Répartition de l`inflammation dans les plaques d`athérosclérose

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Répartition de l’inflammation dans les plaques
d’athérosclérose carotidiennes présentant des
caractères morphologiques à haut risque
Comparaison entre l’activité inflammatoire mesurée par
tomographie par émission de positons, la morphologie des
plaques et leurs caractères anatomopathologiques
Amparo L. Figueroa, MD, MPH ; Sharath S. Subramanian, MD ; Ricardo C. Cury, MD ;
Quynh A. Truong, MD, MPH ; Joseph A. Gardecki, PhD ; Guillermo J. Tearney, MD, PhD ;
Udo Hoffmann, MD, MPH ; Thomas J. Brady, MD ; Ahmed Tawakol, MD
Contexte—Plusieurs caractères morphologiques à haut risque (CMHR) des plaques d’athérosclérose contribuent à
augmenter le risque d’événement clinique, en particulier lorsqu’ils se conjuguent. Bien que les événements liés à la
thrombose d’une plaque soient également favorisés par son activité inflammatoire, on connaît mal le lien existant entre
cette dernière et le nombre de CMHR.
Méthodes et résultats—Des tomographies par émission de positons au 18flurodésoxyglucose (TEP-FDG) ont été pratiquées
chez 34 patients afin d’évaluer le degré d’inflammation des plaques d’athérosclérose carotidiennes (par mesure du target-
to-background ratio [TBR], c’est-à-dire du rapport entre la captation du FDG par une plaque et son activité circulante).
L’inflammation a également été évaluée par examen histologique (coloration par le CD68) dans un sous-groupe de
10 patients ayant fait l’objet d’une endartériectomie carotidienne pour sténose. La morphologie de la paroi vasculaire a
été étudiée par tomodensitométrie afin de rechercher la présence de plaques visibles ainsi que de trois CMHR : le
remodelage positif, l’irrégularité de la lumière artérielle et la faible atténuation du signal au niveau de la plaque. L’analyse
a porté sur un total de 100 segments vasculaires, dont 69 étaient porteurs de plaques visibles (parmi lesquelles
26 présentaient au moins un CMHR). Estimée d’après la captation du FDG (TBR), l’activité inflammatoire est apparue
plus élevée dans les plaques qui présentaient des CMHR que dans celles qui en étaient exemptes (moyenne ± ETM :
2,21 ± 0,20, contre 1,66 ± 0,07 ; p = 0,0003) ; elle s’est également révélée proportionnelle au nombre de CMHR identifiés
(p <0,001 pour la tendance). De la même façon, l’inflammation mesurée au sein des pièces anatomopathologiques (sur la
base du pourcentage de coloration par le CD68) était plus importante dans les plaques présentant des CMHR (médiane
[bornes interquartiles] : 10 [0–19,85], contre 0 [0–1,55] ; p = 0,01) et proportionnelle au nombre de CMHR mis en
évidence (p <0,001 pour la tendance).
Conclusions—Qu’elle ait été estimée en s’appuyant sur la fixation du FDG ou sur l’examen histologique, l’activité
inflammatoire s’est révélée plus marquée dans les plaques qui présentaient des CMHR et a augmenté avec leur nombre.
Ces données corroborent la notion selon laquelle l’inflammation serait d’autant plus importante que le nombre
d’anomalies morphologiques est élevé. (Traduit de l’anglais : Distribution of Inflammation Within Carotid Atherosclerotic
Plaques With High-Risk Morphological Features. A Comparison Between Positron Emission Tomography Activity,
Plaque Morphology, and Histopathology. Circ Cardiovasc Imaging. 2012;5:69–77.)
Mots clés : athérosclérose 䊏artères carotides 䊏imagerie 䊏morphogenèse
Reçu le 28 mai 2010 ; accepté le 13 octobre 2011.
