HAMLET de William Shakespeare - [email protected]

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Fiche pédagogique :
HAMLET de William Shakespeare
Mise en scène de David Bobee (Groupe Rictus)
La mise en scène de David Bobee, jeune directeur artistique du Groupe Rictus depuis 1999,
a été saluée depuis deux ans comme une lecture très éclairante d’Hamlet de Shakespeare,
œuvre au programme de l’enseignement de spécialité théâtre des Terminales L jusqu’en 2014.
Les professeurs (d’anglais, de lettres, ou d’enseignement artistique) des classes de lycées et
même de collèges, sont invités à amener leurs élèves découvrir la représentation de ce chef
d’œuvre du théâtre élisabéthain. La vision de Bobee est à la fois très fidèle aux enjeux de la
pièce mais aussi radicale sur le plan esthétique puisque le dispositif scénographique se fait tour
à tour morgue high-tech, palais, chemin égaré, flots tumultueux, suspension céleste, eau noire
qui envahit le plateau et dans laquelle les comédiens pataugent…
La communauté de comédiens qui incarne la quinzaine de personnages de la pièce est
également étonnante puisqu’il s’agit d’artistes aux parcours très divers : acrobates,
circassiens, musiciens. Hamlet, ici, est à peine sorti de l’adolescence et se montre âpre et
perdu, suspendu entre folie et lucidité. Les élèves, même ceux qui ne connaissent pas bien
l’œuvre elle-même, sauront saisir la beauté magistrale des images qui vont s’offrir à eux.
C’est bien ce que nous dit David Bobee lorsqu’on l’interroge sur le choix de cette œuvre
intimidante à affronter, lui qui a plutôt choisi depuis le début de sa carrière de travailler sur
des textes contemporains :
« Mon objectif est justement de donner à lire Hamlet, de le donner à réentendre aux gens
qui le connaissent, de le donner à écouter pour la première fois aux lycéens ou aux personnes
qui n'ont jamais vu, entendu, ou lu Hamlet. Je veux plonger directement dans le cœur de ce
texte, dans ce fond de culture partagée qu'on doit avoir pour maîtriser les outils de pensée,
d'intelligence, de recul critique, qui permettent d'être armé dans le monde d'aujourd’hui. Mon
objectif, c'est qu'Hamlet soit un spectacle populaire, ce qui n'est absolument pas
démagogique. Je trouve que c'est infiniment plus compliqué de faire un spectacle qui s'adresse
à tous, que de se faire plaisir en s'adressant à une poignée d'initiés. Je veux à la fois donner ce
texte, et en donner une lecture. Et je crois qu'un public populaire l'est justement lorsqu'il est
diversifié, à l'image de la société ; je cherche donc à raconter et partager une histoire très
simplement tout en multipliant les angles de lectures : parler à un public large, en n'oubliant
pas les quelques "spécialistes" d'Hamlet. »
Cette fiche pédagogique a pour but de donner des outils aux enseignants afin de préparer
leur classe à cette expérience unique d’assister à la représentation d’un grand classique
revisité avec les codes de notre monde contemporain.
AVANT LE SPECTACLE :
Comment se mettre en appétit ?…
Le metteur en scène :
David Bobee et le Groupe Rictus : voir le site de la compagnie www.rictus-davidbobee.net
David Bobee y résume les grandes lignes de son travail au sein de ce collectif depuis une
dizaine d’années : en ceci, il faudra faire remarquer la particularité du spectacle auxquels les
élèves vont assister, une pièce du répertoire universel jouée par une troupe de 15 artistes,
issus du cirque, de la danse, du chant, souvent très jeunes, qui reflètent volontairement un
aspect très contemporain de notre monde.
