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L’échelle utilisée en terme d’États reste pourtant parfois encore imprécise et certains, comme François Ascher,
s’accordent à penser que « l’économie mondialisée [est] comme une économie d’archipel » ou comme Saskia Sassen qui
définit une « cité globale : agglomération géante qui est à la fois le moyen et le résultat de la globalisation » (ce sont New
York, Londres et Tokyo).
2. Un phénomène qui ne se limite pas au champ économique
La mondialisation économique comporte, en plus d’aspects quantitatifs, des aspects qualitatifs représentés par des
modèles de consommation et plus particulièrement « l’American way of Life ». La diffusion massive de ce mode de vie est
dûe à la « toute puissance des médias et au progrès des technologies de communications ». Pour Marshall McLuhan la
planète est réduite au « village global » et d’après Armand Matelard, « l’économie-monde repose sur une communication-
monde ».
Ainsi alors que dans le domaine économique les champs d’action sont assez bien répartis ente la Triade, l’Amérique
domine entièrement dans les domaines politiques et culturels.
De ce fait, on peut parler de deux mondialisations qui mettent en scène un « champ de force interétatique actuellement
dominé par les Etats-Unis et un réseau d’échanges économiques et financiers ».
Un autre aspect de la mondialisation est aussi « la prise de conscience écologique ». En partant de réactions
défensives face à des désastres écologiques deux autres idées s’y sont ajoutées : l’inutilité des frontières « dès que les
phénomènes naturels sont en jeu » et « la perception de la nature comme un patrimoine, un héritage commun à toute
l’humanité qu’il convient de préserver et de valoriser ». En conséquence beaucoup de scientifiques se sont posé la question
du « changement global » (global change) et plus tard du développement durable.
3. L’analyse historique
La mondialisation s’est affirmée progressivement par phases.
L’ouverture internationale des grandes firmes date, par exemple, des années 60 mais la principale différence avec le
monde actuel est l’explosion de la croissance des flux financiers « détachés de toute activité productive ».
« L’invasion du monde par les produits matériels et culturels de l’Amérique » et le fait que la société de
consommation à l’américaine était ancré dans le quotidien a provoqué une crise de rejet mais celle-ci n’a pas eu les effets
escomptés, elle a juste participé à dégager l’idée de « développement durable ».
Par ailleurs deux dates ont été des précédents à l’ouverture du monde, il s’agit de 1492 (découverte des Amériques
et période des « Grandes Découvertes ») et de 1453 (chute de Constantinople, fin d’un « empire-monde »).
4. Les formes de régionalisation, résistances identitaires ou accompagnement de la mondialisation
Examinons la « pertinence des différents niveaux spatiaux d’identification et d’action » et « dans quelle mesure cette
identification s’inscrit dans le cadre de la mondialisation ou contre elle ».
Le premier niveau serait celui des États-nations mais il est incontestable que ces-derniers se retrouvent
considérablement affaiblis aussi bien dans le domaine économique que culturel ou politique. En effet on constate que les
États-nations doivent faire face à deux phénomènes « complémentaires et non contradictoires » comme on aurait tendance à
le penser : « l’uniformisation culturelle » et le « repli identitaire ».
La région prend de ce fait ici la définition d’un groupe d’individus ayant des similitudes linguistiques, religieuses,
ethniques... mais elle peut aussi s’exprimer sans particularisme culturel mais tout simplement par découpage géographique
où les individus demande une réforme des institutions, « la Région devient alors une institution politique ».
Mais le terme région peut aussi avoir une autre signification, on change d’échelle et on englobe plusieurs pays dans
une aire géographique. La « dénomination de ces aires correspond à des critères d’identification variés : morceaux de
continent, position (souvent par rapport à l’Occident), massif montagneux, bassin maritime... »
C’est ce dernier cas qui va être étudié dans ce colloque à savoir deux bassins adjacents : « ceux de la Méditerranée
orientale et la Mer Noire à la fois séparés et réunis par l’Asie mineure (Anatolie).
« Le constat de telles solidarités peut pousser plusieurs États voisins à passer des accords de nature et de contenu variés. »
Les accords économiques prennent le dessus sur les accords politico-militaires et évoluent dans le sens d’une intégration
régionale de plus en plus poussée. Quelques exemples : la CECA, l’ALENA, le MERCOSUR, l’ANSEA, l’APEC...
Ainsi on peut dire que la « mondialisation invite les individus, les groupes sociaux, les entreprises ou les décideurs
politiques à jouer sur la multiplicité des échelles, à la fois niveaux de référence et cadre d’action ».
II – LES IMPACTS DE LA MONDIALISATION EN MÉDITERRANNÉE ORIENTALE ET EN MER
NOIRE
Les pays de la Méditerranée orientale et de la Mer Noire sont-ils susceptibles de jouer le même rôle de multipériphérie pour
l’Europe occidentale que les « nouveaux Dragons » pour le Japon en Extrême-Orient ou les pays d’Amérique latine pour les
Etats-Unis ?
1. Ouverture économique et libéralisme
L’aire d’étude que le colloque a observé affect un ensemble de pays où le poids de l’État était traditionnellement fort et dans
bien des cas la mondialisation n’a pas été subie mais voulu par les dirigeants en place.
Dans presque tous les cas l’ouverture extérieure va donc de pair avec un mouvement de privatisation de l’économie
à l’intérieur mais le rôle de l’État n’a pas pour autant disparu.
On pourra ainsi comparer les différents aspects de l’internationalisation en Turquie aux formes de
l’internationalisation dans les autres pays.
2. Les nouveaux horizons politiques
Partout les frontières témoignent de l’interférence d’enjeux mondiaux et d’enjeux régionaux ou locaux. Encore plus que le
tracé des frontières, ce qui compte est le contenu des territoires qu’elles séparent, leur contenu politique, c’est-à-dire la