Le Génie Génétique
Plan
1. Initiation au génie génétique
1.1 Fonctionnement d’un gène
1.2 Les modifications génétiques
1.3 Quels sont les dangers des OGM ?
2. La réglementation des OGM
2.1 En France et en Europe
2.1.1 La commission du génie biomoléculaire
2.1.2 La réglementation européenne
2.1.3 Le moratoire
2.1.4 Utilisation des OGM
2.2 Dans le reste du monde
2.2.1 L’économie agroalimentaire
2.2.2 Les autorisations
2.2.3 Les OGM dans les pays du Sud
3. L’Eugénisme
3.1 Qu’est-ce que leugénisme ?
3.2 Rappels historiques
3.3 L’eugénisme dans les conditions techniques actuelles
3.4 L’eugénisme : un faux problème ?
4. Le clonage humain
4.1 Qu’appelle-t-on clonage ?
4.2 Les perspectives du clonage humain non-reproductif
4.3 Aspects juridiques
4.4 Idées reçues et arguments discutables contre le clonage humain
4.5 Les motifs d’autorisation éventuels
4.6 Pourquoi s’opposer au clonage humain reproductif ?
Conclusion : Clonage et capitalisme
Conclusion générale : Nature et émancipation
Introduction
Le génie génétique et le
clonage (que l'on a classés ensem-
bles car il s'agit dans un cas de la
modification d'un génome et dans
l'autre cas de sa copie) forment
certainement, de tous les domaines
de la science, à la fois un de ceux
qui connaissent une explosion des
plus fulgurantes et un de ceux sur
lesquels on est le moins bien infor-
més.
Cette carence, est accompa-
gnée de positions positivistes ma-
nichéennes qui consistent soit à s'y
opposer au nom de principes
conservateurs soit à nier tout ris-
que et réserver ce sujet aux
"spécialistes" (comprendre aux
grandes firmes comme Monsanto),
ce que fait très bien le gouverne-
ment en votant des lois derrière
notre dos.
Il est donc plus qu'urgent de
faire descendre jusqu'à "la France
d'en bas" des informations qui la
concernent au plus haut point puis-
qu'il s'agit de modifier notre envi-
ronnement voire nous-mêmes.
Nous y participerons en nous inté-
ressant tout d'abord au génie géné-
tique, puis à la réglementation et
l'utilisation des OGM, et enfin aux
questions éthiques soulevées par le
clonage.
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1.1 Fonctionnement d'un gène
Tout organisme "vivant" (animaux, plantes,
bactéries, etc.) est constitué d'une ou plusieurs cellu-
les. Ces cellules contiennent (mis à part certaines
exceptions telles des cellules formant des vaisseaux
ou les cellules utilisant de l'ARN au lieu d'ADN) de
l'ADN
(acide dé-
soxyri-
bonucléi-
que), soit
directement
dans leur
cytoplasme
("corps" de
la cellule, la
cellule est
alors dite
procaryote)
soit dans leur noyau (cellule eucaryote). Cet ADN
est constit de deux (très longs) brins liés par des
liaisons hydrogène (liaisons inter-atomiques faibles)
par l'intermédiaire d'un couple de bases (il existe 4
bases différentes : la guanine -G- se liant à la cyto-
sine -C- , et l'adénine -A- à
la thymine -T-) au niveau de
chaque monomère (motif
élémentaire du squelette
d'un brin) de phosphoribose
(un genre de sucre). Cet
ADN est enroulé en une hé-
lice grâce à d'autres liaisons
hydrogène, ce qui permet à
une molécule pouvant mesu-
rer plusieurs mètres de tenir
dans une cellule microscopi-
que. Les caractéristiques
d'un individu sont détermi-
nées uniquement (inutile de
préciser que cela tient
compte d'un certain nombre
d'approximations, telles le
fait d'ignorer les introns -
dont nous parlerons plus
tard) par l'enchaînement des
différents types de bases, ces bases étant réunies par
codons (triplet de bases) comparables aux octets
d'une mémoire électronique et capable de prendre 64
valeurs différentes (4 bases exposant 3 codons). Il
existe une correspondance quasi-universelle entre
chaque valeur de codon et chaque acide aminé (Il
existe 20 acides aminés -utilisés-) sauf pour le codon
"start" ; cette correspondance est utilisée par les ri-
bosomes (matériel cellulaire utilisant diverses enzy-
mes) pour créer un polypeptide (ce qui est presque
une protéine)
à partir d'un
ARNm (acide
ribonucléique
messager, co-
pie d'un gène
d'un brin de
l'ADN effec-
tuée par l'en-
zyme appellée
transcriptase).
