Sommaire : texte théâtral

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Sommaire : texte théâtral
Jean Tardieu, Finissez vos phrases
p2
Alfred Jarry, Ubu roi
p3
Eugène Ionesco, Rhinocéros
p4
Nathalie Sarraute, Pour un oui ou pour un non
p5
Samuel Beckett, En attendant Godot
p6
Eugène Ionesco, La Cantatrice chauve
p7
William Shakespeare, Hamlet
p8
William Golding, Sa majesté des Mouches
p9
Laurent Rogero, La princesse et l'homme sans-cœur
p10
Corinne Albault, Une famille dans de beaux draps. In Monstres, fantômes & Cie
p11
Fabrice Melquiot, Le jardin de Beamon
p12
Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais, Le Mariage de Figaro
p13
Jean Cocteau, La machine infernale
p14
Jean Tardieu, Un mot pour un autre
p15
Un mot pour un autre
Monsieur A
Comme c'est ! ...Enfin, oui vraiment, je trouve que c'est...
Madame B (modeste) Oh, n'exagérons rien ! C'est seulement, c'est uniquement... Je veux
dire : ce n'est pas tellement, tellement...
Monsieur A
(intrigué, mais sceptique) Pas tellement, pas tellement, vous croyez ?
Madame B
(restrictive) Du moins je le... je, je, je... Enfin!...
Monsieur A (avec admiration) Oui, je comprends : vous êtes trop, vous avez trop de...
Madame B
(toujours modeste, mais flattée) Mais non, mais non : plutôt pas assez...
Monsieur A (réconfortant) Taisez-vous donc ! Vous n'allez pas nous... ?
Madame B
(riant franchement) Non ! Non ! Je n'irai pas jusque là !
Jean Tardieu, Finissez vos phrases
La chanson du décervelage
Quand le dimanch' s'annonçait sans nuage, Nous exhibions nos beaux accoutrements Et nous
allions voir le décervelage Ru' d'l'Échaudé, passer un bon moment. Voyez, voyez la machin'
tourner, Voyez, voyez la cervell' sauter, Voyez, voyez les rentiers trembler ;
Chœurs
Hourra, cornes-au-cul, vive le Père Ubu !
Je fus pendant longtemps ouvrier ébéniste, Dans la ru' du Champ d'Mars, d'la paroiss' de
Toussaints. Mon épouse exerçait la profession d'modiste, Et nous n'avions jamais manqué de
rien.
Alfred Jarry, Ubu roi
Dénouement
Bérenger
Ce sont eux qui sont beaux. J'ai eu tort ! Oh ! Comme je voudrais être comme eux. Je n'ai pas
de corne, hélas ! Que c'est laid, un front plat. Il m'en faudrait une ou deux, pour rehausser mes
traits tombants. Ça viendra peut-être, et je n'aurai plus honte, je pourrai aller tous les
retrouver. Mais ça ne pousse pas ! (Il regarde les paumes de ses mains.) Mes mains sont
moites. Deviendront-elles rugueuses ? (Il enlève son veston, défait sa chemise, contemple sa
poitrine dans la glace.) J'ai la peau flasque. Ah, ce corps trop blanc, et poilu ! Comme je
voudrais avoir une peau dure et cette magnifique couleur d'un vert sombre, une nudité
décente, sans poils, comme la leur ! »
Eugène Ionesco, Rhinocéros
« Essaie quand même »
H.1
Essaie quand même...
H.2
Oh non... je ne veux pas...
H.1
Pourquoi? Dis-moi pourquoi?
H.2
Non, ne me force pas...
H.1
C'est donc si terrible?
H.2
Non, pas terrible... ce n'est pas ça...
H.1
Mais qu'est-ce que c'est, alors?
H.2 C'est... c'est plutôt que ce n'est rien... ce qui s'appelle rien... ce qu'on appelle ainsi... en
parler seulement, évoquer ça... ça peut vous entraîner... de quoi on aurait l'air? Personne, du
reste... personne ne l'ose... on n'en entend jamais parler...
