Introduction (Fichier pdf, 267 Ko)

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[« L’armée d’Italie », Gilles Candela]
[ISBN 978-2-7535-1284-9 Presses universitaires de Rennes, 2011, www.pur-editions.fr]
Introduction générale
« Quand les nations prendront part à la guerre, tout
changera de face. Les habitants d’un pays devenant
soldats, on les traitera comme ennemis, la crainte de les
avoir contre soi, l’inquiétude de les laisser derrière soi les
fera détruire. »
Comte Jacques de Guibert 1
Pendant des décennies, l’histoire militaire a eu mauvaise presse. Celle-ci se
résumait à ce que les historiens nommèrent plus tard « l’histoire bataille ». Ce
courant connut son âge d’or à la fin du xixe siècle. À la faveur de la création de
l’École de Guerre et dans le contexte de la préparation de « la Revanche », on
assista à un renouvellement de l’historiographie consacrée aux guerres de l’Ancien
Régime, de la Révolution et de l’Empire. Dans le nouveau cadre républicain et
à la faveur de la mise en place de la conscription, les événements guerriers de
1792-1799 offrirent des modèles conceptuels de grande valeur aux yeux des historiens et des stratèges militaires. La nature idéologique de la guerre, la mobilisation
de la population, la montée de nouvelles élites à la tête de l’armée, l’effort de
guerre, véritable préfiguration de celui fourni durant la Grande Guerre 2, la diversité des théâtres d’opérations, du Rhin au Pô, des Pyrénées aux Alpes, du Texel à
l’Égypte, enfin la guerre civile qui se mêlait inextricablement à la guerre étrangère
fournirent une matière inépuisable à des générations de chercheurs.
L’étude des Guerres de la Révolution était à la fois riche et ancienne (songeons
aux œuvres du Suisse Jomini 3 et du Prussien Clausewitz 4, contemporains et
1. Comte Jacques de Guibert, De la force publique considérée dans tous ses rapports, Paris, impr. de Didot l’aîné,
1790, p. 117.
2. Albert Mathiez avait établi ce parallèle entre les deux conflits en matière d’effort de guerre et de mobilisation
(Albert Mathiez, La victoire en l’an II. Esquisses historiques sur la défense nationale, Paris, 1916, 286 p.).
3. Antoine Henri de Jomini (1779-1869), Histoire critique et militaire des guerres de la Révolution, nouvelle
édition, rédigée sur de nouveaux documents et augmentée d’un grand nombre de cartes et de plans, Paris,
Anselin et Pochard, 1820-1824, 15 vol.
4. Carl von Clausewitz (1780-1831) ne publia pas de son vivant. C’est son épouse qui assura la diffusion de
son œuvre en faisant connaître ses écrits entre 1832 et 1837. Il existe plusieurs éditions abrégées de son
principal ouvrage Vom Kriege. Nous fournissons les références de l’édition intégrale la plus récente :
Carl von Clausewitz, De la guerre, trad. intégrale par Denise Naville ; préf. de Camille Rougeron ; introd.
de Pierre Naville, Vom Kriege, Paris, Éd. de Minuit, 1992, 755 p. Outre son œuvre maîtresse Vom Kriege,
il a consacré une étude à la campagne d’Italie en se fondant surtout sur les sources autrichiennes. Celle-ci
inaugurait une autre phase du conflit. C’est ce que l’on a nommé plus tard « les guerres napoléoniennes ».
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L’ARMÉE D’ITALIE
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acteurs des événements). Elle connut après 1945 une période d’éclipse, ponctuée,
il est vrai, de travaux qui font autorité. L’histoire de l’armée d’Italie de 1792 à
1797, objet de cette thèse, profita de ce regain d’intérêt.
À partir des années 1960, les travaux savants sur la société militaire à l’époque
moderne furent marqués par un important renouvellement, grâce à l’œuvre
d’André Corvisier sur l’armée royale au xviiie siècle 5. D’autres recherches portèrent sur le conflit né de la déclaration de guerre au roi de Bohême et de Hongrie
(20 avril 1792). Par son ampleur et par les moyens jusque-là inédits mis en œuvre
par la France révolutionnaire, il pouvait être considéré par certains spécialistes
comme une guerre absolue 6 voire une guerre totale 7. La monarchie triomphante
de Richelieu 8 au Roi Soleil 9 avait fondé sa puissance sur le développement d’une
machine de guerre considérable qui n’atteignit jamais le degré de mobilisation
obtenu plus tard par le gouvernement révolutionnaire 10. En 1978, la thèse de
5.
6.
7.
8.
9.
10.
