Politiques et management public
Vol 30/3 | 2013
Les transformations publiques au prisme des
réformes comptables et financiÚres
Action publique des collectivités locales françaises
et réforme comptable : vers plus de transparence ?
Public action of the French local authorities and accounting reform: towards
more transparency?
Stanislas Boutmy and Madina Rival
Electronic version
URL: http://pmp.revues.org/6809
ISSN: 2119-4831
Publisher
Institut de Management Public (IDPM)
Printed version
Date of publication: 15 septembre 2013
Number of pages: 373-393
ISBN: 978-2-7430-1544-2
ISSN: 0758-1726
Electronic reference
Stanislas Boutmy et Madina Rival, « Action publique des collectivités locales françaises et réforme
comptable : vers plus de transparence ? », Politiques et management public [En ligne], Vol 30/3 | 2013,
mis en ligne le 01 avril 2016, consulté le 30 septembre 2016. URL : http://pmp.revues.org/6809
The text is a facsimile of the print edition.
© 2013 IDMP/Lavoisier SAS. Tous droits réservés
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Revue Politiques et Management Public 30/3 Juillet-Septembre 2013/373-393
*Auteur correspondant : [email protected]
doi :10.3166/pmp.30.373-393 © 2013 IDMP/Lavoisier SAS. Tous droits réservés
➀ Stanislas Boutmy a et Madina Rival b*
a Directeur Général, Public Evaluation System
20, rue LaïŹƒtte – 75009 Paris
b Maßtre de conférences, Cnam, LIRSA-LARGEPA
40, rue des Jeuneurs – 75002 Paris
Résumé
L’actualitĂ© de la rĂ©forme comptable et ïŹnanciĂšre soulĂšve la question de l’asymĂ©trie d’infor-
mation entre les électeurs et les élus des collectivités locales françaises soumis aux cycles
politico-ïŹnanciers. La rĂ©forme comptable en la matiĂšre prĂ©sente une opportunitĂ© de plus
grande transparence mais Ă©galement des limites aujourd’hui bien mises en Ă©vidence par
la littĂ©rature sur l’instrumentation des outils de gestion. L’étude des deux cas prĂ©sentĂ©s
dans cet article permet d’avoir un panorama relativement complet des enjeux de la rĂ©-
forme actuelle en France : celui de la gestion comptable des collÚges (opérateurs) et celui
de la gestion ïŹnanciĂšre de la dette de l’ensemble des collectivitĂ©s locales. En termes de
rĂ©sultats, nous proposerons Ă  la fois une mise en perspective thĂ©orique qui s’interroge sur
les limites de la rĂ©forme comptable et ïŹnanciĂšre et sur des prĂ©conisations managĂ©riales
susceptibles d’assurer une meilleure transparence de l’action publique locale en France.
© 2013 IDMP/Lavoisier SAS. Tous droits réservés
Mots clĂ©s : comptabilitĂ© publique, ïŹnances publiques, collectivitĂ©s locales.
Abstract
Public action of the French local authorities and accounting reform : towards
more transparency? The news of the accounting and ïŹnancial reform raises the issue
of the asymmetry of information between the voters and the elected representatives
of the French local authorities subjected to the politico ïŹnancial cycles. The accounting
reform on the subject presents an opportunity of greater transparency but also limits
today well presented by the literature on the instrumentation of management tools.
The study of the two cases presented in this article allows a fairly complete overview of
08
Action publique
des collectivités locales françaises
et réforme comptable :
vers plus de transparence ?
374 Stanislas Boutmy et Madina Rival / PMP 30/3 / Juillet-Septembre 2013/373-393
the challenges of reform in France : the management accounting of colleges (operator)
and the ïŹnancial management of the debt of all local communities. In terms of results,
we propose both a theoretical perspective regarding limitations of the accounting and
ïŹnancial reform and managerial recommendations to ensure better transparency of local
public action in France. © 2013 IDMP/Lavoisier SAS. Tous droits réservés
Keywords : public accountability, public ïŹnance, local government.
