
b. formules de clôture: salut – salut, à la revoyure (très familier) – la bună vedere, à tantôt
– pe curând, bise(s), bisou(x) – te pup (dulce), pupici (dulci)
, pa (şi pusi), par rapport avec au
revoir – la revedere, etc. ;
5. 3. 2. 2. Les échanges personnels entre des locuteurs à statuts inégaux peuvent se servir des
salutations familières et populaires avec une grande force illocutionnaire pour marquer la déférence
(due à la différence de statut socio-professionnel ou à la différence d’âge): sărut(ăm)
mâna
(mâinile – plus courtois, mânuşiţele – pédant, précieux, dreapta – archaïque, picioarele –
archaïque), modalité courante par laquelle les hommes (les enfants) saluent les femmes et, rarement,
d’autres hommes
, par rapport à buna ziuă, la revedere, etc.
5. 4. Il est assez fréquent que des séquences expressives empruntés à des sociolectes bien
délimités soyent utilisées comme formules de salutations
: bonne route – drum bun (routiers),
bon vent – vânt din pupa (marins)
, – noroc bun (gueules noires), – Doamne-ajută (milieu
du clergé), – să trăiţi (milieu militaire), bonne continuation – continuaţi (milieu militaire).
5. 5. Quelques formules neutres à l’intérieur d’une communauté linguistique, peuvent devenir
(consciemment ou non) des marques identitaires (dialectales), une fois franchies les limites de ces
communautés: kenavo (en Bretagne, parfois ailleurs), à tantôt (d’origine canadienne et très
localisée, non utilisée sur tout le territoire francophone), adieu „bonjour” ou „au revoir” (dans le
sud de la France), servus
(en Transylvanie et en Banat).
5. 6. Dans le même but, les deux langues peuvent facilement recourir à des formules
étrangères
: salaam aleďkum (en français, parfois utilisé dans la fréquentation avec les Nord
africains ou par les Pieds noirs), hello (en français et en roumain), ciao (écrit et prononcé à la
française: tchao, respectivement prononcé à la roumaine: tchaou), hola (en français), et bye (bye)
(en français et en roumain).
5. 7. Puis, à l’origine de quelques formules de salutation à la mode il y a quelques clichés
verbalisés des vedettes (notament celles de la télé et de la radio) ou de la pub: arrivée d’air chaud,
au lieu d’arivederci (Coluche), à chao bonsoir (formule lancée par Pépédé, marionette de Canal +,
Formule de salut devenue très répandue, dans les deux langues, au début des années ‘70 (il est de même pour ciao).
Formules très courantes dans les SMS.
Doublet étimologique de salut (< lat. sclavus).
Usage archaïque: sărut mâna Măria Ta (votre Majesté), boierule (seigneur), stăpâne (maître), et populaire: ~
părinte (mon père „prêtre”), don’ doctor (docteur). La formule était courante dans l’espace de l’Europe moyenâgeuse
– (le) bacio le mani (it. ), le beso la mano (esp. ), je vous baise la main/les mains (fr. ) [5, p. 18-26; 8, p. 71-73].
En fait, un bon nombre de salutations usuelles représentent des formules conventionnelles correspondant au passage
d’un fait social réel à un support analogue [8, p. 71]. La remarque peut être illustrée par la salutation sărut mâna, ainsi
que par les salutations qui ont franchi le cadre restreint des micro ou macrogroups professionnels tels que ceux
mentionés ci-dessus. D’autres expressions continuent à rester spécifiques à quelques usages restreints: bon service –
gardă uşoară (milieu hospitalier et militaire), bonne vente – vânzare bună, târg bun (milieu du commerce).
Un processus inverse est aussi plausible: „... noroc bun, ca salut de lucru, este foarte frecvent în Moldova nu în
Crişana şi în Maramureş, cum ne-am fi aşteptat şi cum se presupune de obicei, plecându-se de la ideea că noroc bun
este prin excelenţă salutul minerilor. ” [8, p. 123].
Les deux premiers couples sont utilisés comme encouragement, dans le cas d’une personne qui part définitivement ou
change d’activité.
(Votre obéissant/très humble) serviteur (familier) n’a pas de correspondant en roumain contemporain. Le syntagme
français n’est pas l’équivalent de servus, mais de l’archaïque sluga dumitale (dumneavoastră) – XVII-ème-XVIII-ème
siècle [8, p. 80-81; voir aussi 5, p. 41].
Notons qu’à la fin du XVIII-ème et au début du XIX-ème siècle des formules de salutations d’origine française étaient
employées en roumain, souvent avec une forme (orale ou écrite) corrompue: alivoar (au revoir), bonsoar (bonsoir).
Leur usage n’est pas exclu aujourd’hui, les utilisateurs de ces salutations voulant toujours conférer au dialogue un
caractère très convivial et plutôt dérisoire par référence presque explicite à l’ idiolecte des personages littéraires bien
fixés dans la conscience colective (cf. I. L. Caragiale). Au début du siècle dernier, le succès enregistré par les formants
d’origine française était tellement important que même des gens de la campagne se’en servaient parfois [1, p. 68].