La première édition traduite en français date de 1899 à un moment où de nombreux travaux sur la campagne
de Bonaparte paraissent en France : Carl von Clausewitz, La campagne de 1796 en Italie, L. Boudoin,
1899. La réédition la plus récente date de 1999. Carl von Clausewitz, La campagne de 1796 en Italie,
trad. de l’allemand par Jean Colin (un général français, spécialiste de la stratégie napoléonienne), Der Feldzug
von 1796 in Italien, Paris, Pocket, 1999, XIV-307 p.
André Corvisier, L’Armée française : de la fin du XVIIIe siècle au ministère de Choiseul. Le soldat, Paris, PUF,
1964, 2 vol., XVIII-1086 p.
Sur le concept de Guerre absolue emprunté à Clausewitz, on peut lire l’article de David Bell, « Les origines
culturelles de la guerre absolue », La Révolution à l’œuvre : perspectives actuelles dans l’histoire de la Révolution
française : actes du colloque de Paris, 29, 30 et 31 janvier 2004, Jean-Clément Martin (dir.), organisé par
l’Institut d’histoire de la Révolution française avec le soutien de l’université de Paris I-Panthéon-Sorbonne
et de la Société des études robespierristes, p. 229-239.
L’idée selon laquelle la Révolution française aurait ouvert une boîte de Pandore en rompant avec les guerres
limitées surnommées « guerres en dentelles » est ancienne. Elle a nourri d’intenses débats et des raccourcis
hostiles à la Révolution. Certains auteurs rendent les révolutionnaires responsables des grandes hécatombes
des deux derniers conflits mondiaux. On songe notamment aux écrits du colonel J. F. C. Fuller, l’un des
plus importants représentants de la pensée militaire britannique de l’entre-deux-guerres (major-général
John-Frederick-Charles Fuller, La conduite de la guerre, 1789-1961, étude des répercussions de la Révolution
française, de la révolution industrielle et de la Révolution russe sur la guerre et la conduite de la guerre, tiré de
« The Conduct of war, 1789-1961, a study of the impact of the french, industrial, and russian revolutions on war
and its conduct », traduit de l’anglais par Robert Lartigau, Paris, Payot, 1963, 321 p.). On peut consulter aussi
l’article de Brian Holden Reid, « Colonel J. F. C. Fuller and the Revival of Classical Military Thinking
in Britain, 1918-1926 », Military Affairs, vol. 49, n° 4 (oct. 1985), p. 192-197. Plus récemment, l’ouvrage
de Jean-Yves Guiomar a repris cette thématique de la guerre totale : L’invention de la guerre totale : XVIIIeXXe siècles, Paris, Le Félin, 2004, 330 p.
On lira les analyses de David Parrott, Richelieu’s army, war, government and society in France, 1624-1642,
Cambridge, Cambridge University Press, 2001, XXIV-599 p.
John A. Lynn, Giant of the Grand siècle : the French Army, 1610-1715, Cambridge ; New York ; Melbourne,
Cambridge University Press, 1998, XX-651 p.
On peut objecter que si la guerre limitée semble avoir dominé le xviiie siècle (de 1713 à 1792) en Europe
occidentale, des conflits bien plus destructeurs se développèrent en Europe centrale et orientale où l’emploi
massif de troupes irrégulières montées (pandours, hussards, cosaques) était prisé. L’évocation de la brutalité
et du fumet de ces guerres est parvenue jusqu’à Voltaire. Le combat en ligne et la guerre de siège (guerre
d’ingénieurs par excellence) avec ses rituels liés à la capitulation du vaincu ne concernèrent (hormis les
opérations dans les colonies et quelques autres cas exceptionnels) qu’un espace géographique restreint (soit
l’ancien noyau carolingien). Cela ne signifie pas que les officiers ne s’intéressaient pas à ces conflits lointains.
On peut citer l’exemple du marquis de Silva, un officier piémontais admirateur de Guibert, qui publia des
Considérations sur la guerre présente entre les Russes et les Turcs (voir marquis de Silva, Considérations sur la
guerre présente entre les Russes et les Turcs, écrites partie au mois d’octobre et partie au mois de décembre de l’année
1769, Turin, les frères Reycends, 1773, II-85 p.).
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INTRODUCTION GÉNÉRALE
Jean-Paul Bertaud 11 marqua un renouveau de la recherche sur le monde militaire
entre 1789 et 1799. D’autres travaux suivirent et abordèrent des thèmes aussi différents que les levées de troupes 12, la conscription 13, la mobilisation de l’arrière 14 ou
le développement d’une bureaucratie militaire 15. Désormais, tous les aspects de la
vie des hommes de guerre furent étudiés : la composition sociale de l’armée, la vie
dans les cantonnements, la qualité de l’encadrement ainsi que les problèmes de
ravitaillement. Les aspects idéologiques particuliers à la période révolutionnaire ne
furent pas négligés. Le rôle des loges maçonniques au sein de l’armée fut désormais
mieux cerné grâce aux travaux de Jean-Luc Quoy-Bodin 16. Ce que l’on nommait
l’« histoire bataille 17 » ne représenta plus que l’un des thèmes de cette nouvelle
histoire militaire. Des contributions savantes favorisèrent de nouvelles approches
sur la question des tactiques et du caractère plus ou moins manœuvrier des troupes
révolutionnaires 18.