Cardiac MR PET TDM Program, Service de Radiologie et Unité de Cardiologie, Hôpital Général du Massachusetts et Faculté de Médecine d’Harvard,
Boston, Massachusetts, Etats-Unis (A.L.F., S.S.S., R.C.C., Q.A.T., U.H., T.J.B., A.T.) ; Ecole de Santé Publique d’Harvard, Boston, Massachusetts,
Etats-Unis (A.L.F.) ; Baptist Cardiac and Vascular Institute, Miami, Floride, Etats-Unis (R.C.C.) ; Unité de Cardiologie, Service de Médecine, Hôpital
Général du Massachusetts et Faculté de Médecine d’Harvard, Boston, Massachusetts, Etats-Unis (Q.A.T., A.T.) ; Wellman Center for Photomedicine,
Faculté de Médecine d’Harvard, Hôpital Général du Massachusetts, Boston, Massachusetts, Etats-Unis (J.A.G., G.J.T.) ; Service de Dermatologie, Hôpital
Général du Massachusetts et Faculté de Médecine d’Harvard, Boston, Massachusetts, Etats-Unis (J.A.G.) ; Service d’Anatomopathologie, Hôpital Général
du Massachusetts et Faculté de Médecine d’Harvard, Boston, Massachusetts, Etats-Unis (G.J.T.) ; et Harvard-MIT Health Sciences and Technology,
Cambridge, Massachusetts, Etats-Unis (G.J.T.).
Le rédacteur invité pour cet article était le Dr Filippo Crea.
Correspondance : Ahmed Tawakol, MD, Cardiac MR PET CT Program, Massachusetts General Hospital, 165 Cambridge St, Suite 400, Boston,
MA 02114–2750, Etats-Unis. E-mail : atawakol@partners.org.
© 2012 American Heart Association, Inc.
Circ Cardiovasc Imaging est disponible sur le site http://circimaging.ahajournals.org
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L’accident vasculaire cérébral demeure l’une des principales
cause des décès tant dans les pays industrialisés que dans
ceux en voie de développement.1,2 Les actuelles recom-
mandations diagnostiques et thérapeutiques mettent l’accent
sur la sténose artérielle et sa signature ischémique en tant
que marqueurs de la sévérité des lésions d’athérosclérose.
Toutefois, ces critères centrés sur la lumière artérielle font
abstraction des particularités morphologiques et moléculaires
de la plaque, lesquelles sont susceptibles de fournir d’utiles
informations sur le risque d’événement lié à la thrombose de
cette dernière.
L’inflammation est une caractéristique majeure des
plaques qui sont hautement pourvoyeuses de thromboses et
d’événements vasculaires cérébraux d’origine ischémique.3–5
Les techniques d’imagerie non invasives telles que la
tomodensitométrie (TDM)6–8 ont permis d’identifier divers
caractères morphologiques à haut risque (CMHR) qui, telle
la présence d’un remodelage positif, d’un noyau nécrotique
riche en lipides et d’ulcérations ou d’irrégularités de surface
des plaques, augmentent le risque d’événement vasculaire
cérébral ischémique.8–11 Une étude menée sur plus de
1 000 patients suivis pendant 2 ans a montré que le risque
d’événement coronaire aigu est fortement majoré lorsque
plusieurs de ces CMHR coexistent, les taux d’événements
ayant été respectivement de 0,5, de 3,4 et de 22,2 % selon
que les patients présentaient 0, 1 ou 2 CMHR, (p <0,001).12
D’autres travaux ont, par ailleurs, établi un lien entre
l’augmentation de la captation carotidienne du 18flurodésoxy-
glucose (FDG) objectivée par la tomographie par émission
de positons (TEP) et la récente survenue d’un événement
vasculaire cérébral d’origine ischémique chez le patient
considéré.13,14 Il est établi que la TEP-FDG permet de mesurer
le degré d’inflammation des plaques d’athérosclérose.15–19 En
cela, l’estimation par imagerie de l’inflammation en fonction
du nombre de caractéristiques à haut risque peut faciliter la
stratification des risques chez les patients présentant une
athérosclérose carotidienne de grade faible à modéré et
qui posent fréquemment des problèmes de prise en charge
thérapeutique. Or, alors que l’influence exercée sur
l’inflammation par la présence d’un unique CMHR est
parfaitement documentée, on ne dispose d’aucune donnée
sur la répartition de l’inflammation au sein des plaques selon
le nombre de CMHR qu’elles présentent. A ce jour, seules
quelques études ont été menées pour rattacher les sites de
fixation du FDG aux caractéristiques structurales des
plaques.19,20 De plus, à notre connaissance, aucune étude
d’imagerie n’a été publiée ni, ce qui est encore plus
surprenant, aucune série histologique ayant eu pour objet
d’évaluer la répartition relative de l’inflammation au sein des
plaques en fonction des CMHR existants. C’est pourquoi,
dans cette étude, nous nous sommes efforcés d’établir la
répartition de l’inflammation en fonction des CMHR
présentés par les plaques carotidiennes. Nous nous sommes
appuyés sur l’angiographie par TDM (A-TDM) multi-
barrettes pour rechercher au niveau des plaques les CMHR
(remodelage, dépôts lipidiques et irrégularité de la lumière
artérielle) connus pour augmenter le risque d’événement
clinique.8–11 Nous avons également eu recours à l’imagerie par
TEP-FDG et à l’examen histologique (chez un sous-groupe de
patients ayant fait l’objet d’endartériectomies carotidiennes
[EAC]) pour évaluer la répartition de l’inflammation en
fonction de la morphologie des plaques.
