Deuxièmepartie
Lesagrégatsmacroéconomiques
Les chapitres précédents nous ont permis de voir que l’activité économique se traduisait
par une infinité d’échanges sur une multitude de marchés (marchés des biens et services,
marchés du travail, marchés des capitaux…) opérant sur des espaces géographiques tantôt très
larges, tantôt très restreints. Comment ces échanges s’organisent-ils ? Comment les classer et
les comptabiliser ? Telles sont les questions auxquelles la comptabilité nationale tente de
répondre. La définition des agrégats macroéconomiques qui constituent les éléments de la
comptabilité nationale permet une première compréhension du fonctionnement du système
économique.
Au-delà de l’aspect comptable, nous montrerons tout au long de cette deuxième partie
comment ces différentes grandeurs macroéconomiques sont déterminées, comment elles
interagissent : nous construisons progressivement une représentation simplifiée et modélisée
d’une économie.
L’activité économique peut être appréhendée sous divers angles. On peut se placer du point
de vue de ce qui est produit : produits manufacturés, agricoles, énergétiques ; services
financiers publics, logistiques. Toute l’activité économique marchande peut être
comptabilisée selon cette optique : on l’appelle l’optique production.
Ces produits ont été réalisés parce qu’ils ont une valeur d’usage : ils seront soit destinés à
la consommation des ménages, soit destinés à être exportés, soit encore ils seront utilisés pour
produire d’autres biens et services, en ce compris les biens d’équipement et les
consommations intermédiaires. Comptabilisée sous cet angle, ce sera l’optique des dépenses,
ou encore utilisation des revenus. Ces ressources sont acquises grâce aux revenus acquis par
les différents agents économiques au cours de leurs activités productives. L’activité
économique marchande pourra donc aussi être comptabilisée selon cette optique : c’est
l’optique des revenus.
Dans un premier chapitre (chapitre VII), nous dégageons une vision d’ensemble de la
comptabilité nationale en mettant en évidence, de manière simplifiée, l’identité des trois
optiques des comptes nationaux : production, revenus, dépenses. Les agents économiques
(ménages, entreprises, Etat, reste du monde), appelés les secteurs, seront présentés
sommairement.
Le chapitre VIII décrit l’optique de la production, le chapitre IX, l’optique des revenus et
le chapitre X, l’optique des dépenses.
Le chapitre XI conclut cette partie sur la comptabilité nationale par une application – les
conséquences d’une désindexation – qui met en lumière les interrelations entre les principaux
agrégats véhiculés par la comptabilité nationale. On construit en outre un modèle de
l’économie, utilisant les différentes relations construites dans cette deuxième partie. La notion
de multiplicateur keynésien y est exposée.
Chapitre7
Lestroisoptiquesdelacomptabilité
nationale
1. DEFINITION ET METHODE
La comptabilité nationale vise à présenter sous forme quantitative un tableau d’ensemble
de l’économie d’un pays. Cette comptabilité macroéconomique se fait à l’aide d’agrégats,
comme par exemple la consommation (C), les investissements (I), etc. Ceux-ci sont obtenus à
partir des comptes des différents agents économiques. Ces derniers portent sur les flux et non
sur les stocks constitués. C’est ainsi que l’on ne retrouvera pas les actifs financiers des
ménages mais uniquement ce qui aura contribué à leur variation. Seule exception, les comptes
nationaux présentés en Belgique fournissent des séries de stock de capital en même temps que
les séries d’investissements. Mais fondamentalement, la comptabilité nationale a pour objet de
comptabiliser les flux économiques au cours d’une période donnée (généralement l’année ou
le trimestre) et dans un espace économique donné (pays, région ou encore zone économique).
C’est un système comptable, obéissant aux règles de la comptabilité en partie double : à
chaque opération qui constitue une recette (appelée ressources) pour un agent économique
correspond une opération qui représente une dépense (on parle d’emplois) pour un ou
plusieurs autres agents économiques.