Cette étude consacrée à l’armée d’Italie de 1792 à 1797 devait prendre en
compte ces nouvelles orientations de la recherche historique ainsi que des travaux
plus anciens. L’un des premiers ouvrages consacrés à la guerre des Alpes de 1792
à 1796, paru à la fin du xixe siècle, est le fruit de la collaboration entre le colonel
Léonce Krebs et Henry Moris, conservateur des archives départementales des
Alpes-Maritimes 19. L’ouvrage fut rédigé à une époque où un conflit avec l’Italie,
membre de la Triplice, était envisagé. Il analyse surtout les opérations menées dans
11. Jean-Paul Bertaud, L’armée française de 1789 à l’an VI, étude sociale, 3 vol., thèse d’État, université
Paris I, 1978, XCVIII, 883, 219 p.
12. Les travaux d’Annie Crépin sur les levées d’hommes en Seine-et-Marne ont ouvert la voie à de nombreuses
études. Annie Crépin, Levée d’hommes et esprit public en Seine-et-Marne, thèse de doctorat, Université de
Panthéon-Sorbonne, 1989, 2 vol., 716 p. On peut citer aussi le livre de Bruno Ciotti, tiré de sa thèse,
intitulé Du volontaire au conscrit, les levées d’hommes dans le Puy-de-Dôme pendant la Révolution française,
Clermont-Ferrand, Presses universitaires Blaise Pascal, 2001, 2 vol., 781 p.
13. Annie Crépin, La conscription en débat, ou le triple apprentissage de la nation, de la citoyenneté et de la
République, Presse universitaires d’Artois, Arras, 1998, 253 p.
14. Une monographie récente de Nathalie Alzas sur l’effort de guerre dans le département de l’Hérault doit
être signalée : La Liberté ou la mort, l’effort de guerre dans le département de l’Hérault, Aix-en-Provence,
Publication de l’université de Provence, 2006, 296 p. Ce livre est tiré d’une thèse de doctorat consacrée à
L’effort de guerre dans le département de l’Hérault pendant la Révolution française (1789-1799), université de
Provence, 2003, 4 vol., 965 p. Pour une vue plus générale sur ce thème, on peut conseiller la lecture des
l’ouvrage suivant : William Mc Neill, La recherche de la puissance, techniques, forces armées et société depuis
l’an Mil. Economica, 1992, p. 218 à 222. Cet auteur rappelle que sous l’Ancien Régime, la production
annuelle d’armes à feu à Saint-Étienne oscillait entre 10 000 et 26 000 annuellement. En 1792-1793, elle
s’effondra, mais entre 1794-1796, elle remonta pour atteindre le niveau record de 56 000 armes en moyenne
par an. Théodore Wertime (The coming age of steel, Leyde, 1961, p. 249) nous dit que Paris produisit
1 100 fusils par jour à l’époque du Comité de salut public.
15. Howard G. Brown, War, Revolution and the bureaucratic State : politics and army administration in France,
1791-1799, Oxford, Clarendon Press, 1995, IX-361 p.
16. Jean-Luc Quoy-Bodin, L’Armée et la franc-maçonnerie : au déclin de la monarchie sous la Révolution et
l’Empire, Paris, Economica, 1987. 344 p.
17. Le Centre d’études d’histoire de la Défense (CEHD) de Vincennes abrite en son sein la Commission
nouvelle histoire bataille, actuellement animée par Laurent Henninger, chargé de mission au CEHD.
18. John Lynn, The bayonets of the Republic, motivation and tactics in the army of revolutionary France, 1791-1794,
Urbana, University of Illinois Press, 1984, XII-356 p.
19. Léonce Krebs et Henri Moris, Campagnes dans les Alpes pendant la Révolution, d’après les archives des
états-majors français et austro-sarde, Paris, E. Plon, Nourrit et Cie, 1891-1895, 2 vol., fac-similé et cartes
I. 1792-1793 ; II. 1794-1796.
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L’ARMÉE D’ITALIE
les montagnes niçoises entre 1792 et 1796. Le capitaine Gabriel Fabry, pour sa
part, officier d’état-major, est à l’origine de la publication de nombreux documents
se rapportant à l’histoire de l’armée d’Italie. Il publia une Histoire de la campagne
de 1794 en Italie, consacrée à l’expédition d’Oneille, à la prise de Saorge et à ses
suites et une Histoire de l’armée d’Italie (1796-1797) : de Loano à février 1796 20.
