plus de son caractère contraignant, la loi sur la conscription contient une terrible
discrimination sociale car elle autorise tous les jeunes gens des familles aisées à se faire
remplacer par un substitut. Le substitut est soit un étranger qui n’a pas obtenu ou
sollicité la naturalisation américaine soit un homme valide de plus de trente-cinq ans.
Au départ, le Congrès confédéré ne soupçonne pas le marché noir dont cette
autorisation va devenir l’objet. Les archives du ministère confédéré de la Guerre livre
peu d’informations sur le nombre de substituts incorporés dans ses forces armées. Se
fondant sur les rapports des généraux confédérés et sur les notes du ministre Seddon à
propos des substituts, l’historien Bell I. Wiley pense qu’à la fin de l’année 1863, les
forces rebelles en comptent 50 0003.
De gauche à droite : demande de substituts pour l’armée confédérée de l’Arkansas, 1862 - Offre de 50 $
à ceux qui s’enrôlent volontairement pour ne pas être incorporé dans n’importe quel régiment.
Après Gettysburg et Vicksburg, la presse sudiste regorge d’annonces proposant
jusqu’à 6 000 dollars (quinze ans du salaire d’un ouvrier dans une fonderie) à des
substituts. L’importance de ces offres démontre qu’elles émanent essentiellement des
familles riches. La clause exemptant du service armé les propriétaires d’au moins vingt
esclaves est ressentie par le peuple sudiste comme une injustice scandaleuse parce
qu’elle préserve de la guerre les fils de ceux qui l’ont déclenchée4.
Partout, des femmes et des veuves en colère réagissent. Au début, elles écrivent à
leur gouverneur ou au ministère de la Guerre pour décrire leur détresse économique et
souligner le mépris que leur vouent les « gentlemen » des grandes plantations. Pour
illustrer notre propos, citons deux de ces lettres, extraites des centaines que recèlent les
archives nationales américaines5.
3 Yearns W.B., Confederate Congress, p. 66. Athens, 1960 ; Wiley B.I., The Life of Johnny Reb, the Common
Soldier of the Confederacy, p. 127. Baton Rouge, 1978.
4 Harrison L.H., Conscription in the Confederacy, p. 12 in “Civil War Times Illustrated”, vol. 9-4-1970 ; Wiley,
op. cit., pp. 39, 127, 337 ; Moore A.B., Conscription and Conflict in the Confederacy, pp. 53, 67-8, 70-3. University
of South Carolina Press, 1996.
5 Wiley B.I., Plain People of the Confederacy, pp. 27-8. Baton Rouge, 1943; Escott P, After Secession, Jeff Davis
and the Failure of Confederate Nationalism, pp. 113-4, 122-3. Baton Rouge, 1978 et The Cry of the Sufferers, pp.