Ministère des Affaires Étrangères et de la Coopération
Direction de la Diplomatie Publique et des Acteurs non Étatiques
Revue Économique hebdomadaire
N° 69
Du 21 septembre 2012
La Chine, les BRICS et
l’ordre mondial
Les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine,
Afrique du Sud) ne suffisent plus à pallier
l'atonie de l'économie occidentale. Leur
croissance, même si elle fait encore rêver en
Europe, n'est tout simplement plus ce qu'elle
était.. De la même manière, en termes géo-
politiques, on ne peut compter sur eux pour
se substituer…
Déficit
Le gouvernement s’inquiète des risques
majeurs que fait peser le déficit commercial
sur la croissance, la vie des entreprises,
l’emploi, la souveraineté nationale et globa-
lement sur la place du Maroc dans la région.
Le gouvernement a mille fois raison. Cepen-
dant, la note de cadrage de la loi de Finances
2013 est décevante...
Compensation:
l’ardoise grimpe à
15 milliards de
DH
15 milliards de dirhams! C’est le
montant des arriérés de paiement de
l’État vis-à-vis des pétroliers. Pour-
tant, le gouvernement s’acquitte
chaque mois de 2 milliards de dir-
hams aux opérateurs mais, ce dé-
caissement est jugé insuffisant
surtout avec la flambée du pétrole...
Chine/Japon:
le commerce pâtit du
bras de fer diplomatique
L'escalade des tensions diplomatiques entre la
Chine et le Japon après que ce dernier ait natio-
nalisé certaines îles (appelées Senkaku au Japon
et Diaoyu en Chine) de la mer de Chine, que
Pékin revendique comme partie de son territoire
est en train de se déplacer sur le terrain commer-
cial...
S O M M A I R E
Impressionnisme
énergétique
Un geste symbolique à Fessenheim, un
signal fort sur les gaz de schiste. Un clin
d'oeil appuyé à la filière éolienne, un autre
aux spécialistes de la rénovation thermi-
que... Ce qui aurait pu être un grand mo-
ment de réflexion collective s'est donc, une
fois de plus, résumé à une série d'annonces
impressionnistes...
09
04
Presse économique nationale
02 Déficit
02 Question de stratégie
02 De grâce, du concret
03 Tourisme/Vision 2020: où trouver les 150 milliards de DH
03 La croissance pique du nez
Presse économique internationale
04 L’été indien de l’euro
04 Impressionnisme énergétique
04 La crise, 99% de psychologie
05 Les futurs vainqueurs de la mondialisation
05 L’évolution du réseau chinois
06 Au-delà de la guerre commerciale
06 L’Europe rentre relance inflationniste et austérité expansion
niste
Page Finances
07 Inquiétant recul des avoirs extérieurs nets
07 La crise de la zone euro n’est plus le principal souci des
investisseurs
07 Métaux précieux: le cours d’or s’envole
Brèves Eco
08 Maroc/Belgique: les liens commerciaux se resserrent
08 Chine/Japon: le commerce pâtit du bras de fer diplomatique
08 Bombardier au Maroc: l’aéronautique passe à la vitesse su
périeure dans le Royaume
08 Cette mine de diamants russe qui pourrait bouleverser le
marché mondial
08 Nouveau contentieux entre Pékin et Washington devant
l’OMC
08 Le déficit commercial dépasse les 128 milliards de DH
08 11 nouveaux milliardaires s’engagent à donner la moitié
de leur fortune
Eco zoom
09 Compensation: l’ardoise grimpe à 15 milliards de DH
09 La Chine, les BRICS et l’ordre mondial
02
08
09
Déficit
Le gouvernement s’inquiète des risques majeurs
que fait peser le déficit commercial sur la crois-
sance, la vie des entreprises, l’emploi, la souve-
raineté nationale et globalement sur la place du
Maroc dans la région. Le gouvernement a mille
fois raison. Cependant, la note de cadrage de la
loi de Finances 2013 est décevante. Elle affiche