Introduction
Dans son rapport 2013 sur les comptes 2012, la Cour des comptes française recommande
avec force de s’attaquer aux dĂ©penses des collectivitĂ©s locales en dĂ©taillant certains cas de
comptabilitĂ© particuliĂšrement critiques (Cour des comptes, 2013). Dans le mĂȘme temps, le
jugement du tribunal de Grande instance de Nanterre du 8 fĂ©vrier 2013, sur un prĂȘt opposant
Dexia au département de la Seine-Saint-Denis
1
, donne Ă  la collectivitĂ© la possibilitĂ© d’engager
une procĂ©dure contre la banque pour obtenir l’annulation des rĂšgles de xation du taux. On
le voit, la rĂ©forme comptable et nanciĂšre des collectivitĂ©s locales françaises est trĂšs actuelle.
Si la comptabilitĂ© publique locale française s’inspire du Plan Comptable GĂ©nĂ©ral
(PCG), elle demeure spĂ©cique. La comptabilitĂ© des organismes publics a pour objet la
description et le contrĂŽle des opĂ©rations ainsi que l’information des autoritĂ©s de contrĂŽle
et de gestion. Les rĂ©centes modications de cette comptabilitĂ© publique locale ont toutes
pour point commun d’amĂ©liorer la clartĂ© de l’information et d’aider la collectivitĂ© Ă  mieux
identier les risques auxquels elle est exposĂ©e. Elles apparaissent comme indispensables
an d’amĂ©liorer la qualitĂ© comptable au sein des collectivitĂ©s.
Au-delà des questions techniques, cet article s’interroge plus fondamentalement sur la signi-
cation des pratiques comptables et nanciĂšres des collectivitĂ©s locales françaises en matiĂšre de
démocratie locale. Comment la réforme comptable peut permettre une meilleure transparence
de l’action publique ? Quelles seraient les conditions et les limites de ce cercle vertueux ?
Pour rĂ©pondre Ă  ces questions, notre article traitera d’abord du cadre thĂ©orique mobilisĂ©
(1) car l’actualitĂ© de la rĂ©forme comptable et nanciĂšre soulĂšve le thĂšme de l’asymĂ©trie
d’information entre les Ă©lecteurs et les Ă©lus des collectivitĂ©s locales soumises Ă  des cycles
politico-nanciers. La revue de la littĂ©rature en prĂ©sente les avantages (transparence et
expertise) mais Ă©galement les limites (spĂ©cicitĂ© du secteur public et instrumentation des
outils de gestion). Ensuite, le terrain et de la mĂ©thode choisis pour apprĂ©hender l’objet de la
recherche seront prĂ©sentĂ©s (2) avec une Ă©tude de deux cas qui permet d’avoir un panorama
relativement complet des enjeux de la réforme en France : celui de la gestion comptable
des collĂšges (opĂ©rateur) et celui de la gestion nanciĂšre de la dette de l’ensemble des
collectivitĂ©s locales. Enn, la prĂ©sentation des rĂ©sultats (3) permettra Ă  la fois une mise en
perspective thĂ©orique, qui s’interroge sur les limites de la rĂ©forme comptable et nanciĂšre
actuelle, et des préconisations managériales pour assurer une meilleure transparence de
l’action publique locale en France.
1 DĂ©partement, essentiellement urbain, de la petite couronne parisienne, situĂ© Ă  l’est de la capitale française.
Stanislas Boutmy et Madina Rival / PMP 30/3 / Juillet-Septembre 2013/373-393 375
1. ComptabilitĂ© et ïŹnances publiques locales françaises : principes historiques
et éclairages théoriques
Avant d’en venir au cadre thĂ©orique mobilisĂ© autour du sujet, il nous a semblĂ© nĂ©cessaire
de revenir rapidement sur les grands principes historiques qui fondent la gestion nanciùre
et comptable des collectivités locales françaises.
