Le capitalisme peut-il être défini comme un « système d`économie

Le capitalisme peut-il être défini comme un « système
d’économie de marchés » ?
Introduction :
En paraphrasant CHURCHILL, on peut avancer que « le capitalisme est le pire des systèmes à
l’exception de tous les autres ». L’effondrement de l’URSS et de ses satellites au début des années 1990
semble avoir démontré la victoire définitive du capitalisme sur le socialisme.
Qu’est-ce que le capitalisme ? C’est à la fois comme une idéologie car il a été constamment
opposé au socialisme et une réalité historique présentant des visages différents, anglo-saxon ou rhénan,
sauvage ou à visage humain. Il constitue en outre un type idéal d’organisation économique défini par les
caractéristiques suivantes :
- la propriété privée des moyens de production
- l’importance de l’initiative individuelle
- l’accumulation du capital
- l’existence de relations marchandes
Le rôle des marchés semble essentiel. Les marchés sont basés sur la concurrence et la loi de l’offre et de
la demande. Pourtant l’historien Fernand BRAUDEL a pu distinguer 3 âges dans la vie économique : la
vie matérielle, les rapports marchands et le capitalisme, celui-ci étant compris par lui comme une
forme pervertie du marché.
Le phénomène capitaliste se réduit-il aux forces du marché au bien y a-t-il deux logiques
distinctes, voire contradictoires ?
I- Le marché : colonne vertébrale du capitalisme
A- Le marché est à l’origine du capitalisme : l’échange marchand existait avant le système capitaliste.
Le capitalisme serait apparu vers la fin du moyen-âge : apparaît un nouveau type de marchés le
marchand possède des sommes d’agent considérables lui permettant d’acheter d’avance la
marchandise. Dorénavant, posséder l’argent permet de gagner de l’argent. Au 16ème siècle, le capital
marchand finance les expéditions commerciales vers l’Asie, l’Afrique et l’Amérique ; plus tard le
colonialisme étendra le capitalisme à une grande partie de la planète.
B- Le marché est la base du fonctionnement du capitalisme : il permet, via des prix libres et flexibles,
l’allocation optimale des ressources (théories de la main invisible de SMITH et de l’équilibre
économique général de WALRAS), l’élimination des rentes de situation, la circulation de
l’information (HAYEK) et l’obligation pour les entreprises de satisfaire le client. Le marché constitue
un ordre spontané (HAYEK)
C- A l’inverse, le socialisme supprime ou limite le rôle du marché : le remplaçant par le plan,
seuls subsistent le marché noir ou des marchés agricoles locaux. Face aux échecs des expériences
de planification de l’économie (URSS), la plupart des pays du monde ont mis en place une
économie de marché. Cette victoire du capitalisme confirme les idées de HAYEK qui a démontré
la supériorité des systèmes résultant d’un ordre spontané (ex : capitalisme) sur les systèmes
planifiés (ex : socialisme).
Transition : Pourtant devant les déboires du capitalisme russe (arrestation de chefs d’entreprise et non
respect du droit de propriété) on peut se demander si le marché seul définit le capitalisme, si le capitalisme
ne suppose par aussi des règles mises en place par un organe extérieur au marché.
II- Cependant le capitalisme n’est pas simplement une juxtaposition de
marchés ::
A- L’importance du cadre institutionnel et juridique : des règles sont indispensables pour permettre le
fonctionnement des marchés, pour pallier l’absence du commissaire-priseur walrassien. Droit de la
concurrence, droit de la consommation, droit du travail. Exemples : 1791 : décret d’ALLARDE
(suppression des corporations et loi LE CHAPELLIER (suppression des coalitions). Contre-exemple
avec la difficile transition vers l’économie de marché de la Russie : procédures de faillite non
encadrées, absence de justice commerciale, codes commerciaux et financiers non respectés.
B- L’importance des valeurs : SOMBART a montré que le capitalisme était aussi une attitude : l’esprit
du capitalisme. Esprit d’acquisition, esprit de concurrence et l’esprit de rationalité (modernité,
efficacité). WEBER a montré que l’éthique protestante a favorisé la modernisation économique. Rôle
des entrepreneurs.
C- L’importance de l’Etat : PERROUX : l’Etat est un coordonateur et un arbitre, il donne un sens à
l’ensemble national, il fixe certains prix, intervient par la réglementation, par le protectionnisme. Cet
éloignement du modèle du marché est plus fort dans le capitalisme rhénan que dans le capitalisme
anglo-saxon. POLANYI : dans les années 1930, le marché autorégulateur s’est désintégré car il n’était
plus encadré. A la suite de cette crise, nécessité de ré-encastrer l’économique dans le social, donc
évolution obligée du capitalisme vers plus de social, sous l’égide de l’Etat.
Transition : l’existence de marchés n’est pas la seule condition au bon fonctionnement du capitalisme,
mais de plus les entreprises tentent souvent de s’affranchir des lois du marché.
III- De plus les entreprises capitalistes cherchent à contrôler le marché :
A- L’opposition marché/firme : L’existence même des firmes s’explique par la volonté de réduire les
coûts de transaction inhérents aux marchés (COASE). La figure de l’économie moderne, ce n’est pas
une myriade d’artisans liés entre eux par des marchés de sous-traitance, mais bien l’entreprise, ce
collectif d’individus travaillant dans un service organisé sous la subordination juridique d’un
entrepreneur. Exemple du commerce intra-FMN.
B- La collusion entre firmes pour se protéger de la concurrence : cartels, ententes, non respect de la
CPP d’où les lois anti-trust.
C- La concentration des firmes dans le but de maîtriser leur environnement : c’est à dire obtenir un
pouvoir de monopole sur les prix : monopole, oligopoles, contrats d’exclusivité. Phénomène signalé
par MARX : concurrence => concentration par élimination des entreprises les moins rentables.
SCHUMPETER : les monopoles et les entreprises géantes participent à la croissance d’après guerre
grâce à l’adéquation avec le système technique de l’époque.
Conclusion :
Le marché est une condition nécessaire mais pas suffisante pour définir le capitalisme. Il suppose
la présence d’un esprit d’accumulation, de concurrence, et un cadre juridique stable et respecté. Il
nécessite un état d’esprit qui a parfois été perverti : cf. les manipulations comptables chez ENRON ou
WORLDCOM au début des années 2000, les manipulations monétaires de la part des banques centrales
depuis 2008.
A propos de l’opposition capitalisme/socialisme, Peter DRUKER, gourou du management aux
USA, rappelait que si le socialisme c’est la propriété collective des moyens de production, le marché est
peut-être le meilleur moyen pour y parvenir via l’actionnariat populaire, et les USA le 1er pays socialiste !
« MARX à la corbeille » ironisait à ce sujet Philippe MANIERE dans un livre paru en 2000.
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