des «mesurettes» dont on sait qu’elles n’auront
pas d’effet sauf à abuser l’opinion publique. Et comme la note est
très en retard, on se demande s’il y a assez de temps pour redresser
la barre. On parle beaucoup d’interdire l’importation des fromages,
des chaussettes, des carreaux de faïence… en alignant les millions à
économiser. L’image est frappante, mais ce n’est qu’une illusion car
l’exacte vérité est qu’il faut parler en milliards, pas en millions. L’é-
chelle du sujet doit être cent fois plus grande, et ce n’est pas tout,
car il faut aussi s’occuper d’exporter. Exporter est infiniment plus
important, infiniment plus productif que de fermer le robinet des
importations. C’est ainsi, que le Maroc a parfois été naïf dans l’ap-
plication des accords de libre-échange, particulièrement avec les
Etats-Unis et la Tunisie (lesquels ont fait tout ce qui était possible
légalement pour ne pas tenir leurs engagements). Naïveté aussi dans
l’open-sky et encore plus dans le transport maritime, qui a sombré
(bien avant que l’on jette en prison les rares personnes qui connais-
sent le domaine!). A côté des naïvetés, il y a le manque de suivi
politique: Alors que le Maroc a bien réussi l’export automobile,
aéronautique et des services informatiques…, il a raté les médica-
ments, l’ingénierie, les services liés à l’électricité, l’eau, la compta-
bilité… Les vraies questions du commerce extérieur sont là, pas
dans des proclamations démagogiques sur les chaussettes et le fro-
mage, dont on a déjà fait l’expérience, il y a trente ans : elles ne
marchent pas.
L’Économiste
Revue Nationale: Éditoriaux et Chroniques
P 2
De grâce, du concret
Les patrons, mais également le gouverne-
ment, et les syndicats aussi, doivent don-
ner au concept de négociation une autre
connotation que les rapports de force, la
surenchère et le marchandage. en som-
me, un vrai partenariat.
Les patrons vont rencontrer le chef du gou-
vernement mercredi prochain à Casablanca.
C’est une bonne chose pour entamer la ren-
trée des affaires et pour donner de la visibi-
lité aux entreprises. La démarche en soi est
donc fort louable, certes. Mais il ne faut pas
en faire une simple réunion de formalité
bonne à s’y échanger les impressions. La
rencontre de la rentrée entre le gouverne-
ment et le patronat doit désormais devenir
une tradition, un véritable rendez-vous de
travail. Et pour que c’en soit un, les uns et
les autres doivent venir à cette réunion avec
des dossiers, des propositions, en somme :
du concret. Lors de ses pré-
cédentes rencontres avec les
entreprises, le chef du gou-
vernement s’en était tenu à
des déclarations d’intention.
Cela peut se comprendre, et
encore, dans la mesure où le
gouvernement venait à peine de s’installer
et n’avait eu quasiment aucune emprise sur
la Loi de finances 2012. Mais il n’a plus
cette excuse pour la prochaine rencontre.
Le chef du gouvernement devra venir cette
fois non seulement pour rassurer la commu-
nauté des affaires mais surtout pour donner
un aperçu sur l’état d’avancement des chan-
tiers que ses ministres sont censés avoir
entamé dans différents secteurs. En princi-
pe, plus de huit mois après sa prise de fonc-
tion, l’équipe de Benkirane doit avoir mûri
la réflexion et dépassé la phase de prise de
connaissance des dossiers. De son côté, la
CGEM doit aussi profiter d’une telle ren-
contre pour se repositionner
en tant que force de proposi-
tion plus active. Faire des
doléances chaque année
pour la Loi de finances n’est
pas suffisant. C’est même
réducteur pour le patronat.