« J'aime au sein de Rictus bousculer la notion de genre, croiser, mélanger les disciplines
artistiques, allier les pratiques, créer des hybrides, fragmenter, rassembler, confronter, ainsi
produire du sens, de l'émotion, du rythme, de la violence, de la sensualité. Mon théâtre est un
théâtre d'engagement physique et politique. Fond et forme ont ici même valeur, naissent d’un
même mouvement : je veux questionner tout ce qui participe à la construction de soi, à
l'identité de l'individu contemporain, son intimité, son être social. Ce qui m’intéresse, c'est
désunir, briser l’unitaire, montrer la pluralité, la richesse des personnes, de la pensée, des
évènements. Chercher une nouvelle lecture du monde. Un regard transversal. Mon théâtre est
très visuel et se nourrit des arts plastiques. Depuis plusieurs années, avec les personnes qui
m'entourent, nous cherchons chacun dans notre discipline à offrir un univers visuel aussi
exigeant qu'accessible. Chaque fois, nous inventons une nouvelle façon de travailler ensemble.
Loin du despotisme de la mise en scène et du collectivisme absurde, nous affirmons un théâtre
pluridisciplinaire où la lumière devient dramaturgique, où le texte est au cœur du plateau sans
en être le centre, où la mise en scène participe au spectacle sans l'accaparer. Nous refusons la
narration, l'illusion, le mensonge du théâtre et de ses personnages en y opposant la
fragmentation des textes, la poésie des images, la prise de parole et la sincérité des
personnes. »
La fable :
Au préalable, il faut interroger spontanément les élèves sur ce qu’ils savent du personnage
de Hamlet de Shakespeare.
Evidemment, dans des termes simples, il est nécessaire de raconter l’histoire de Hamlet et
de la quinzaine de personnages qui gravitent autour de lui, accentuer sur les fondements de ce
qui est devenu un récit fondamental des troubles de la modernité : un fils qui veut venger son
père, une mère qui le trahit et qui l’aime, les enjeux du pouvoir, l’illusion de la folie, l’amour
dont on peut douter. On peut aussi rappeler la proximité de l’histoire avec celle d’Oreste ou
d’Œdipe. Selon le niveau de la classe, on pourra aussi évoquer la légende qui préexiste à la
pièce de Shakespeare, empruntée à l’auteur danois Saxo Grammaticus (1150-1206).
Il y a eu d’autres réécritures théâtrales de Hamlet au XXème siècle qui peuvent être
intéressantes à présenter en lecture cursive (extraits courts) afin de rapprocher le texte des
problématiques contemporaines. En voici quelques exemples :
- Rosencrantz and Guildenstern Are Dead, du dramaturge britannique Tom Stoppard
(1966). Cette tragicomédie absurde et existentialiste s’intéresse à deux personnages
secondaires de Hamlet de Shakespeare, les amis d’enfance du héros.
- Hamlet-machine, pièce en cinq actes faisant au total moins de 10 pages, du dramaturge
allemand Heiner Müller (1977). Le titre de la pièce la plus célèbre de Müller fait
directement référence à la pièce de Shakespeare, mais fonctionne aussi comme
intertextes : Macbeth et Richard III, et autres.
- Le jour des meurtres dans l’histoire d’Hamlet de Bernard-Marie Koltès, une pièce de
jeunesse de cet auteur souvent très apprécié des élèves (Roberto Zucco, Combat de
nègres et de chien). Il concentre l’action en une journée et autour de la cellule familiale
(Hamlet, sa mère Gertrude, son beau-père et sa fiancée Ophélie).
Le monument « Hamlet » :
Demander aux élèves de faire une recherche d’images sur Internet en tapant le mot clé «
Hamlet ». Leur proposer ensuite de noter les éléments qui reviennent le plus souvent. Choisir
une image et la présenter au reste de la classe en imaginant à quel passage de la pièce elle
peut correspondre. Cette recherche confirme l’existence d’éléments systématiquement
associés à Hamlet : un costume noir (de préférence d’époque), un crâne, une épée, l’air
tourmenté, la brume, le spectre.
Constituer, à partir du travail de la classe, un « album-Hamlet ». On peut aussi proposer le
même travail à partir du personnage d’Ophélie.