Chaque pro-
téine créée
effectuera une action "simple" (les hormones servi-
ront de messagers, les amylases transformeront les
réserves d'une plante en sucres utilisables, etc.) et sa
nature sera déterminée par la phase ouverte de lec-
ture, précedée par un promoteur (régulant, en per-
mettant ou non à la transcrip-
tase de se fixer, le niveau d'ex-
pression du gène en fonction
des protéines présentes dans la
cellule et donc indirectement
en fonction du rôle de la cellule
et de son état) et un codon start
(AUG, correspondant à la mé-
thionine) et suivie par un codon
stop (ne correspondant à aucun
acide aminé). Concluons cette
introduction en signalant qu'il
existe quelques légères varian-
tes selon les espèces, la plus
importante étant l'existence
chez les eucaryotes d'introns
(portions non-codantes), qui
modifie quelque peu l'interpré-
tation (notamment leur expres-
sion) de leurs gènes et les ren-
dent "illisibles" pour des procaryotes.
1. Initiation au génie génétique
Le terme génie génétique correspond aux techniques (d'le mot "génie", de la même famille qu' "ingénieur")
de modifications de l'ADN afin de modifier les caractéristiques d'un individu. Pour comprendre ces techniques,
il est tout d'abord nécessaire de comprendre le fonctionnement (nous ferons des hypothèses simplificatrices à la
pelle) de l'ADN.
Un chromosome
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1.2 Les modifications génétiques
Le génie génétique vise donc soit à rajouter une séquence de codons (c'est-à-dire un gène), soit à la
substituer, soit à la supprimer. L'ajout d'un transgène est de loin la technique la plus intéressante donc la plus
utilisée ; la modification et la suppression s'appliquent principalement à la thérapie génique et à la recherche
(reconstitution de maladies génétiques sur les souris principalement) et sont de plus souvent basées sur l'ajout
instable d'un transgène (nous ne détaillerons pas ces méthodes extrêmement variées et complexes). Etudions
donc les mécanismes de la transgénose (transfert de gènes).
Il est bien sûr tout d'abord nécessaire d'obtenir le transgène, nous ne détaillerons pas cette étape et nous
contenterons de signaler que le transgène peut être fait à partir de 3 sources différentes : fragments d'ADN
(coupés par des enzymes dites de restriction puis séparés par électrophorèse), ARN (transformé en ADN par
une enzyme appelée transcriptase inverse - ce qui facilite la séparation et évite les introns), synthèse
(réellement possible depuis quelques années grâce à la contribution de l'électronique) d'un gène existant
(pratique pour copier les gènes d'eucaryotes supérieurs, difficilement séparables étant donné leur nombre) ou
non (ce qui ouvre des possibilités énormes).
1.3 Quels sont les dangers des OGM ?
C'est bien sûr la question principale, à laquelle nous
pouvons maintenant répondre. La transgénose n'est pas dange-
reuse en soi, mais ceci ne veut pas dire que les dangers n'exis-
tent pas. Séparons les dangers "directs" et "indirects" :
- Les dangers que nous qualifions de "directs" sont ceux dus à
la présence de matières ou d'organismes nocifs pour l'homme,
produit soit par le gène lui-même soit par le procédé de trans-
gènose, notamment dans le cas de gènes herbicides, fongici-
des, etc. Notons que l'ADN peut coder des enzymes effectuant
presque n'importe quelle réaction chimique quand les géra-
niums émettant un gaz de combat ?), on peut donc, dans un
OGM, trouver quasiment toutes les molécules immaginables.
- Les dangers "indirects" correspondent aux risques d'assimi-
lation du transgénose (ou de son acquisition par croisement) et
surtout aux risques de perturbation de l'équilibre naturel (bien
que ce danger existe jà avec les plantes "normales" il est
bien plus grand avec des "super-plantes"). Cette assimilation,
variable selon les espèces (les bactéries digestives par exem-
ple assimilent très facilement un gène) et favorisée par l'utili-
sation de vecteurs trop stables, est particulièrement dange-
reuse dans le cas de :
- Procédés utilisant des gènes de résistance aux antibio-
tiques comme marqueurs du transgène. Ce gène pourrait en
effet être transmis à des virus par exemple.
- L'ajout du gène Terminator, qui permet de rendre une
plante génétiquement stérile. En plus d'obliger les paysans à
acheter des nouvelles semences tous les ans, son assimilation
est synonyme de stérilisation.