Défendre les intérêts des entreprises ne se
résume pas seulement à quémander chaque
année des avantages fiscaux. Certes, c’est
important mais ce n’est pas tout. La
CGEM peut défendre les entreprises en
améliorant d’abord leur image auprès des
autres partenaires et de l’opinion publique
de manière générale. Les patrons, mais éga-
lement le gouvernement, et les syndicats
aussi, doivent donner au concept de négo-
ciation une autre connotation que les rap-
ports de force, la surenchère et le marchan-
dage. En somme, un vrai partenariat.
La Vie Eco
Question de stratégie
Le Maroc vient de réussir une
première dans le monde arabe,
qu’il faut apprécier à sa juste va-
leur. Il s’agit du premier
«dialogue stratégique Maroc-
USA». L’événement, organisé
hier à Washington, a été l’occa-
sion de relater, avec franchise, l’état des lieux des relations bila-
térales. Le business ne pouvait en être absent. Les USA expor-
tent au Maroc pour plus de 3 MM USD et nous mettent en 1e
position de leur programme Millenium challenge, avec quelque
700 M USD, avec l’espoir de reconduction de ce programme en
septembre 2013. Du côté marocain, certes, nos exportations ont
quasiment stagné et ne bénéficient pas pleinement de l’ALE,
mais il faut reconnaître que le contexte de crise pèse lourdement
sur nos échanges avec les Américains. Ce qui est réconfortant,
c’est la confiance continue des investisseurs US, en dépit de
l’ambiance du printemps arabe. C’est ce qu’avait d’ailleurs dit
l’ambassadeur américain, il y a à peine une semaine. Sur le plan
politique, les choses sont plus compliquées. Les dernières péri-
péties de «l’épisode Ross» auront sûrement laissé des séquelles.
Maintenant, il y a lieu de tourner cette page pour aller de l’a-
vant. D’ailleurs, le dernier entretien entre le roi Mohammed VI
et le SG de l’ONU, Ban Ki Moon, est allé dans ce sens et c’est
de bon augure pour le dossier du Sahara. Si les Américains ap-
précient l’évolution mâture qu’a connue le Maroc depuis le dis-
cours royal de mars 2011, cela ne constitue nullement un chèque
en blanc pour notre pays, qu’ils veulent «marketer» en modèle
régional. Notre diplomatie gagnerait à agir de manière concertée
et efficace. Faut-il rappeler que le caractère stratégique des rela-
tions bilatérales n’est plus à démontrer ?
Les Échos (Maroc)
P 3
Tourisme/vision 2020: où
trouver les 150 milliards de
DH
Les professionnels du tourisme sont devant
un véritable défi : où trouver les 150 mil-
liards de DH d’investissements prévus par
la Vision 2020 ? La question reste d’une
actualité brûlante, d’autant plus qu’elle
coïncide avec l’assèchement des liquidités
et un climat de crise économique. C’est
dans ce contexte précis que Lahcen Haddad,
ministre de tutelle, a rencontré, mardi 11
septembre, les patrons des banques privées.
L’objectif étant d’inciter les banques à met-
tre la main à la poche pour accompagner la
feuille de route sectorielle. Pour rappel, au
terme de 2011, les engagements bancaires
dans le tourisme se sont élevés à 19 mil-
liards de DH, soit 2,8% des encours bancai-
res globaux, contre 17,4 milliards de DH à
fin 2010. Mais nous sommes loin de 2006
où la quote-part des banques dans les inves-
tissements touristiques ne dépassait pas les
7 milliards de DH. La Fédération nationale
du tourisme (FNT) attend une plus grande
implication du secteur bancaire. Or, les ins-
titutions bancaires sont actuellement
confrontées à un problème de liquidités.
«Le Maroc est engagé dans un vaste pro-
gramme de stratégies
sectorielles, qui exercent
une forte pression sur les
financements d’origine
bancaire. Par consé-
quent, pour financer les
investissements touristi-
ques, les banques sont
obligées de procéder au
cas par cas», explique un
professionnel. En clair,
les banquiers sont échau-
dés par la surcapacité
hôtelière de Marrakech.
