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[...] Au total, le PIB et sa croissance indiquent le « beaucoup produire » d’une société dans la sphère monétaire et marchande,
et non son bien-être. Et encore moins sa soutenabilité écologique, sociale et même économique et financière !
D’après J. Gadrey, D. Méda, « Les limites du PIB », Alternatives Économiques Poche , n° 48, mars 2011
Le PIB étant une mesure de la production globale d’un pays sur une année donnée, c’est un indicateur fiable bien qu’encore
imparfait de la performance économique de ce pays. C’est pourquoi, tant le grand public que les responsables politiques de
toutes les économies avancées, attachent une grande importance à ces chiffres et à leur publication régulière. Pourtant, le PIB
en particulier et les comptes nationaux en général présentent certaines déficiences bien connues quant à la mesure des activités
économiques.(…)
46. Certains problèmes de mesure du PIB sont bien connus. Différents biens et services non marchands, comme les activités
domestiques et les services fournis gratuitement, sont systématiquement négligés. Si l’économie souterraine est difficile à
restituer, notamment certaines activités criminelles comme le trafic de stupéfiants, plusieurs tentatives ont été menées pour
harmoniser sa prise en compte au niveau de l’Union européenne, afin d’obtenir des chiffres du PIB comparables pour les
besoins et les missions de la Commission européenne. Certains éléments du PIB résultent d’estimations fragiles, notamment
concernant le volume des services produits par les administrations et la prise en compte de la qualité incorporée aux produits.
Enfin, certaines dépenses sont comptées comme des facteurs contribuant positivement à la performance économique, alors que
les externalités négatives qui y sont associées (comme les dommages sur l’environnement) sont négligées. Pour mieux évaluer
la performance économique, il est nécessaire de résoudre ces problèmes.
47. Le PIB exclut les activités qui ne sont pas fournies par le biais du marché, comme la production domestique (garde
d’enfants, tâches ménagères, préparation des repas, soins aux personnes âgées) ou les services bénévoles. En conséquence, le
PIB sous-estime la production. (…)
48. Les estimations actuelles des services ne sont pas satisfaisantes, notamment en ce qui concerne les services publics comme
la santé et l’éducation. Les estimations du prix courant de biens et services correspondant, pour une même dépense, à une
population en meilleure santé ou plus instruite ne sont guère disponibles. (…)
C’est pourquoi les statisticiens s’en remettent d’ordinaire au prix des facteurs de production comme le revenu des médecins,
infirmiers et enseignants. Cela dit, entre autres complications, cette méthodologie ignore l’amélioration de la qualité des
services publics, une faiblesse d’autant plus problématique vu leur poids substantiel dans le PIB (18 % en France et 19,6 % en
Allemagne en 2009), et leur accroissement régulier dans les économies contemporaines. Surtout, ces difficultés empêchent
d’élaborer des comparaisons internationales. Si par exemple, un pays a opté pour la fourniture de la plupart de ses services de
santé via le secteur public, et si ceux-ci sont sous-estimés par la méthode d’évaluation susmentionnée, ce pays semblera moins
riche qu’un autre dont les mêmes services sont fournis par le secteur privé et évalués à leur prix courant.
49. Les estimations officielles du PIB ont également tendance à omettre des pans importants de l’économie souterraine. Par
exemple, les transactions comme le trafic illégal de stupéfiants ne sont pas comptabilisées, ce qui débouche sur un PIB sous-
estimé. Apparemment, toutes les tentatives d’incorporer les chiffres de l’économie informelle, qui, d’une manière ou d’une
autre, ont dû se fonder sur des estimations indirectes, ont engendré des révisions appréciables du PIB officiel. La Colombie est
un exemple extrême puisqu’elle a révisé son PIB à la hausse de 16,5 % en 1994, en raison principalement de l’incorporation de
la production estimée de cultures illégales. Cela illustre comment le fait d’ignorer de tels facteurs peut fausser les
comparaisons internationales de performance économique. Et pourtant, les problèmes de mesure étant par nature considérables,
il convient d’interpréter avec grande prudence les chiffres du PIB corrigés des activités illégales comme l’économie de la
drogue.
Conseil d’analyse économique, rapport n°95 : Evaluer la performance économique, le bien-être et la soutenabilité, 2010
PNUD
1- Quel est l’intérêt du PIB ?
2- Quelles sont les limites de cet indicateur ?
3- De quels enseignements supplémentaires a-t-on besoin pour
mesurer le bien-être d’un pays ?