Contrairement à ce que ce titre pourrait laisser supposer, il s’agit d’un recueil de
sources commentées provenant de fonds français, italiens et autrichiens. Le livre
s’arrête en février 1796 à la veille de la prise de commandement de Bonaparte.
La campagne d’Italie de 1796-1797 a aussi occupé une place de choix parmi les
publications consacrées aux guerres de la Révolution parues durant les quinze
années qui précèdent la Première Guerre mondiale. Elles font la part belle aux
opérations sans négliger les questions politiques. La personnalité et l’action du
général en chef français sont au centre de ces études 21. Ces ouvrages permettent
de mieux comprendre la nature de la guerre menée en Italie. Félix Bouvier dans
son Bonaparte en Italie 22 insiste sur les échecs volontairement cachés au Directoire.
Ces livres analysent l’irrésistible ascension du futur « dictateur 23 » et abordent
l’histoire diplomatique. Ils insistent sur les conséquences de la multiplication des
républiques-sœurs. Dans ces écrits, l’histoire de l’armée d’Italie est toujours liée à
celle du futur empereur des Français. Pour tout un courant historiographique et
parfois hagiographique, 1796, bien plus que 1799, inaugure une nouvelle période
historique dont l’inévitable aboutissement sera le 18 Brumaire. La campagne
d’Italie constitue l’acte fondateur de la légende napoléonienne 24. Pourtant, si
Bonaparte en Italie semblait marcher sur les traces d’Hannibal puis de César, à la
différence du Carthaginois et du Romain, ce ne furent ni des mercenaires ni des
professionnels de la guerre qu’il avait conduits à la victoire. Ses hommes se considéraient comme des soldats-citoyens et les missionnaires armés de la Révolution.
Ils appartenaient à une armée créée en 1792 pour protéger la France du Midi de
la menace austro-sarde. Quels que soient les talents de son chef, l’armée d’Italie
joua un rôle prépondérant dans le succès de cette entreprise guerrière qui allait
offrir à la France cette « paix glorieuse » tant désirée.
La Première Guerre mondiale marqua un coup d’arrêt de la recherche sur
cette armée. C’est à partir des années 1930 que d’importants travaux paraissent.
On peut citer l’étude de Guglielmo Ferrero, Aventure, Bonaparte en Italie 25.
20. Gabriel Fabry, Histoire de l’armée d’Italie, 1796-1797 : de Loano à février 1796, Paris, H. Champion, 1900,
2 vol., XXIII-506-44
21. Albert Pingaud, Bonaparte, président de la République italienne, Paris, Perrin, 1914, 529 p.
22. Félix Bouvier, Bonaparte en Italie, 1796, Paris, Éditions Léopold Cerf, 1899, 745 p., 3 cartes. L’ouvrage
traite l’histoire de la campagne en Italie jusqu’à Lodi.
23. Christian-Marc Bosséno, « Bonaparte en Italie : naissance d’un dictateur », L’Histoire n° 203, octobre 1996,
p. 52-57.
24. M. Wayne Hanley, un universitaire américain, s’est récemment intéressé à la naissance du mythe napoléonien
et aux efforts déployés par le général en chef de l’armée d’Italie pour forger, dès 1796, sa propre légende.
Wayne Hanley, The genesis of Napoleonic propaganda, 1796 to 1799, New York, Columbia University Press,
2005, 234 p.
25. Guglielmo Ferrero, Bonaparte en Italie : 1796-1797, Paris, Éd. de Fallois, 1994, 261 p. Réédition de
Aventure. Bonaparte en Italie (1796-1797), Paris, Plon, 1936, VI-295 p.
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INTRODUCTION GÉNÉRALE
Cet historien qui avait fui l’Italie fasciste se concentra sur le rôle déterminant
joué par Bonaparte. Il s’intéressa aussi à l’armée. Il considéra que le traité de
Campo-Formio était à l’origine de la déstabilisation de l’Europe. Il porta un
regard critique sur l’œuvre du jeune général en chef qu’il croyait animé par l’esprit
d’aventure.
À la même époque, Jacques Godechot achevait la rédaction de sa thèse sur
Les Commissaires aux armées sous le Directoire 26. Elle abordait les rapports entre les
chefs militaires et les agents civils à l’époque directoriale. Elle soulignait l’émancipation progressive des généraux. Ce chercheur manifesta aussi un intérêt particulier pour l’armée d’Italie en lui consacrant un article 27 dans les Cahiers de la
Révolution. Il aborda la question des rapports entre les représentants du pouvoir
politique (en particulier les commissaires Saliceti et Garrau) et les généraux au
sein de l’armée d’Italie dans plusieurs chapitres de sa thèse. Après 1945, peu
d’ouvrages seront publiés sur le sujet (hormis ceux qui concernent les batailles
et les campagnes stricto sensu). Le livre de Marcel Reinhard Avec Bonaparte en
Italie 28 fait figure d’exception. Les bicentenaires de la Révolution, puis du triennio,
devaient favoriser un regain d’intérêt pour cette période et l’histoire de l’armée
d’Italie en bénéficia. Des travaux universitaires, en particulier ceux d’Anna Maria
Rao, permirent de mieux connaître le rôle des exilés italiens en France 29, les conséquences diplomatiques de la politique personnelle de Bonaparte 30 ainsi que la
nature des différents mouvements contre-révolutionnaires auxquels les Français
se heurtèrent en Italie 31.
