CITE

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Note rédigée pour le forum rural européen
Montpellier- septembre 2002
CITE
BP. 74 – Ambatonakanga
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Fax : (261 20) 22 336 69
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ETUDE DE CAS : DEVELOPPEMENT DE SERVICES
D’INFORMATION POUR LES PETITS ENTREPRENEURS DANS DES
VILLES SECONDAIRES A MADAGASCAR
Vincent Durruty
Directeur adjoint du CITE
I- Introduction :
A Madagascar, comme dans de nombreux pays en voie de développement, les micros et
petites entreprises constituent un maillage dense dans le tissu économique global. Ce pan
de l’économie qui représente environ 50 % du PIB non agricole, serait le premier pourvoyeur
d’emplois et représenterait ¾ de la consommation des ménages urbains.
Il n’en reste pas moins que ces entreprises évoluent encore dans un contexte de précarité
forte avec un environnement (accès aux services, relation avec l’Administration,..) encore
peu propice, qui les maintient dans une position d’isolement ne favorisant pas l’innovation et
la concertation. Le domaine de l’accès au micro-crédit est celui qui à ce jour a le plus été
développé et abouti. L’accès à l’information et au conseil reste encore dans la plupart des
cas peu exploré ou difficile à pérenniser (coûts récurrents des structures difficiles à
rentabiliser par la vente des services).
Pourtant, lever la contrainte de l’accès à l’information, par la mise en place d’une structure et
de services adaptés aux besoins et attentes de ces entrepreneurs, est un levier potentiel fort
de développement de leurs activités et donc d’amélioration de leurs conditions de travail et
de vie qui sont indissociables.
Face à ce constat le CITE (Centre d’Information Technique et Economique) association de
droit malgache basé dans la capitale de Madagascar, Antananarivo, a développé depuis juin
1995 des services d’information pour les petites entreprises en partenariat avec le GRET
dans le cadre du Projet SITE (Système d’Information Technico- Economique). Ce
programme a débuté en Juin 1995 pour se terminer en Novembre 1999.
Une mission d’évaluation en février 2000 (Cécile Broutin- Michel Botzung- GRET) a souligné
l’originalité de l’expérience qui a permis de transformer un centre de documentation
traditionnel en centre de ressources pour les opérateurs économiques, le gain fort en
notoriété du CITE qui lui a permit d’accroître et étendre sa clientèle, de diversifier ses
ressources financières grâce à une gamme complémentaires de produits et services.
Les services développés sont les suivants :
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Service information ou de constitution de dossiers d’informations sur mesures ;
Service édition ou de production et diffusion de documentation technique et
économique ;
Service communication organisant des conférences, tables rondes ou séminaires ;
Service étude ou de production d’analyse économique sectorielle ou filière.
Le succès de ces services sur Antananarivo et le constat que l’accès à l’information en
province est encore plus critique ont amené le CITE à s’engager dans un programme de
décentralisation de ses activités.
II- Une première phase de décentralisation avec des résultats
mitigés :
Une première phase (1996- 1999) visait à mettre en place des antennes du CITE dans les
Alliances françaises des villes principales de province (volonté d’économie d’échelle). Elle a
été dans la plupart des cas peu concluante pour les raisons suivantes :
♦ Le manque de place dans beaucoup d’alliances n’a pas permis d’identifier les
antennes CITE au milieu des autres services des alliances ;
♦ Le personnel mis à disposition (anciennes aides bibliothécaires des alliances) pas
forcément à plein temps, n’était pas en mesure de développer de nouvelles
compétences pour ce type de public ;
♦ Les alliances ayant un public naturel de lycéens et d’écoliers n’ont pas su
s’adapter à un nouveau type de public ;
♦ L’image élitiste et culturelle des alliances ne correspondait pas au type de
structure que les petits entrepreneurs fréquentent.
Seules deux villes d’implantation avaient des résultats intéressants (Antsiranana et
Antsirabe), Antsirabe étant l’expérience la plus réussie.
Antsirabe à l’avantage d’être un centre économique présentant un poids parmi les plus
importants en terme de valeur ajoutée à Madagascar. Cela s’explique par la présence de
grosses entreprises de transformation (TIKO, STAR, SACIMEM, COTONA, KOBAMA,
SOCOLAIT,…), par sa position stratégique de carrefour permettant de faire le lien entre les
productions agricoles et la demande urbaine de la capitale et par l’importance et la diversité
de son tissu micro-entrepreneurial.
D’après les enquêtes réalisées par le projet PAME (Projet D’Appui aux Micro-entreprises), il
y aurait 1 000 à 1 200 micro-entreprises effectives (réunissant 164 métiers différents) et 10
000 à 15 000 micro-entreprises au sens large (comprenant les activités d’auto-emplois et
saisonnières).
Les micro-entreprises effectives regrouperaient 3 500 à 4 000 emplois soit l’équivalent du
secteur industriel.