On arrive ensuite au corps du pro-
blème : l'incorporation du transgène au
génome de la cible. Pour cela on peut soit
procéder par micro-injection (ou des mé-
thodes similaires) dans le cas de cellules
de grandes tailles (pour une cible pluri-
cellulaire, la cellule devant se multiplier,
ce doit être fait soit sur un gamète soit
une cellule E/S) soit l'incorporer à un
système vectoriel (plasmide, virus,... - le
terme vecteur fait référence à un trans-
port) le transmettant à la cible. La
deuxième possibilité a l'inconvénient de
ne pas (généralement) contrôler le nom-
bre de copies du transgène, ce qui impose
un tri des cellules afin de n'obtenir que
celles recherchées (pour cela, on rajoute
généralement au transgène un gène de
résistance à un antibiotique mais cela de-
vrait être bientôt interdit). Une fois le
gène transmit, il ne lui reste plus qu'à
s'exprimer correctement (ce qui ne mar-
che pas toujours comme on l'avait prévu,
notamment à cause d'interactions avec les
autres gènes, d'autant plus qu'on se maî-
trise pas toujours le lieu d'insertion du
transgène).
Les OGM représentent donc un danger en rapport avec leurs qualités, comme c'est le cas d'ailleurs pour
toutes les technologies mis à part qu'aucune n'a un si grand potentiel. Ceci nous pousse à affirmer que les OGM
ne doivent pas être aux mains de grands trusts internationaux ou de lobbies ; ce qui, dans un état capitaliste,
revient à dire que qu'ils ne doivent pas être utilisés ni même être l'objet de recherches privées, qui n'ont de rai-
son d'être qu'une espérance de dérèglementation. De plus, les OGM sont aussi un prétexte pour breveter le
"vivant" (ce qui est autorisé aux Etats-Unis depuis 1985), ce qui en dehors du problème éthique pose un pro-
blème de dépendance des agriculteurs par rapport aux grandes entreprises. Il n'est cependant pas concevable de
refuser cette avancée scientifique et technologique pour une autre raison que celles-là (notamment par conser-
vatisme) ; c'est pourquoi la recherche publique, dans la mesure elle est réellement publique (ce qui est de
moins en moins vrai), doit pouvoir continuer d'étudier le génie génétique.
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2. Réglementation et utilisation des OGM
2.1 En France et en Europe
En France, la dissémination d'OGM est autorisée au cas par cas suivant l'avis de la Commission du Génie
Biomoléculaire créée 1985. Depuis 1992, ses décisions prennent effet dans le cadre de la réglementation euro-
péenne et notamment la directive 90/220/CEE abrogée par la directive 2001/18/CE. Les nouvelles autorisations
sont cependant bloquées par un moratoire de juin 1999.
2.1.1 La Commission du Génie Biomolécu-
laire (CGB)
La CGB est constituée de 18 membres tous
nommés :
11 "experts" nommés par les ministres de l'environ-
nement et de l'agriculture
1 "expert" juridique
1 représentant des industries
1 représentant de la production agricole... mais pas
question bien sûr d'y trouver la Confédération
Paysanne par exemple.
1 représentant d'une association de défense des
consommateurs
1 représentant d'une association de défense de l'en-
vironnement
1 représentant des salariés travaillant avec des
OGM
1 membre de l'office parlementaire d'évaluation des
choix scientifiques et technologiques
Toute demande qui lui est adressée doit être
accompagnée d'un volumineux dossier contenant les
résultats de tests censés montrés que l'OGM en
question est inoffensif. Pour une demande de mise sur
le marché, ce dossier sera transmis aux autorités com-
pétentes des autres pays européens, dont l'accord est
nécessaire.