À la lecture de ces recherches, nous apparurent progressivement divers questionnements à travers lesquels nous avons essayé de frayer notre propre voie dans une
perspective d’histoire militaire plutôt que politique ou diplomatique. Étudier une
armée en campagne comme l’armée d’Italie permettait de comprendre les difficultés concrètes auxquelles se heurtaient les combattants et les responsables civils.
26. Jacques Godechot, Les Commissaires aux armées sous le Directoire, contribution à l’étude des rapports entre les
pouvoirs civils et militaires, thèse pour le doctorat ès lettres présentée à la faculté des lettres de l’université de
Paris, par Jacques Godechot, Paris, Fustier, 1937, 2 vol.
27. Jacques Godechot, « L’armée d’Italie », Cahiers de la Révolution française, 1936.
28. Marcel Reinhard, Avec Bonaparte en Italie, d’après les lettres inédites de son aide de camp, Joseph Sulkowski,
Paris, 1946, 316 p.
29. Anna Maria Rao, Esuli : l’emigrazione politica italiana in Francia (1792-1802), Napoli, Guida, 1992,
XIV-615 p.
30. Voir en particulier les rémarques de Marc Belissa dans Repenser l’ordre européen, 1795-1802 : de la société
des rois aux droits des nations, Paris, Éd. Kimé, 2006, 467 p. En particulier le chapitre iv, « La rupture de
Campoformio », p. 117 à 133. Du même auteur, on peut lire l’article « De l’ordre d’Ancien Régime à
l’ordre international : approche de l’histoire des relations internationales », La Révolution à l’œuvre, op. cit.,
p. 217-227. Dans cet article, Marc Belissa dépasse les interprétations classiques d’Albert Sorel (L’Europe et
la Révolution française, Paris, Plon, 1888-1904, 8 vol., réédité en 2003) et de Raymond Guyot (Le Directoire
et la paix de l’Europe, Paris, 1911) à propos des conséquences internationales de l’expansion révolutionnaire.
31. De nombreux travaux universitaires seront évoqués dans le cadre de notre développement, parmi eux, divers
articles tirés d’actes de colloques. Pour une approche bibliographique et un aperçu des problématiques, il
faut consulter L’ouvrage sous la direction d’Anna Maria Rao, Folle controrivoluzionarie. Le insorgenze popolari
nell’Europa giacobina e napoleonica, Rome, Carocci, 1999.
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L’ARMÉE D’ITALIE
Cette armée devait affronter un pays qui opposait une résistance acharnée. Elle
se heurtait également à des obstacles naturels très divers. Les questions de ravitaillement, d’acheminement des vivres et d’évacuation des blessés et des malades se
posèrent constamment alors que la bataille était un événement relativement rare.
Ces problèmes impliquaient la mise en place d’un effort de guerre de longue durée.
C’est dans ce domaine particulier que les responsables politiques, en l’occurrence
les représentants en mission 32 auprès de l’armée d’Italie, jouèrent un rôle déterminant. À la charnière des domaines politique et militaire, ils coordonnèrent, à
l’échelle régionale, les productions et la répartition des approvisionnements en
vivres, en armes, en munitions, ainsi que l’acheminement des réquisitionnaires.
Ils pouvaient s’appuyer sur un réseau de sociétés populaires où l’élément militaire
était représenté.
Le cliché qui décrit la guerre comme une période où le temps se décompose en
90 % d’ennui et 10 % de terreur n’est pas loin de la réalité vécue par les combattants de l’armée d’Italie (en tout cas jusqu’au mois d’avril 1796). La majorité des
soldats passait plus sa vie à s’entraîner, marcher, camper, cuisiner et attendre plutôt
qu’à se battre. Pour les combattants de la Révolution, l’activité particulière de
militant politique qui se manifestait dans les camps et dans les sociétés populaires,
devait être aussi envisagée. Le contexte italien se prête à l’analyse du prosélytisme
des soldats « missionnaires armés » de la Révolution.
Le nom même d’armée d’Italie a un caractère messianique. Alors qu’en 1793,
il n’y avait ni « armée d’Espagne », ni « armée d’Allemagne », il existait déjà une
« armée d’Italie ». Cette appellation signifiait pour les soldats et les patriotes
italiens que cette force ne se battait pas pour la défense d’une frontière naturelle.
