé notre planète, laquelle est finalement devenue le village planétaire que
McLuhan et Fiore avaient prévu il y a plus de trente ans.
Une mondialisation conduit à d’autres : le cinéma et la télévision suggèrent un
style de vie qui mène à une homogénéisation culturelle, laquelle semble
compromettre toutes les dimensions de l’être humain : éthique et esthétique,
systèmes de croyances et spiritualité, formes d’organisation sociale et
économique, modes de communication et de transmission de valeurs, etc.
A mode d’illustration, on peut rappeler comment la composante homogénéisatrice
du processus mentionné se manifeste avec clarté dans des aspects aussi divers
que la forme de s’habiller, les critères qui définissent ce qui est musical et
acceptable, l’alimentation4, l’imposition d’une langue par rapport aux autres, la
consommation sans mesure, etc.
C’est justement ce dernier aspect (lié à la société de consommation) qui nous
permet d’atterrir sur le concept de mondialisation tel qu’il est compris lorsqu’il est
pris au singulier : un processus économique qui élargit le principe libéral d’une
économie de marché à l’ensemble de la planète.
Ceci touche inévitablement à la dimension axiologique de l’être humain : tout en
jouant avec les fluctuations de l’offre et de la demande, la valeur première est celle
d’accumuler le plus grand capital possible vendant quoi que ce soit et au plus
grand nombre de personnes. Cette première valeur génère d’autres deux “valeurs”
qui, à leur tour, se renforcent : la compétitivité (vendre plus que les autres) et l’
3 Expression citée par Armand Mattelart, 2001:1.
4 Ici trouve sa place le terme McDonaldisation.
G. Gottret. Amérique indienne versus Mondialisation : L'apport des cultures indiennes dans le domaine des valeurs 3
Actes du VIIIème Congrès de l’Association pour la Recherche InterCulturelle (ARIC)
Université de Genève – 24-28 septembre 2001
sur le site : http://www.unige.ch/fapse/SSE/groups/aric
L'auteur assume la responsabilité du texte et en garde les droits.
individualisme, par-dessus des valeurs d’ordre social. Conformément à ce
paradigme, l’accumulation d’argent -de la part d’une personne ou d’une entreprise-
se justifie dans la mesure elle peut être investie de manière à obtenir plus de
capital, ce qui nous engage dans une spirale sans fin.
Il y a, en réalité, une fin théorique et logiquement prévisible lorsque –suivant le
style du jeu du Monopole- l’un des participants -individu ou entreprise- réussit à
faire entrer en faillite à tous les autres.
Quel genre de société sommes-nous en train de construire? Et quelle espace
réservons-nous à ce qui est culturellement différent?
Ceci permet de réviser le principe moral qui autoriserait le développement et le
renforcement de la mondialisation d’une économie de libre marché : le principe de
l’égalité d’opportunités.
On considère souvent, en effet, que le jeu de l’économie de libre marché est juste
dans la mesure les personnes, entreprises ou institutions engagées partent
avec des opportunités semblables, ce qui aide à comprendre que l’on travaille pour
permettre que ces opportunités soient à la portée de tous.
Cette égalité d’opportunités est cependant loin d’être conquise. Si elle l’était, nous
nous placerions au point de départ du jeu du Monopole : chacun avec les mêmes
chances de gagner (seul but du jeu) faisant perdre à tous les autres (seule
stratégie concevable).
Serait-il possible d’imaginer un système qui remplace l’individualisme, la
compétitivité et l’envie de gagner les autres, par un autre dans lequel la
coopération et la solidarité permettraient à tous de gagner? Un système dans
lequel l’on ne conçoive pas ce qui est différent l’autre-comme une menace, mais
en tant que complément potentiellement enrichissant?
G. Gottret. Amérique indienne versus Mondialisation : L'apport des cultures indiennes dans le domaine des valeurs 4
Actes du VIIIème Congrès de l’Association pour la Recherche InterCulturelle (ARIC)
Université de Genève – 24-28 septembre 2001
sur le site : http://www.unige.ch/fapse/SSE/groups/aric
L'auteur assume la responsabilité du texte et en garde les droits.
1.2 Mondialisation et globalisation
La course au profit
ne saurait avoir d’autre issue
que la destruction de ce qu’elle exploite.
Loin d’être une mondialisation,
la globalisation est, littéralement,
« immonde ».
Etienne Tassin
Suivant partiellement le sens explicité au paragraphe précédent, le Groupe
d’études et de recherches sur les mondialisations (GERM)5 ne considère pas
correct de restreindre le terme mondialisation aux espaces économique et
politique. À ce propos, le GERM s’intéresse aux mondialisations liées à l’art, à
l’éducation, à la science et à la culture. Le GERM, dont le siège est à Paris,
compte sur le soutien et la collaboration de différents chercheurs et institutions
universitaires dans plus de 40 pays du monde.
À première vue, globalisation est le terme utilisé en anglais, en espagnol et en
portugais, tandis que les francophones préfèrent le terme mondialisation. En
réalité, la différence est plus que de traduction. Tassin (2000 et 2001) rappelle que
le monde comprend l’ensemble hétérogène des communautés culturelles à travers
lesquelles s’articule et se préserve la pluralité des formes symboliques humaines.
Dans ce sens :
La pluralité est une donnée constitutive du monde humain, la condition d’un agir
politique des communautés humaines. Sans elle, il n’y aurait pas de monde ni de
monde commun. D’où le paradoxe : sans la pluralité des mondes, il ne saurait y
avoir de monde. La différenciation des communautés est constitutive du monde
comme monde commun. Or, non seulement la globalisation économique récuse le
monde comme habitation déliée de toute fonctionnalité et de toute rentabilité en le
considérant comme un gigantesque gisement de ressources qu’elle transforme en
biens de consommation, mais elle détruit, en ramenant toute production au seul
foyer de l’oikonomia, la pluralité culturelle sans laquelle il ne saurait y avoir de
monde. Elle obéit à une loi d’unification ou d’homogénéisation directement
contradictoire avec la condition de pluralité qui sous-tend l’existence politique des
hommes et des États.
Tassin 2001: 2
Alors que l’économie (du grec, oikonomia) s’occupe –étymologiquement- de l’« ad-
ministration de la maisonnée », l’écologie (oikologos) s’intéresse à la « raison (ou
bon sens) de l’hábitat ». L’être humain, centré sur l’exploitation irréfléchie des
ressources de la terre, provoque une contradiction dans sa « maison » (oikos),
permettant à l’oikonomos de se lever contre l’oikologos. Le défi est, au contraire,
5 Site web: www.mondialisation.org
G. Gottret. Amérique indienne versus Mondialisation : L'apport des cultures indiennes dans le domaine des valeurs 5
1 / 16 100%
La catégorie de ce document est-elle correcte?
Merci pour votre participation!

Faire une suggestion

Avez-vous trouvé des erreurs dans l'interface ou les textes ? Ou savez-vous comment améliorer l'interface utilisateur de StudyLib ? N'hésitez pas à envoyer vos suggestions. C'est très important pour nous!