2.1.2 La réglementation européenne
Le principal texte de la réglementation euro-
péenne est la directive 2001/18/CE, qui remplace, de-
puis octobre 2002, la directive 90/220/CEE transposée
en droit Français en 1992. Ce texte comprend, en plus
d'articles relatifs à la procédure d'autorisation des
OGM, une "clause de sauvegarde" (article 23) et des
références à l'étiquetage. La clause de sauvegarde per-
met à un pays, sous réserve de l'existence de raisons
officielles, de suspendre sur son territoire l'autorisation
d'un OGM ; ceci a été appliq en France à 3 variétés
de Maïs et 2 de colza. Par rapport à l'étiquetage, le
texte prévoit un seuil au-dessous duquel on pourra
trouver toutes sortes d'OGM (y compris des variétés
reconnues comme dangereuses) sans même le signaler
au consommateur ; au-delà de ce seuil l'étiquetage sera
obligatoire. Cet étiquetage ne s'appliquera pas cepen-
dant à tous les produits issus d'OGM, notamment aux
animaux nourris aux OGM. De plus, à l'heure du tout-
sécuritaire on peut s'étonner de ne voir aucune sanc-
tions s'appliquant au non-respect de ces règles : en ef-
fet, on a pu voir en août 2002 des lots de semences de
maïs étiquetés "sans-OGM" commercialisés après que
le ministère ait pourtant avoué que le quart de ces se-
mences contenaient des OGM. Ce fameux seuil a ré-
cemment été choisi à 0,9% ... ce qui est énorme étant
donné le danger que représentent les OGM, qui, sous ce
seuil, n'ont même pas besoin d'être autorisés.
2.1.3 Le moratoire
A cette réglementation s'ajoute un moratoire "de
facto" décidé en 1999. Le terme "de facto" indique que
ce moratoire n'a aucune réalité juridique. Il s'agit en fait
de deux déclarations qui se sont opposées à toute nou-
velle autorisation de mise sur le marché, chaque Etat
pouvant exprimer une "objection motivée" à ces autori-
sations. La première déclaration, provenant de l'Autri-
che, la Belgique, la Finlande, l'Allemagne, les Pays-Bas
et la Suède, invoque une inquiétude du public, laissant
paraître que le moratoire prendra fin dès que les
consommateurs auront é soit rassurés par la propa-
gande soit mis devant le fait accompli. La seconde dé-
claration, portée par la France, suivie par la Grèce, le
Danemark, l'Italie et le Luxembourg, s'oppose aussi à la
simple culture d'OGM et annonce l'intention de ne pas
appliquer la directive européenne tant qu'une nouvelle
réglementation plus sûre et transparente n'aura pas été
décidée.
Ce moratoire (qui n'est plus supporté que par la
Grèce, le Danemark, l'Italie, le Luxembourg et l'Autri-
che) est aujourd'hui remis en cause sous prétexte d'un
durcissement de la loi (qui est de plus très discutable).
La France s'appuie pour cela sur une recommandation
des Académies de médecine et des sciences en décem-
bre 2002, selon lesquelles "la réglementation euro-
péenne des OGM est très sévère et de nature à freiner
les investissements" et "L'exigence d'un seuil d'étique-
tage et d'une traçabilité du produit peuvent se traduire
par des conséquences commerciales dommageables"...
nos "experts scientifiques" se seraient-ils transformés
en économistes ? De plus, la France ne se prive pas de
légitimer les OGM en tentant de nouveau d'enfermer
José Bové qui s'en est pris aux culture autorisées par la
directive que notre gouvernement prétendait ne pas
vouloir appliquer. Une négociation visant à levée ce
moratoire est donc prévue très prochainement.
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2.1.4 Utilisation des OGM
Actuellement, bien que ce moratoire empêche toute nouvelle autorisation, il y a déjà eu
en France près de 1000 autorisations de disséminations et 18 (dont 14 pour des végétaux) au-
torisations de mise sur le marché (autorisations valables 10 ans). Voyons quels sont les mo-
difications censées combattre la faim dans le monde :
source : CGB
De plus, tous les végé-
taux génétiquement mo-
difiés mis sur le marché
l'exception de quel-
ques oeillets) corres-
pondent à un gène de
résistance aux herbici-
des et aux insectes ; pas
la moindre trace par
exemple d'OGM plus
nourrissants ou riches en
vitamines.
2.2 Dans le reste du Monde
2.2.1 L'économie agroalimentaire
Il est clair que les OGM sont poussés par un très fort lobby agroalimentaire, intéressons-nous plus préci-
sément aux sommes en jeu. Le chiffre d'affaire total du secteur agricole est de l'ordre de 30 milliards de dollars
(dont 1,5 milliards pour les OGM en 1998), partant dans les poches de trusts étendant leurs activité aux secteurs
chimiques (ex: DuPont de Nemours) et pharmaceutiques (ex: Novartis). Entre 1995 et 1998, le CA du secteur
OGM a été multiplié par 20.
Société CA global
(milliards $) CA agricole
(milliards $)
Monsanto 8,6 3,3
Novartis 21 5,6
Avantis 20 4,5
DuPont
de Nemours 24,8 (hors
act. pétrolières) 3,2
Zeneca (OGM
négligeables) 9,8 3
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