Ce nom suggérait que cette armée dépasserait un jour les limites de la République
pour exporter la Révolution vers une terre dont les grands hommes avaient été les
modèles de vertu et de civisme des élites françaises.
Cette machine de guerre fut l’œuvre d’un État en révolution et le produit de
la pensée de stratèges du temps des Lumières. Elle fut aussi un laboratoire d’un
nouveau type de guerre. Face aux « troupes réglées » créées par les despotes éclairés,
les révolutionnaires s’inspirèrent du savoir intellectuel développé dans les domaines
disciplinaire, tactique et stratégiques au xviiie siècle. La menace que faisaient peser
les armées des souverains d’Europe centrale avait suscité une intense réflexion. La
guerre de Sept Ans, trois décennies plus tôt, révéla l’émergence d’États à prépondérance militaire capables de mobiliser des armées disciplinées et dressées à agir
comme des automates 33. Ces puissances nouvelles étaient en train de rompre le
statu quo international 34. À cela s’ajoutait le sentiment partagé par une partie des
32. L’étude générale la plus récente sur les représentants en mission est celle de Michel Biard, Missionnaires de la
République : les représentants du peuple en mission, 1793-1795 ; préf. de Jean-Clément Martin, Paris, CTHS,
2002, 623 p.
33. On peut consulter l’ouvrage de Sabina Loriga, Soldats : un laboratoire disciplinaire, l’armée piémontaise au
XVIIIe siècle, Paris, Mentha, 1991, 318 p., qui a été réédité aux Belles Lettres, Paris, 2007, 308 p.
34. Marc Belissa rappelle que l’ordre international mis en place après 1648 et surtout après 1713 est progressivement remis en cause par la montée en puissance des États d’Europe centrale et de l’Empire russe.
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INTRODUCTION GÉNÉRALE
élites françaises du déclin du corps politique national 35. En qualifiant de hordes
d’esclaves les envahisseurs, les révolutionnaires n’exagéraient pas complètement.
Animés par un désir de régénération de la société, admirateurs de Sparte et de
Rome dont les maximes avaient fait la grandeur de ces cités, plusieurs penseurs
tentèrent de trouver une parade contre la montée de ces forces nouvelles. Dans
son Essai général de tactique 36, souvent cité, le comte de Guibert dans le droit fil
des idées de Machiavel 37, avait imaginé la création de nouvelles légions 38. Sur le
plan intellectuel, il avait émis l’idée du citoyen-soldat, mais ses préjugés sociaux
l’empêchèrent d’envisager véritablement la réalisation d’un tel idéal. La Révolution
allait se charger de résoudre cette contradiction 39. Une expérience récente avait
révélé toutes les possibilités que pouvait offrir la mobilisation des citoyens dans
une guerre patriotique 40. La guerre d’Indépendance américaine avait été une préfiguration du conflit futur. Sur une population qui comptait moins de 4 millions
d’habitants (dont 20 % d’esclaves), les insurgents étaient parvenus à mobiliser en
permanence 90 000 hommes. Au total, 250 000 servirent dans les rangs de l’armée
continentale ou dans les milices dont le pourcentage représenta environ 30 % de
l’effectif des forces insurgées.
35.
36.
37.
38.
39.
40.
Marc Belissa, Repenser l’ordre européen, 1795-1802 : de la société des rois aux droits des nations, op. cit.,
p. 47.
Le déclin du corps politique mis en parallèle avec le corps royal « impuissant » a été étudié par
Antoine de Baecque (Le corps de l’histoire : métaphores et politique, 1770-1800, Paris, Calmann-Lévy, 1993,
435 p.). Outre cette crise de la représentation du corps du roi, une partie des élites dirigeantes percevait
la France comme un royaume anémié et se dépeuplant au cours du xviiie siècle. Cela entraîna, au temps
de l’arithmétique politique, la crainte de voir, à terme, un renversement de l’ordre des puissances sur le
continent. Voir Jacques Dupâquier (dir.), Histoire de la population française, tome ii, Presses universitaires
de France, 1995, p. 37-43.
Jacques Antoine Hyppolyte de Guibert (1743-1790) publie son Essai général de tactique en 1772, la même
année que Rousseau ses Considérations sur le gouvernement de Pologne. Voltaire salue l’œuvre de Guibert
comme « un ouvrage de génie » (John Lynn, De la Guerre, Une histoire du combat des origines à nos jours,
Paris, Taillandier, 2006, p. 263). Il croyait à la nécessité de faire manœuvrer les troupes, leur présence à un
point déterminé pouvant faire pencher l’issue de la bataille (c’est ainsi que s’ouvrit le débat « rangs alignés
contre colonnes », ainsi qu’on l’appela, qui agita les esprits à partir de 1789). L’idée ne fut pas poussée à son
terme car elle supposait que les soldats s’identifient à l’État pour mieux le servir. Finalement, Guibert était
demeuré un absolutiste, même si, intellectuellement, il avait développé l’idée du citoyen-soldat.
