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Leur trouble ne peut être dia-
gnostiqué que dans le cadre d’une
approche multidisciplinaire. Ni le
scanner ni la résonance magnétique
ne le décèlent. Le diagnostic s’éta-
blit sur la base de grilles de ques-
tions, puis d’un solide interrogatoire
avec un psychiatre. Plus tôt il inter-
vient, mieux cela vaut. « On peut
vivre quasi normalement avec ce
trouble », assure Stéphanie, qui sait
de quoi elle parle et qui, avec trois
autres bénévoles, anime l’associa-
tion TDA/H Belgique. D’autant que
les TDA/H développent des tas de
qualités : débrouillards, créatifs,
pleins de vie, ils sont souvent drôles
et vifs. Beaucoup d’artistes sont
d’ailleurs des TDA/H. Ce n’est pas
un dysfonctionnement dont on
guérit, mais ceux qui en souffrent
apprennent à se tirer d’affaire : les
groupes de parole, les thérapies
comportementales, le travail avec
un coach et l’appui de l’association
leur fournissent des outils qui leur
permettent de trouver l’ équilibre.
Sans parler des médicaments, qui
améliorent fortement leur qualité
de vie. Ces traitements, qui contien-
nent des dérivés d’amphétamines,
n’induisent pas de dépendance
physique. « Si le mal du patient est
bien diagnostiqué et que l’on est
sûr qu’il ne souffre d’aucune autre
pathologie, la Rilatine constitue le
traitement de première ligne », assu-
re le Dr Pierre Oswald. Son effet est
immédiat et les patients ne doivent
pas forcément en prendre à vie. Ce
produit ne fait d’ailleurs guère débat
en ce qui concerne les adultes, alors
qu’il suscite toujours la polémique
pour les enfants.
Le temps est et reste
leur principal ennemi
En dépit de tous les moyens portés à
leur secours, les TDA/H ont, souvent,
une vie professionnelle chaotique.
S’atteler à une mission qui ne leur
paraît pas prioritaire leur demande
trop de concentration : les TDA/H
ont donc tendance à tout remettre
à plus tard. En revanche, ils sont
capables de se focaliser sur une
tâche durant des heures, par exem -
ple lorsqu’ils surfent
sur Internet.
Arriver à l’heure
n’est guère faci-
le pour la majorité
d’entre eux. Quant à
l’orga nisation du tra-
vail... Armés d’agen-
das et de plannings
pour ne rien oublier,
ils croulent générale-
ment sous les tâches,
au point d’être souvent licenciés ou
de remettre leur démission. Les hy-
peractifs, en revanche, prennent
trop de place. « Je m’occupais de
quatre machines au lieu d’une seule,
explique Thierry, 35 ans, qui est ca-
pable de jouer sur son ordinateur en
même temps qu’il peint des ma-
quettes, le tout alors que ses jambes
ne cessent de bouger ! Mon père m’a
offert du champagne quand j’ai
réussi à rester un an au même
poste. » Zoé, elle, a connu un burn-
out à 23 ans.
« Je travaille par étapes avec ceux qui
viennent me voir, détaille Aloyse van
der Stegen, qui « coache » plusieurs
TDA/H. L’un d’entre eux, artiste
peintre, n’avait encore rien peint six
semaines avant son exposition. J’ai
planifié avec lui les démarches à réali-
ser, fixé les priorités, défini les coups
de fil à donner, etc. Nous nous
sommes vus tous les huit jours. Les
premières semaines, quand il arrivait
au rendez-vous, il n’avait presque rien
fait. Nous remettions
donc l’ouvrage sur le
métier. L’exposition a
été un succès. Je suis
admirative du chan-
gement que les
TDA/H parviennent
à mettre en place. Je
les trouve touchants,
avec des personnali-
tés très riches, bien
plus sensibles que
celles de la majorité des gens. »
Ces « tornades » n’en donnent pas
moins quelques tracas à leur entou-
rage, qui peine parfois à comprendre
et à accepter le trouble. « Je sais que
je fais peur, résume Odette. Les rela-
tions de couple et avec les amis sont
difficiles. Je tente d’expliquer que je
suis différente, mais, en même
temps, je fais tout pour me confor-
mer à ce que l’on attend de moi, de
peur de déplaire encore davantage. »
C’est épuisant : les TDA/H ont donc
souvent besoin de solitude, pour ré-
cupérer. Une attitude qui passe mal.
« A ma soirée d’anniversaire, je suis
partie la première, raconte Zoé.
J’avais besoin d’air. Les gens n’ont
pas compris. » Ils ne comprennent
pas davantage qu’elle se terre parfois
chez elle pour éviter de faire et de di-
re des bêtises. « Par moments, on se
taperait la tête au mur pour que ça
s’arrête, raconte Thierry. Le docteur
me dit que mon cerveau est comme
le ring de Bruxelles : toujours em-
bouteillé. Et au moindre pépin, c’est
la catastrophe. »●
Laurence van Ruymbeke
Les prénoms de tous ces témoins
ont été modifiés.
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LE VIF/L’EXPRESS 4/4/2008
SOCIÉTÉ
« A 8 ans, j’allais
acheter du sirop
pour la toux
à la pharmacie :
j’avais découvert
qu’il me calmait »
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BELGA
Dotés d’une énergie peu commune, les hyperactifs raffolent des émotions fortes, qui les apaisent.
Nombre d’entre eux pratiquent d’ailleurs le triathlon.