Méthodes
Patients
Trente-six patients ont fait l’objet de deux explorations vasculaires
distinctes par TEP et par A-TDM dans le cadre d’études menée
en 2009 à l’hôpital général du Massachusetts en vue d’évaluer
l’inflammation des plaques d’athérosclérose carotidiennes. Les images
acquises chez deux patients n’ont pas été incluses dans l’analyse car
elles ont été jugées de qualité insuffisante, de sorte que la série de
données finale a porté sur 34 patients. Dans les études en question, les
patients atteints de pathologies inflammatoires aiguës ou chroniques
ont été exclus lors de la sélection effectuée préalablement aux
évaluations par imagerie, sur la base des antécédents médicaux, de
l’examen physique et du bilan biologique (hémogramme, constantes
urinaires, antigène de surface du virus de l’hépatite B, anticorps
anti-VIH, etc.). Un sous-groupe de 10 patients porteurs de sténoses
sévères de l’artère carotide interne (amputation de la lumière artérielle
atteignant 70 à 99 %) décelées par écho-Doppler, angiographie par
résonance magnétique ou A-TDM a été inclus dans l’étude un mois
avant la réalisation d’une endartériectomie carotidienne programmée.
Ces patients formaient un sous-groupe d’une étude précédemment
publiée qui avait été entreprise pour rechercher le lien existant
entre la captation du FDG et le degré d’inflammation des plaques.16
Les 24 autres patients ont été inclus dans l’étude parce qu’ils
satisfaisaient à l’un des critères ci-après : (1) lésions d’athérosclérose
documentées au niveau d’un quelconque territoire vasculaire
(carotidien, coronaire ou périphérique) ; (2) diabète de type 2 ;
(3) obésité (indice de masse corporelle compris entre 30 et 40 kg/m2)
(Figure 1). Le protocole de l’étude a été approuvé par le comité
local de surveillance des recherches biomédicales ; tous les patients
ont fourni leur consentement éclairé.
Explorations par TEP et TDM
Le FDG a été administré par voie intraveineuse (10 à 25 mCi) après
une nuit de jeûne et l’imagerie a été réalisée 1,5 à 3 heures plus tard au
moyen d’une caméra de TEP Siemens de type ECAT HR+ (Siemens,
Knoxville, Tennessee, Etats-Unis) dont la résolution intrinsèque était
de 4,2 mm. Les images ont été acquises en mode tridimensionnel lors
d’une séance de 20 minutes, les patients étant placés en décubitus
dorsal. La reconstruction des images corrigées de l’atténuation a été
effectuée en utilisant un algorithme de rétroprojection filtrée, ce qui a
fourni une résolution efficace de 5 mm. Les patients avaient tous une
glycémie inférieure à 200 mg/dl lorsque l’imagerie a été réalisée.
