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Traits verbaux dans les noms et les formes nominalisées du verbe 3
fonctions pragmatiques et discursives précises (Hopper & Thompson 1984;
Simone 2000, sous presse a). En d’autres termes, une Classe de Mots est un
format prédéfini de sens (grammatical), ou – pour le dire en d’autres termes – un
faisceau de coefficients sémantiques préformés.
Quant aux fonctions des diverses Classes de Mots, quoique la question
soit plutôt litigieuse (cf., par ex., Lyons 1977, 1966; Croft 1984), on reconnaît
que les Classes de Mots basiques (N, V, Adjectif) ont des fonctions lato sensu
sémantico-pragmatiques différenciées et répondent aux exigences essentielles du
langage. La liste n’en est pas définie, mais un accord existe quand même (aussi
chez les générativistes) sur certaines fonctions,
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comme celles de référence,
prédication et modification, dont la distribution sur les différentes Classes de
Mots est inégale mais caractérisante.
Depuis plusieurs points de vue on admet désormais que la distinction
entre les N et les V – deux classes qui assurent deux modelages du sens
radicalement différents (Lyons 1966, 1977 ; Givón 1979 ; Hopper & Thompson
1984, 1985 ; Simone 2006b ; Lazard 2006) – est à reconduire à l’opposition
sémiotique entre référence (ou désignation) et prédication.
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Les mots qui
désignent imposent à leur sens le format d’une entité, d’un objet qui a bien sûr la
propriété de time-stability que prétend Givón (1979) mais plus encore le fait de
pouvoir (a) opérer comme « thème » d’une prédication, (b) s’inscrire dans une
chaîne anaphorique et (c) permettre une reprise pronominale.
Les mots qui, par contre, assurent la prédication ont un format sémantique
plus complexe : ils « disent » quelque chose au sujet d’une autre chose, donc ils
établissent des relations entre des référents ou ils indiquent des propriétés et,
dans certaines de leurs sous-classes, ils imposent à leur sens le format d’un
procès.
On suppose donc que la référence est propre en premier lieu aux N
« purs », la prédication aux V « purs ».
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V. par ex. Seiler (1977), Lyons (1977: 429), Croft (1984, 1991: 67), Hopper & Thompson
(1984, 1985), Wierzbicka (1986); pour la position générative, Barker & Dowty (1993), Baker
(2003).
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Cf. les remarques intéressantes de Sapir (1921 : 119) : « This distinction [scil. entre la
chose dont on parle et ce que l’on dit à son sujet] is of such fundamental importance that the
vast majority of languages have emphasized it by creating some sort of formal barrier
between the two terms of the proposition. » Voir aussi Givón (1979), Hopper & Thompson
(1984), Seiler (2000), Simone (2000).
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Il faut prévenir que dans cette étude on va parler de N « purs » et V « purs » dans un sens
générique, c’est-à-dire en supposant fictivement qu’ils ne se présentent que sous une forme
prototypique, avec leurs propriétés spécifiques au plus haut degré. Cela est loin d’être vrai,