On songe à l’Art de la Guerre, ouvrage où Machiavel imagine la création d’une armée nationale fondée sur
la primauté de l’infanterie sur la cavalerie. Cette œuvre est traduite en français et éditée en 1546, 1614,
1629, 1634, 1635, 1637, 1646, 1693. Puis les éditions s’interrompent pendant un siècle pour reprendre…
en 1793. À l’exception de 1614, ces années correspondent à des périodes de grands conflits internationaux.
Guibert voulait créer une armée adaptée à ce qu’il considérait comme le caractère français. Se fondant sur un
ethnotype en vogue, il prétendait que « les Français étaient sans ordre, sans discipline, peu propres au combat
de feu et de plaine, redoutables dans toutes les attaques de postes et d’épée ». Jacques-Antoine Hyppolyte
de Guibert, Essai général de tactique, Londres, chez les libraires associés, 1772, tome i, p. 7 (John Lynn,
op. cit., p. 193). Ajoutons que Guibert avait servi dans la Légion corse, une unité expérimentale pratiquant
la petite guerre et des missions de maintien de l’ordre. Le terme « légion » était ambivalent. Il s’agissait d’une
troupe ne disposant pas des structures régimentaires classiques. Ce nom renvoyait aussi aux « rêveries »
prônant l’idée de récréer une unité tactique aussi souple que la légion romaine.
John Keegan, Histoire de la Guerre : du néolithique à la guerre du Golfe, Éditions Dagorno, 1996, p. 418.
Sur l’importance numérique des armées, on peut lire l’ouvrage de Mark M. Boatner, Encyclopedia of the
American Revolution, p. 264 et 663. Face à des armées dont les combattants avaient été dressés à agir comme
des automates (on songe en particulier aux mercenaires hessois du roi George III), le soldat-citoyen des
jeunes États-Unis opposait un type de tactique, en apparence plus désordonné, mais extrêmement efficace.
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[« L’armée d’Italie », Gilles Candela]
[ISBN 978-2-7535-1284-9 Presses universitaires de Rennes, 2011, www.pur-editions.fr]
L’ARMÉE D’ITALIE
Dans le cadre de la guerre de montagne menée par l’armée d’Italie, le combat
en ligne ou en colonne allait se révéler impraticable et le feu de salve inefficace.
En revanche, les Alpes étaient un lieu idéal pour des hommes ordinaires, sans
compétence militaire particulière, mais qui connaissaient les armes par la pratique
de la chasse et du braconnage 41. Face aux armées à la discipline mécanique du
siècle des Lumières, l’armée d’Italie opposa des chasseurs 42 mués en troupes légères
qui pratiquaient une efficace « petite guerre 43 ». Ce n’est pas un hasard si face à
cette nouvelle manière de combattre, l’État sarde dut progressivement opérer un
retournement déchirant au profit des milices moins ordonnancées que les troupes
réglées, mais plus adaptées à cette situation. Cette transformation du combat était
le reflet des changements sociaux en cours. Ceux-ci obligeaient l’ennemi à opérer
des mutations de grande ampleur et le contraignaient à introduire dans certains
cas une forme de méritocratie 44.
À partir de 1795, deux mouvements opposés se développent. Du côté français,
certains généraux formés dans les écoles militaires de la fin du siècle des Lumières
tentent de faire revivre les conceptions tactiques et stratégiques qu’ils ont apprises
au début de leur carrière. Ils souhaitent mener une guerre scientifique dont le
paradigme est la conduite d’un siège en règle. Ils s’efforcent de réintroduire
progressivement parmi les combattants de la Révolution habitués à la « petite
guerre », une discipline toujours plus rigide afin de revenir à des formes de combat
plus classiques. Le processus inverse se développe chez les adversaires de l’armée
d’Italie. Constatant que les rares succès obtenus sont le fait de forces irrégulières, ils
utilisent de plus en plus les services des milices. Mais leur emploi massif et exclusif
41. Philippe Salvadori a souligné la recrudescence du braconnage à partir des années 1780 alors que les édits
visant à limiter la possession d’armes à feu se multipliaient (Philippe Salvadori, La chasse sous l’Ancien
Régime, Paris, Fayard, 1996, 462 p.).
42. La supériorité des légions romaines sur les phalanges gréco-macédoniennes reposait sur une qualité semblable
des cohortes romaines, leur aptitude à combattre en terrain montagneux. À ce propos, et aussi à d’autres,
les révolutionnaires français tenaient à s’identifier le plus sérieusement du monde aux modèles romains.
William Mc Neill, op. cit., p. 223.
43. Tout au long de notre étude, nous évoquerons les expressions « petite guerre » ou « guérilla ». Le concept de
« petite guerre » est ancien. Au xviiie siècle, de nombreux auteurs lui consacrent des ouvrages de réflexion.