Une TDM avec prise de contraste a été pratiquée au moyen d’un
scanner à 64 barrettes Siemens (Siemens, Knoxville, Tennessee,
Etats-Unis) le même jour que la TEP en utilisant comme produit de
contraste de l’iopamidol (Isovue 300 ; Bracco Diagnostics, Rome,
Italie), administré à la dose de 100 à 140 ml à raison de 3 ml/s. Les
paramètres du tomodensitomètre comprenaient une tension de
tube de 120 kVp, un courant de tube de 220–250 mA, un temps de
rotation de 0,8–1,0 s, une épaisseur de coupe de 2,5 mm avec distance
de reconstruction inter-coupes de 1,25 mm, une vitesse de table de
3,75 mm/rotation et un rapport de déplacement de 0,75/1.
Mesure de la captation du FDG en TEP
La fixation carotidienne du FDG a été mesurée tous les 5 mm le long
du grand axe de l’artère (sur la zone s’étendant 2 cm en dessous et
3 cm au-dessus de la bifurcation). A la hauteur de chaque coupe
frontale, une zone d’intérêt (ZI) unique d’environ 8 mm de diamètre a
été tracée autour de la paroi de la carotide interne, puis la captation
standardisée maximale (CSmax) a été mesurée. La CS est le rapport
de la concentration tissulaire en FDG (kBq/ml) corrigée pour la
décroissance à la dose injectée en fonction du poids corporel (kBq/g).
L’absorption de fond du FDG a été mesurée au niveau d’une veine de
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Figure 1. Synopsis de l’étude. IMC : indice
de masse corporelle ; EAC : endartériectomie
carotidienne ; A-TDM : angiographie par
tomodensitométrie ; CMHR : caractère
morphologique à haut risque ; FAS : faible
atténuation du signal ; IL : irrégularité luminale ;
HGM : hôpital général du Massachusetts ;
TEP : tomographie par émission de positons ;
RP : remodelage positif.
gros calibre (par exemple, une sous-clavière ou une jugulaire interne).
Le rapport entre la captation du FDG par une plaque carotidienne
et son activité circulante (ou target-to-background ratio [TBR]) a été
calculé en divisant la CSmax mesurée au niveau de la plaque
considérée par la CS au niveau du sang veineux, de manière à affecter
un tel TBR a chaque coupe frontale, définie par sa distance à la
bifurcation carotidienne. L’enregistrement conjoint des données de la
TEP et de la TDM a été effectué manuellement par un investigateur
qui n’avait pas connaissance des résultats histologiques, à partir de
repères anatomiques (tels que le cerveau, la moelle épinière, le rachis
et le maxillaire inférieur) et en utilisant un système de fusion d’images
multimodales (Leonardo TrueD, Siemens, Knoxville, Tennessee,
Etats-Unis).
Caractérisation de la morphologie des plaques
par TDM
Les plaques ont été caractérisées par un investigateur qui ignorait les
données du bilan clinique, de la TEP et de l’étude histologique. Les
mesures par TDM ont été effectuées dans le plan frontal à 5 mm de
distance l’une de l’autre au niveau de la zone circonscrite (1) par la
résection chirurgicale chez les patients ayant fait l’objet d’une EAC et
(2) par les limites des mesures de TEP. Les aspects observés en TDM
ont été relevés en notant leur distance par rapport à la bifurcation
carotidienne de manière à permettre l’enregistrement conjoint des
données fournies par la TEP, la TDM et l’examen histologique. Les
CMHR ont été définis comme suit :
Une plaque a été considérée comme donnant lieu à une faible
atténuation du signal sur la base de son coefficient d’atténuation
moyen en unités Hounsfield (inférieur à 30 UH). Une ZI de 5 mm a
été tracée dans la partie centrale des plaques à l’origine d’une faible
atténuation, puis la valeur moyenne du coefficient d’atténuation a été
consignée. Il a été établi qu’une coefficient inférieur à 30 UH traduit la
richesse de la plaque en lipides et va de pair avec une augmentation de
l’incidence des événements cliniques.12,21
La présence d’un remodelage positif a été définie par un indice de
remodelage supérieur à 1,05, obtenu en calculant le rapport entre les
aires artérielles transversales délimitées par la limitante élastique
externe respectivement mesurées au niveau de la lésion et au niveau
du segment proximal pris comme référence.22
L’irrégularité de la lumière artérielle a été définie par l’existence
d’un net débordement du produit de contraste dans la paroi. Une telle
irrégularité luminale traduit l’ulcération de la plaque et contribue
à augmenter le risque d’accident vasculaire cérébral.9,10
Plaques calcifiées
La présence de calcifications denses a été évaluée (qualitativement).