Une suroffre qui a
conduit à une chute de
40% des prix en deux
ans, assortie d’un repli
des taux d’occupation passés de 70% en
2001 à 40% en juin 2012. Par ailleurs, le
financement des investissements touristi-
ques se heurte à un obstacle réglementaire.
«En tant que professionnels, nous souhai-
tons que les délais de financement soient
allongés afin de permettre aux hôteliers
d’amortir leurs investissements et de ne pas
être impactés par des annuités trop impor-
tantes, notamment en cette période de cri-
se», suggère un professionnel. Pour l’heure,
les crédits bancaires accordés aux indus-
triels du tourisme ne
dépassent pas 10 ans
au maximum,lai
de grâce compris. Or,
le retour sur investis-
sement et l’amortis-
sement des hôtels se
font sur au moins 25
ans.Pour cela, l’une
des solutions propo-
sées par la FNT est
que Bank Al Mag-
hrib autorise les ban-
ques à émettre des
bons du Trésor à plus
long terme et donc à
mobiliser des res-
sources longues pour
financer des investissements touristiques. A
plus court terme, la Fédération du tourisme
suggère la mise en place de mécanismes
dédiés pour financer l’exploitation de la
PME touristique. Concrètement, il s’agit de
la garantie du financement des BFR
(Besoins en fonds de roulement) via la
CCG, avec une quotité de 50% et un pla-
fond d’engagement de 10 millions de DH.
L’Économiste
P 3
Analyses
La croissance pique du nez
Décélération. C'est le mot qui
résume la dernière note de
conjoncture du HCP. La croissan-
ce nationale continue en effet à
s’effriter au fil des mois, en raison
essentiellement du «repli de 9,8%
de la valeur ajoutée agricole». Les chiffres
de conjoncture publiés hier par le Haut-
commissariat au plan (HCP) confirment en
effet la méforme actuelle de l’économie
nationale, toujours aspirée par les relents de
la dépression économique européenne.
L'évolution des exportations en attestent.
Elles auraient baissé en un trimestre de
1,7%. Mais avec une baisse de 4,1% des
importations, le taux de couverture s'amé-
liore de 1,1 pt, pour atteindre 47,7%, et le
déficit commercial s'allège de 6,2%. En
interne, la demande intérieure commence à
montrer ses limites, mais le plus inquiétant
reste le «ralentissement de l’investisse-
ment», sur fond de «légère hausse des prix à
la consommation».La croissance, entre hors
agriculture et agricole La croissance natio-
nale n’est certes pas en panne sèche, mais
elle décélère ostensiblement. Tiraillée entre
les branches agricoles et hors
agriculture, c’est finalement la
méforme des premières qui aura
eu raison de la croissance. Arrêtée
à un niveau déjà considéré comme
inquiétant, soit 2,8% au premier
trimestre de l’année, la croissance
nationale a baissé d’un cran pour s’établir à
2,6%, au titre du second trimestre 2012.
Pour les analystes du HCP, «ce ralentisse-
ment aurait été attribuable au repli de 9,8%
de la valeur ajoutée agricole», soit à un
rythme nettement plus soutenu que celui de
8,3% enregistré au premier trimestre de
l’année. Pour une branche qui occupe 40%
de la population active et 14% du PIB glo-
bal, il y a là de quoi s’inquiéter sérieuse-
ment. Il est vrai que la pluviométrie n’a pas
été clémente cette année, que la déconvenue
du secteur était annoncée pour cet exercice,
mais est-il pensable de gérer les conséquen-
ces de pareilles années «sèches» au gré des
saisons ? En 2012, il va en effet falloir faire
par exemple avec la baisse, en glissement
annuel, de 39,3% de la production des prin-
cipales céréales. «Perturbations climati-
ques» obligent, les rendements de l’orge ont
effectivement baissé de 11,5 qx/ha à 6,3 qx/
ha, quand «les récoltes des agrumes et des
légumineuses se (sont) contractées».
