
Études Économiques Groupe
http://etudes-economiques.credit-agricole.com
Apériodique – n°16/098 – 30 mars 2016
ARABIE SAOUDITE – La fin d’un modèle de rente ?
Après des années de forte croissance
économique assurée par les prix élevés du
pétrole, l’évolution du royaume saoudien,
une des premières puissances pétrolières
mondiales, est l’une des grandes inconnues
des années à venir.
Au-delà d’un bilan conjoncturel négatif,
l’Arabie Saoudite se retrouve exposée à des
risques multiples. Le modèle de croissance
fondé sur la rente n’est plus viable avec les
prévisions d’un pétrole durablement bas. La
chute de 50% des recettes pétrolières met à
mal la politique de salaires publics élevés et
de subventions (des coupes ont déjà été
annoncées). Toute modification du pacte
social augmente la probabilité à long-terme
de troubles politiques internes. Tout ceci
alors même que le pays tente de devenir le
leader d’un Moyen-Orient hautement
instable. Le pays est donc potentiellement
explosif : le modèle fiscal n’est pas tenable,
des doutes surgissent sur le peg,
l’environnement géopolitique est menaçant,
la population augmente rapidement, et la
jeunesse saoudienne est mal formée et mal
insérée dans le marché de l’emploi.
Le pays a déjà vécu et traversé des
situations conjoncturelles difficiles dans les
années 90 avec des cycles bas et des prix
du pétrole très déprimés, mais la population
était moins nombreuse qu’actuellement. La
remontée des prix avait alors conforté le
pays dans son modèle rentier.
L’Arabie Saoudite dispose toutefois
d’avantages non-négligeables : un haut
niveau de richesse, des marges de
manœuvres fiscales gigantesques, un
secteur financier sain et une population
jeune. Une trajectoire d’évolution possible
réside dans la diversification de l’économie,
la refonte de la fiscalité et la création
d’emplois dans le privé, notamment pour la
part saoudienne de la population.
Les choix de politique économique qui vont
être faits dans les années à venir vont donc
être décisifs pour l’Arabie Saoudite. Les
incertitudes sont très fortes sur la capacité
des dirigeants à remettre en cause
rapidement le rôle central de l’Etat dans la
redistribution de la rente, malgré un
potentiel de changement et une véritable
volonté politique. Ils devront maîtriser tous
les risques autour de la transition d’un
modèle de rente vers une économie plus
diversifiée. Mais les blocages sont forts,
entre le clergé et la partie non-réformiste de
la famille royale.
Au sein des pays du Golfe, l’Arabie Saoudite
est probablement le pays qui est confronté
aux plus importants défis de transformation,
à la fois de son modèle économique et de
ses structures sociales. L’équation est
d’autant plus compliquée que l’Arabie
Saoudite dispose d’une place de leader
dans la zone et qu’une déstabilisation du
pays aurait des conséquences régionales
importantes.
Nous craignons donc que les réformes en
cours ne soient pas suffisantes pour le
changement de modèle nécessaire à la
remise en cause de l’économie rentière, et
que le pays soit encore pour longtemps très
tributaire de la valeur du pétrole.