H.1 Eh bien, je te demande au nom de tout ce que tu prétends que j'ai été pour toi... au nom
de ta mère... de nos parents... je t'adjure solennellement, tu ne peux plus reculer... Qu'est-ce
qu'il y a eu? Dis-le... tu me dois ça...
H.2, piteusement je te dis : ce n’est rien qu’on puisse dire... rien dont il soit permis de
parler...
H.1
Allons, vas-y...
H. 2 Eh bien, c'est juste des mots...
H.1 Des mots? Entre nous? Ne me dis pas qu'on a eu des mots... ce n'est pas possible... et
je m'en serais souvenu...
H.2 Non, pas des mots comme ça... d'autres mots... pas ceux dont on dit qu'on les a
“eus”... Des mots qu'on n'a pas “eus”, justement... On ne sait pas comment ils vous
viennent...
Nathalie Sarraute, Pour un oui ou pour un non
« Voilà l'homme tout entier »
Vladimir
Voilà l'homme tout entier, s'en prenant à sa chaussure alors que c'est son pied
le coupable. Ca devient inquiétant. Un des larrons fut sauvé. C'est un pourcentage honnête.
Gogo...
Estragon
Quoi ?
Vladimir
Si on se repentait ?
Estragon
De quoi ?
Vladimir
Eh bien ... On n'aurai pas besoin d'entrer dans les détails.
Estragon
D'être né ?
Vladimir
On n'ose même plus rire.
Estragon
Tu parles.
Vladimir
Seulement sourire. C 'est pas la même chose. Enfin... Gogo...
Estragon
Qu'est-ce qu'il y a ?
Samuel Beckett, En attendant Godot
La cantatrice chauve
Mme Smith Sainte-Nitouche !
M. Martin
T'en as une couche !
Mme Smith Tu m'embouches !
M. Martin
Sainte Nitouche touche ma cartouche.
Mme Smith N'y touchez pas, elle est brisée.
M. Martin
Sully !
M. Smith
Prudhomme !
Mme Martin, M. Smith
François
Mme Smith, M. Martin
Coppée
Mme Martin, M. Smith
Coppée Sully !
Mme Smith, M. Martin
Prudhomme François
Mme Martin
M. Martin
Espèce de glouglouteurs, espèces de glouglouteuses.
Mariette, cul de marmite !
Mme Smith Krishnamourti, Krishnamourti, Krishnamourti !
M. Smith
Le pape dérape! Le pape n'a pas de soupape. La soupape a un pape.
Eugène Ionesco, La Cantatrice chauve
Hamlet
Hamlet
Allons, allons ! Asseyez-vous ; vous ne bougerez, vous ne sortirez pas, que je
ne vous aie présenté un miroir où vous puissiez voir la partie la plus intime de vous-même.
La reine
Que veux-tu faire ? Veux-tu m'assassiner ? Au secours ! Au seocurs! Holà
Polonius, derrière la tapisserie
Quoi donc ? Holà ! Au secours !
Hamlet, dégainant Tiens ! Un rat! (il donne un coup d'épée dans la tapisserie) Mort ! Un
ducat, qu'il est mort !
Polonius, derrière la tapisserie
Oh, je suis tué. (Il tombe, et meurt.)
William Shakespeare, Hamlet
Sa Majesté des Mouches
Perceval
Ecoutez ! J'entends le monstre !
Ralph
Ce n'est pas le monstre.
On entend les cris au loin : « A la chasse ! A la chasse!A la chasse ! » Ralph se retourne pour
les écouter.
Ralph
C'est nous.
Piggy
Non c'est pas nous.
Simon
Alors c'est qui.
Piggy
C'est eux.
Ralph regarde longuement en direction des cris.
Noir
William Golding, Sa majesté des Mouches
La princesse et l'homme sans-coeur
La tortue
Ca va tomber !
L'Elfe
Qui a parlé ?
Une tête de tortue paraît, sortant de la cuirasse du chevalier.
La Tortue
Le fruit : il va tomber. J'y crois, moi, à ton histoire.
L'Elfe
Qui es-tu ?
La Tortue
Je suis Trotte-Menu la tortue.
L'Elfe
Que fais-tu là ?
