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1. Introduction
Depuis trois ans, les réseaux bancaires coopératifs français ont largement recentré leurs
stratégies de communication sur leurs spécificités coopératives. Ainsi depuis 2010, le Crédit mutuel
conduit une campagne continue de spots TV autour du slogan « Une banque qui appartient à ses
clients, ça change tout ». En 2012, au moment même où il essuie de très fortes pertes à l’international
et notamment en Grèce, le Crédit agricole axe une partie de sa communication sur le thème « Une
banque coopérative qui dynamise l’économie locale » et « qui s’engage près de vous ». Le Crédit
coopératif quant à lui affirme « Nous sommes les banquiers d’une idée. L’idée d’une finance utile à
tous ». De son côté, le groupe BPCE (Banques populaires et Caisses d’épargne) choisit en novembre
2013 comme signature institutionnelle « Coopératifs, banquiers et assureurs autrement ».
Ces nouveaux axes de communication remettent au premier plan la question de l’existence d’un
modèle bancaire coopératif, modèle qui a émergé dans la seconde moitié du XIXe et dont la finalité
est le service aux sociétaires en s’appuyant sur des valeurs de responsabilité, de solidarité et de
démocratie. Les banques coopératives revendiquent la force des principes de participation
économique des membres, de responsabilité personnelle et mutuelle, de propriété collective, de
réserves en partie impartageables, de financement de l’économie réelle, de proximité, d’ancrage
territorial, de refus de recherche exclusive du rendement financier, de répartition équitable des
résultats, d’investissement patient, de pérennité, de résilience, de solidité, de stabilité, de mesure et
tempérance, de transmission du patrimoine collectif au service des générations futures…(ces
principes sont extraits des trois grands textes de référence sur le champ coopératif : ACI 2009
, Coop
fr 2010
, EACB 2012
).
De ces valeurs et principes, découleraient certaines spécificités positives en matière d’activités
bancaires. La littérature économique sur les banques coopératives des dernières années (par
exemple Fonteyne 2007, Ayadi 2010, Birchall 2013, Groeneveld 2013) permet de synthétiser une
série de cinq avantages présupposés du modèle bancaire coopératif :
- une priorité accordée aux services aux clients plutôt qu'aux revenus versés aux investisseurs,
une plus grande efficacité dans la banque de détail, une attention plus grande aux PME, aux
commerçants, aux artisans, aux agriculteurs ainsi qu'aux particuliers modestes ;
- des activités plus tournées vers l'économie réelle, plus d'autosuffisance en matière de
ressources, une moindre dépendance aux marchés financiers ;
- des rendements financiers plus modestes mais plus stables, une dirigeance (managers et
administrateurs), moins axée vers la performance financière de court terme ;
- une capitalisation plus élevée, plus pérenne, moins volatile et une moindre prise de risque ;
- plus de proximité, en matière d'agences, de prises de décision, d'investissements dans
l'économie locale.
En conséquence, les banques coopératives seraient plus résistantes dans les périodes de crise
et contribueraient par leur poids et leurs comportements à stabiliser le système financier dans son
ensemble et à favoriser la croissance économique générale. Plusieurs travaux récents testent la
réalité de ces éléments de discours au plan mondial (GABV, 2012, en comparant 17 « banques
durables » membres aux 27 banques GSIFI
et aux banques américaines sur la période 2002-2011 ;
Roy et Redjah, 2012 en étudiant l’évolution de 15 indicateurs financiers sur 34 coopératives
financières de 26 pays de 2001 à 2010), européen (Groeneveld, 2013 en comparant un échantillon de
15 groupes bancaires coopératifs à l’ensemble du système bancaire des pays concernés sur la
période 2002-2011 ; Birchall, 2013 en s’intéressant aux banques coopératives de 12 pays européens
sur 2005-2011 ; Lemzeri, Jaeger et Ory, 2013 en comparant un échantillon de 18 banques
coopératives de 9 pays européens à un échantillon de 47 autres groupes bancaires des mêmes
pays), et français (Ory, De Serres, Jaeger, 2012 par comparaison des évolutions des 3 groupes
Déclaration de l'Alliance Coopérative Internationale sur l'Identité Coopérative Internationale, 2009. Le Crédit coopératif et la
Confédération Nationale du Crédit Mutuel sont membres directs de l’ACI. Le Crédit coopératif, la Confédération Nationale du
Crédit Mutuel, le Crédit agricole, la Banque populaire sont membres de ICBA (L’Association Internationale des Banques
Coopératives (AIBC)), branche sectorielle de l’ACI.
Déclaration sur l’identité coopérative, Coop FR, 2010. Le Groupe BPCE, la Crédit coopératif, la Confédération Nationale du
Crédit Mutuel, le Crédit agricole (via la Confédération Nationale de la Mutualité, de la Coopération et du Crédit Agricoles) sont
membres de Coop FR.
More than a Bank, a co-operative Bank, EACB (European Association of Cooperative Banks), 2012. Les membres français
sont la Confédération Nationale du Crédit Mutuel, le Groupe BPCE, la Fédération Nationale du Crédit Agricole.
Global Systemically Important Financial Institutions