L`économie sociale solidaire

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L’économie sociale solidaire
Il ne s’agit pas de bâtir sur des thèmes anciens de nouvelles utopies pour l’Afrique en développement. Il
ne s’agit pas d’inventer une économie alternative. Il s’agit pour des acteurs économiques bien concrets
aujourd’hui en action d’intégrer leurs initiatives de la manière la plus productive possible à des réalités
économiques données dans un contexte social caractérisé par la mutation accélérée des cultures en
prenant appui sur des solidarités de fait dont la prise en compte importe au progrès de tous et de chacun.
L’économie dont nous parlons est le système de production et d’échange de biens et de services dans
lequel chacun de nous s’efforce de gagner sa vie par son travail ici et maintenant.
Nous disons économie sociale parce que nous pensons qu il n’est pas possible de développer ce système
de production collective de notre vie sans être attentif à la société qui se construit en Afrique Centrale
par et pour ce développement.
Nous disons économie sociale solidaire parce que, au sein de tout système économique (système de
production et d’échange), les acteurs économiques ont à établir entre eux des rapports de solidarité dont
la valeur est à la foi technique, économique, sociale et culturelle et dans lesquels ils investissent des
compétences professionnelles, mais aussi des motivations philosophiques et spirituelles.
C’est par le travail qu’une personne adulte prend sa place dans l’économie (le système de production et
d’échanges) de son pays. Cette insertion économique est indispensable à la prise de responsabilité de
chaque personne adulte dans sa famille, dans la société et dans la cité.
L’aptitude au travail (compétences et motivations) des citoyens d’un pays est la principale ressource de
celui-ci (ressource humaine). Travail de l’employé ou travail du porteur d’initiative, le travail est toujours un
service rendu en échange d’une rémunération dont le montant est un critère déterminant de sa faisabilité
économique.
C’est normalement autour de la relation de travail (service à rendre/service rendu) que s’organise et se
structure l’économie d’un pays (son système de production et d’échanges). La relation de travail implique
une solidarité réelle entre celui qui exprime un besoin et celui qui s’offre à le satisfaire par son travail à un
juste prix (prix acceptable).
L’insertion économique d’un professionnel consiste dans sa capacité effective permanente de satisfaire
par son travail un besoin stable d’une clientèle solvable déterminée.
C’est grâce à la stabilité, à l’efficacité et à l’équité des rapports « service à rendre/servi ce rendu » que
naissent les professions, les structures professionnelles, les filières économiques, les systèmes
complexes de production, de communication et d’échange en quoi consiste l’économie d’un pays et qui
mettent en œuvre des solidarités fonctionnelles créatrices de liens sociaux régis par le droit et portés par
une culture du travail (culture du service à rendre).
Par travail nous entendons un effort humain compétent proportionné à un service à rendre.
Nous comprenons bien que les biens et les services s’échangent sur un marché dont les mécanismes
contribuent principalement à la fixation des prix (loi de l’offre et de la demande) et que la liberté des
opérateurs économiques est nécessaire (jusqu’à un certain point) au fonctionnement de ces mécanismes.
Mais nous sommes attentifs aux aberrations politico-économiques qui stérilisent les ressources humaines
d’un pays et font obstacle à la mise au travail de ses citoyens. Elles sont destructrices des liens sociaux et
elles empêchent la structuration entre les acteurs économiques des solidarités fonctionnelles
indispensables au développement de leurs activités. (développement mutuel)
On
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peut citer :
la rente publique dilapidée en rémunérations des services non rendus
le travail effectif non ou mal rémunéré ;
les spéculations favorisées par des positions dominantes qui excluent du marché des offres
économiquement et socialement pertinentes ;
le détournement des fonds affectables au développement des infrastructures nationales et aux
systèmes d’éducation et de santé ;
les régimes fiscaux qui pénalisent l’initiative économique , la création d’emploi et la recherche ;
les systèmes éducatifs déconnectés du développement économique et de la culture de l’entreprise et
du travail ;
le poids politique et culturel d’une bourgeoisie improductive, prédatrice et hyper-consommatrice de
produits importés ;
l’absence de système de financement des activités économiques de base.
Le droit et le devoir de travailler sont indissolublement, pour une personne adulte, ceux de prendre une
initiative économique et ceux d’offrir ses services en échange d’une juste rémunération. Toutes les
atteintes à ce droit et à ce devoir sont destructrices de la personne humaine et de la société à la
construction de laquelle elle doit participer. L’économie sociale solidaire est celle qui se construit par la
valorisation optimale de l’ensemble des ressources humaines disponibles d’une société déterminée.
Chacun à sa place, une place pour chacun.
Une action concertée en vue de la valorisation optimale des ressources humaines disponibles dans une
société déterminée doit pouvoir prendre appui sur un certain nombre de processus en s’efforçant d’en
maîtriser le cours.
la diversification des compétences et la hiérarchisation des niveaux de compétence ;
la diversification des besoins et la hiérarchisation de leurs niveaux de satisfaction ;
Œuvrer à la naissance et au développement d’une économie sociale solidaire, c’est participer à la
construction :
des personnes (leur profil de compétences, leur scénario d’insertion économique)
des entreprises (articulés sur des besoins stables et solvables de clientèles déterminées) ;
des métiers (servis par des organisations professionnelles efficaces et des centres de ressources
compétents) ;
des structures d’information et de formation éducatrices de personnes capables d’une insertion
économique et sociale responsable et productive ;
des filières économiques (suivies par des observatoires appropriés) ;
des dynamiques locales de développement (appuyées par des organismes communautaires
autonomes) ;
des échanges inter-régionaux (servis par des moyens modernes de communication) ;
des modèles de coopération (basés sur le principe de l’avantage mutuel) ;
des instances de concertation de communication et d’échanges au service de la cohérence du
processus de développement économique social et culturel ;
d’un cadre juridique favorable à l’initiative économique respectueuse du bien commun ;
d’institutions familiales fécondes , porteuses de vie, libérées de la peur ancestrale, éducatrice des
consciences, aptes à la transmission de patrimoines économiques et culturels aux générations
nouvelles ;
de milieux de vie écologiquement sain et culturellement harmonieux ;
d’un Etat de droit où les fonctions politiques sont exercées au service du bien commun par des
acteurs sociaux effectivement engagés dans de véritables relations de travail (service à
rendre/service rendu) et imprégnés des principes de l’économie sociale solidaire.
Autant de chantiers sur lesquels un militant de l’économie sociale solidaire est appelé à investir ses
compétences, sa générosité, sa volonté de participer à une évolution maîtrisée de la société favorisant le
développement de tout l’homme et de tous les hommes dans un univers de justice et de paix.
Père Christian de la Bretesche
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