
L’ÉVÉNEMENT
La Vie économique 1–2 / 2016 33
tivité moyenne du travail. Dans une étude2, la
société de recherches et conseils économiques
Prognos a examiné si et comment le capital hu-
main a évolué en Suisse en comparaison inter-
nationale et si l’évolution de la productivité en
a été ralentie.
Comparaison avec la Bavière, le
Bade-Wurtemberg et l’Autriche
Ces dernières années, la qualification moyenne
de la population suisse n’a cessé de s’élever. Le
nombre de personnes très qualifiées a, en par-
ticulier, fortement augmenté. En 2014, quelque
38 % des personnes actives en Suisse étaient ti-
tulaires d’un diplôme universitaire, contre seu-
lement 22 % en 1996. Pendant la même période,
la part de diplômés du tertiaire est passée à 31 %
(+14 points de pourcentage).
La comparaison avec les Länder allemands
de Bavière et du Bade-Wurtemberg ainsi qu’avec
l’Autriche montre que, pendant la période étu-
diée, la Suisse a connu à la fois la plus forte aug-
mentation du nombre de diplômés universitaires
(degré tertiaire, voir illustration 2) et la plus forte
diminution de celui des personnes actives titu-
laires d’un certificat du secondaire I. En fin de
compte, la dotation moyenne en capital humain
s’est nettement améliorée en Suisse par rapport
aux régions de référence. Suisses et étrangers y
ont contribué à parts égales.
C’est là un résultat remarquable, d’autant plus
que les régions de référence présentent un fort
degré de similitude structurelle avec la Suisse
en ce qui concerne certains chiffres caractéris-
tiques, comme la population, la productivité,
la quote-part des industries de transformation
dans le PIB ou les taux de chômage et d’activité.
E n Suisse, la croissance annuelle du produit
intérieur brut (PIB) par habitant a été légè-
rement inférieure à la moyenne des autres pays
industrialisés ces quinze dernières années. Cette
croissance a été portée en particulier par l’aug-
mentation du taux d’activité de la population,
l’apport de la productivité du travail restant com-
parativement faible (voir illustration 1).
Les progrès de la productivité dans d’autres
pays s’expliquent partiellement par un effet de
convergence : les pays qui affichaient il y a quinze
ans un moindre niveau de productivité ont en ef-
fet manifesté par la suite une croissance plus dy-
namique. Le problème est que dans certains pays
où son niveau initial était déjà supérieur à celui
de la Suisse (France, Allemagne, Grande-Bre-
tagne, Suède et Autriche), la productivité a aussi
augmenté plus rapidement. La faiblesse suisse
doit donc obéir à d’autres causes.
L’un des facteurs décisifs du niveau et de
l’évolution de la productivité est la qualifica-
tion des salariés (dite aussi dotation en capital
humain1). Selon la théorie, une formation amé-
liorée entraîne une augmentation de la produc-
Le problème n’est pas
la surqualification de la main-d’œuvre
En Suisse, la croissance poussive de la productivité ne peut guère s’expliquer par le capi-
tal humain. Ainsi, aucun indice n’exprime à son égard la moindre sur- ou sous-qualifica-
tion.Andreas Sachs, Oliver Ehrentraut, Ante Pivac
AbrégéEn Suisse, le taux de croissance de la productivité par habitant a moins
progressé ces dernières années qu’à l’étranger. Une étude de la société de re-
cherches et conseils économiques Prognos examine si – et dans quelle mesure–
cela serait liéà l’évolution de la dotation en capital humain et à son affectation.
Ses conclusions suggèrent que la faible progression de la productivité ne peut
s’expliquer par des changements à ce niveau. Alors qu’en comparaison internatio-
nale, la qualification des personnes actives en Suisse s’est fortement améliorée,
aucun indice probant ne permet de supposer qu’elles seraient employées à des ni-
veaux inappropriés. On ne peut pas non plus invoquer les changements survenus
dans la structure des branches. Il est vrai que, ces dernières années, les branches à
faible croissance de productivité ont pris de l’importance, mais la plupart des pays
industrialisés manifestent la même tendance. Par ailleurs, l’immigration n’a pas
exercé d’effet ralentisseur sur l’évolution de la productivité. Enfin la quote-part
d’universitaires ne révèle pas de différences structurelles d’une branche à l’autre.
1 La dotation en capital
humain peut être
mesurée par exemple
sur la base du niveau
de qualification. Pour
ce faire, on divise les
diplômes en trois
catégories : personnes
actives titulaires 1°
d’un diplôme du degré
secondaire I (scolarité
obligatoire, etc.), 2° du
degré secondaire II (ap-
prentissage, etc.), 3° du
degré tertiaire (diplôme
universitaire, etc.).
2 Commandée par le
Secrétariat d’État à
l’économie (Seco).
Le présent article en
résume les principales
conclusions.