Prenons trois exemples.
Dans un ménage, le père de famille est chômeur. Il touche 450 € d’allocations de chômage
par mois que l’Etat lui verse. Les comptes se présentent ainsi :
Agent économique
« ménages »
Agent économique
« Etat »
Recettes
450 €
Dépenses
Recettes
Dépenses
450 €
Le père de famille de l’exemple précédent trouve un emploi dans une entreprise
manufacturière qui lui verse un salaire mensuel brut de 2 000 €. Il en coûtera 2 700 € à
l’entreprise qui doit payer à l’agent «Etat» des cotisations de sécurité sociale s’élevant à 35%
du salaire brut.
Agent économique
« entreprises »
Agent économique
« ménages »
Agent économique
« Etat »
Recettes Dépenses Recettes Dépenses Recettes Dépenses
2700 € 2000 € 700
Troisième exemple, l’entreprise manufacturière précédente exporte des chaussures en
France pour une valeur de 70 000 € par mois.
Agent économique
« Belgique »
Agent économique
« reste du monde »
Recettes Dépenses Recettes Dépenses
70 000 € 70 000
Si le système de comptabilité nationale a été conçu au départ sur une base nationale et
annuelle, il peut bien sûr être appliqué à d’autres périodes. En Belgique, comme dans d’autres
Etats fédéraux, il existe une comptabilité régionale enregistrant l’activité économique de
chaque région. L’activité économique de zones économiques comme l’Union européenne fera
également l’objet des comptes «européens». Il est parfois souhaitable de pouvoir suivre
l’évolution économique au cours d’une période plus courte que l’année : on pourra établir des
comptes trimestriels.
2. UTILISATION DES COMPTES NATIONAUX
Les données fournies par la comptabilité nationale font mieux connaître l’économie d’un
pays. Il s’agit donc d’un instrument de connaissance important. De quels types de
connaissances ?
En longue période, on peut dégager l’évolution de ratios structurels. La consommation
finale des ménages (C) constitue un des postes des dépenses. L’ensemble des revenus ayant
permis cette consommation peut être représenté par le RNB (revenu national brut).
On voit sur le graphe 33 que le rapport C/RNB a subi de fortes variations entre 1970 et
2004. En plus courte période, il est fort utile de connaître l’évolution des principaux agrégats
économiques pour formuler un avis sur l’évolution conjoncturelle d’une économie. La
Banque nationale de Belgique publie, avec quelques mois de retard, les données mensuelles
des exportations et des importations de la Belgique. Les chiffres des douze derniers mois
permettent de se faire une idée de l’évolution conjoncturelle de l’équilibre externe du pays.
La comptabilité nationale des différents pays permet de faire des comparaisons
internationales. On peut, par exemple, répondre aux questions suivantes : quelle est la part
respective de l’agriculture dans l’économie belge et dans l’économie d’un pays en
développement ? Comment évolue le revenu par habitant en France et en Belgique de 1960 à
1990 ?
Graphe 33
Consommation des ménages/revenu national brut
La comptabilité nationale donne une photographie de la structure d’une entité économique
au cours d’une année. Elle n’a pas de caractère explicatif dans le sens où les interactions entre
les différents agrégats qui la composent ne sont pas modélisées : la consommation finale des
ménages est une des parts des dépenses totales de l’économie et ces dépenses totales de
l’économie correspondent à l’ensemble des revenus qui ont été perçus. La comptabilité
nationale nous permettra, par exemple, de suivre l’évolution du ratio entre consommation
finale des ménages et revenu national mais elle ne nous fournira aucune explication sur
l’influence qu’aura le revenu sur la consommation. Pour cela, les économistes ont construit
des modèles, du très simple – établissant une relation entre deux grandeurs économiques
comme la consommation et le revenu – aux très complexes – mettant en relation des centaines
de grandeurs économiques. En Belgique, le Bureau fédéral du Plan a construit et utilise
fréquemment un tel type de modèle macroéconomique, qui permet, à partir de la connaissance
d’un nombre limité de grandeurs économiques comptabilisées grâce au système de
comptabilité nationale, de reproduire assez fidèlement le fonctionnement économique, de
prévoir ses évolutions selon différents scénarios. Ce sont les projections à moyen terme
réalisées tous les semestres par le Bureau fédéral du Plan.