«L’augmentation des prix du bétail» conti-
nuerait, selon le HCP, à «brider le dévelop-
pement des activités d’élevage», même si
«une augmentation de la production anima-
lière de près de 4,6%» est attendue en fin
d’année. Ajouté à cela le repli de 11,2% de
l’activité de la pêche nationale, «la baisse
des activités primaires», aura eu certaine-
ment raison du taux de croissance trimes-
triel et les perspectives ne sont pas pour
rassurer. Le HCP anticiperait «un fléchisse-
ment de 8,5%» de la valeur ajoutée agricole
pour le troisième trimestre 2012. Hors agri-
culture, la tendance est plutôt inversée. Elle
serait même, du point de vue du HCP, dans
«une orientation favorable». Après les 4,6%
enregistrés au premier trimestre 2012, la
valeur ajoutée hors agriculture s’est appré-
ciée au second semestre pour atteindre les
4,7% à fin juin, et ne compte pas s’arrêter
en si bon chemin. Le HCP prévoit en effet
«une augmentation de 4,8%».
Les Échos (Maroc)
La Vision 2010 du secteur du touris-
me a permis d'accélérer la cadence
de construction des établissements
hôteliers. En effet, le Maroc est passé
de 7.000 lits par an en moyenne en
2004 à 12.000 lits/an en 2011.
P 4
Impressionnisme énergétique
Un geste symbolique à Fessenheim, un signal fort
sur les gaz de schiste. Un clin d'oeil appuyé à la
filière éolienne, un autre aux spécialistes de la réno-
vation thermique... Ce qui aurait pu être un grand
moment de réflexion collective s'est donc, une fois de plus, résumé
à une série d'annonces impressionnistes. François Hollande voulait
faire de la conférence environnementale qui s'est tenue ce week-end
le point de départ d'une aventure enthousiasmante : notre transition
énergétique. Loin de nous éclairer sur le modèle économique et de
société qui pourrait naître de cette belle ambition, l'exercice lui aura
surtout permis d'adresser un message politique, en donnant des ga-
ges à ses alliés écologistes. Objectif atteint, si l'on en croit une Céci-
le Duflot visiblement transportée par le discours présidentiel. Mais,
pour le reste, il n'est pas sûr que le chef de l'Etat ait répondu aux
attentes. Les antinucléaires purs et durs lui reprochent déjà de
n'avoir pas enclenché plus franchement notre sortie de l'atome ; les
opposants aux gaz de schiste redoutent que l'interdiction décrétée le
temps du quinquennat ne suffise pas à enterrer définitivement le
sujet, les acteurs du solaire ou de l'éolien auraient aimé un soutien
encore plus marqué, et, d'une façon générale, les industriels regret-
tent que, sur ces dossiers sensibles, le débat ait été tranché avant
même d'avoir été ouvert. En filigrane, le même regret transparaît
chez les uns et les autres, celui d'être passé à côté du véritable enjeu,
faute de vision d'ensemble : à l'horizon des vingt prochaines années,
quels virages faut-il prendre pour rendre des États comme la France
moins dépendante du nucléaire et des hydrocarbures, pour limiter
drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre ? Et, surtout,
comment accompagner cette mutation sur le plan industriel, pour
qu'elle soit synonyme de croissance et d'emplois, une dimension
occultée durant cette conférence ? Questions fondamentales, qui
méritent mieux qu'un jour et demi de tables rondes. Qui supposent
surtout que l'on cesse d'opposer les filières énergétiques les unes
aux autres et que l'on prenne le temps d'aller observer ce qui se fait
ailleurs. Au Danemark, par exemple, on ose encourager de front des
projets éoliens en mer et les expérimentations dans les gaz de schis-
te...
