Les libéraux s’opposent à cette consécration du rôle de l’Etat dans l’économie. Ils
organiseront à Paris lors de l’été 1938 le colloque Lippmann6. Ce mouvement
s’illustre notamment par les conférences de Hayek, Tullock, Buchanan, Polanyi,
Jacques Ruëff….
Le néolibéralisme est né : une grande nouveauté de conception le caractérise et
le spécifie par rapport au libéralisme classique. Le marché ne peut se concevoir
sans l’Etat. Il s’agit bien de l’institutionnalisation, à travers et au moyen de la
présence constante de l’Etat, de l’économie de marché.
La concurrence devient une organisation étatique, alliance du marché et de la
souveraineté de l’Etat. L’ordo libéralisme allemand sera la meilleure illustration
de ce nouvel ordre économique à la fois libéral et imposé par l’Etat.
La période post seconde Guerre Mondiale se poursuivra dans ce mélange de
nécessaire interventionnisme d’Etat dans l’économie et de concurrence organisée7.
L’économie de marché s’institutionnalise. Cependant, peu à peu, la concurrence va
s’émanciper de l’Etat, se détacher de lui. Il en deviendra lui-même un acteur à part
entière, mais qui demeure toujours un acteur particulier (Voir infra).
Aujourd’hui, le monde change : il y a une montée en puissance des autorités
européennes avec un changement majeur dans les années 908 dans les politiques
financières et monétaires des pays de l’UE (la majorité, pas la totalité) : la
monnaie unique (Euro) et la coordination des politiques budgétaires (Banque
Centrale Européenne). Les critiques du nouveau contexte européen considèrent que
l’instauration de la monnaie unique et de la BCE a conduit à une perte de
souveraineté des États membres et à la fin de l’autonomie des politiques budgétaires.
Les politiques économiques mondiales vont connaître à l’automne 2008 une autre
crise liée aux dysfonctionnements (abus) du libéralisme, notamment financier. Ce
sera la crise des subprimes9, ayant commencé aux Etats Unis mais s’étendant
rapidement au reste du monde. La crise ne va pas se limiter à la finance : elle se
6Les néolibéraux critiquent l’intervention de l’Etat en avançant divers arguments. Elle nuirait à la liberté
individuelle (Hayek, Laffer), elle serait peu légitime (Bullock, Buchanan). Friedman reconnaît les
imperfections du marché mais ne croit pas que l’Etat soit efficace pour les corriger. L’Etat doit juste
gérer restrictivement l’économie du long terme, il ne doit entreprendre aucune action conjoncturelle.
7 Rosa Luxembourg, Philippe Herzog et Paul Bocara dans les années 60-70 amènent le capitalisme
monopoliste d’Etat qui enraye la contradiction fondamentale du capitalisme classique (monopoles,
multinationales, éducation, prestations sociales…).
8 Conclusion des traités de Maastricht (1992), d’Amsterdam (1997), adoption de l’Euro en 1999
(http://europa.eu/pol/emu/overview_fr.htmoir). Tous les États membres de ces traités font partie de l’Union
économique et monétaire (UEM), dont la finalité est de parfaire l’intégration des économies des pays de l’Union
Européenne. Ils se donnent pour objectif de stimuler la croissance et de créer des emplois tout en assurant la
cohésion sociale et le respect de l’environnement. Les États membres établissent des programmes de réforme
nationaux à l’intérieur de ce cadre, en optant pour la combinaison de mesures fiscales et de protection sociale qui
convient le mieux à leur situation nationale.
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