Les calcifications ont été identifiées sur la base d’une densité
de plaque supérieure à 220 UH et qualifiées de denses et étendues
lorsque leur taille excédait 3 mm.12 Nous avons exclu les petits nodules
calcifiés siégeant au sein d’une plaque par ailleurs exempte de
calcification et dont le diamètre était inférieur à 3 mm (donnant un
aspect en gouttes).
Histologie
L’étude histologique de la coloration des macrophages a été effectuée
selon la technique décrite par Jander et al.23 En bref, les échantillons
fixés par le formol et décalcifiés ont été inclus dans la paraffine,
puis découpés en tranches de 5 µm d’épaisseur (moyenne : 4 ± 2 µm,
écart type par plaque) qui ont été montées sur des plaques recouvertes
de gélatine en vue de leur analyse par immunomarquage ; les
coupes ont ensuite été colorées par un anticorps monoclonal anti-
CD68 spécifique des macrophages (mAb KP-1 ; Dako, Glostrup,
Danemark). Une planimétrie assistée par ordinateur a été effectuée
selon des méthodes précédemment décrites16,23 pour quantifier les
zones de positivité de la coloration macrophagique. Des images
numériques à codes couleurs des coupes carotidiennes ont ensuite été
générées (en employant une caméra Sony munie d’un récepteur à
transfert de charge (CCD), une unité de traitement d’images vidéo
Hamamatsu DVS et la version pour Macintosh d’Apple du logiciel
d’analyse d’images développée par les National Institutes of Health
des Etats-Unis). Les zones sièges d’infiltrats macrophagiques ont
ensuite été décrites manuellement en comparant l’image numérique
à l’image microscopique après grossissements de facteurs 4 et 20.
Pour chacune des coupes carotidiennes, l’aire des zones de coloration
macrophagique a été exprimée à la fois en valeur absolue (mm2) et en
pourcentage de la superficie de la plaque (% de coloration CD68).
Lorsque la plaque couvrait plus de 180 degrés de la paroi vasculaire,
Figueroa et al Inflammation et morphologie des plaques carotidiennes 337
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seule a été retenue la moitié de paroi au niveau de laquelle
l’inflammation était la plus marquée (% de CD68). Les anomalies
anatomopathologiques ont été enregistrées conjointement aux
données de l’imagerie en précisant leur distance par rapport à la
bifurcation carotidienne, comme cela a été précédemment décrit.16
La bifurcation carotidienne a été définie comme étant le point de
séparation du flux sanguin dans la lumière artérielle (marquant
la division de l’artère carotide en ses branches interne et externe)
identifié par TDM.
Enregistrement conjoint et comparaison des données
de l’histologie, de la TDM et de la TEP
Les images frontales acquises par TEP et par TDM ont été rapportées
séparément aux coupes histologiques en s’appuyant sur leur distance
par rapport à la bifurcation de la carotide commune. Celle-ci a été
définie comme étant le point de séparation du flux sanguin luminal
(marquant la division de la carotide commune en ses branches interne
et externe) repéré sur les images de TEP et de TDM ainsi que sur
les échantillons anatomopathologiques. Les éléments fournis par la
TEP et par la TDM ont été portés le long des images frontales à
intervalles de 5 mm en notant à quelle distance ils se situaient
en amont ou en aval du point de séparation du flux sanguin (par
exemple, 0, +5 mm, +10 mm, etc.). Les aspects histologiques ont été
repérés de la même façon. Il a été tenu compte de la rétraction
élastique axiale des échantillons d’endartériectomie engendrée par
leur traitement histologique (avec passage d’un étirement relatif
in vivo à un état plus contracté ex vivo). L’expérience antérieurement
acquise dans notre laboratoire permettait, en effet, d’anticiper un
raccourcissement de 25 % de la dimension longitudinale des
échantillons.16
Méthodes statistiques
Les données descriptives sont présentées sous forme de moyennes ±
erreur type de la moyenne (ETM) dans le cas de variables continues
paramétriques, de médianes (bornes interquartiles [BIQ]) dans le
cas de données continues non paramétriques et de fréquences et de
pourcentages dans le cas de variables qualitatives. Nous avons utilisé