A Antsirabe l’expérience découle de l'initiative d'un projet du Service de Coopération et
d'Action Culturelle de l'Ambassade de France le PAME (Projet d'Appui aux Micro
Entreprises). Initié en 1994, ce projet avait choisi au départ Antsirabe comme site pilote. Il a
mis en œuvre différents volets d'appui au secteur des micro entreprises :
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Un volet d'Appui financier (ADEFI) qui est arrivé aujourd'hui à maturité et qui a été
répliqué dans différentes villes (Antananarivo, Toamasina, Fianarantsoa, Ambatolampy).
Un volet d'animation économique (structuration, appui à la commercialisation) et de
formation qui était mis en œuvre par l'IREDEC (ONG malgache).
Un volet information avec la mise en place d'une centre d'information installé dans
un premier temps à l'Alliance française d'Antsirabe, mais qui rapidement face aux
limites constatées pour toucher le public cible visé (micro entrepreneurs) a
déménagé pour s'installer dans un local situé dans une rue commerçante sur le
chemin du marché. Cette initiative a été menée avec l'appui technique du CITE et
du GRET.
Les services développés sont les suivants :
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Consultation d’ouvrages sur place ;
Prêt d’ouvrages pour les adhérents ;
Service information (type Question-réponse) ;
Point librairie (vente d’ouvrages) ;
Photocopie de documents ;
Accès au fond documentaire du CITE pour les adhérents (malle du CITE) ;
Envoie et réception de courriel ;
Animation thématique.
Les principaux résultats obtenus à ce jour sont les suivants :
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Plus de 30 000 visites de 1997 à 2001 ;
620 adhésions payantes de 1997 à 2001 (dont plus de 60 % sont des microentrepreneurs) ;
22 % de capacité d’autofinancement en 2001 ;
5 associations sectorielles constitués de façon spontanée suite à des animations
thématiques sectorielles organisées par le centre.
Une enquête réalisée en 2001 auprès des différents utilisateurs du centre donne les
éléments suivants :
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TOROHAY touche un public à activités très variées aussi bien dans des activités
primaires, manufacturières que de service ;
45 % des adhérents ont connus le centre « en passant devant » ;
la majorité (70 %) viennent y chercher des idées de nouveaux modèles,
équipements ou projets et des informations précises techniques pour leurs
activités ;
tous les adhérents trouvent que les informations obtenues dans le centre ont eu
un impact sur leur activité et leur revenu.
La réussite du centre découle des principes suivants :
♦ Une bonne connaissance dès le départ du contexte économique et institutionnel
local grâce aux études réalisées par le PAME ;
♦ Une approche de proximité qui a développé une « boutique d’information » de
quartier ;
♦ Un personnel compétent mais ouvert à ce type de public (l’animateur doit pouvoir
être proche de son public cible) ;
♦ Le développement de services adaptés aux besoins de ce public (fond
documentaire spécifique, organisation d’animations thématiques,..) ;
♦ Utilisation du potentiel de base arrière du CITE (expertise documentaire, malle du
CITE, Service information, édition,…) ;
♦ Structure développée à l’échelle de sa cible (réduire dés le départ les coûts
récurrents).
La seule faiblesse de l’approche réside dans la non implication des acteurs régionaux dans
le développement de cette structure (lien direct avec le CITE Antananarivo et une gestion
rapprochée de l’Alliance française d’Antsirabe) dès le départ. Cela a freiné son
positionnement institutionnel régional et a pu à certains moments menacer malgré son
succès reconnu sa pérennité.
III- Une deuxième phase de décentralisation tenant compte des
succès et échecs de la première phase :
Cette expérience fort intéressante a été retenue comme une expérience pilote que le CITE
souhaitait valoriser dans sa nouvelle stratégie de développement dans les provinces et villes
secondaires de Madagascar (2000-2004).
Le CITE a donc souhaité développer ce type d’outils techniques dans d’autres régions de
Madagascar mais en privilégiant une implication dès le départ d’autres acteurs institutionnels
(Groupements professionnels, communes, structure d’appui au secteur privé, …), visant à
promouvoir le développement économique de leur région à travers l’accès aux services
d’information. L’aspect institutionnel devait donc dès le départ être pris en compte.
Pour cela il était nécessaire d’avoir une analyse préalable du contexte institutionnel régional
pour identifier les partenaires crédibles et durables avant la mise en place des actions. Ces
analyses ont aussi en parallèle porté sur une bonne connaissance de l’économie de la
région pour déjà anticiper sur le type d’information utile au développement économique
régional et pour évaluer le dynamisme de la zone.
Cela a permis de choisir les villes d’implantation en fonction de différents critères :
1. Dynamisme économique des régions d’implantation (villes principales) et
couverture d’axes économiques forts ;
2. Existence de partenaires locaux (communes, groupements professionnels,
associations régionales, ..) intéressés par le projet est prêts à s’impliquer (au
niveau institutionnel et financier) ;
3. Existence d’un outil financier « projet ou bailleur » au départ pour couvrir les
investissements de départ « coûteux » (matériels, documentation, études de
milieux,…).