Les Échos (France)
P 4
Revue internationale: Éditoriaux et Chroniques
L’été indien de l’euro
L'europhorie est de retour. Cette dernière
décade, les étoiles se sont alignées dans le
ciel européen comme jamais depuis près de
trois ans, quand les premiers craquements se
firent entendre du côté d'Athènes. Opinions
publiques, gouvernants nationaux et institu-
tions européennes vont tous dans le même
sens. Les électeurs néerlandais ont rejeté les
partis du rejet de l'Europe. La Cour constitu-
tionnelle allemande de Karlsruhe a validé la
création du Mécanisme européen de stabili-
té, qui viendra en aide aux Etats et aux ban-
ques en difficulté. Le président français a
enfin mis le cap sur la rigueur budgétaire,
conformément aux engagements de Paris
maintes fois répétés mais rare-
ment tenus. Son ministre de l'Eco-
nomie a lancé l'idée d'une assu-
rance-chômage commune, repre-
nant une proposition avancée dans
ces colonnes il y a six mois par
l'économiste Jacques Delpla, qui
constituerait une avancée majeure
vers une solidarité indispensable
dans une union monétaire. La
Commission européenne a présen-
té un projet détaillé d'union bancaire. Le
Portugal a eu le feu vert pour l'allongement
nécessaire de son programme de retour vers
une situation budgétaire plus saine. Et bien
sûr, la Banque centrale européenne se tient
désormais prête à acheter sans limite les
obligations à court terme des
Etats en péril qui ont demandé et
obtenu des fonds européens. Cet-
te conjonction astrale a été saluée
sur les marchés financiers, avec
un euro qui s'apprécie face au
dollar, des actions qui remontent,
en particulier pour les banques,
dont les cours ont grimpé de près
de moitié en un an, et de manière
plus générale par un retour de
l'appétit pour le risque sans lequel l'avenir
est bien sombre. Cet été indien de l'euro est
précieux car il redonne espoir en un projet
européen rudement malmené ces dernières
années.
Les Échos (France)
La crise?
99% de psychologie
Tout le paradoxe de la pério-
de que nous vivons, c'est que
la crise est sans doute finie... mais que
nous ne le savons pas encore !
Aux États-Unis, malgré l'immense « falaise
» de la dette, la reprise est au coin de la rue.
Un indice que l'oncle Sam en a sous le
pied ? Les seules ventes de l'iPhone 5 pour-
raient doper de 0,3 à 0,5 point la croissance
(annualisée) du troisième trimestre, selon
une étude de la banque JPMorgan... En Eu-
rope, l'action conjuguée d'Angela Merkel et
de Mario Draghi a changé le climat de la
rentrée en portant un coup d'arrêt à la spécu-
lation. Certes fragile, cette stabilisation ou-
vre la voie à une reprise, soutenue par des
taux d'intérêt historiquement très bas. C'est
le bon moment pour investir avant le retour
de l'inflation ! Autre signe favorable, par-
tout, en Grèce, en Irlande, en Italie, en Espa-
gne ou au Portugal, les déséquilibres à l'ori-
gine de la crise sont en passe d'être résor-
bés : la bulle immobilière espagnole est
presque corrigée ; et la balance des paie-
ments des pays du sud de l'Europe est reve-
nue à des niveaux raisonnables. En clair,
l'ajustement économique, terriblement bru-
tal, que l'Europe vient de traverser a eu lieu.
Les peuples n'ont pas souffert pour rien !
Bien sûr, le cynisme de cette approche peut
choquer. La crise a laissé des scarifications
profondes, sociales et politiques. Elle lègue
des montagnes de dettes à financer, des mil-
lions de chômeurs à reclasser et des inégali-
tés à corriger. Il faudra une bonne décennie
avant d'espérer retrouver non pas la situation
d'avant 2008, mais une croissance plus sai-
ne, reposant moins sur l'endettement sans
limites. En réduisant à marche forcée les
déficits, les gouvernements prennent cepen-
dant un risque important, celui de faire re-
plonger l'économie dans la récession. Il fau-
dra, sans doute, adapter le rythme à la
conjoncture.