un test U de Mann-Whitney pour comparer les degrés d’inflammation
(estimés d’après la coloration par le CD68 ou en fonction du TBR) (1)
selon que les segments carotidiens étaient porteurs de plaques ou en
étaient exempts, (2) selon que les plaques étaient ou non le siège
de calcifications denses et (3) selon qu’elles présentaient ou non
des caractères morphologiques particuliers (en effectuant des
comparaisons distinctes pour la faible atténuation du signal,
l’irrégularité de la lumière artérielle et le remodelage). Nous avons
employé un modèle à effets mixtes linéaire comportant les effets
aléatoires comme covariable pour comparer les TBR afférents aux
différents segments vasculaires (c’est-à-dire respectivement porteurs
de plaques présentant des CMHR, exempts de plaque et porteurs de
plaques sans CMHR) et pour évaluer la tendance linéaire selon le
nombre de CMHR en effectuant des analyses séparées pour le TBR
et pour la coloration par le CD68. Par ailleurs, des corrélations de
Pearson et de Spearman (respectivement destinées à analyser les
données distribuées normalement et celles dont la répartition était
non normale) ont été employées pour rechercher les corrélations entre
coloration par le CD68 et TBR (chez les patients ayant fait l’objet
d’une EAC) à la fois par segment et par patient. Enfin, nous avons
utilisé un modèle d’équations d’estimation généralisées de Poisson
(analyse par régression logistique des données corrélées selon la
procédure GENMOD) pour rechercher le lien potentiel entre le TBR
et le nombre de CMHR (absence versus présence d’au moins
1 CMHR) en prenant en considération les corrélations entre
vaisseaux chez un même patient. La significativité statistique a été
prononcée sur la base d’une valeur de probabilité bidirectionnelle
inférieure à 0,05. Toutes les analyses ont été réalisées au moyen d’un
logiciel SAS version 9.2.
Résultats
Caractéristiques des patients
L’étude a porté sur un total de 34 patients. Leurs caractérist-
iques sont résumées dans le Tableau 1.
Etude de la morphologie des plaques par TDM
Les TDM pratiquées ont objectivé la présence de plaques chez
26 patients (76 %), alors que, chez les 7 autres (24 %), elles
n’ont mis en évidence aucune lésion au niveau des segments
carotidiens explorés. Une analyse structurale par TDM a été
effectuée sur 100 segments vasculaires (examinés en incidence
frontale), ce qui a représenté une moyenne de 3 ± 2 (ET)
segments par patient. Le Tableau 2 décrit la répartition des
caractères morphologiques des plaques.
Tableau 1. Caractéristiques des patients
Tableau 2. Répartition des caractères morphologiques des
plaques au niveau des différents segments vasculaires
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Figure 2. A à E, Images de la région cervicale en incidences frontale et sagittale acquises par tomographie par émission de positons (TEP) et
par tomodensitométrie (TDM). A à D, Plaque donnant lieu à une faible atténuation du signal (FAS), siège d’un remodelage positif et d’une forte
captation du 18flurodésoxyglucose (FDG). E à H, Plaque essentiellement calcifiée et ne présentant pas de caractère morphologique à haut
risque (CMHR). L’activité de la plaque est faible et inférieure à celles de la moelle épinière et de l’oropharynx (Ph). RP : remodelage positif.
Les plaques présentant des CMHR fixent
préférentiellement le FDG
Les Figures 2 et 3 illustrent des aspects représentatifs. La
captation du FDG a été plus importante au niveau des
segments vasculaires qui présentaient une ou plusieurs
plaques que de ceux qui en étaient totalement exempts
(médiane [BIQ] : 1,68 [1,33–2,11], contre 1,42 [1,31–1,56] ;
p = 0,002). Une tendance linéaire a été objectivée entre les
segments dépourvus de plaque (TBR moyen ± ETM : 1,44 ±
0,06), ceux porteurs de plaques sans CMHR (1,66 ± 0,07)
et ceux présentant des plaques avec CMHR (2,21 ± 0,20)
(p = 0,004 ; Figure 4). De plus, le FDG a été fixé de manière
significativement plus importante par les plaques dotées de
CMHR que par les segments carotidiens qui ne présentaient
aucune plaque visible (p = 0,0001) et par les plaques
dépourvues de CMHR (p = 0,0003).
