
1 – L’ontologie de l’État fédératif européen
À partir de 1998, c’est autour de la thèse « euro-fédéraliste » que l’idéologie allemande
semblait s’unifier, contre les positions prises par les « euroceptiques », par les
« europhiles » et par les « partisans d’une réglementation politique à l’échelle de la planète
(global governance). » [Habermas, 2000 : 90].
Cependant, après les attentats du 11 septembre, Beck [in Weill, 2001 : 32] tire la singu-
lière leçon qui suit (dans la revue « Der Spigel » du 15 octobre 2001) : la sécurité nationale
« n’est désormais plus à proprement parler du ressort de la nation ». Ce sociologue muni-
chois qui d’ailleurs « réinvente la politique » autour de la notion de « risque » [Beck,
1992 ; 1997] soutient la thèse générale selon laquelle les attentats de New York et de Was-
hington, tout comme la guerre en Afghanistan, « loin d’infléchir le cours de la mondialisa-
tion, l’aurait au contraire accéléré » [in Weill, 2001 : 32].1
Ce n’est pas le manichéisme grossier la pensée adoptée par le sociologue allemand ;
mais, il s’agit d’un raisonnement fondé sur les antinomies de la philosophie politique kan-
tienne qui l’entraîne, en dernière instance, jusqu’au manichéisme pensé. Il en déduit une
« loi étrange » et difficilement perceptible de manière immédiate dans l’opinion « qui veut
que la résistance à la mondialisation – qu’elle le veuille ou non – en accélère le rythme. »
[Beck, 2001 : 16]. À partir de ce paradoxe il dérive que « le terme de mondialisation dési-
gne un processus étrange dont la réalisation progresse sur deux voies opposées : soit on est
pour, soit on est contre. » [Idem].
Beck affirme qu’avec l’avancée ambivalente et irréversible de la mondialisation, « la
catégorie d’État-nation va devenir une catégorie zombie » [in Weill, 2001 : 32]. Dans la
crise actuelle, il faut dépasser aussi le néolibéralisme [Beck, 2001 : 16] pour que s’impose
à «l’ère du risque » [Beck, 1995] une stratégie globale de régulation des incertitudes nou-
velles ou anciennes, internes ou externes, spontanées ou fabriquées [Giddens, 2000 : 31 et
suivantes]. Dans ce changement, « les positions traditionnelles de la lutte de classes de-
viennent dérisoires face aux menaces concernant la santé et la sécurité. » (Ulrich Beck,
journal Le Monde – Économie, interview, Paris, le 20/11/2001 : III).
Il se met carrément à l’extérieur du débat autour de la nécessité soit de plus de mondia-
lisation et d’autorégulation marchande (europhiles) soit de plus d’étatisation et de plus de
régulation au niveau national (euroceptiques). Il s’agit d’un débat courant toujours suscep-
1 De fait, sa position est plus subtile que celle qui n’a pas hésité à affirmer George W. Bush : « Les terroristes
ont attaqué le World Trade Center et nous les vaincrons en élargissant et en encourageant le commerce mon-
dial. » (journal Le Monde - Économie, Paris, le 6/11/2001 : I).