
La lettre du neurologue - n° 1- vol. V - janvier 2001
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ÉDITORIAL
uelles sont les affections les plus caracté-
ristiques de la discipline de neurologie ?
Certainement les maladies neurodégénératives,
si particulières à notre spécialité, alors que les accidents vascu-
laires cérébraux, les tumeurs, les maladies inflammatoires et
infectieuses appartiennent aussi à d’autres disciplines. Ces
affections sont aussi fréquentes que les accidents vasculaires
cérébraux et l’épilepsie, mais elles sont encore plus fréquentes
au grand âge (par exemple, une personne sur cinq est atteinte
de maladie d’Alzheimer après 85 ans). Que le processus patho-
logique atteigne préférentiellement le cortex cérébral (maladie
d’Alzheimer), les noyaux gris centraux (maladie de Parkinson),
le cervelet (ataxie cérébelleuse), la moelle (sclérose latérale
amyotrophique), le nerf périphérique (maladie de Charcot-
Marie-Tooth), les tableaux cliniques sont nombreux pour une
même maladie. Par exemple, il n’y a pas une mais des maladies
de Parkinson aux visages les plus divers.
Mais qu’appelle-t-on maladie neurodégénérative ?
Jusqu’à ce qu’une meilleure définition ne soit trouvée, la
notion de maladie neurodégénérative repose sur trois critères :
– les symptômes apparaissent à l’âge adulte, ce qui permet de
distinguer ces affections des embryopathies ; l’apparition des
premiers symptômes s’effectue au-delà d’un certain seuil de
perte neuronale, c’est-à-dire suffisant pour entraîner un dys-
fonctionnement physiologique minime, même localisé ;
– l’évolution progressive est lente mais plus rapide que pour le
vieillissement normal, avec pour corollaire un mécanisme de
mort cellulaire différent ;
– la perte cellulaire est sélective, touchant un petit nombre de
populations cellulaires au sein du système nerveux ; par
exemple, la disparition de moins d’un million de neurones
dopaminergiques dans la substantia nigra est à l’origine de la
maladie de Parkinson, alors que des milliards d’autres cellules
nerveuses restent intactes au sein du système nerveux.
Quels sont les mécanismes des maladies
neurodégénératives ?
Le “déclin” symptomatique, qui se traduit par l’aggravation
progressive de symptômes spécifiques pour chaque maladie,
résulte du dysfonctionnement sélectif de diverses populations
de neurones. Le mécanisme du “déclin” cellulaire reste impar-
faitement connu, même si les étapes biochimiques qui condui-
sent à la mort cellulaire commencent à être identifiées. La rai-
son tient au fait qu’il n’est pas toujours possible de distinguer
ce qui est primaire ou secondaire dans la chaîne des événe-
ments métaboliques pathologiques qui conduit à la disparition
des neurones. Ainsi, telle baisse de l’énergie cellulaire ou telle
production apparemment inappropriée de radicaux libres peu-
vent faire partie du processus initial ou constituer des événe-
ments tout à fait terminaux de la mort cellulaire. Bien plus, il
n’est pas toujours facile d’identifier les événements molécu-
laires délétères par rapport à ceux qui pourraient être salvateurs
ou compensateurs. Par exemple, la gliose, considérée habituel-
lement comme compensatrice, ou la sécrétion de cytokines,
toujours jugée dangereuse… Dans tous les cas – affections
neurodégénératives sporadiques, fréquentes, polygéniques ou
bien héréditaires, rares, monogéniques (autosomiques domi-
nantes ou récessives) –, les facteurs génétiques sont aujour-
d’hui considérés comme prédominants, les facteurs épigéné-
tiques restant le plus souvent au second plan, sauf pour
l’expression des symptômes.
Y a-t-il de l’apoptose dans les maladies
neurodégénératives ?
L’apoptose, ou mort cellulaire programmée, est considérée
comme un “suicide” cellulaire. L’apoptose est ubiquitaire dans
l’organisme, à la différence de la nécrose, ou “meurtre” cellu-
laire, dont quelqu’un a dit qu’elle était “exotique” (seulement
provoquée par une destruction aiguë à la suite d’un traumatis-
me, d’un infarctus...). Dès lors, il est essentiel de distinguer au
cours des maladies neurodégénératives (ou vieillissement céré-
bral pathologique) ce qui revient au vieillissement normal,à la
maladie proprement dite et à l’apoptose. Le vieillissement nor-
mal est lui-même différentiel, c’est-à-dire qu’il intéresse cer-
taines populations de cellules mais pas d’autres. Il se traduit
par le dysfonctionnement de diverses fonctions cellulaires
(neurotransmission, transports membranaires…) et par une
diminution de la connectivité (terminaisons nerveuses, den-
Maladies neurodégénératives : un déclin cellulaire,
différentiel et programmé
l
Y. Agid
Q
* Fédération de neurologie, centre d’investigation clinique et INSERM U289,
hôpital de la Salpêtrière, Paris.