Quels sont les passages les plus célèbres ? Par exemple : l’apparition du spectre ; le
monologue « être ou ne pas être » que l’on associe d’ailleurs souvent au crâne, alors que ce
sont deux scènes complètement différentes ; l’enterrement d’Ophélie ; la scène de théâtre
dans le théâtre ; la fin de la pièce et sa cascade de morts.
S’interroger sur le danger que court une pièce aussi célèbre si souvent jouée à être montée
une énième fois ?
Pour le metteur en scène, il faut composer avec l’horizon d‘attente des spectateurs et être
enfermé dans une série de « clichés ». L’acteur, lui, doit négocier avec des passages attendus.
La question de la traduction (pour les classes de langue) :
Il est intéressant de confronter trois traductions du même passage : la chanson d’Ophélie
(voir annexe 3). Celle d’Yves Bonnefoy d’abord, qui est choisie pour les Terminales option
Théâtre, celle de Pascal Collin qui a travaillé avec David Bobee et, enfin, celle de Jean-Michel
Déprats.
Initier l’imaginaire des élèves, susciter chez eux des horizons d’attente :
La question est simple : doit-on jouer Hamlet comme au temps du théâtre élisabéthain ?
N’est-il pas indissociable de ce passage du Moyen-Âge à la Renaissance qui induisait des
questionnements sur le pouvoir, la mort, l’illusion de l’existence ? Comment le dire ? Où
ramener cette histoire aujourd’hui ? Qu’y a-t-il de contemporain chez Hamlet ?
Le lieu : le château d’Elseneur : ses remparts, ses salles intérieures, chambres ou salle du
pouvoir, un port, un cimetière, l’eau.
Les costumes : montrer aux élèves des images de costumes de théâtre, notamment dans
différentes mises en scène de Hamlet, et leur demander si, selon eux, il faut respecter
l’époque, puis leur proposer de choisir un personnage de la pièce et de dessiner son costume.
Et pourquoi ne pas lire debout en classe, pour entendre le texte, un des monologues
d’Hamlet ? Exemples : celui de l’acte I scène 2, acte I scène 4, acte II scène 2… et bien sûr
acte III scène 1 « Être ou ne pas être »…
APRES LE SPECTACLE :
Comment parler de son expérience de spectateur sans juger trop vite ?
Débat collectif :
Avant l’analyse à proprement parler de la représentation, il peut être intéressant de laisser
les élèves s’exprimer librement et interagir sur ce qu’ils ont vu. Quelles sont leurs réactions ?
Qu’est-ce qui les a surpris ? On tentera, avec les élèves, d’articuler des réactions spontanées,
du
type
«
j’ai
aimé/je
n’ai
pas
aimé
»,
de
manière
plus
critique
:
« j’ai été surpris(e) par… », « j’aurais préféré que… », en leur proposant de réfléchir à la
singularité de la mise en scène par rapport à un/des « horizon(s) d’attente ».
Ce débat « à bâtons rompus » peut être orienté sur des sujets qu’ils n’auraient pas évoqués
: le costume évoqué précédemment (Hamlet en jeans et blouson noir, référence à Gotham
City, univers de Batman…), l’utilisation et la fonctionnalité des éléments de décor tels que
tiroirs et matériel de cirque, interprétation des personnages (la distribution chez Bobee est
significative : âge, silhouette, énergie), interactions des personnages entre eux, utilisations et
effets de la musique, des lumières. L’eau, omniprésente et inquiétante, surgit à des moments
clés. Lesquels ?
Mise en scène, parti pris :
Quels sont les rapports entre le texte et la mise en scène ? À partir d’une scène que les
élèves auront trouvée particulièrement riche du point de vue de la mise en scène, leur faire
lister les principaux éléments de la mise en scène de David Bobee et étudier leurs liens au
texte. En quoi dérivent-ils (ou non) du texte ? Qu’apportent-ils par rapport à une simple
lecture du texte ?