Les modes de partenariats ont par contre été différents selon les régions :
Le CITE peut être l’initiateur en partenariat avec d’autres institutions :
•
Sur trois villes secondaires (Ambatolampy, Ambositra et Ambalavao), le CITE a été
approché
par le projet PAGU (Projet d’Appui à le Gestion Urbaine) et plus
particulièrement le responsable de la composante « Développement Economique
Local ». Ce projet a souhaité en partenariat avec le CITE créer des petits centres
d’informations dans lesquels les communes urbaines associées aux communes rurales
participeraient au budget de fonctionnement et aux prise de décisions (représentation
dans le CA). Ces antennes ont été inaugurées en Avril 2001.
•
Dans deux villes principales (Toamasina et Antsiranana) avec l’appui au départ du
SCAC, le CITE a développé des relations avec des groupements professionnels locaux
pour la mise en place de structures de services d’information (ces ouvertures ou
développement ont pris du retard du fait des récents événements politiques ). Leur
ouverture est prévue fin 2002- début 2003.
Le CITE peut être aussi
structure d’information :
simple
organisme
d’appui à
la
mise
en
place
de
•
A Fianarantsoa le CITE a été contacté par une association locale ayant obtenu un
financement de l’USAID pour intervenir en tant qu’opérateur pour la mise en place d’une
structure d’information.
•
Le CITE est sollicité dans d’autres villes (Manakary, Tsarahonena) pour intervenir en
appui et formation au démarrage de structures de ce type.
L’expérience la plus ancienne est celle des centres mis en place avec le projet PAGU sur
trois villes (Ambatolampy, Ambositra et Ambalavao). Les principaux éléments à retenir sont
les suivants :
Ces centres situés sur les places de marchés développent une approche de proximité et de
facilité d’accessibilité pour les acteurs économique de la région. Les financements PAGU ont
permis de réhabiliter les locaux et acheter les mobiliers, réaliser des diagnostics de
l’économie locale permettant d’identifier les secteurs porteurs et les acteurs dynamiques de
la région, former les responsables et de constituer un petit fonds documentaire de départ. Un
partenariat avec les communes a été aussi mis en place, elles fournissent gratuitement le
local et participent à hauteur d’environ 30 % au budget de fonctionnement. Le CITE a
apporté en 2001 le budget de fonctionnement complémentaire et son assistance technique.
Ces centres ont été dès le départ constitués sous forme d’associations regroupant : le CITE,
les communes et le secteur privé. Cela leur permet dès le départ d’acquérir une autonomie
de fonctionnement et d’asseoir leur intégration régionale. Ces centres ont été dans un
premier temps ouvert à mi-temps.
La première année de fonctionnement laisse présager des résultats intéressants malgré la
faiblesse actuelle du fonds, l’ouverture à mi-temps et les services restreints proposés
(emprunts, consultation, malle du CITE,..). Avec des résultats un peu différents suivant les
régions, les ADITE sur 6 mois de fonctionnement ont enregistré : 105 adhésions et 1 500
visiteurs. De plus des ouvrages y ont été vendus, des animations thématiques ont été
organisées et des malles du CITE ont été commandées.
IV- Conclusions et perspectives :
L’accès à l’information est primordiale pour le développement et la diversification des
activités génératrices de revenus pour les populations. La mise en place de services
d’information adaptés répondant aux besoins et priorités des entreprises reçoit un très large
succès et permet de lever un frein considérable au développement économique de ces
acteurs. L’accessibilité de ces structures au public cible est primordiale (aussi bien en terme
de proximité que d’image), la qualité et la « simplicité » des informations disponibles est
aussi un gage de réussite (plutôt visuelle, en langue locale autant que possible,..),
l’implication d’acteurs locaux (communes, groupements professionnels,..) dès le départ est
un gage de pérennité même si en général d’autres subventions sont à rechercher pour
couvrir l’ensemble des frais de fonctionnement.
Ces expériences montrent qu’avec des budgets peu importants des réponses concrètes et
efficaces peuvent être apportées rapidement pour lutter contre la pauvreté dans les pays en
développement. La maîtrise technique de l’outil est en plus simple et facile à transférer
rapidement sans formation de départ très poussée des responsables.
Les évolutions à venir de ces structures vont être axées sur l’utilisation et la promotion des
NTIC, la mise en place de projections régulières de films techniques et la gestion et le
partage des information en réseau.
Il s’avère par contre que l’information crée d’autre besoins que sont l’accès au crédit, au
conseil et à la formation professionnelle. L’information est le premier catalyseur de la volonté
de se développer et d’innover, mais il doit être à un moment accompagné d’autre services
indispensables à la réalisation des projets qu’elle a engendré. Elle apporte les premières
réponses à des questions mais pas l’ensemble de la solution…
Bibliographie :
1- Evaluation du programme SITE (M. Botzung- C. Broutin- GRET- Février 2000) ;
2- Note d’évaluation et de perspectives des actions de décentralisation du CITE (19961999- G. Beville- P. Hué) ;
3- Capitalisation sur les activités du CITE en appui au secteur privé (Vincent Durruty, Hary
Lala Rakotonaïvo, Voahangy Andriamparany, Fanja Rakotondraïnibe – Octobre 2001) ;
4- Rapport d’activité des antennes du CITE (Lucien Ratovo- Fevrier 2002).
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