1.1. Quelques grands principes et lois concernant les ïŹnances publiques locales
françaises : un cadre historique
Trois articles de la DĂ©claration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 26 aoĂ»t 1789
dĂ©terminent la gestion comptable et nanciĂšre de l’administration publique, notamment
celle des collectivités locales françaises :
‱
Article 13 – « Pour l’entretien de la force publique, et pour les dĂ©penses d’administration,
une contribution commune est indispensable ; elle doit ĂȘtre Ă©galement rĂ©partie entre les
citoyens, en raison de leurs facultés. »
‱ Article 14 – « Les citoyens ont le droit de constater, par eux-mĂȘmes ou par leurs reprĂ©-
sentants, la nĂ©cessitĂ© de la contribution publique, de la consentir librement, d’en suivre
l’emploi, et d’en dĂ©terminer la quotitĂ©, l’assiette, le recouvrement et la durĂ©e.
‱
Article 15 – « La sociĂ©tĂ© a le droit de demander compte Ă  tout agent public de son
administration. »
La comptabilitĂ© publique française locale y puise sa source et l’a exprimĂ© par l’élabo-
ration de quelques grands principes2 :
‱
Annualité et antériorité : Les exercices budgétaires sont indépendants les uns des autres ;
le budget est votĂ© et s’exĂ©cute annuellement. Le budget doit ĂȘtre votĂ© et les dĂ©penses
autorisĂ©es avant qu’elles ne soient exĂ©cutoires.
‱ SpĂ©cialitĂ© - Les dĂ©penses et recettes ne sont autorisĂ©es que pour un objet particulier.
‱
Équilibre - L’équilibre prĂ©visionnel requiert la rĂ©union de trois Ă©lĂ©ments (art. L.1612-4 CGCT) :
l’évaluation des dĂ©penses et recettes doit ĂȘtre sincĂšre ; les ressources dĂ©îƒ€nitives doivent ĂȘtre
sufsantes pour couvrir le remboursement en capital des annuitĂ©s d’emprunt ; les sections
de fonctionnement et d’investissement doivent ĂȘtre respectivement votĂ©es en Ă©quilibre.
‱ SincĂ©ritĂ© et prudence - L’apprĂ©ciation des charges et produits, prĂ©vus dans le budget
primitif et constatĂ©s dans le compte administratif, doit ĂȘtre raisonnable an d’éviter
le transfert de risque sur l’avenir d’incertitudes prĂ©sentes (art. L.1612-14 CGCT et
du PCG dĂ©îƒ€ni par le RĂšglement n° 99-03 du 29 avril 1999 du ComitĂ© de la rĂ©gle-
mentation comptable).
UnitĂ© et universalitĂ© - UnitĂ© de caisse : l’ensemble des fonds (et non des recettes mĂȘme
lorsqu’elles sont affectĂ©es
) doit servir Ă  nancer l’ensemble des dĂ©penses. Il y a sĂ©paration
entre les sections d’investissement et de fonctionnement. La section de fonctionnement doit
ĂȘtre Ă©quilibrĂ©e avant de nancer l’investissement. Les emprunts sont considĂ©rĂ©s comme
une recette d’investissement. Il y a une sĂ©paration entre l’ordonnateur et le comptable.
Ce qui, on le verra, est un point à prendre en compte dans une approche de certication.
2 Articles L. 2311-1 et suivants du Code général des Collectivités territoriales qui définissent et encadrent
le budget des collectivités locales.