La Tortue
Un matin, un aigle a voulu faire de moi son petit-déjeuner. Je n'ai que le temps
de rentrer la tête, il m'attrape et décolle. Alors j'ai sauté de ma carapace en plein vol, et
l'oiseau dans son nid a trouvé la boîte vide. Désormais sans maison, je n'étais pas rassurée –
mais j'ai fait l'heureuse rencontre de ce chevalier qui m'a prise en affection et offert sa
cuirasse pour abri.
Laurent Rogero, La princesse et l'homme sans-coeur
Une famille dans de beaux draps
Zita Avec qui vais-je parler aujourd'hui ? Voyons, voyons... Tiens, l'oncle Albert. Ca fait
longtemps que je n'ai pas eu de ces nouvelles.
« Abracadabri-coleur
Abracadabra-d'honneur
Du paradis
Ou de l'enfer
Reviens-moi, oncle Albert ! »
L'oncle Albert s'extrait de son cadre.
Albert
va ?
Aïe, aïe, aïe. Oh ! là là ! Ca y est. Ouf! Me voici. Bonjour Zita, comment ça
Zita A la bonne heure ! Ca fait plaisir de te voir en dehors de ce cadre où tu fais toujours la
même tête.
Corinne Albault, Une famille dans de beaux draps. In Monstres, fantômes & Cie
Le jardin de Beamon
L'Ange Lyre Waooowh
Il se dresse, comme au premier jour où l'on marche, dans un jardin inconnu, sur un sol que
l'on n'a jamais foulé. Il lève la tête au ciel.
Waoowwhh !
L'Homme Beamon apparaît, le visage recouvert de bandelettes.
L'Homme Beamon Oh !
L'Ange Lyre
Waoowwhh !
L'Homme Beamon Oh !
L'Ange Lyre Hein ?
L'Homme Beamon C'est mon jardin.
Fabrice Melquiot, Le jardin de Beamon
Le Mariage de Figaro
Figaro (seul se promenant dans l'obscurité, dit du ton le plus sombre)
Est-il rien de plus bizarre que ma destinée ! Fils de je ne sais qui ; volé par des bandits, élevé
dans leurs mœurs, je m'en dégoûte et veux courir une carrière honnête ; et partout je suis
repoussé! Mes joues creusaient, mon terme était échu : je voyais de loin arriver l'affreux
recors, la plume fichée dans sa perruque ; en frémissant je m'évertue.
Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais, Le Mariage de Figaro
La machine infernale
Le Fantôme Jocaste ! Jocaste ! Jocaste!Tirésias ! Jocaste !
Tirésias, aux soldats Mes amis, pensez-vous qu'il soit utile d'attendre encore ?
Le fantôme
Par pitié !
Le soldat
Franchement, non, monseigneur. Les coqs chantent. Il n'apparaîtra plus.
Le fantôme
Messieurs ! De grâce!Suis-je invisible ? Ne pouvez-vous m'entendre ?
Jocaste
Allons ! Je serai obéissante. Mais je reste heureuse d'avoir interrogé le garçon.
Il faut que tu saches comment il s'appelle, où il habite. (Elle se dirige vers l'escalier.)
J'oubliais cet escalier ! Zizi... Cette musique me rend malade. Ecoute, nous allons revenir par
la haute ville, par les petites rues et nous visiterons les boîtes.
Jean Cocteau, La machine infernale
Un mot pour un autre
Irma, entrant et apportant le courrier.
Madame, la poterne vient d'élimer le fourrage...
Elle tend le courrier à Madame, puis reste plantée devant elle, dans une attitude renfrognée et
boudeuse .
Madame, prenant le courrier. C'est tronc !... Sourcil bien !... (Elle commence à examiner les
lettres puis, s'apercevant qu' lrma est toujours là :) Eh bien, ma quille ! Pourquoi serpez-vous
là? (Geste de congédiement.) Vous pouvez vidanger!
Irma C'est que, Madame, c'est que...
Madame
C'est que, c'est que, c'est que quoi-quoi ?
Irma C'est que je n'ai plus de « Pull-over » pour la crécelle...
Jean Tardieu, Un mot pour un autre
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