
II- Cependant le capitalisme n’est pas simplement une juxtaposition de
marchés ::
A- L’importance du cadre institutionnel et juridique : des règles sont indispensables pour permettre le
fonctionnement des marchés, pour pallier l’absence du commissaire-priseur walrassien. Droit de la
concurrence, droit de la consommation, droit du travail. Exemples : 1791 : décret d’ALLARDE
(suppression des corporations et loi LE CHAPELLIER (suppression des coalitions). Contre-exemple
avec la difficile transition vers l’économie de marché de la Russie : procédures de faillite non
encadrées, absence de justice commerciale, codes commerciaux et financiers non respectés.
B- L’importance des valeurs : SOMBART a montré que le capitalisme était aussi une attitude : l’esprit
du capitalisme. Esprit d’acquisition, esprit de concurrence et l’esprit de rationalité (modernité,
efficacité). WEBER a montré que l’éthique protestante a favorisé la modernisation économique. Rôle
des entrepreneurs.
C- L’importance de l’Etat : PERROUX : l’Etat est un coordonateur et un arbitre, il donne un sens à
l’ensemble national, il fixe certains prix, intervient par la réglementation, par le protectionnisme. Cet
éloignement du modèle du marché est plus fort dans le capitalisme rhénan que dans le capitalisme
anglo-saxon. POLANYI : dans les années 1930, le marché autorégulateur s’est désintégré car il n’était
plus encadré. A la suite de cette crise, nécessité de ré-encastrer l’économique dans le social, donc
évolution obligée du capitalisme vers plus de social, sous l’égide de l’Etat.
Transition : l’existence de marchés n’est pas la seule condition au bon fonctionnement du capitalisme,
mais de plus les entreprises tentent souvent de s’affranchir des lois du marché.
III- De plus les entreprises capitalistes cherchent à contrôler le marché :
A- L’opposition marché/firme : L’existence même des firmes s’explique par la volonté de réduire les
coûts de transaction inhérents aux marchés (COASE). La figure de l’économie moderne, ce n’est pas
une myriade d’artisans liés entre eux par des marchés de sous-traitance, mais bien l’entreprise, ce
collectif d’individus travaillant dans un service organisé sous la subordination juridique d’un
entrepreneur. Exemple du commerce intra-FMN.
B- La collusion entre firmes pour se protéger de la concurrence : cartels, ententes, non respect de la
CPP d’où les lois anti-trust.
C- La concentration des firmes dans le but de maîtriser leur environnement : c’est à dire obtenir un
pouvoir de monopole sur les prix : monopole, oligopoles, contrats d’exclusivité. Phénomène signalé
par MARX : concurrence => concentration par élimination des entreprises les moins rentables.
SCHUMPETER : les monopoles et les entreprises géantes participent à la croissance d’après guerre
grâce à l’adéquation avec le système technique de l’époque.
Conclusion :
Le marché est une condition nécessaire mais pas suffisante pour définir le capitalisme. Il suppose
la présence d’un esprit d’accumulation, de concurrence, et un cadre juridique stable et respecté. Il
nécessite un état d’esprit qui a parfois été perverti : cf. les manipulations comptables chez ENRON ou
WORLDCOM au début des années 2000, les manipulations monétaires de la part des banques centrales
depuis 2008.
A propos de l’opposition capitalisme/socialisme, Peter DRUKER, gourou du management aux
USA, rappelait que si le socialisme c’est la propriété collective des moyens de production, le marché est
peut-être le meilleur moyen pour y parvenir via l’actionnariat populaire, et les USA le 1er pays socialiste !
« MARX à la corbeille » ironisait à ce sujet Philippe MANIERE dans un livre paru en 2000.