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Rôles infimiers
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Bulletin Infirmier du Cancer Vol.10-n°1-janvier-février-mars 2010
ment l’examen de référence. Cependant, celui-ci n’est
pas toujours réalisable chez un patient non intubé, du
fait des risques de dégradation respiratoire et de com-
plications hémorragiques favorisées par la thrombo-
pénie. Une stratégie de documentation non invasive
réalisée au niveau sanguin mais aussi sur une aspira-
tion nasopharyngée peut s’avérer aussi efficace qu’un
LBA. Les infirmiers doivent impérativement être for-
més à réaliser des prélèvements microbiologiques
exhaustifs et complexes sans pour autant retarder le
début de l’antibiothérapie. Il est maintenant bien éta-
bli qu’un retard dans le début de l’antibiothérapie aug-
mente la mortalité de ces patients. Une fiche prérem-
plie est présente dans l’unité pour accélérer la
recherche infectieuse. L’équipe paramédicale est for-
mée pour cette prise en charge.
Les mucites concernent 90 % des POH après chi-
miothérapie myélosuppressive. La mucite peut induire
de graves complications (infections herpétiques, fon-
giques et/ou streptococciques), notamment durant la
phase de neutropénie ; elle expose à des douleurs
importantes, à la dénutrition et aux problèmes de l’in-
tubation difficile. Lorsque la mucite devient sévère, des
prélèvements microbiologiques locaux s’imposent
avant les soins curatifs. Le traitement comprend alors
des gargarismes associés à des antifongiques locaux.
L’isolement protecteur en réanimation a pour objec-
tif de diminuer le risque d’infection nosocomiale d’ori-
gine endogène ou exogène. Cet isolement est systé-
matiquement associé aux précautions dites universelles
(lavage des mains ou port de gants non stériles pour
les contacts avec les milieux biologiques). L’isolement
protecteur dénombre plusieurs mesures : les mesures
d’isolement géographique éventuellement associées à
des mesures de filtration de l’air (flux laminaire, high
efficience particule air [HEPA]), les mesures d’isole-
ment technique (gants non stériles systématiques, sur-
blouses, surchaussures, calots, masques) et les mesures
de décontamination digestive des patients (déconta-
mination digestive sélective [DDS], alimentation pro-
tégée).
Il a été montré que chez le patient neutropénique
de réanimation, l’isolement protecteur, pour être effi-
cace, doit comporter impérativement : un isolement
géographique, un isolement technique, une filtration
de l’air maintenant possible grâce à des filtres HEPA
semi-portables, et des mesures de décontamination.
Certaines études ont montré que l’absence de décon-
tamination ou de filtration semble rendre le reste des
mesures d’isolement protecteur inefficaces. Cette situa-
tion représente malheureusement la majorité des cas.
Le maintien des mesures d’isolement est toutefois
recommandé, même partielles, chez le patient neutro-
pénique. Ces mesures peuvent être levées dès la sor-
tie de neutropénie.
Choc septique et détresse
respiratoire d’origine
infectieuse
En cas d’infection grave, certaines pathologies
comme l’insuffisance respiratoire aiguë grave, le choc,
chez des POH sont fréquemment associées à la morta-
lité. Néanmoins, même au cours de ces défaillances
aiguës d’organes dites à risque, l’admission en réani-
mation, surtout si elle est précoce et anticipée, peut être
utile pour porter le diagnostic de l’affection aiguë et en
déterminer le pronostic : ainsi, en cas d’insuffisance res-
piratoire aiguë, une prise en charge diagnostique ini-
tiale intensive peut permettre de porter le diagnostic
d’une maladie potentiellement réversible. De même, un
choc septique lié à une infection de cathéter diagnosti-
quée et prise en charge précocement, aura plus de
chance d’être jugulé (cathéter retiré, antibiothérapie pré-
coce, réanimation courte), qu’une infection profonde
sévère chez un patient très immunodéprimé.
La détresse respiratoire aiguë représente une com-
plication grave des patients d’onco-hématologie. Les
causes infectieuses sont prédominantes, justifiant une
démarche diagnostique précoce et large, en collabora-
tion entre les équipes de réanimation et d’onco-héma-
tologie. Le LBA est l’examen de référence mais les
recherches non invasives par scanner et les examens
infectieux spécifiques sont discutées. La prise en charge
thérapeutique immédiate consiste à traiter la cause le
plus rapidement possible (notamment lorsqu’il s’agit
d’un sepsis) et d’éviter le recours à la ventilation méca-
nique en privilégiant l’utilisation de la ventilation non
invasive en réanimation qui semble être protectrice en
termes de mortalité. La mortalité des détresses respira-
toires chez les patients d’onco-hématologie reste éle-
vée. Les nouveaux outils pour le diagnostic des patho-
logies infectieuses et l’utilisation de la ventilation
non-invasive devraient permettre d’améliorer le pro-
nostic de ces patients.
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