En 1770, un officier de dragons, le comte de La Roche écrivit un manuel sur ce type d’opérations (comte
de La Roche, Essai sur la petite guerre, Paris, Saillant et Nyon, 1770, 2 tomes en 1 vol.). Le comte de
Grimoard, quant à lui, rédigea un livre (non signé) consacré aux troupes légères dont la vocation était de
harceler l’adversaire (voir comte de Grimoard, Traité sur la constitution des troupes légères et sur leur emploi
à la guerre, auquel on a joint un Supplément concernant la Fortification en campagne, Paris, Nyon l’aîné,
XIV-360, p. 1782). Bernard Peschot a analysé le phénomène de la « petite guerre » au xviiie siècle. Voir
en particulier de cet auteur, les articles suivants : « La notion de petite guerre en France au xviiie siècle »,
Les cahiers de Montpellier, 28, 1983-II, et « La question des niveaux de la guerre dans les pacifications de
l’Ouest : l’exemple du général Hoche », Impacts, 1991-2. Voir aussi du même auteur, « La guérilla à l’époque
moderne », Revue historique des armées, 1998, vol. 1, p. 3-12.
44. C’était une conséquence inattendue de la confrontation avec les missionnaires armés de la Révolution. La
seule force qui pouvait tenir en échec l’armée de la Révolution était un autre peuple en armes qui retournait
contre les Français cette manière révolutionnaire de faire la guerre. Mais celle-ci demeura toujours mal
acceptée chez une partie des officiers du camp adverse car elle laissait trop d’indépendance au simple soldat
et réduisait d’autant le rôle des élites militaires traditionnelles.
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[« L’armée d’Italie », Gilles Candela]
[ISBN 978-2-7535-1284-9 Presses universitaires de Rennes, 2011, www.pur-editions.fr]
INTRODUCTION GÉNÉRALE
entre 1792 et 1797 45 ne sera jamais tenté. Celui-ci aurait remis en cause l’ordre
social et les valeurs aristocratiques dominants au sein des armées de la coalition.
Dans le présent ouvrage, nous privilégierons l’étude de la naissance et du
développement de l’armée d’Italie durant la première phase du conflit. Nous y
analyserons la montée des nouvelles élites militaires ainsi que les choix opérés par
les représentants en mission. Nous verrons comment ces derniers ont tenu compte
du mérite et fait abstraction des origines sociales. Leur rôle stratégique sera aussi
détaillé. Nous étudierons la naissance et les formes prises par la discipline nouvelle.
Celle-ci s’inspire des acquis politiques et juridiques de la Révolution.
Nous montrerons aussi que cette armée fut un « un laboratoire de la guerre
nouvelle ». On insistera notamment sur les formes inédites de guerre expérimentées par les Français. La guerre idéologique y occupera une place de choix.
Nous verrons quelles techniques de propagande l’armée a employé et comment
les réfugiés italiens ont été intégrés dans la stratégie militaire. L’effort de guerre
y sera aussi étudié ainsi que les phénomènes nouveaux comme la pratique de la
« petite guerre », la lutte anti-insurrectionnelle, ainsi que l’émergence de « groupes
primaires » dans une armée de plus en plus composée de soldats non professionnels. Le dernier chapitre sera consacré à la préparation de la campagne. À la tête
des troupes, se trouvait une véritable « internationale militaire » dont les membres,
par leurs origines et leur expérience, connaissaient les points faibles de l’ennemi.
Contrairement à la légende, les Français étaient bien préparés et organisés. L’image
d’Épinal d’un Bonaparte, sorte de deus ex-machina, doit être revue.
Enfin, dans les quatre derniers chapitres, nous verrons comment la vision d’une
guerre de mouvement fondée sur la recherche de la bataille décisive et sur la
rapidité des manœuvres fut une construction progressive de Bonaparte. Loin d’être
une comète traversant l’Italie, l’armée française fut de plus en plus tributaire de ses
lignes de communication et d’une logistique toujours plus lourde. Elle rappelait
certains aspects des armées d’Ancien Régime. La subordination progressive du
pouvoir politique aux impératifs stratégiques a remis en cause l’idée de guerre
de propagande qui répondait aux aspirations des patriotes italiens. Le dernier
chapitre portera sur les conséquences des révoltes et la mobilisation de masses
armées (véritable préfiguration des mouvements contre-révolutionnaires de 1799).
Ces mouvements obligeront les généraux français à transformer l’armée d’Italie
en force de maintien de l’ordre, mission nouvelle bien éloignée des idéaux des
soldats de l’an II.
45. À l’extrême fin de la campagne, les milices tyroliennes et vénitiennes seront mobilisées, mais la signature des
préliminaires de Leoben limitera leur action.
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