La Tribune
Analyses
Les futurs vainqueurs de la
mondialisation
Les futurs vainqueurs de la mondialisation
combineront trois caractéristiques, se-
lon Dani Rodrik, professeur à Harvard. Tout
d'abord, ils ne seront pas handicapés par de
lourdes dettes publiques. Ensuite, ils ne de-
vront pas être trop dépendants de la demande
mondiale. Enfin, ils devront disposer d'insti-
tutions démocratiques suffisamment solides.
Quels pays remplissent ces critères ? L'Euro-
pe et les Etats-Unis sont très endettés. L'Alle-
magne ou encore la Turquie (pour ses impor-
tations) sont très dépendantes du commerce
mondial. La Russie et la Chine, parmi bien
d'autres, ne se distinguent pas par la vitalité
de leur vie démocratique. Pour Rodrik, ce
sont donc des pays comme l'Afrique du Sud
ou l'Inde qui pourraient être les futurs pivots
de l'économie mondiale. En particulier, Ro-
drik émet un pronostic très sombre pour les
économies développées, qu'il juge minées par
des inégalités propices à "de nombreux
conflits politiques" et amenées, in fine, à "se
replier sur elles-mêmes". Mais alors, que
faire ? Tout d'abord, miser sur l'éducation,
comme le propose Robert
Reich, ancien ministre du Tra-
vail de Bill Clinton et profes-
seur à l'université de Berkeley.
Il observe que si les firmes
américaines emploient plus de
personnel à l'étranger, c'est
aussi parce que le niveau
d'éducation américain est in-
suffisant. Ainsi, un tiers de la
valeur d'un iPhone vient du Japon et 17 %
d'Allemagne, contre 6 % des Etats-Unis.
Pour Reich, il faut donc faciliter l'accès à
l'université des jeunes Américaines et déve-
lopper l'enseignement technique. Mais édu-
quer est un processus coûteux, long et incer-
tain. Joseph Gagnon, ancien membre de la
Fed, la banque centrale américaine, propose
une solution simple : lutter contre les sous-
évaluations organisées par certains pays ex-
portateurs. Gagnon identifie quatre types de
pays qui sous-évaluent volontairement leur
devise : des pays avancés (Suisse, Japon ou
Danemark) ; les pays récemment industriali-
sés (Hongkong, Corée du Sud, Singapour,
Taiwan, Israël) ; les pays asiatiques en déve-
loppement (Chine, Malaisie ou Thaïlande) et
les pays exportateurs de pétrole
(Algérie, Russie ou Arabie
Saoudite).Pour Gagnon, ces pra-
tiques déloyales ont des effets
négatifs massifs, équivalant à
plusieurs points de produit inté-
rieur brut (PIB) pour les Etats-
Unis et l'Union européenne. La
manipulation du taux de change
étant proscrite par le Fonds mo-
nétaire international, Gagnon propose que les
pays lésés puissent déposer une plainte de-
vant l'Organisation mondiale du commerce
(OMC), seule institution internationale dispo-
sant d'un pouvoir de sanction. Cependant,
note Gagnon, l'adoption d'une telle procédure
est peu probable, les décisions étant prises
par consensus à l'OMC. Aussi propose-t-il
que les Etats-Unis et l'Europe limitent ou
taxent les achats d'actifs par les pays manipu-
lateurs (comme la Chine avec la dette améri-
caine), afin de provoquer une large négocia-
tion multilatérale sur ces questions. Reste à
voir si les Américains et les Européens sou-
haiteront engager ce genre de stratégie com-
bative.