La fixation du FDG a également été évaluée en fonction
de la présence ou de l’absence de CMHR particuliers. La
captation du FDG a été plus intense au niveau des plaques qui
étaient le siège d’un remodelage (médiane [BIQ] : 3,0 [2,17–
3,71], contre 1,40 [1,27–2,0] pour celles exemptes de
remodelage ; p = 0,001) et des plaques ayant donné lieu à une
faible atténuation du signal (3,0 [1,85–3,71], contre 1,50
[1,26–2,0] pour celles qui ne présentaient pas cette caractéris-
tique ; p = 0,001], mais ne l’a pas été pour les plaques à
l’origine d’une irrégularité de la lumière artérielle (3,0 [1,11–
3,71], contre 1,64 [1,27–2,15] pour celles n’ayant pas engendré
d’irrégularité luminale ; p = 0,28). Il a, en outre, été observé
que la fixation du FDG avait augmenté parallèlement
au nombre de CMHR ; en l’absence de CMHR, le TBR
(moyenne ± ETM) était de 1,66 ± 0,07, alors qu’il a été estimé
à 1,81 ± 0,12 lorsqu’un seul CMHR était présent, à 2,1 ±
0,40 lorsqu’il en existait deux et à 3,39 ± 0,42 lorsque les trois
étaient présents (p <0,001 pour la tendance). De plus, nous
avons relevé qu’à chaque augmentation d’un point du TBR
correspondait un quasi-triplement de la probabilité de mise
en évidence d’un caractère à haut risque au niveau de la
plaque concernée (odds ratio [intervalle de confiance à 95 %] :
2,98 [1,36–6,49] ; p = 0,0062).
Analyse de la morphologie et du degré
d’inflammation des plaques au sein du sous-groupe
de patients ayant fait l’objet d’une TEP et du recueil
d’échantillons histologiques
Comme cela avait été observé pour la fixation du FDG,
l’activité inflammatoire, évaluée sur la base du pourcentage de
coloration par le CD68, a été plus marquée au niveau des
plaques qui présentaient des CMHR (médiane [BIQ] : 10
[0–19,85], contre 0 [0–1,55] pour les plaques exemptes
de CMHR ; p = 0,01). De même que précédemment, la
coloration par le CD68 a été plus intense au sein des plaques
qui étaient le siège d’un remodelage positif (médiane [BIQ] :
12,05 [9,42–20,9], contre 0 [0–1,03], pour celles exemptes de
remodelage ; p <0,001) et des plaques ayant été le siège d’une
faible atténuation du signal (médiane [BIQ] : 12,29 [8,88–
20,9], contre 0 [0–2,53] pour celles qui ne présentaient pas
cette caractéristique ; p = 0,002], mais ne l’a pas été pour les
plaques ayant entraîné une irrégularité de la lumière artérielle
(médiane [BIQ] : 10 [0–20,9], contre 0,55 [0–8,88] pour celles
n’ayant pas engendré d’irrégularité luminale ; p = 0,26 ;
Figure 5A). Les mesures de l’aire absolue de la coloration
spécifique des macrophages ont fourni des résultats similaires
(Tableau 3). Par ailleurs, dans le même sous-ensemble de seg-
ments vasculaires, nous avons examiné le lien unissant la fixa-
tion du FDG à la morphologie des plaques, ce qui nous a
permis de constater qu’il était superposable à celui objectivé
entre cette dernière et l’intensité de la coloration par le CD68
(Figure 5B et Tableau 3). Nous avons, de plus, observé une
tendance linéaire (p <0,001) entre l’activité inflammatoire
(estimée aussi bien sur la base de l’intensité de la coloration
par le CD68 que du taux de captation du FDG) et le nombre
de CMHR (Figures 6A et 6B et Tableau 4).
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