L’Etat en a besoin pour établir son budget. Pour évaluer ses recettes de l’année prochaine,
par exemple, il doit connaître l’évolution prévisible de la croissance économique, des revenus
des ménages, des bénéfices des entreprises : toutes ces prévisions sont extraites de la
comptabilité nationale.
3. LES AGENTS ECONOMIQUES DE LA COMPTABILITE NATIONALE
3.1. Les ménages (H)
Les ménages («households») sont constitués des personnes résidant habituellement en
Belgique. Les critères liés à la nationalité ne jouent pas : pour la comptabilité nationale, les
immigrés marocains sont sur le même plan que les ménages de nationalité belge. Les ménages
sont des acheteurs de biens finals, biens et services de consommation. S’ils font construire des
maisons d’habitation ou des appartements, ils apparaissent comme des entreprises.
Une même personne peut faire partie du secteur «ménages» ou du secteur «entreprises».
Ainsi quand un cordonnier pourvoit à ses besoins de logement, de nourriture, il s’inscrit dans
le secteur «ménages» ; au contraire, s’il achète du cuir pour réparer des chaussures, il ressortit
du secteur «entreprises».
3.2. Les entreprises (E)
Les entreprises («enterprises») ou entreprises commerciales vendent des biens et services à
un prix qui couvre au moins le prix de revient. Le critère marchand, et non la forme juridique,
est décisif dans la définition du secteur «entreprises». L’agent économique «entreprises»
produit dans l’agriculture – entreprises familiales – dans le secteur manufacturier, le bâtiment,
l’électricité, les transports, la distribution, les banques, les assurances, etc.
Au sein de ce secteur, la comptabilité nationale SEC95 fait la distinction entre les
entreprises non financières (sphère de la production et commerciale), les entreprises
financières (sphère financière) et les Institutions sans but lucratif au services des ménages –
ISBLSM (une partie des ASBL en Belgique). Les indépendants non constitués en société n’en
font pas partie
3.3. L’Etat (G)
Le secteur «Etat» («State» ou «Government Sector») regroupe tous les services dont la
fonction est de fournir, gratuitement ou éventuellement à un prix sans relation avec le prix de
revient, des prestations d’intérêt général. L’Etat comprend donc les organismes publics
exerçant à l’échelon central, régional, communautaire, provincial ou communal. L’Etat
fournit donc essentiellement des services non marchands.
Les administrations des différents ministères, l’enseignement, la santé, la défense, la
justice, les organismes de la sécurité sociale... constituent les secteurs principaux de l’agent
économique «Etat».
3.4. Le reste du monde (R)
La comptabilité nationale met également en lumière les transactions économiques entre la
Belgique et le reste du monde (R), ou plus exactement entre les résidents et les non-résidents.
Les institutions internationales, où qu’elles soient situées, font partie de R. Par conséquent,
le SHAPE, l’OTAN, les institutions européennes établies en Belgique sont considérées
comme non résidentes. En revanche, les fonctionnaires de ces mêmes institutions qui habitent
en Belgique sont inclus dans les résidents.
Dès lors, quand un fonctionnaire français de la Commission de l’Union européenne
résidant à Bruxelles perçoit son traitement, il s’agit d’une «entrée» pour la Belgique en
provenance du reste du monde.
4. LES TROIS OPTIQUES DE LA COMPTABILITE NATIONALE
D’une manière schématique, l’activité économique d’une nation peut être ramenée à un
circuit où :
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