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La comptabilité des organismes publics a pour objet la description et le contrÎle des
opĂ©rations ainsi que l’information des autoritĂ©s de contrĂŽle et de gestion. Elle retrace les
opĂ©rations nanciĂšres et comptables rĂ©sultant de l’exĂ©cution des budgets des organismes
publics : recettes, dĂ©penses, trĂ©sorerie, patrimoine. L’ordonnance du 26 aoĂ»t 2005 relative
Ă  la simplication et Ă  l’amĂ©lioration des normes comptables a Ă©tĂ© la derniĂšre modication
importante des normes comptables applicables aux collectivités. Cette réforme a rapproché et
harmonisé les nomenclatures comptables locales du PCG. Si la comptabilité publique locale
française s’inspire du PCG, elle demeure spĂ©cique. De plus, compte tenu des spĂ©cicitĂ©s
de leur activitĂ©, aucune norme commune Ă  l’ensemble des collectivitĂ©s n’a Ă©tĂ© Ă©tablie.
Les collectivitĂ©s de plus de 10 000 habitants ont l’obligation de restituer leurs comptes
selon deux prĂ©sentations : par nature et par fonction3. Les diffĂ©rentes fonctions sont dĂ©îƒ€nies
par les normes budgétaires qui encadrent la comptabilité locale. Ce sont les normes M14 pour
les communes et EPCI, M52 pour les Conseils généraux4 et M71 pour les Conseils régionaux.
Elles sont révisées chaque année et publiées au 31 décembre. Les fonctions ne correspondent
pas nĂ©cessairement aux vice-prĂ©sidences ni aux dĂ©lĂ©gations accordĂ©es aux Ă©lus. L’affectation
d’une dĂ©pense ou d’une ressource Ă  une fonction n’est que partiellement encadrĂ©e et peut varier
d’un exercice Ă  l’autre selon, principalement, les choix d’afchage politique de l’exĂ©cutif local.
Ces fonctions ne sont pas nécessairement exploitées comme un outil de gestion. Il faut
prendre en compte le cycle budgĂ©taire de la collectivitĂ©, avec trois phases : l’élaboration (avec
le vote du budget, prĂ©cĂ©dĂ© d’un dĂ©bat d’orientation budgĂ©taire) ; l’exĂ©cution ; le contrĂŽle (le
vote du compte administratif). Le champ de compétence des collectivités territoriales est
relativement large, si la commune bĂ©nĂ©îƒ€cie d’une clause de compĂ©tence gĂ©nĂ©rale, ce n’est
plus tout Ă  fait le cas des rĂ©gions et dĂ©partements, pour l’instant (Boutmy et Moyon, 2010).
Le nouvel acte de décentralisation actuellement en débat en France prévoit de restituer la
clause de compétence générale aux régions et départements.
1.2. Action publique locale et instruments d’information comptables et ïŹnanciers :
un cadre théorique
Si l’on conçoit une action publique locale contrainte par des cycles politico-nanciers,
l’introduction d’instruments d’information comptable et nanciĂšre peut rĂ©duire l’asymĂ©trie
d’information entre Ă©lecteurs et Ă©lus. Pourtant, la rĂ©forme comptable en la matiĂšre prĂ©sente
des limites aujourd’hui bien mises en Ă©vidence par la littĂ©rature : la spĂ©cicitĂ© du secteur
public ainsi que l’instrumentation des outils de gestion.
L’action publique locale : des contraintes liĂ©es au cycle politico-nancier
Pour les thĂ©oriciens du marchĂ© politique qui considĂšrent que l’électeur est « myope »
5
(Nordhaus, 1975), les Ă©lus analysent leurs dĂ©cisions Ă  la lumiĂšre d’une contrainte de
réélection, prĂ©occupation d’autant plus importante que l’on se rapproche des Ă©chĂ©ances
électorales. Les décisions des acteurs publics obéiraient alors à un cycle. Au lendemain
3 Voir tableau en annexe 1.
4 Devenus Conseils Départementaux dans la loi de réforme actuellement (16/05/2013) soumis actuelle-
ment au contrĂŽle du Conseil Constitutionnel.
5 Le terme nous a Ă©tĂ© suggĂ©rĂ© par l’un des rĂ©viseurs anonymes.
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