Alternatives Économiques
L’évolution du
réseau chinois
Dans un récent article,
l’économiste Axel Lei-
jonhufvud définit l’é-
conomie de marché comme un réseau de
contrats. Parce que les contrats sont liés les
uns aux autres, un défaut peut provoquer une
avalanche de ruptures de promesses, « [ce
qui peut] entrainer la destruction de l’ensem-
ble du réseau de contrats formels et informels
dont l’économie de marché a besoin pour
fonctionner. » Le rôle de l’état est de proté-
ger, de renforcer et de réguler ces contrats et
les droits de propriété y afférant, ainsi que
d’intervenir pour éviter une panne systémi-
que. Ce réseau de contrats incarne les règles
formelles et informelles inscrites dans l’éco-
nomie de marché qui façonnent et régissent
les comportements individuels et sociaux. Ils
forment le tissu de toute institution humaine.
Les systèmes économiques avancés ont des
réseaux de contrats très complexes, comme
les produits dérivés financiers. Sous l’écono-
mie planifiée de la Chine, la plupart des
contrats étaient établis entre les individus et
l’état, alors que les contrats de marché plus
sophistiqués n’ont émergé ou ré-émergé
qu’au cours des trente dernières années. En
effet, le recours généralisé aux contrats de
marché avec des sociétés de droit public a été
une récente et importante adaptation en vue
d’une « économie de marché socialiste. » Le
réseau de contrats, cependant, peut aussi être
compris comme des systèmes de marché
adaptatifs complexes qui comprennent aussi
l’état et les relations familiales. Pour com-
prendre l’économie de marché socialiste de la
Chine, il est essentiel d’examiner systémati-
quement ces différentes formes de contrats et
leurs structures institutionnelles. Déchiffrer la
structure du réseau de contrats est essentielle
pour comprendre comment se comporte l’é-
conomie, y compris la dynamique de son
adaptation non linéaire aux forces internes et
externes. Si l’on se réfère au physicien Fritjof
Capra, il faut regarder les organismes vivants,
les systèmes sociaux et les écosystèmes com-
me un système interconnecté et interdépen-
dant, complexe et adaptatif. Cela signifie que
nous devrions envisager l’économie et la so-
ciété non pas comme des hiérarchies rigides
ou des marchés mécaniques, mais comme des
réseaux de vie, dans lesquels les contrats,
formels ou informels, respectés ou non, sont
l’essence de l’activité humaine. L’examen de
ces réseaux de contrats devrait s’apparenter à
l’étude de la structure cellulaire de l’ADN par
un biologiste. La Chine a créé quatre chaînes
d’approvisionnement modernes fonctionnant
à l’échelle globale dans la production, l’in-
frastructure, la finance et les services publics,
grâce à son réseau évolutif, croissant et com-
plexe de contrats. Mais comment la Chine a-t
-elle pu forger une base industrielle moderne
en un temps relativement court, à partir de ses
contrats familiaux de patrimoine et ses struc-
tures constitutionnelles archaïques ? Par l’ex-
périmentation, l’adaptation et l’évolution
un processus décrit comme « une traversée de
la rivière en ressentant les pierres » - la Chine
a été capable de développer un ordre supé-
rieur, la cinquième chaine d’approvisionne-
ment dans la prise de décision politique. Cet-
te « architecture de gouvernance supérieure, »
ainsi qu’elle est qualifiée en Chine, a été es-
sentielle pour coordonner et orchestrer les
différentes chaines d’approvisionnements et
l’ensemble du réseau de contrats pour parve-
nir à un équilibre délicat entre les objectifs
individuels, familiaux, commerciaux, sociaux
et nationaux. Cette architecture de gouver-
nance supérieure est analogue au système
opérationnel d’un ordinateur qui gère les au-
tres composants logiciels et matériels pour
former une unité holistique. Une telle structu-
re existe dans de nombreuses économies,
mais dans le contexte chinois, où l’état joue
un rôle central dans l’économie, il est primor-
dial à l’efficacité du système. Sa forme dé-
pendra de la manière selon laquelle l’histoire,
la culture, le contexte institutionnel, et l’évo-
lution du réseau de contrats affecteront le
tissu social du pays.
Project Syndicate
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