Décrire l’effet le plus marquant du spectacle.
Dessiner ou décrire en classe l’espace scénographique : un univers obscur et froid
(carrelage, haute muraille, catafalque). Comment au fur et à mesure des actes l’espace se
transforme-t-il sans cesse, matière organique en mouvement ? Voir dernière apparition, celle
de Fortinbras.
Comment l’espace hors-scène est il suggéré ? La noyade d’Ophélie, le voyage vers
l’Angleterre ? Moment étonnant où se mêlent théâtre, danse, narration. Lire annexe 4 : le
projet scénographique de David Bobee.
Enfin, pour les élèves de lycées qui souhaiteraient approfondir leur connaissance sur
l’histoire de la mise en scène de Hamlet, il est possible de confronter d’autres interprétations
marquantes de ces dernières années. Pour cela, il faut les renvoyer aux archives du Festival
d’Avignon, consultables en ligne : Patrice Chéreau (1988), Peter Brook (2000, Bouffes du
Nord), Krzysztof Warlikowski (2001), Hubert Colas (2005), Thomas Ostermeier (2008), Vincent
Macaigne (2011). Pour chaque mise en scène, dégager le parti-pris du metteur en scène.
Demander aux élèves de dire quelle mise en scène correspond le mieux à leur lecture du
personnage.
Documents d’accompagnement :
Annexe 1 : Note d’intention de David Bobee
« Notre version d'Hamlet se déroule dans une grande morgue de carrelage noir brillant. Des
murs froids et durs de 5 mètres de hauteur, les dimensions d’un palais. Le Danemark comme
chambre froide. Une boîte noire sans doute aussi, un espace cérébral, l’intérieur d’un crâne,
celui d’Hamlet. Des rideaux de plastique du type de ceux que l’on peut trouver chez les
soudeurs ou les bouchers viennent séparer la pièce et faire apparaître à l’avant-scène un
rempart et là le salon d’une reine. Des vidéos projetées sur les murs, sur les rideaux opaques,
la projection spectrale, l’esprit du père en vidéo abstraite, vivante, impressionnante,
électrique, assourdissante.
Un corps mort, celui du roi défunt allongé là pendant tout l'acte I. La chair froide et
pourrissante, la mort dans ce quelle a de plus brutal et de moins romantique. Un roi dans son
sac noir, son « body bag ». Dans cette morgue, il y a des entrées un peu partout, dont une
magistrale porte au lointain, deux passages comme des meurtrières à cour et à jardin. Huit
tiroirs de métal dans le mur de cour pour entasser les morts sur les plateaux coulissants, des
« slabs », paillasses pour thanatopracteurs sur roulettes, vont former et reformer l’espace :
alignées comme une série de tables d’autopsie dans une morgue après un carnage, ou bien
regroupées pour créer un gigantesque banquet, ou pour former une scène de théâtre, etc. Un
mât chinois pour Hamlet, Pierre Cartonnet, à cour pour accueillir des solos acrobatiques ou
pour simplement s'extraire du plateau afin de mieux observer les vivants de toute la hauteur
du mât. Le sol est en liner noir brillant capable de recevoir une grande quantité d’eau et de
créer un sol miroitant d’une eau noire (pour le suicide d'Ophélie, la dérive du voyage d’Hamlet,
des chorégraphies dans la flotte, etc.).
Et pas de crâne dans la main d'Hamlet, surtout pas de crâne, justes quelques fragments
d’os, un crâne explosé exposé dont il ne reste rien. Pas de romantisme. Une vanité, oui, mais
du XXIème siècle, donc violente et fragmentaire. »
Annexe 2 : le projet scénographique de Bobee
Annexe 3 : les différentes traductions de la chanson d’Ophélie
Fiche réalisée par Delphine Cazaux
Professeur relais des TEAT Champ Fleuri | TEAT Plein Air
TEAT Champ Fleuri | TEAT Plein Air
0262 419 325 – www.theatreunion.re
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