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© ANOLiR
(jardin des Plantes, jardin du Luxembourg), etc. Malheureusement, l’enseignement
de l’œuvre de Napoléon est largement escamoté dans les programmes de
l’Éducation nationale, tout comme celui de l’œuvre de Louis XIV et d’autres grands
personnages qui ont façonné l’Histoire de France. Ces sommités sont victimes, aux
yeux d’une certaine intelligentsia, d’avoir été de glorieux conquérants.
À titre d’exemple, on préfère réduire drastiquement le temps d’apprentissage de
l’Histoire de l’Empire pour consacrer une réflexion, appelée « regards sur l’Afrique »,
qui permet à des élèves de 12-13 ans de s’appesantir sur une civilisation africaine
comme l’empire de Monomotapa au XVe siècle ou l’empire Songhaï du XIIe au
XVIe siècle (programme de cinquième). Qui plus est, on a substitué à l’étude des
grandes périodes, la présentation de grands thèmes qui privilégient une approche
compassionnelle des sujets de société où le « politiquement correct » règne en
maître : droits de l’homme, antiracisme, esclavagisme, traite négrière, autant de
matières qui induisent la culpabilisation et la repentance, mais il s’agit d’une
pénitence à sens unique. Comme le souligne l’historien Pierre Nora, membre de
l’Académie française, l’Histoire enseignée s’apparente à une séquence où « deux
mille ans de culpabilité chrétienne relayée par les droits de l’homme se sont
réinvestis (…) dans la mise en accusation et la disqualification de la France. Et
l’école publique s’est engouffrée dans la brèche avec d’autant plus d’ardeur, qu’à la
faveur du multiculturalisme, elle a trouvé dans cette repentance et ce masochisme
une nouvelle mission. »
Par ailleurs, la disparition de la chronologie empêche de
comprendre le processus de construction de la nation. L’Histoire inculquée
aujourd’hui à nos élèves est devenue une « histoire zapping, sans dates, réduite à
des flashs d’information »
et qui oublie l’essentiel : l’apprentissage de notre grand
récit national. Les pères fondateurs de la République doivent se retourner dans leur
tombe !
Le paradoxe de cette affaire est que la mémoire de certains de nos héros est mieux
préservée à l’étranger. Ainsi, c’est un jeu anglo-saxon qui met en lumière le génie et
la gloire de Napoléon : le jeu vidéo sur ordinateur Napoleon Total War, créé par les
Britanniques en 2010, a été vendu à plusieurs millions d’exemplaires, non seulement
dans les pays anglo-saxons, mais aussi en Europe de l’Est, en Chine, au Japon et
dans d’autres États asiatiques. Dans cette même veine de reconnaissance à
l’empereur, on trouve à l’article « Napoléon » dans L’Encyclopedia Britannica :
« Napoléon a changé l’Histoire de la France et du monde, il est un des plus grands
héros de tous les temps. » Cette analyse ne fait que reprendre l’opinion éclairée du
grand dramaturge allemand Goethe : « Sa vie a brillé d’une splendeur que le monde
n’avait pas vue avant lui et que sans doute on ne reverra pas. » On est très loin de la
perception que l’on observe dans certains cercles de la pensée française qui se
prétend « historiquement correcte ». La riposte à cette perversion peut être fournie
par l’adage pertinent de l’écrivain Ernest Renan : « C’est une grave erreur de croire
qu’on honore sa patrie en calomniant ceux qui l’ont fondée. »
Liberté pour l’Histoire, éditions du CNRS, 2008.
Dimitri Casali, L’Histoire de France interdite, J-C Lattès, 2012.